JE VOUS DÉNONCE LE NOMMÉ CLAUDE GUILLON… (2008)

…anarchiste autonome de la mouvance ultra-gauche, se disant écrivain.
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adame le ministre de l’Intérieur, Monsieur le responsable de la section anti-terroriste du parquet de Paris, Mesdames et Messieurs les magistrats spécialisés, apprenant avec satisfaction le maintien de Julien COUPAT et d’Yldune LÉVY dans les liens de la détention, et soucieux de contribuer à l’éradication des mouvances subversives, j’ai l’honneur de dénoncer à votre haute vigilance le nommé Claude GUILLON, né en 1952, se disant écrivain.

Jeune déjà, cet individu faisait preuve de dispositions vicieuses qui l’amenèrent, outre à des « habitudes » dont la clinique moderne a peut-être trop vite écarté la nocivité, à un « engagement » politique qui prit rapidement le pas sur son travail scolaire.

C’est assez logiquement, s’il est permis de s’exprimer ainsi, qu’il se déroba, sous prétexte d’« objection de conscience », à ses obligations militaires, refusant néanmoins d’accomplir le service civil qui lui aurait permis d’établir au moins la sincérité de ses convictions.

Par la suite, il renoncera à poursuivre des études. Vous n’ignorez pas qu’à cette époque, marquée par les tristement fameux « événements » de mai 1968, un prétendu « refus de parvenir » servit de masque à la plus révoltante paresse.

Peut-être fâcheusement influencé par des enseignants politisés, le malheureux se crut des dispositions pour les lettres et entreprit une espèce de carrière dans la presse contestataire et la rédaction d’ouvrages marginaux.

L’une de ses productions connut, hélas, un funeste succès, mettant à la portée de lecteurs toujours fragiles un salmigondis d’idées anarchistes et de recettes de mort.

Il est à noter que cet ouvrage contient un long développement, sans aucun rapport avec son sujet, pour contredire absurdement la thèse du suicide des terroristes allemands de la bande à Baader.

S’il n’est pas encore établi, à ma connaissance, que GUILLON a entretenu à cette époque des contacts directs avec la Fraction armée rouge, on peut néanmoins présumer dans cette publication une sorte d’aveu de sympathie pour l’extrême gauche la plus violente. Selon ses propres dires, cela lui vaudra d’être contacté par l’avocat des terroristes allemands Klaus CROISSANT, qui lui proposera de préfacer un livre sur le prétendu assassinat de Baader et de ses amis (évoqué dans Le Droit à la mort, 2004, ce projet ne semble pas avoir eu de suites).

Il est d’ailleurs certain qu’à la même époque (début des années 1980), le même GUILLON affecte de critiquer violemment le groupe terroriste français ACTION DIRECTE, tout en affichant des relations anciennes avec son égérie Hellyette BESS. On voit que le personnage n’en est pas à une contradiction près !

J’aimerais attirer particulièrement votre attention sur un opuscule que son insuccès commercial mérité a peut-être soustrait à votre vigilance. Je veux parler d’un texte tout entier consacré à la critique de l’un des plus beaux fleurons de notre industrie et du progrès des techniques en général, lequel est finement intitulé Gare au TGV ! (1994). Vous conviendrez que ce titre prend, après les événements que nous savons, une signification particulière et bien sinistre !

Selon des informateurs dont vous comprendrez que je préfère taire l’identité, une perquisition à son domicile permettrait de trouver sans difficulté, et en toute saison, outre une bibliothèque de plusieurs milliers de volumes : trois ordinateurs, un manche de pioche, deux pieds de biche, du sucre de canne, des clous, du white spirit, des bouteilles vides… Inutile, je pense, d’allonger outre mesure cet éloquent inventaire. Plus suspect encore : une pièce entière est dédiée au stockage de dizaines de milliers d’articles de presse, de tracts, de brochures, classés dans plus de deux cent cartons d’archives, de « Anarchie » à « Vasectomie », en passant par « Kosovo » et « Terrorisme ». À quelles fins honnêtes un homme seul pourrait-il accumuler un tel volume de documentation ?

Je ne dis rien ici d’une maison de campagne, dans laquelle l’intéressé a l’habileté de ne pas se rendre chaque année, ce qui lui permet d’affirmer avec les apparences de la sincérité qu’il ignore ce qu’ont pu y entreposer ou y abandonner les amis auxquels il la prête volontiers.

Certes, GUILLON ne dispose d’aucune légitimité universitaire ; il n’a ni le bagage ni le talent littéraire d’un Julien COUPAT et peut paraître, en somme, d’une dangerosité faible, en rapport avec ses moyens physiques déclinants, son envergure intellectuelle et l’audience de ses publications. Cependant, il me semble que son âge même et l’obstination mauvaise qu’il a su mettre dans la poursuite de ses chimères utopiques (je vous épargne ici le détail d’un fumeux « communisme libertaire » dont il veut déclencher les foudres sur une société « capitaliste marchande » honnie) mérite que l’individu soit empêché de nuire davantage. Pourquoi ne pas envisager une défense de publier (sur Internet notamment !), qui s’inspirerait des interdictions professionnelles utilisées avec succès dans l’ex-République fédérale allemande pour lutter contre les sympathisants de la violence ?

M’en remettant à vous pour l’usage optimal des renseignements que j’ai tenu à porter à votre connaissance, je vous prie d’agréer Madame le ministre, Mesdames, Messieurs, l’assurance de ma haute considération.

PARIS, LE 26 DÉCEMBRE 2008

UN AMI (DISCRET) DE L’ORDRE NOUVEAU

La Terrorisation démocratique

Ce texte a été repris dans La Terrorisation démocratique (Libertalia, 2009).

ET TARNAC DANS TOUT ÇA ? (2012)

Après Toulouse, une question s’impose :

et Tarnac dans tout ça ?

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Le hasard a fait que j’ai terminé la lecture du livre de David Dufresne, Tarnac Magasin général (Calmann-Lévy), quelques jours avant l’assassinat de militaires français et l’attentat terroriste contre une école privée juive[1].

À l’écoute des informations peu à peu distillées par la presse sur le passé de Mohamed Merah, notamment le fait qu’il a été pendant un temps surveillé et même interrogé par la DCRI, à l’écoute des critiques — y compris guidées par d’immédiats et transparents intérêts politiciens — adressées à cet organisme, issu en 2008 de la fusion entre les Renseignements généraux et la DST, le rapprochement avec l’affaire dite « de Tarnac » s’impose à l’esprit.

Pas « dangereux », Merah, de retour d’Afghanistan et du Pakistan. Mais signalés « dangereux », Julien Coupat et Yildune Levy pour avoir franchi sans passer par un poste de douane la frontière entre le Canada et les USA.

Pas de « moyens » pour détecter l’achat par Merah d’un arsenal de guerre. Des moyens énormes, en hommes (et en femmes), en matériels, et en temps, pour trouver… rien du tout à la ferme du Goutailloux. Rappelons que l’opération façon western à grand spectacle de Tarnac débouchera sur des gardes à vue, des inculpations et des emprisonnements, le tout sous le régime « antiterroriste ».

Certes, et le livre de Dufresne le rappelle dans le détail, l’affaire judiciaire « de Tarnac » intervient comme apothéose d’une farce bâclée, dans laquelle jouent des rôles non négligeables tel gougnafier, marchand de peur, spécialiste autoproclamé de la terreur, et telle godiche politicarde persuadée de laisser son nom sur le livre d’or de la pensée policière.

Pourtant, rien de semblable n’aurait été possible sans l’existence d’un arsenal législatif dit « antiterroriste » — moyen de ce que j’ai désigné comme système de terrorisation démocratique — patiemment fabriqué depuis 1986 (au moins) et dopé, au niveau européen, par les attentats du 11 septembre 2001 [2].

Or force est de constater que de la farce honteuse de Tarnac et des drames de Toulouse, l’« antiterrorisme » a permis la première et s’est montré incapable de prévenir les seconds.

On ne s’étonnera donc pas que M. Sarkozy ait conclu son communiqué de victoire, après la mort de Mohamed Merah, en annonçant… que l’arsenal législatif « antiterroriste » serait, pour la énième fois depuis vingt-cinq, alourdi et renforcé.

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[1] Il n’aura pas échappé à la sagacité de mon lectorat que je n’évoque pas dans les mêmes termes un acte de guerre — tuer des soldats, même de dos et même hors « théâtre d’opération » comme disent les militaires avec tant de poésie — et le fait de mitrailler des gamins à l’entrée d’une école. Cela ne signifie pas pour autant que j’approuve l’acte de guerre, tant je suis persuadé qu’il est préférable — autant que faire se peut — de laisser une chance aux individus. Beaucoup de jeunes soldats français reviennent d’opération plus que dubitatifs sur les justifications et l’efficacité de la politique militaire française. Les descendre comme des pipes à la foire ne fait que renforcer un esprit de corps militaire et nationaliste.

[2] J’ai au moins un reproche à faire à David Dufresne : pourquoi, dans un gros livre de 486 pages, ne pas consacrer dix lignes à la définition légale, précise, actuelle, de ce qui peut être qualifié « terroriste » ? Le lecteur peut (mais doit) la déduire de plusieurs passages du livre. Or tous les débats autour de mon livre m’ont convaincu que la plupart des gens ignorent l’état actuel du droit français (et européen). Ce fut d’ailleurs, pour une bonne part, le ressort de l’indignation suscitée par l’emprisonnement prolongé de Julien Coupat et la qualification des fait qui lui sont reprochés.