Le capitaine Haddock communique…

De notre envoyé spécial à Moulinsart :

Le capitaine Haddock a fait connaître, tard dans la soirée de mercredi 10 février, sa position définitive à propos des multiples tentatives de détournement dont sont victimes (innocentes!) les œuvres du défunt Hergé.

L’officier de marine estime que ces détournements devraient entrer de droit dans la liste des crimes punis par le texte actuellement en discussion au parlement sur ladite déchéance de nationalité. «Nous disons même plus, a ajouté le capitaine, ils devraient y entrer de droit ».

De son côté, M. Ciotti s’est déclaré intéressé par la position du navigateur. « Il est temps de prendre en compte les racines belges de la France », a-t-il estimé.

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QUAND L’INDUSTRIE DU LUXE RÉCUPÈRE L’ANARCHIE

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L’excellent site Anarlivres attire notre attention sur une énième captation marchande du folklore anarchiste.

Une maison de joaillerie, créée en 2013, a utilisé — peut-être sans le savoir — le nom d’un personnage de bande dessinée imaginé par anarchikRoberto Ambrosoli dans les années 1960 : Anarchik. Je dis « sans le savoir », car il est plus que probable qu’Anarchik est, aux yeux et surtout aux oreilles, de nos créateurs de bagues une homophonie « vendeuse » d’ « anar chic » !

Anar chic, eh oui !

La référence à l’anarchisme est d’ailleurs assumée puisque le logo de la maison est un « A », non plus inscrit dans un cercle, mais dans un diamant ! Vous me direz que ça n’est pas inutile pour découper les vitres…

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Je reproduis ci-dessous une partie de l’argumentaire commercial, dont on goûtera l’humour involontaire.

Ancrée dans son époque, ANARCHIK sublime une femme tendance, indépendante et sûre d’elle, dans un état d’esprit décalé et ludique.

Grâce à la possibilité d’accorder une Pierre Précieuse avec plusieurs anneaux en silicone de différentes couleurs, la femme ANARCHIK révèle sa personnalité en créant ses propres combinaisons.

Imaginées pour la femme moderne, les créations ANARCHIK s’adaptent aux multiples facettes de votre vie quotidienne. Elles se personnalisent selon vos goûts et vos envies. Un système breveté unique permet de changer la pierre ou l’anneau en deux clics et en toute sécurité, pour assortir la bague à vos tenues. Le résultat est surprenant d’élégance, de fraicheur et de modernité.

Les bijoux ANARCHIK offrent à toutes celles qui les portent un sentiment de rareté, de singularité et d’appartenance à une communauté de privilégiés qui se reconnaissent dans l’exigence de beauté, de qualité et d’innovation.

 

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En l’an 2000, le parfumeur Caron, très ancienne maison parisienne, a lancé une eau de toilette baptisée L’Anarchiste, avec le slogan suivant : « C’est dans le noir que se reconnaît l’anarchiste ». La référence au drapeau noir est assez habilement mise en valeur ; pour le reste, on préfère comprendre que c’est désormais à son parfum, et non à son « odeur » que l’on reconnaît l’anarchiste dans l’obscurité.

Original, il attire les hommes et séduit les femmes sensibles au contraste de ce parfum frais et chaleureux à la fois.
Accord : néroli, menthe naturelle, notes boisées et musc.

Le flacon initial ressemblait vaguement à une flasque d’alcool, que la publicité vidéo consultable sur le site de l’INA associait à une allumette enflammée (voir également ci-dessus). Caron y a renoncé depuis pour un flacon plus classique.

Que des commerciaux s’imaginent pouvoir vendre leur camelote, parfums ou bijoux, en utilisant des références aux poseurs de bombes ou à la « communauté de privilégié[e]s » que sont censés constituer les anarchistes (en l’espèce les anarchaféministes) est un signe des temps presque imperceptible, et au fond de peu d’importance.

Cependant, qui dit commerce dit évidemment dépôt de nom de marque et « propriété industrielle ». Anarchik s’imagine ainsi qu’Anarchik lui appartient et Caron se prend pour le propriétaire de L’Anarchiste. Conseillons à ces marchands de ne jamais pousser plus loin ni l’imprudence ni l’impudence en prétendant faire valoir leurs « droits » contre des anarchistes de chair et de sang, qu’ils n’auraient peut-être pas le temps de reconnaître, dans l’obscurité ou en plein jour.

La propriété créé le viol (1977)

Quoiqu’il ne s’embarrasse ni de galanterie ni de beau style, ce texte, publié dans Libération (6 avril 1977), me vaudra un courrier important, et largement approbateur, de femmes et d’hommes.

Le titre pastiche la formule de Proudhon « La propriété c’est le vol ! ».

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Le débat sur le viol s’enlise dès le départ. Tribunaux ou pas ? C’est la trente-sixième roue du char ; elle a une gueule de cercle vicieux. Bon, c’est le problème de l’autodéfense des femmes. On ne peut épiloguer sans fin sur la pureté idéologique de telle ou telle méthode. L’autodéfense, dont la légitimité est indiscutable , est en soi contradictoire et aussi peu pure que possible puisqu’elle met aux prises des exploité(e)s. Donc, à débattre uniquement : l’efficacité de ci ou ça. Porter plainte, ridiculiser ? Court terme et individuel, et surtout partiel, donc faux. On sait très bien analyser la misère sexuelle, disent-elles. Voire ! Le viol n’est pas spécifiquement un comportement lié à (issu de) la misère sexuelle (ce qui la médicaliserait : les violeurs doivent guérir). Le viol est un comportement de propriétaire, de maître. D’accord, on sait d’où ça vient, éducation, etc. Important : les maîtres n’existent que grâce à la touchante complicité de leurs esclaves.

Le violeur est l’avant-garde dispersée, mais efficace, de la monogamie. Ses victimes sont les victimes publiques de la monogamie. L’idée de derrière ma tête : toute femme qui se fait la propriété d’un mec, c’est-à-dire qui lui réserve une exclusivité sexuelle-affective, est en état de viol. Ce viol peut être assorti ou non de violences physiques. Ne pas déduire que la femme mariée, violée dans la rue, n’a que ce qu’elle mérite. Mais elle n’a que ce qu’elle accepte déjà ailleurs.

D’où, se battre contre le viol (ou les maris cogneurs) sans lutter contre le couple monogamique, revient à réclamer le choix de son aliénation, en attaquant une conséquence et pas sa cause.

(Humour) : Lutter contre la monogamie suppose au moins de ne pas aimer soi-même un seul mec. Pour les tenantes du « chacun a bien le droit de baiser comme il veut ! », disons qu’après avoir été l’argument des curés (qui défendent la chasteté ou le mariage) il peut parfaitement devenir celui des violeurs.

Pourquoi diable, des mecs à qui on permet de devenir des maris ou des amants exclusifs se priveraient-ils de violer en prime. D’où sortiraient-ils un tel sens de la nuance ? Entre le flicage plus ou moins feutré de vos tendres couples et la main au cul dans le métro, où se terre donc la liberté des femmes ?

Pour en sortir. Replacer le viol dans la totalité de notre aliénation, sa suppression, dans la totalité de notre révolution sexuelle. Se battre contre la propriété en refusant d’être objet, mais aussi d’être proprio (pas vrai, mec !). Se battre pour ça contre la jalousie, contre le couple, contre la différence amours vraies/amours faciles, etc. Et le dire. Et que vienne le temps où les femmes draguent dans la rue, parlent, suivent, abordent ceux-celles qu’elles désirent ! (Faut-il encore s’ouvrir à son désir).

Que les femmes désirent, qu’elles décident ! Les mecs se sentiront bien plus mal à l’aise qu’au simple vu de représailles antivioleurs. Je trouve au violeur l’avantage de la violence ouverte et claire. C’est un ennemi reconnu par toutes. Le mari [ou] l’amant exclusif est dans ton lit, dans ta tête. C’est à lui que je réserve ma haine ; il ne vient pas du dehors, lui, il est chez toi. Pour gagner, il faut à nos objectifs et à notre stratégie (eh oui, c’est la guerre !) la même clarté qu’à la violence des violeurs.

Voilà. Tout ça, c’est des mots trop courts. Des mots d’amour pour toi que je n’aborderai pas demain de crainte de t’agresser, des mots pour mes amours qui n’ont pas d’homme mais des amants.

Je vous embrasse.

Ce texte a été republié dansrubon5