68-86 : Éloge de l’anagramme (1986-1987)

Le court éditorial et le texte qui suivent ont été publiés dans Chroniques libertaires (n° 3, janvier-février-mars 1987). Le texte a été repris sous le titre — emprunté à sa conclusion — « L’inespéré tient à un fil » dans la revue belge Alternative libertaire (n° 88, mars 1987).

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En novembre et décembre 1986, un mouvement étudiant et lycéen de très grande ampleur s’opposa au ministre de l’Éducation Alain Devaquet, dont le projet de réforme entendait renforcer la sélection dans l’enseignement supérieur. Le mouvement fut marqué par des mobilisations considérables et par des violences policières : cinq cent mille manifestants dans toute la France, le 27 novembre ; huit cent mille, dont cinq cent mille à Paris, le 4 décembre. Lors de cette dernière manifestation, sur l’esplanade des Invalides, trois manifestants sont grièvement blessés : l’un d’eux a la main arrachée, un militant de la Fédération anarchiste perd un œil. Dans la nuit du 5 au 6 décembre, un étudiant de vingt-deux ans, Malik Oussekine est assassiné par des policiers des « pelotons voltigeurs motocyclistes » [sur ce dispositif, voir note en fin d etexte], rue Monsieur-le-Prince, à Paris. Au moment où le mouvement risque d’opérer une jonction avec certains secteurs syndicaux, le gouvernement dirigé par Jacques Chirac (Mitterrand étant président de la République) retire le projet Devaquet.

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« Plus jamais ça » !

 Ironie cruelle de l’histoire, le slogan qu’arboraient en décembre 1986 des milliers d’étudiants en hommage à Malik Oussekine assassiné par les flics de Pasqua, était en 1968 celui des Comité de défense de la République (CDR), animés par le même Pasqua ! Les partisans de l’actuel ministre de l’Intérieur célébraient alors le retour à l’ordre [en affichant à des centaines de milliers d’exemplaires un autocollant représentant deux drapeaux noirs et deux drapeaux rouges entremêlés sous lesquels figure le slogan « Plus jamais ça »], tandis que les étudiants de 1986 croyaient enterrer l’un des leurs quand ils enterraient leur mouvement. François Mitterrand, qui a quelques raisons de bien se souvenir de 68 et d’en craindre le « retour », s’est empressé d’approuver : « Plus jamais ça. Donc plus jamais de violence entre Français (sic). Jamais ça. Ils ont raison. »

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Autocollant des CDR.

 

Mais ce mouvement n’a pas été qu’un jeu de dupes. Il ne pouvait que passionner les libertaires que nous sommes. Nous avons donc reporté un dossier sur la démocratie directe en 1789 pour traiter de ces événements où la démocratie balbutiait in vivo dans les amphis des facultés avant d’apparaître dans les dépôts SNCF et d’être réclamée à Pékin et Shanghai. Un éditorialiste du Monde en tira l’enseignement qu’est commun à tous les peuples l’exigence fondamentale « d’être dirigé par des hommes ouverts porteurs d’une autorité réelle » (23 décembre 1986). Pour avoir passé quelques semaines dans la rue, nous pouvons témoigner d’exigences autres que celles qui rassurent l’Officiel du spectacle.

 

68-86 : Éloge de l’anagramme

Si j’ai été surpris par le mouvement qui a secoué la jeunesse à la fin de l’année écoulée [1986], c’est que je l’attendais plus tôt. Nous soulignions dans la préface à l’édition de poche de Ni vieux ni maîtres (1983) que de nombreux pays européens ont connu des mouvements caractérisés par l’extrême jeunesse de leurs protagonistes et la violence des affrontements avec la police, et ce depuis 1980., c’est-à-dire bien après que la vague de l’après-68 ait eu le temps de refluer. Nous disions ne voir aucune raison sérieuse pour que la France soit à jamais épargnée par ce qui agitait la Suisse, la RFA, l’Angleterre, l’Irlande, l’Algérie, etc.

Politologues et journalistes se réjouissaient bruyamment de ce que les jeunes aient renoncé définitivement à occuper la rue. Ils avaient changé paraît-il. En effet, les jeunes des années 70 ont changé, ils ont vieilli de quinze ans et certains sont devenus politologues et journalistes…

Les événements sont venus vérifier, à un moment et dans des conditions que nous ne prétendons pas avoir annoncés, que les âneries débitées sur le compte de la « Bof génération » [revenue de tout et indifférente à la marche du monde] n’exprimaient que le soulagement prématuré des flics de la jeunesse.

Dès le début du mouvement, les mêmes flics exorcisaient leur crainte d’un nouveau 68 : ça n’a rien à voir assuraient-ils ! Les points communs, au contraire, sautent aux yeux, et notamment la grande naïveté des jeunes. Le gouvernement Chirac qui avait répondu par un bras d’honneur au mouvement parvenu au maximum de sa mobilisation (4 décembre 1986) recula bel et bien en désordre devant le spectre de la grève générale et renonça non seulement au projet Devaquet mais à tous ceux qui risquaient d’alimenter la contestation (code de la nationalité, etc.). Le raisonnement, tardif mais prudent, prenait en compte l’hypothèse d’une explosion chez les salariés, aussi imprévisible que chez les enseignés.

Ce qui frappe dans le mouvement, c’est la mobilisation très rapide et massive des lycéens ainsi que la présence en nombre des élèves du technique, concernés en rien par la loi Devaquet. Comme cela a toujours été le cas lors des mouvements lycéens des années 1970, la majorité des manifestants n’avaient qu’une idée fort vague de la teneur exacte du projet de loi. Comme à l’habitude et même de manière plus comique que jamais, les lycéens étaient très sensibles au reproche d’ignorer ce qu’ils prétendaient contester.

Le ministre Monory était plus proche du contenu réel du mouvement que les manifestants eux-mêmes en affirmant que les lycéens profitaient de l’été indien pour se promener dans Paris. Comme souvent, c’est dans le technique que les éléments les plus radicaux sont apparus (cf. les textes des Lascars du LEP électronique). En fin de compte, beaucoup de caractéristiques communes avec le mouvement lycéen qui trouva de 1969 à 1974 un prétexte nouveau chaque année pour s’exprimer. Bien entendu, 86 n’est pas 68 ou 70. Pour les lycéens d’aujourd’hui, 68 n’est pas la preuve vécue que tout l’ordre du monde peut se trouver bouleversé en une semaine et tous les chefs se terrer dans les égouts, c’est de l’histoire, c’est-à-dire une question de cours mal apprise et plutôt ennuyeuse [L’un des slogans entendus et lus dans les manifestations était : « 68 c’est vieux, 86 c’est mieux ! »].

Il flottait dans l’air du temps d’après 68 quelques brumes colorées auxquelles n’échappaient jamais tout à fait les lycéens en grève. Les couleurs font défaut aujourd’hui et l’on a pu voir des dizaines de milliers d’adolescents visiblement heureux d’être ensemble mais n’ayant littéralement rien à dire (voire à se dire). Les couleurs et l’imagination manquaient non seulement dans les slogans (certains secteurs de la manif du jeudi 4 décembre évoquaient un défilé d’équipes sportives : « Angers la, la, la ! », etc.), mais aussi dans les tracts et l’absence d’affiches. Je n’avais jamais vu de manifestations aussi fermées, chaque fac, chaque lycée, chaque ville, replié à l’intérieur de chaînes, les manifestants étant eux-mêmes formés en chaînes. À tel point qu’en de nombreuses occasions il était impossible de distribuer un tract ou de s’adresser à tel ou tel. C’était d’ailleurs de toute évidence la seule fonction réelle d’une telle organisation paramilitaire même si les malheureux ainsi contraints de visiter Paris dans des conditions qu’aurait refusées le plus borné des touristes étaient persuadés de se prémunir contre une éventuelle agression. Mais quand le GUD [Groupe union droit ; extrême droite] attaqua effectivement une manif (27 novembre), la plupart de ceux qui étaient prêts à la défendre physiquement étaient des « provocateurs », pour parler comme Pasqua et l’UNEF.

Les gauchistes avaient beaucoup contribué à essouffler le mouvement lycéen à force de récupération et d’inoculation massive de langue de bois militante. Ils ont aujourd’hui [1987] presque disparu des lycées, et dans les facs ils sont les partisans les plus farouches de l’apolitisme. Cette nouvelle stratégie, au service de laquelle ils mettent leur classique talent de manipulation et d’entrisme, vise à constituer — c’est ce qu’eux-mêmes déclarent — une large clientèle étudiante pour un syndicalisme qui leur permettrait de maintenir une présence dans la jeunesse scolarisée. Ce profil bas de l’extrême gauche a contribué à enfermer le mouvement dans un pseudo-apolitisme grisâtre.

Le quiproquo sur la politique illustre bien les limites du mouvement. La majorité des jeunes étaient attentifs à ne pas laisser un parti ou une organisation diriger leur lutte, pas assez toutefois pour éviter l’infiltration massive de trotskistes lambertistes, ralliés ou non au PS. Ils pensaient que le seul profit que les politiciens peuvent tirer d’un mouvement social est de le présenter comme une vérification de leurs thèses et d’y trouver un vivier de futurs militants. Cet écueil fut évité en partie. Mais un mouvement inquiète les politiciens quand il est une critique en acte de la politique comme activité séparée qui organise toutes les autres. Cet aspect primordial fut ignoré avec une naïveté opiniâtre par les jeunes qui croyaient éviter un piège en ne disant rien du système social qui a sécrété la loi qu’ils combattaient. Croyant feinter la politique et le proclamant très haut, les étudiants parlaient le langage de la politique et respectaient sa règle fondamentale, faisant ainsi le jeu des politiciens de toutes tendances. Il était frappant de voir dans les assemblées générales et les cafés à quel point les jeunes s’opposaient à un système qu’ils connaissent mal en empruntant son propre langage, à quel point en somme la vérité du système sortait de la bouche de ses enfants.

Pour agaçante et parfois désarmante qu’elle soit, cette réalité n’a rien qui doive nous désespérer. Elle est bien plus banale que la mythologie révolutionnaire le donnerait à croire. Michelet écrit le récit de la journée du 5 octobre 1789 où des milliers de femmes de la Halle partent chercher Louis XVI à Versailles. La plupart d’entre elles aiment le Roi ; elles croient que sa présence à Paris suffira pour qu’on donne du pain au peuple. En attendant, on tire dessus. Il y a aussi dans la foule qui assiège le château des gens sans aveu, voleurs de tous poils, mêlés aux honnêtes manifestantes, et on les chasse. La Fayette fait acclamer le Roi, la Reine, et même ceux qui viennent de tirer sur la foule. Le Roi repart, escorté par le peuple. C’est 89, la monarchie sombre lentement, et pourtant ceux et celles qui ouvrent des voient d’eau crient encore « Vive le Roi ! » Il y a même des provocateurs et des chefs qui négocient avec les flics…

 

De la violence

À partir des affrontements des Invalides, les flics ont pratiqué une répression sélective mais extrêmement violente. Le contraste avec la naïveté des manifestants était, si j’ose dire, frappant. C’est que les flics, eux, sont adultes et doués de mémoire ; il ne leur fallait pas plus de deux heures pour revenir aux tirs tendus [de grenades lacrymogènes], tandis que la majorité des jeunes qui leur faisaient face étaient sans expérience.

Il est vrai, je l’ai constaté, que traînaient au quartier latin le soir, des loubs, quelques skins, mais aussi des étudiants , des lycéens et des jeunes « de tous poils ». Il est vrai également que le fameux samedi soir, ceux qui brûlaient des voitures n’étaient pas plus de quinze, des jeunes de banlieue selon un témoin digne de foi qui m’a dit les connaître. Les flics ont effectivement tardé à intervenir. Et alors ? Alors ça ressemblait à une mauvaise reconstitution historique à petit budget. Je me moque pas mal que des bagnoles brûlent ou que des mômes pillent des magasins de fringues (en les distribuant souvent, contrairement à ce qui a été dit, au milieu d’une foule très partagée où il y avait autant d’applaudissements que de sifflets). Le vrai problème était que ce soir là il ne se passait rien d’autre dans Paris et que c’était dérisoire et en recul par rapport aux Invalides. La manœuvre policière a échoué en ce que personne n’a vraiment été effrayé par le spectacle des barricades ; elle a pleinement réussi dans le milieu étudiant où tout ce qui prétend affronter les flics ou brûler les banques passe pour un flic. Si bien qu’au lieu de se radicaliser, le mouvement s’est enfermé dans une protestation morale (Pasqua, t’es un lâche !) et civique (Chirac, t’es pas un démocrate !). Il craignait davantage la « provocation », c’est-à-dire en fait ses propres potentialités, que la répression. La meilleure solution fut choisie : le silence d’abord, la dispersion ensuite.

Il faut noter la répugnante prestation des « casques blancs », recrutés « afin que leur autorité soit incontestée (sic), chez les médecins, avocats, magistrats, hauts fonctionnaires ! Cette prétendue force d’observation et d’interposition entre les flics et les jeunes s’est muée en troupe de supplétifs de la police nationale tentant d’interdire physiquement le débordement d’un millier de manifestants qui refusaient la dispersion à Nation à la fin de la dernière manifestation (10 décembre 1986). Ce millier réussit à atteindre Notre-Dame malgré le délai que l’action des « casques blancs » avait donné aux flics pour quadriller Paris.

 

De la presse

J’ai dit que ce mouvement s’est le plus souvent exprimé avec le langage de ce monde ; il était donc normal qu’il sympathise avec al presse chargée de la publicité de ce monde. Les étudiants ont en général accepté les journalistes non seulement comme témoins privilégiés, jugés à priori sympathisants du mouvement, mais encore comme évaluateurs naturels de ce mouvement. Il semble aller de soi pour la majorité de se placer sous le contrôle de la presse et de définir des objectifs en fonction de leur crédibilité « médiatique ». Or les journalistes ont réussi à se surpasser, dans les radios notamment. France Inter, dont j’ai suivi les émissions, a délibérément fait silence sur certains événements. C’est ainsi que selon eux il ne se passait rien au Quartier latin, depuis 20 h, une certaine nuit [du 5 au 6 décembre]. Détail : Cinq cent manifestants occupaient le Bd Saint-Michel, puis la Sorbonne, finalement évacuée au milieu d’une nuée de photographes et de journalistes… Cette nuit même, deux heures plus tard, Malik Oussekine était assassiné. Il restait donc des manifestants ! des flics ! Les auditeurs n’ont appris le tout que le lendemain matin. Il est clair que la chaîne a appliqué à la lettre les consignes policières.

Faut-il dire que le fameux reportage de TF1 qui n’a servi pratiquement qu’à accréditer l’idée que seuls des flics ou des fascistes peuvent avoir envie de casser du flic ne m’a pas arraché de cris d’admiration ? On a d’ailleurs appris que TF1 a autocensuré une séquence montrant un homme laissé sans connaissance sur le pavé par les voltigeurs motorisés[1].

Bilan dans la presse écrite : le vendredi 5 décembre 1986, Le Matin [quotidien socialisant] doublait sa diffusion habituelle, et le quotidien Mao-Barriste de Serge July dépassait à Paris, pour la première fois, Le Figaro, avec 133 246 exemplaires vendus. Gageons que Libé devra mettre une sourdine à ses éloges du libéralisme, le temps de fidéliser la nouvelle clientèle étudiante qu’il partage désormais avec l’UNEF-ID.

 

Un fil…

Au fil des trois semaines d’agitation, il devenait de plus en plus agréable de se promener dans Paris. J’étais assuré de retrouver, au hasard d’une AG ou d’un incident, des ami(e)s, des inconnu(e)s qui l’étaient de moins en moins, et des copains perdus de vue depuis dix ans. Pour des centaines de milliers de jeunes, c’était la découverte de l’exaltation partagée des manifs et des occupations ; une foule de prétextes, d’occasions pour ne pas coucher chez soi, faire la fête et des rencontres, parler à ceux que l’on côtoyait en silence jusqu’alors. Chacun photocopiait et distribuait les textes qui lui plaisaient. Certaines pratiques de démocratie directe ont été adoptées sans toutefois être vécues comme modèle à étendre à toute la société. À la fin de la semaine précédant le retrait de la loi [Devaquet], les AG de facs se sont ouvertes officiellement aux non-étudiants ; il se disait des choses plus intéressantes. Jusque dans les rangs des étudiants les plus naïfs, des ressorts se sont dégrippés, on a commencé à penser. La reprise a souvent été vécue dans l’amertume. Tout cela tranche avec l’inertie que nous connaissions depuis le règne de Giscard. Cela laissera des traces, cela aura des suites.

L’une des particularités de ces événements est d’avoir été comme compressés dans un espace temps trop réduit. La plupart des ingrédients nécessaires à un mouvement social plus large semblaient réunis. Beaucoup dans les banlieues et même dans les syndicats songeaient à descendre dans la rue, chacun avec ses colères. Il s’en est fallu d’une semaine. Gardons-en la conviction que l’inespéré tient à un fil.

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[1] Sorte de brigade ou « peloton » motorisé, dans lequel les flics étaient à deux par moto (l’un conduit, l’autre cogne). Redoutablement efficaces, affectionnant de provoquer les manifestants en leur adressant le salut nazi, les « voltigeurs » étaient formés, pour chaque occasion, à partir d’éléments venant d’autres unités. N’ayant aucune existence administrative, leur « dissolution » fut un effet de manche peu coûteux.

Non seulement… mais encore (2005)

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NON SEULEMENT …

Non seulement l’Europe telle qu’elle est aujourd’hui est déjà le moyen d’« harmoniser » l’exploitation à l’échelle d’un continent, en brisant les acquis des luttes ouvrières des siècles passés là où ils subsistent et en instituant un « service minimum démocratique » (parlement et marché [de dupes]) dans les anciens pays stalinisés…

Non seulement cette Europe — supposée faire contrepoids aux USA — s’est empressée, après le 11 septembre 2001, d’emboîter le pas à la Maison Blanche en adoptant une législation dite « antiterroriste » qui permet de criminaliser le mouvement social et qui donne, par le « mandat d’arrêt européen », des pouvoirs exorbitants aux magistrats des pays de l’Union. Concrètement : un juge de Berlin peut faire arrêter directement à Paris un(e) manifestant(e) français(e) accusé(e) d’avoir résisté aux flics lors d’une manifestation internationale ou d’avoir insulté le gouvernement allemand sur Internet. La prétendue « fin des frontières », que nous vantent Habermas et Negri, c’est d’abord pour les flics et les juges !

Non seulement il pouvait être pertinent de saisir l’occasion du référendum pour jeter une poignée de sable dans l’engrenage de la construction d’une nouvelle puissance capitaliste…

 

…MAIS ENCORE

La parenthèse référendaire fermée, nous n’en resterons pas là !

Rien n’est inéluctable dans la libéralisation européenne. La rue a déjà fait reculer au moins partiellement les gouvernements : Devaquet sur l’éducation, Balladur sur le CIP, Juppé et son plan… Si les mouvements des intermittents, des enseignants, celui contre la réforme des retraites et, cette année, le mouvement lycéen (bien peu soutenu malgré les appels de la Coordination nationale) n’ont pu aboutir à des résultats aussi concrets, ils ont montré des capacités de mobilisation toujours présentes.

Dans la dernière décennie, beaucoup de gens qui n’étaient pas « politisés » ont découvert l’utilité et le plaisir de se battre ensemble et (re)commencé à réfléchir aux moyens de changer le monde. Il y aura, dans les années à venir, bien d’autres luttes, bien d’autres occasions de nous rencontrer. D’autres victoires et aussi d’autres défaites, que nous ferons en sorte de faire payer le plus cher possible à nos gestionnaires.

Certes, ils nous pourrissent la vie et nous donnent des cauchemars, mais soyons certains que nos rêves sont leurs cauchemars à eux, qui n’ont jamais digéré leur chiasse de mai 68.

Ils aiment les uniformes, nous aimons la diversité !

Ils n’ont à la bouche que la « sécurité », et nous voulons des aventures !

Ils nous parlent d’économie et nous aimons nous dépenser sans compter dans l’amour, la solidarité et la création !

Ils nous parlent « responsabilité individuelle », mais jurent qu’ils ne sont jamais coupables de rien.

Ils nous veulent « mobiles », « flexibles », « adaptables », comme des câbles d’ordinateurs ou des raccords gaz : c’est pour mieux capter notre énergie.

Tout leur système est un produit toxique qui empoisonne l’eau que nous buvons, l’air que nous respirons et contamine jusqu’au sang qui coule dans nos veines !

Ils nous disent de nous « protéger », mais comment nous protéger d’eux ?

À l’« Europe », présente ou à venir, nous préférons le monde : un monde entier à inventer, sans exploitation ni argent, sans « étrangers » mais riche de personnes singulières.

Ce monde-là ne se construit pas dans les urnes, mais dans les luttes et dans la vie.

À la moindre incartade, les bouffons nous menacent d’une « crise » ! Une crise c’est encore trop peu !

Foutons-leur une révolution, communiste, libertaire et internationale !

 

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 Claude Guillon

Paris, le 29 mai 2005

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Friandises

 

« Que des dirigeants de gauche, et à peu près toute la classe politique, aient accepté de délayer à longueur d’argumentaires les tracts d’Attac, à la manière de François Mitterrand plaidant pour la rupture avec le capitalisme dans les années 70, on est en plein délire, plus de trente ans après et après le succès que l’on sait. »

Serge July, Libération, 30 mai 2005.

 

Note à l’usage des jeunes générations : Mitterrand n’avait aucune intention de rompre avec le capitalisme, mais souhaitait refonder le parti socialiste autour de ce thème mobilisateur, avec l’aide de « petites mains trotskistes » comme Lionel Jospin. A l’époque July cessait tout juste de croire à la prochaine guerre civile en France. La manœuvre de Mitterrand a parfaitement réussi, et le fait que July ait toujours été un crétin, maoïste d’abord libéral ensuite, ne dit rien sur la pertinence d’une stratégie anticapitaliste. Ce que par parenthèse Attac n’est nullement, qui ne combat que le capitalisme financier.

« Le non est aussi la victoire d’une protestation tous azimuts. Comme si nous devions vivre désormais dans une démocratie du mécontentement généralisé. »

Jean-Marie Colombani, Le Monde, 31 mai 2005.