Ah ! MONSEIGNEUR… De grâce ! Ébranlez plus fort!… Je ne sens rien (2012)

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Vous assurez, mon cher Vingt-Trois, que la possibilité du mariage ouverte aux personnes de même sexe « ébranlerait un des fondements de notre société[1] ».

Ah ! si seulement !…

Hélas, vos cauchemars ne font pas rêver longtemps.

Et d’ailleurs, êtes-vous parmi les plus qualifiés pour sonder nos fondements ? Aussi, cette vieille manie que vous avez de vous occuper des fesses des autres !

Une transformation du mariage, ajoutez-vous, « toucherait tout le monde ». Et ici ce monstrueux sophisme : « Ce ne serait pas le “mariage pour tous” (étrange formule qu’il ne faut sans doute pas prendre au pied de la lettre !). Ce serait le mariage de quelques-uns imposé à tous ».

Du moment que se marier n’est pas obligatoire, en quoi le mariage des autres s’impose-t-il à moi ? Et en quoi s’imposerait-il davantage parce que choisi par deux hommes ou par deux femmes ?

Filons votre métaphore un instant : elle m’autorise à vous reprocher d’imposer à tous, et donc à moi, vos ridicules superstitions, vos acres rancœurs contre le plaisir, vos folles prétentions à dire votre mot sur la façon dont je mène ma vie.

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Vous reconnaissez — bien obligé ! — que les temps changent. « Il est trop clair, écrivez-vous, que nous ne sommes plus dans la même situation qu’à la fin du XIXe siècle. » Quelle lucidité calendaire !

Vous ajoutez que « chez nous, la situation du christianisme s’est beaucoup transformé au cours des dernières décennies. Le passage d’un christianisme sociologique à un christianisme de conviction s’est accéléré ». Autant dire qu’on était catholique sans bien savoir pourquoi et que, ne devant plus compter que sur les « convictions », l’Église se retrouve un peu seule…

Vous concluez sur un surprenant appel :

« C’est pourquoi, dans cette période il est important de rappeler un certain nombre de droits fondamentaux, qui sont le fruit de la sagesse cumulée de notre civilisation et qui ont marqué sa sortie progressive de la barbarie. Chacun des droits et impératifs éthiques qui en découle et que nous énonçons ici s’impose [Je souligne. C. G.] à la conscience morale des hommes, quelle que soit leur croyance religieuse ou leur incroyance. »

Tiens ! Tiens ! Ainsi donc, vous voilà dépositaire et garant des principes éthiques censés s’imposer y compris à moi qui conchie votre religion. Je n’exagérais donc pas en vous soupçonnant plus haut de vouloir vous imposer à tous, vous qui tolérez si mal les autres.

Quant à la « sagesse cumulée » : laissez-moi rire ! La culture et la liberté n’ont jamais progressé que contre vos semblables et prédécesseurs, et les superstitions que vous partagez avec eux : droit à l’incroyance, droit de se faire incinérer, suppression du délit de suicide, lutte contre la douleur, droit à la contraception et à l’avortement. Tout cela vous a été arraché !

Ne faites donc pas semblant de ne jamais rien comprendre aux choses les plus simples. « Qui va décider, écrivez-vous, si et jusqu’à quand je peux vivre, jusqu’à quel seuil de handicap, quel seuil de douleur, quel seuil de gêne pour les autres, quel coût pour la société ? »

Ma réponse est simple : Vous. Vous pour vous. Moi pour moi. Et c’est précisément cette évidence contre laquelle vous militez, vous et les thuriféraires des soins palliatifs, machine de guerre contre la revendication de l’aide à mourir.

Vivez et crevez donc comme bon vous semble, Monseigneur, mais ne vous avisez pas de vouloir régenter nos vies. Vous prendriez le risque de susciter la tentation d’abréger la vôtre (il y a des lions qui n’attendent que ça).

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[1] Discours d’ouverture de l’assemblée plénière des évêques de France, prononcé à Lourdes, le samedi 3 novembre 2012, par l’archevêque de Paris André Vingt-Trois.

«FANATISME»/«FANATIQUE» Archéo-dico 4. (1993)

Archéo-dico. Petit abécédaire fin de siècle des idées reçues à l’usage des générations passées, présentes et à venir.

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Ce texte a été publié dans le numéro 4 de La grosse Bertha (8 décembre 1993).

 

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En société

Tonner contre. Disputer si la sincérité est une circonstance atténuante. Si l’on a soi-même été membre du Parti communiste français, citer son propre cas en exemple.

 

Contenu

Un mollah iranien a lancé une fatwa contre l’auteur des Versets sataniques. Un cardinal français, J.-M. Lustiger, a déclaré en octobre 1988, après l’incendie criminel d’un cinéma du quartier latin qui diffusait La Dernière Tentation du Christ : « L’idée de ce film est une agression contre ce qui est sacré aux yeux des hommes. (…) Quand une société se permet de telles agressions [il parle toujours du film, et non de l’incendie qui fit 14 blessés], elle déclenche des mécanismes aveugles. »

L’un s’est conduit en odieux fanatique, l’autre n’a fait que réagir en honnête catholique dont les convictions ont été heurtées.

Nota : les convictions sont de petits organes externes, particulièrement sensibles chez les croyants. Par dérision, ceux-ci accusent les athées de n’en pas avoir. C’est une calomnie. L’athée a des convictions (par exemple, il croit en l’homme et en l’école obligatoire), mais les siennes sont rétractiles. Selon les meilleurs spécialistes, la taille des convictions est de peu d’influence sur le plaisir féminin.

Mais, objecteront les optimistes, les évêques français s’écartent du fanatisme puisque le mot ne figure même pas dans l’index de leur Catéchisme (1993). Le mot, non, mais la chose ? Lisez plutôt : « Il arrive même que, par une mystérieuse hostilité vis-à-vis de Dieu (dans laquelle le croyant peut déceler la présence de l’Adversaire) des hommes et des femmes cultivent une véritable haine du Seigneur ». L’Adversaire ! Il faut pas moins que Satan en effet pour inspirer une aussi mystérieuse hostilité, dans laquelle la suave odeur de chair brûlée qui flotte des bûchers cathares aux déclarations d’un Lustiger ne saurait entrer pour rien.

Reconnaissons au fanatisme l’intérêt de mettre en lumière la furieuse imbécillité de ceux qui se proclament, contre lui, les apôtres musclés de la tolérance. En 1989, quand débuta l’affaire des foulards, Debray, Finkielkraut et consorts appelèrent à l’ordre d’avant 68 : « La confusion actuelle entre discipline et discrimination ruine la discipline. » Dans un récent numéro de Globe, on pouvait lire à la fois un article moquant le collège américain où l’on interdit les « Doc Martens » comme pompes néo-nazies et un édito appelant à l’« union sacrée », façon 1914, contre l’intégrisme qui menace la démocratie (voir ce mot).

Récemment, à Blida (Algérie), le bruit a couru que le port du voile serait obligatoire dans le secondaire. Le jour dit, toutes les réfractaires sont venues en mini-jupes. Si, s’inspirant de leur exemple, des collégiennes françaises venaient en classe un foulard sur la tête, mais le cul à l’air, on verrait profs laïques et pères mollahs leur donner la chasse de conserve, au nom de la même morale.

 

Citation

« Pour quant à mes vices : impérieux, colère, emporté, extrême en tout, d’un dérèglement d’imagination sur les mœurs qui de la vie n’a eu son pareil, athée jusqu’au fanatisme, en deux mots me voilà ».

Sade (lettre, septembre 1783).