LA BAUDRUCHE ET L’ÉPOUVANTAIL — Fable misérable (2014)

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n a beau ne pas disposer de réserves inépuisables de compassion pour les femmes qui (au-delà de l’âge de 16 ans) tombent des nues à la découverte des à-côtés vaudevillesques de la domination masculine, on peut comprendre que Mme Trierweiler ait été au moins autant choquée par l’inélégance de son présidentiel compagnon que par la nouvelle de sa disgrâce. Laisser la personne concernée découvrir la déplaisante nouvelle en allumant la radio…

Eh bien, vous n’y êtes pas ! C’était génial ! N’exagérons toutefois ni les mérites ni l’indignité de M. Hollande, il y a fort à parier qu’il n’y avait chez lui nulle préméditation. Simplement, peut-être, l’impossibilité très masculine et de renoncer à une « bonne fortune » et d’être honnête avec la femme de sa vie (du jour). Cela dit, le sens politique consiste à tirer parti de tout, au bon moment. Constatant que l’opinion publique ne semblait pas lui tenir rigueur de sa muflerie, M. Hollande a décidé de systématiser et d’optimiser le procédé. C’est ainsi que les députés socialistes ont appris, les uns à la télé, les autres à la radio, de la bouche du ministre de l’Intérieur (toujours volontaire pour crisper le maxillaire devant une caméra), quels seraient les résultats de leurs délibérations et de leur vote sur un projet de loi concernant « la famille ». Ces gens sont des professionnel(le)s endurci(e)s ; c’est sans doute pourquoi on n’a pas enregistré, à ma connaissance, le moindre arrêt maladie, la plus petite hospitalisation en clinique de repos. Tout au plus quelques grommellements, vite étouffés.

Quittons un instant le terrain dit « sociétal » : M. Hollande, qu’il croit sincèrement ou non à ses vertus économiques, a annoncé une espèce de « nouvelle donne » économique, qui relègue les aveux jospiniens sur le caractère évidemment non-socialiste de son propre programme au rang de baragouin jésuitique. Plutôt qu’un New Deal, c’est un coming out. Lire la suite

LES LUNETTES DE VALÉRIE et ce qu’elles nous disent du regard masculin (2014)

Une fois n’est pas coutume, on s’intéressera ici à la presse dite « people », Le Monde compris. En ce lundi de Pâques, parlons de rien…

Une couverture de VSD, met en scène (on verra que c’est l’expression qui convient) un intermittent retraité et une ex-pensionnaire de l’Élysée.

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Contrairement aux photos de M. Hollande, futur ex-président de la République avec une intermittente en activité, les photos de VSD sont bidonnées, ainsi que nous l’apprend M. Renaud Revel de L’Express (j’ai dit « de rien » !).

« On découvre, en effet, que les photographes ont été informés du déjeuner et du lieu. Qu’Alain Delon, qui est au courant et qui s’en amuse, joue le jeu, avec élégance et galanterie, après que l’instigatrice de ce tête-à-tête l’ait encouragé à en rajouter. Et que cette mise en scène, à laquelle Valérie Trierweiler n’était pas préparée, est destinée à alimenter les colonnes des magazines, sur le thème que l’on vous rédige : « Aucunement affectée par sa rupture avec François Hollande, l’ex Première dame offre le visage d’une femme rayonnante, au bras « d’un compagnon inattendu ». Ce qu’écrira le jour même le quotidien catalan, La Vanguardia, qui publie la photo. Mais à Paris, le “scoop” fait pschitt ! Débusqués, les commanditaires de ce sujet bidon n’ont pu vendre leur camelote [sauf à VSD]. Et ce qui devait alimenter la machine à « gossips » est resté une simple anecdote de seconde main bricolée sur un coin de table. Fin de la bluette. »

Bien, bien , bien. Donc vraiment rien de chez rien.

Pourtant ce rien inspire M. Marc Beaugé, chroniqueur au Monde, qui gagne sa vie en « rhabillant » des personnalités (c’est le titre de sa chronique : « Marc Beaugé rhabille… ». Tout le monde ne peut pas exercer une profession socialement utile, passons…

Or, « journal de référence » oblige, le pseudo écho d’une pseudo relation entre Delon et Trierweiler, se doit de produire du sens, tout en conservant une pointe d’humour (style : « on n’est pas dupes, quand même ! »).

De quoi va nous parler M. Beaugé ? De la manière dont Mme Trierweiler porte ses lunettes de soleil. À tout prendre, une paire de lunettes (même teintées) vaut bien le marc de café pour y « voir » plus clair…

Ce qui nous vaut surtout une superbe enfilade de niaiseries sexistes, et âgistes aussi, tant que nous y sommes.

«  Au contraire, écrit Beaugé, les lunettes de soleil de la journaliste de Paris Match reposaient dans ses cheveux, selon une pratique très répandue l’été, Capture d’écran 2014-11-27 à 11.35.04dans les stations balnéaires, chez des jeunes femmes court vêtues et généralement peu portées sur l’éducation civique. […]

 » De fait, en maillot de bain ou tenue légère, sans poche ou sac à portée de main, il peut s’avérer pratique, voire obligatoire, de porter ses lunettes ainsi coincées sur le haut de la tête, entre deux mèches décolorées par le soleil ou, plus simplement, par une apprentie coiffeuse d’un salon Jean Louis David. Dans un contexte estival et balnéaire, cette pratique comporte même un autre avantage, ô combien fondamental. En effet, alors qu’une paire de lunettes en sautoir viendra forcément obstruer la vue sur un décolleté, une paire de lunettes dans les cheveux laissera le champ libre aux regards et à toutes les convoitises.

 » À n’en pas douter, c’est bien dans cet esprit-là que Valérie Trierweiler décida d’installer ses lunettes dans sa chevelure. Femme délaissée, elle ressent certainement le besoin de plaire et d’être désirée, même par un séducteur qui a passé l’arme à droite depuis trop longtemps. Pour ce faire, elle est donc prête à tout, et même à se montrer les yeux dénudés devant les flashs violents des paparazzi. C’est évidemment touchant. Mais on ne manquera pas de voir dans cette paire de lunettes posée sur le crâne le diadème de substitution d’une princesse déchue. Et tristement exclue de la famille Royal de François Hollande. »

Reprenant ici des associations d’idées (yeux-lunettes-seins) assez fréquentes dans la publicité — voir leur analyse dans Je chante le corps critique, le chroniqueur nous explique :

a) que les lunettes de soleil coincées sur le sommet du crâne sont une pratique de jeunes femmes. Jeunes et de préférence jolies, en tout cas désirables, ce qui signifie nécessairement gourdes.

b) qu’une femme qui porte ainsi ses lunettes est avant tout soucieuse que l’on regarde ses seins (il va de soi que personne ne porte ses lunettes sur le nez, même en monokini, sur une plage inondée de soleil).

c) que Mme Trierweiler se ridiculise en adoptant une attitude réservée aux jeunes femmes et trahit de la sorte un « besoin de plaire » évidemment ridicule, voir vaguement dégoûtant, vu son âge. Mais que l’on peut trouver à la grande rigueur « touchant », c’est à dire plus ridicule que dégoûtant.

Heureusement qu’il existe des organes comme Le Monde pour relever l’étiage du machisme ordinaire…