Comment la publicité offre le corps des femmes pour vendre tout le reste [Aston Martin]

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«Vous savez que vous n’êtes pas le premier, mais vous en souciez-vous vraiment?»

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«Bel» exemple de publicité machiste décomplexée, ici pour des voitures d’occasion de marque Aston Martin.

Sans originalité, certes, puisqu’elle brode sur le vieux thème (moderne, néanmoins) de l’analogie entre les formes du corps féminin et la carrosserie de la voiture, indémodable dans les présentations de prototypes dans les salons de l’auto.

La pose du mannequin ressortit à la pornographie ordinaire: la cuisine fourni le cadre (et les chromes); la dame, occupée à lire on ne sait quoi, fait en sorte de faciliter l’intromission à venir en dégageant ses orifices grâce à une posture qui lui promet la crampe à courte échéance.

Nous sommes chez de vrai(e)s décomplexé(e)s qui ne s’embarrassent ni de culotte (semble-t-il) ni de préjugés religieux ou moralistes.

Le client (eh oui!) sait bien qu’il n’est pas le premier, mais quel homme moderne se soucie encore de virginité!

Qui sait même s’il n’apprécie pas d’être dispensé d’une fastidieuse «période de rodage»…

JE CHANTE LE CORPS CRITIQUE. Chap. 3 Le corps des femmes : gestion — élimination

Je chante le corps critique

 

On trouvera ci-dessous le troisième chapitre de mon livre Je chante le Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.22corps critique, édité chez H & O.

J’ai mis en ligne l’intégralité de ce livre avant même d’avoir trouvé un éditeur ; je l’ai laissé en ligne par la suite. Je récidive ici. Cependant, je ne saurais trop conseiller à celles et ceux qui s’intéressent à son contenu de se soucier aussi de son support papier, et d’en acheter un exemplaire. Non pas tant pour soutenir matériellement l’auteur (je n’y gagnerai pas un centime) mais pour convaincre l’éditeur (celui-ci et d’autres) que prendre en charge un ouvrage de cette sorte a encore un sens. Je ne choquerai ici que les ignorants du travail intellectuel : je n’aurais jamais fourni un tel effort pour simplement alimenter la colonne de mon blog. La lecture n’est pas une activité « neutre », et encore moins « privée »… pas de responsabilité politique en tout cas.

 

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Pour chaque être humain, et pour l’humanité elle-même, le corps est le premier ustensile (avant l’outil fabriqué), dont les usages, érotisme compris, sont objets de savoir et de culture. Dans les sociétés patriarcales, le corps des femmes est objet de plaisir et de pouvoir ; objet aussi terrifiant qu’il est fascinant, d’emploi malaisé et aléatoire. Le présent chapitre évoque certaines variations récentes, à l’échelle historique, de l’usage social des femmes, de la contention à la prostitution en passant par la médicalisation de l’orgasme et l’éducation sexuelle, jusqu’à la tentation « gynécidaire ».

 

  1. techniques du corps : sexe, rythmes et cadences

 

Selon l’image du corps qui y prévaut, les rapports de classes et de parenté qui la caractérisent et qu’elle reproduit, chaque société développe une idéologie du corps et des techniques légitimes qui doivent le mobiliser. Autrement dit : tout usage du corps est culturel. Marcel Mauss rapporte ainsi qu’il apprit à une petite fille à cracher. Cette pratique corporelle qui semble aller de soi n’était en usage ni dans sa famille ni dans son village d’origine. La fillette se trouvait ainsi privée du moyen de se débarrasser de mucosités encombrantes. « Je lui ai appris à cracher. Je lui donnai quatre sous par crachat. Comme elle était désireuse d’avoir une bicyclette, elle a appris à cracher. Elle est la première de la famille à savoir cracher[1]. »

Les points aveugles de la transmission sont eux-mêmes culturellement prescrits. Dans son enquête bourguignonne déjà citée, Yvonne Verdier note que l’on n’apprend pas aux filles à cuisiner : « Cuisiner est un art que l’on doit découvrir toute seule en même temps que l’acte sexuel ; les deux choses s’improvisent en même temps[2]. » Ailleurs, au contraire, les parties génitales sont l’objet d’un apprentissage, qui peut d’ailleurs viser le même but d’intégration à l’ordre patriarcal. À Hawaï, rapporte Marshall Sahlins, « la socialisation des enfants, ceux tout au moins de la noblesse, comportait l’apprentissage de l’amour. On enseignait aux filles l’amo’amo, le “clin-clin” ou clignotement de la vulve, et maintes autres techniques qui “réjouissent les cuisses[3]” ». Dans certaines régions d’Ouganda, on enseigne encore aux jeunes filles des massages destinés à accroître leur sensualité et leur désir[4].

Dans les sociétés occidentales modernes, le corps érotique est l’objet de recommandations, de pressions et sommations diverses, souvent antisexuelles ou à tout le moins hygiénistes. Cependant, ces stimuli et signaux peuvent tout aussi bien aller dans le sens d’une érotisation de la vie ou plus précisément, en particulier chez les jeunes, d’une exaspération de désirs sans moyens.

Un enseignant me raconte que la venue d’une animatrice du Mouvement pour le planning familial (MFPF) est suivie, dans le collège où il travaille, d’une semaine de tensions et de violences. Ça n’est pas l’évocation des méthodes contraceptives qui crée le désir ; elle le révèle et l’exacerbe. La bienveillance, réelle et louable, de la militante du MFPF fait exploser le paradoxe d’un corps adolescent bombardé de sollicitations publicitaires et pornographiques, auquel on vient encore expliquer, « au cas où », comment se protéger du Sida et des grossesses intempestives : autant mettre du sel sur une plaie.

La contention du corps par les techniques éducatives, l’obligation scolaire et salariale, trouve de moins en moins à offrir en contrepartie : on peut être scolarisé et analphabète, travailler 45 heures par semaine et n’avoir pas de papiers, être chômeur et contraint à d’épuisantes et absurdes démarches. Le principal système de régulation des corps adultes demeure toutefois le travail, même à l’heure de sa crise en tant que valeur et de la délocalisation mondiale de la production. La parcellisation, principe de la chaîne fordiste, appliquée depuis aux tâches du secteur tertiaire, reste le modèle de la prescription salariale.

Nous avons déjà évoqué, à propos de la santé des femmes (cf. chap. I), la manière dont les conditions de l’exploitation du travail et la division du temps entre « loisir » et salariat affectent l’être entier, son métabolisme et ses désirs, tout au long de son existence. La question qui se pose ici est de savoir s’il existe un temps ou plus précisément un tempo érotique qui résiste à celui du capital. Dans la plus grande « intimité » supposée, à l’instant de l’orgasme (s’il advient), lorsque s’emballent le cœur et le souffle, sur quel rythme le corps bat-il ? Retrouve-t-il celui d’une nature animale ? Sait-il improviser son rythme propre ou suit-il celui que lui dicte le monde ? Lire la suite

JE CHANTE LE CORPS CRITIQUE. Chap. 2 Le body building capitaliste

Je chante le corps critique

 

On trouvera ci-dessous le deuxième chapitre de mon livre Je chante le Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.22corps critique, édité chez H & O.

J’ai mis en ligne l’intégralité de ce livre avant même d’avoir trouvé un éditeur; je l’ai laissé en ligne par la suite. Je récidive ici. Cependant, je ne saurais trop conseiller à celles et ceux qui s’intéressent à son contenu de se soucier aussi de son support papier, et d’en acheter un exemplaire. Non pas tant pour soutenir matériellement l’auteur (je n’y gagnerai pas un centime) mais pour convaincre l’éditeur (celui-ci et d’autres) que prendre en charge un ouvrage de cette sorte a encore un sens. Je ne choquerai ici que les ignorants du travail intellectuel : je n’aurais jamais fourni un tel effort pour simplement alimenter la colonne de mon blog. La lecture n’est pas une activité « neutre », et encore moins « privée »… pas de responsabilité politique en tout cas.

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Introït

Selon ses apologistes, le capitalisme moderne est le mode idéal de domestication de la nature, des ressources naturelles et humaines. Dans le vocabulaire du management, le titre de « directeur des ressources humaines » n’évoque pas seulement — et beaucoup plus crûment que l’ancien « directeur du personnel » — l’exploitation du travail, mais la prétention capitaliste à exprimer la nature, y compris la nature humaine, comme on écrase une tige pour en exprimer le suc.

En transformant le corps mortel des hommes, dans la production salariée et par les nanotechnologies, le capitalisme glorieux prétend désormais exalter la nature, s’y substituer sous forme d’abstractions (la valeur, l’économie) et de créations (OGM, androïdes). Où la critique sociale dénonce l’aliénation du travail et la médiation publicitaire, le capital vise l’extase, l’action d’être hors de soi.

Un tel programme, par quoi le capitalisme moderne se pose en relève du vieux mysticisme, réclame et mobilise, bien loin de l’éthique protestante des origines, démesure, dilapidation et divagation. Certes, chaque patron de firme salarie des comptables chargés de dire le moindre coût du travail humain. Au mieux, il s’assure de l’hygiène physique et morale de ses employé(e)s, dans la perspective immédiate de la production : cités ouvrières au XIXe siècle, salles de gymnastique aujourd’hui. Cependant, aucun forum de Davos ne se soucie, autrement que sur le mode d’une charité compensatoire, d’évaluer le coût humain de l’exploitation capitaliste, même du point de vue de son expansion raisonnée. C’est une contradiction, dont certains révolutionnaires ont déduit à tort une issue rapide et fatale, et qui fait le dynamisme du Capital.

L’eau glacée du calcul égoïste, dont parle le Manifeste communiste, ce sont bien les émotions, collectives ou personnelles, que la bourgeoisie y a trempées, et non pas pour les y dissoudre comme dans un bain d’acide, mais pour leur faire subir les modifications chimiques qui mènent du désir de sens au désir de marchandise. Dûment préparé par l’éducation à la honte de soi, le désir de marchandise connaît une acmé de plus en précoce, notamment chez les très jeunes filles, dans le désir d’être soi-même marchandise, seule manière connue et reconnue d’être désirée ou simplement tolérée.

Les consommatrices des pays industrialisés et leurs filles peuvent par exemple, à l’aide de la « calculette à points Weight Watchers […] gérer quotidiennement [leur] capital points. [L’appareil] mémorise tous les points dans une banque de points, jour après jour[1] ». Leur rapport au monde, le regard des autres et des hommes sur leur corps leur sont transmis, chaque jour, chiffrés dans le vocabulaire de l’économie.

 

 

  1. Le corps normé

 

L’IMC : Indice marchand de corporence

Quotidiens d’information et magazines féminins invitent leurs lectrices à calculer leur IMC ou « indice de masse corporelle », dont on s’abstiendra de répéter ici l’inepte formule. Rappelons simplement qu’elle prétend, par une combinaison entre la taille et le poids, déterminer la corpulence médicalement acceptable. Certains spécialistes de l’obésité précisent, en guise d’excuse liminaire, que cette abstraction statistique ne serait pertinente que pour le « type caucasien[2] ». Réminiscence de géographie coloniale, l’expression est encore aux États-Unis un euphémisme couramment utilisé pour « race blanche ». Il a le mérite de rappeler que les classifications de population à partir du physique ne servent qu’à fonder des discriminations, fussent-elles « positives ». Ce qu’un nutritionniste exprime en d’autres termes :

« L’IMC sert à caractériser des groupes plus que des individus, son caractère normatif enferme la réflexion médicale dans le cadre arbitraire du “poids idéal théorique” alors que pour un même IMC, les risques pour la santé diffèrent grandement d’un individu à l’autre et d’une population à l’autre[3]. »

De faible pertinence scientifique et d’un usage social suspect, l’IMC mérite plutôt d’être rebaptisé « Indice marchand de corporence[4] ». Il habitue les femmes (et dans une moindre mesure les hommes) à regarder leur corps comme une marchandise qui, même appropriée par un homme, voit sa valeur sans cesse attaquée et révisée à la baisse. Et ce, d’autant plus pour chaque femme particulière que la « féminité » abstraite est à la hausse. Nous aurons l’occasion de vérifier que beaucoup de femmes intériorisent cette « bourse » imaginaire même lorsque leurs compagnons n’en tiennent pas compte.

Sans doute, la norme n’est pas la seule cause de souffrance, et l’on ne saurait inférer des considérations précédentes qu’il n’existe pas de personnes dont la santé physique et le bien-être sont menacées par un poids excessif. L’obésité de masse est même une création capitaliste récente, qui concentre dans la construction et l’exploitation du corps humain les énergies anarchiques du capitalisme moderne. Aux États-Unis, on estime à 300 000 le nombre de décès annuels liés à l’obésité[5]. C’est bien le cas de dire que pour un tel système, tout fait ventre : l’obésité produite par une alimentation industrielle grasse, surchargée en sel et en sucre et l’idéal anorexique, suggéré à des millions de femmes et de jeunes filles qui suivent des régimes aberrants. Ces régimes redoublent les risques de santé encourus, en fixant des idéaux hors d’atteinte mis au point à cet effet par les magazines féminins, l’industrie cosmétique et les fabricants de prêt-à-porter. Faux ennemis, Mac Donald et Slim Fast se complètent pour mettre en coupe réglée un corps devenu champ de bataille[6]. Lire la suite

La Chair des femmes : terre promise aux hommes, à propos d’un film d’Amos Gitaï (2005)

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Je ne doute pas des bonnes intentions qu’affiche Amos Gitaï. Il les appuie d’ailleurs sur des constatations de bon sens et des informations saisissantes : « Il y a un lien évident entre la tension liée à la peur [dans le conflit Israélo-palestinien] et la dépense sexuelle [organisée, au seul bénéfice des hommes, par les deux camps[1]. » ; on estime que, chaque année, 3 000 femmes sont acheminées en Israël depuis les pays de l’Est, pour y être prostituées.

Les bonnes intentions d’Amos Gitaï viennent de loin. On peut supposer qu’il connaît l’origine de son prénom : dans la Bible, Amos est un berger-prophète inspiré par Yahvé, qui lui annonce le châtiment d’Israël où l’on « achète les faibles à prix d’argent » (Amos, 8-6).

On veut bien croire que faire d’un attentat palestinien l’instrument du châtiment divin qui s’abat sur les trafiquants de chair humaine a pu choquer une partie de l’opinion israélienne, et de l’opinion juive dans le monde. Et que cela puisse être salutaire, on veut bien le croire encore.

Cependant, chacun sait que les bonnes intentions font le pavement des enfers aussi couramment que des terres promises. Ce qui m’intéresse, en l’occurrence, c’est la manière dont est traité, c’est bien le cas de le dire, le corps des femmes, et représentée la violence sexuelle.

« Même avec des comédiennes, dit Gitaï, j’étais inquiet de la manière de filmer les corps des femmes, nues, humiliées physiquement. Il y a tant de films dégoûtants qui tirent bénéfice de ce qu’ils prétendent dénoncer. La présence à mes côtés de trois femmes, Marie-José Sanselme au scénario, Caroline Champetier à la caméra, Isabelle Ingold au montage, était essentielle[2]. »

Justement, Caroline Champetier déclare au Monde [3] : « Je fais partie des féministes qui ont poussé la radicalité un peu loin. » Diable ! On aimerait en savoir davantage sur cette lointaine radicalité, dont le journaliste du Monde s’extasie que le « féminisme » (les guillemets sont de lui) en quoi elle s’est muée, constitue « l’un des atouts » de Champetier en tant que camérawoman de Terre promise.

De la pornographie

– Scène I

Lors d’une halte dans le désert, l’un des convoyeurs arabes du groupe de jeunes femmes en choisit une, qu’il viole. Si l’on ne savait pas qu’il s’agit d’un geôlier et d’une presque prisonnière (nous ignorons quelle est la part de contrainte dans la succession d’événements qui l’ont conduite là), on pourrait penser à une scène de séduction. La fille geint plus qu’elle ne crie, se débat sans violence. Que croit-elle ? Que craint-elle ? Que pense-t-elle ? Que dit-elle ? Nous n’en saurons rien. Nous ignorons d’ailleurs tout d’elle et de ses compagnes ; ce ne sont pas des personnages mais des icônes.

À la fin de la scène, la caméra monte vers la lune pleine. Maintenant que je connais les antécédents d’une excessive radicalité de la camérawoman, je me dis qu’il s’agit peut-être d’une très audacieuse satire du rite de la lune de miel… Sur le moment, la scène est confuse — image et sens.

– Scène II

Les filles sont présentées aux acheteurs. C’est un marché de chair humaine, une foire aux esclaves. La femme qui les vend fait l’article : elle est jeune ! elle est belle ! poitrine superbe ! La scène est d’autant plus violente qu’elle mobilise peu de violence effectivement pratiquée. « Ne l’abîmez-pas ! » dit la vendeuse. « Poitrine superbe ! » répète-t-elle : on fait jaillir deux seins d’un chemisier, chair lumineuse dans le rayon des phares des 4 x 4. Image pornographique, au sens strict d’abord : qui décrit la prostitution. Mais pornographique aussi parce qu’image inutile du corps exhibé. Et répétée. « Poitrine superbe ! » : deux autres seins jaillissent.

– Interlude

Je ne me lasse pas de la contemplation des corps humains en général et de ceux des femmes en particulier. Je ne suis jamais rassasié de peau et de chair : peau, chair et courbes des fesses, des ventres, des poitrines. Les êtres humains rendus à leur nudité, à la fois unifiés et irrémédiablement individualisés par elle, me sont une source d’émotion inépuisable. Peu porté par ailleurs au fétichisme, je me connais pas de préférence (« gros seins », « petits culs », que sais-je…). Et j’apprécie pareillement le corps des femmes pour lesquelles je ne bande pas.

J’ai détesté la vision de ces seins-là. Je n’avais nul besoin de les voir, d’être fait voyeur de ces seins, pour comprendre ce qu’on voulait me (dé)montrer. Ou bien s’agit-il de me faire bander, pour établir ainsi scientifiquement ma complicité avec les trafiquants de femmes ? Quel peut être le sens de la situation ainsi créée : des seins dévoilées sur l’écran ; moi qui souffre dans mon fauteuil ; ma voisine, inconnue qui est venue s’asseoir à mon côté qui geint, se cache les yeux, se frappe les cuisses ?

– Scène III

Un camion transporte plusieurs filles. Le chauffeur, excité croit-on par le coït amorcé entre un convoyeur et une fille détachée du lot (dont on ne comprend pas si elle a un statut privilégié ou si elle est victime de l’amour qu’elle éprouve pour le beau mac), arrête le camion, choisit une fille et la viole.

Le viol menace à chaque instant. OK J’ai vu la fille tirée par le bras, on pourrait me la montrer pleurant, une fois remontée dans le camion. Je ne suis pas idiot.

Or j’assiste au viol. En gros plan. Mais c’est un viol incroyable. Je dis peut-être une bêtise, je manque d’expérience en matière de viol. Voilà. Le convoyeur ouvre sa braguette, prend la tête de la fille et lui imprime un mouvement de va-et-vient très rapide et très violent, rabattant le front de la fille sur son pubis de toute sa force. Je n’ai pas remarqué que la fille ait été contrainte d’ôter un dentier… Ou bien le violeur a-t-il une bite en bois ? Quand il a fini (quoi ?), croyez-vous que la fille régurgite du sperme, comme chez Breillat ? Pas du tout. D’ailleurs Bite-en-bois lui donne une espèce de baiser au coin des lèvres ; c’est dire qu’il ne craint pas d’y trouver son propre sperme (je dis peut-être une bêtise, mais il me semble que, le plus souvent, les mecs hétéros réservent de préférence l’ingestion de leur sperme aux femmes qu’ils violent/dominent).

Quel est le sens, une fois encore, de cette mauvaise pornographie, à la fois ostentatoire et si peu réaliste ?

Il y a précisément dans un autre film israélien récent, Mon trésor, une scène de fellation. Le film de la réalisatrice Keren Yedaya traite également de la prostitution, d’abord pratiquée par une femme, puis par sa fille. C’est la jeune fille qui est amenée, sans contrainte mais avec un souverain mépris masculin, à soulager d’un trop plein de sperme un ancien petit ami, retour du service militaire. La scène est triste, parfaite, subtile. Comme le film et le regard de la réalisatrice sur la jeune fille (Dana Ivgy), fascinante d’énergie, sur son corps, éloigné des canons dominants de la beauté, et parfaitement bouleversant.

– Scène IV

Les filles sont arrivées dans l’établissement, dancing-bordel en bord de mer, qui s’appelle Promised Land. On leur intime l’ordre de se déshabiller entièrement, elle sont coincées par quelques costauds sur une espèce de galerie qui domine les flots. Un des types les passe au jet d’eau, quelque chose entre chahut de bord de piscine et thalasso glauque. On pense à un rite de passage, une humiliation supplémentaire, gratuite et un peu minimaliste pour des filles qu’on va faire violer pour de l’argent. Mais admettons…

Or à quoi pensent les journalistes du Monde et Gitaï lui-même ? Je vous le donne en mille : à Auschwitz !

Je n’invente rien. Lisez Le Monde [4] : « Une hallucinante séquence de déshabillage forcé avant qu’elles soient poussées sous une douche au jet [notez la contorsion pour user du mot douche et éviter de parler d’un tuyau d’arrosage], qui, par sa violence [pas celle du jet, en tout cas], pétrifie autant le spectateur que les gamines déshumanisées, insiste sur le parallèle iconoclaste entre le gazage des juives à Auschwitz par les nazis et la réduction d’innocentes émigrées au rang de marchandises par des citoyens d’Israël. »

« Il est tout de même difficile de ne pas y penser [à la Shoah, dit un autre journaliste J. Mandelbaum] en voyant la scène au cours de laquelle les filles sont passées à la douche. Y avez-vous pensé vous-même ?

Oui, évidemment », répond Gitaï [5].

La question précédente portait justement sur la Shoah comme « référence » du film, et Gitaï a répondu : « Non. La Shoah est un événement unique dans l’histoire de l’humanité, et est devenu à ce titre un référent absolu, y compris sur le plan iconographique, auquel on fait appel un peu trop à la légère à mon sens. »

Donc : Non, mais oui !

Ainsi, on nous montre une demi-douzaine de top-models les miches à l’air, courant et piaillant sous le tuyau d’arrosage d’un maquereau culturiste, et nous sommes supposé(e)s songer aux camps d’extermination nazis !

Est-ce que la « banalisation du nazisme », dont ils ont pourtant plein la bouche, a gangrené à ce point ce qui tient lieu de cervelle à ces gens pour qu’ils voient réellement une métaphore de la chambre à gaz dans ce grotesque arrosage ?

Ou bien s’agit-il, et cela ne vaut pas mieux, d’une métaphore cinématographique ? Le scénario de « L’arroseur arrosé » se retournerait : le [juif] arrosé [de gaz] arrose à son tour, et tel est pris [dans le crime] qui croyait prendre [le tapin]… Et puisque la fausse salle de « douche » dissimulait la vraie chambre à gaz, le passage au jet serait supposé marquer l’équivalence… Mais de quoi ou de qui d’ailleurs ? Maquereaux = Nazis ? C’est ça ? Ah non ? Maquereaux [même juifs] = Nazis ? C’est bien ça ?… Restons-en là, Gitaï aurait mieux fait de s’en tenir à sa méfiance envers des références utilisées « un peu trop à la légère ».

Rideau !

« La question centrale du film, dit Gitaï dans la même livraison du Monde, est celle de l’exercice du pouvoir par l’humiliation d’autrui. »

C’est en effet une question importante. On ne trouve hélas dans le film aucun élément de réponse ou d’analyse qui permette de l’éclairer. On rangera donc Terre promise parmi les tentatives manquées, et Mon trésor parmi les réussites.

Quant à la manière de montrer au cinéma, de cinémato-graphier le corps nu, désirant, et le plaisir, on mentionnera rapidement, pour y revenir peut-être ultérieurement, les tentatives stimulantes et audacieuses de Catherine Breillat (Anatomie de l’enfer) et de Patrick Chéreau (Intimité), et au contraire l’horripilant voyeurisme d’un Brisseau (Choses secrètes).

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[1] Entretien, Cahiers du Cinéma, janvier 2005, p. 42-43.

[2] Cahiers du Cinéma, op. cit.

[3] 23-24 janvier 2005.

[4] Article de Jean-Luc Douin, 12 janvier 2005.

[5] Le Monde, 12 janvier 2005.

La pornographie esclavagiste

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Il existe de « faux sites » Internet — j’ignore si le phénomène a déjà gagné un nom anglais — qui fonctionnent sur un mode qui évoque celui du chalut pour la pêche en mer, ou peut-être plus précisément le miroir aux alouettes pour la pêche aux oiseaux (inutile de m’écrire, j’ai simplement une longue journée de travail derrière moi). Il s’agit de leurrer les moteurs de recherche, et celles et ceux qui les utilisent, en proposant un maximum de « signaux », ou d’appeaux.

Ma très relative notoriété devrait m’épargner le sort peu enviable de piège à gogos, mais il se trouve que Mona Cholet m’a cité dans un article critique sur les Femen, lequel article a été reproduit et traduit partout dans le monde. Les moteurs de recherche mafieux considèrent donc que le panneau « Claude Guillon » vaut d’être tendu en travers de la toile. On attrapera bien quelque chose…

Reste à savoir pourquoi on cherche à appâter le gogo, sur mon nom ou sur n’importe quoi qui soit susceptible de l’attirer.

Suivant l’un des liens disponibles à partir d’un « faux site » qui prétendait afficher mon nom (en réalité, une phrase de l’article sus-évoqué), je suis tombé sur l’ « offre » dont vous pouvez juger d’après la capture d’écran ci-dessous. Il s’agit donc de vendre soit des femmes, soit l’illusion de disposer de femmes (on comprendra, j’espère, que je n’ai pas poussé plus loin l’investigation). La prostitution est hélas banale, et il est assez logique que les maquereaux et maquerelles utilisent Internet pour fourguer leur marchandise.

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À supposer (je vous laisse juge) qu’il y ait un sens à opérer des graduations dans la dégueulasserie, cette annonce mérite une excellente note. En effet, on cherche à nous vendre ici, non seulement des femmes, mais des femmes censées (c’est très probablement faux, accessoirement) chercher à obtenir la nationalité française. À strictement parler, cette idée n’a aucune espèce de sens. En réalité, il s’agit uniquement d’un argument pornographique, et non juridique, encore moins humanitaire, cela va de soi. Il ne s’agit donc pas de tenter l’énoncé (grotesque, par ailleurs) : « Baisez cette fille, vous lui rendrez service ». Il s’agit — on pourrait dire au contraire — de faire bander le client à l’avance en lui présentant la prestatrice de services sexuels comme étant à sa merci. Elles sont prêtes à tout, ce qui signifie bien entendu « à tout subir ».

Une fois contrôlé, ou non (désolé !), l’envie de vomir que suscite ce genre d’entreprise, et s’il vous reste assez de distance ironique en réserve, vous pourrez relever l’extraordinaire confusion des propositions contiguës les unes aux autres. En effet, après avoir mis en avant la fragilité bien venue des proies offertes contre rémunération, le portail vous balance sans rire un « avertissement » que je qualifierais de « surréaliste » si je ne craignais d’être tourmenté dans mon sommeil par les mânes de Benjamin Péret :

« Respectez les désirs sexuels des autres membres. Ils se sont inscrits pour la même raison que vous : s’envoyer en l’air. Ne les traitez pas comme des stars du porno ou des prostituées. […] Respectez la vie privée de tous les membres. »

Je croyais avoir compris que certains « membres », chinoises en l’occurrence, n’étaient là que pour obtenir la nationalité française !… En réalité, et c’est l’hypothèse la moins inquiétante, il est possible qu’il n’y ait aucune femme, ni chinoise ni moldovalaque, et qu’il s’agisse d’une arnaque genre « minitel rose » où des employé(e)s répondent par mail aux gogos en jouant les stars aux yeux bridés. Il aurait fallu pour le savoir, s’inscrire et pousser plus loin l’enquête. Passons…

Ce qui est certain, c’est que cet appât sexuel utilise à la fois le fantasme (ou la réalité) de femmes en détresse, prête à jouer les esclaves sexuelles pour se libérer (ben tiens !) et la réalité des barrières entre États, ainsi que les façons de faire des trafiquants de chair humaine, confisquant leurs passeports et autres papiers aux immigré(e)s, comme n’importe quelle police aux frontières.

Entre ces deux systèmes, étatiques et maffieux, l’obscénité est équitablement partagée.

 

Faites une pipe au clown !

Ce court texte peut se lire comme un addendum au chapitre III de mon livre Je chante le corps critique. Les usages politiques du corps (H&O).

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Une pipe au clown

Faites une pipe au clown ! Goûtez à l’arc-en-ciel

 

Capture d’écran 2014-11-09 à 12.58.14e ne connais ni l’origine de cette photographie (on dirait un poster) trouvée sur le Net sans indication d’origine ni les intentions de ses auteur(e)s. Elle me semble intéressante en ce qu’elle dissone avec le thème pornographique sur lequel elle affecte de broder : l’« éjaculation faciale ». Puisqu’elle représente une jeune femme, nous n’aborderons que la fellation hétérosexuelle.

Le contenu explicitement suggéré est assez simple : le sperme du clown, à l’égal du costume d’Arlequin, est multicolore. En goûter, c’est goûter à toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

Profitons-en pour noter un paradoxe de l’éjaculation faciale ou au moins un déplacement par rapport à la fellation « classique ». Celle-ci s’entendait de préférence suivie d’une ingestion par la partenaire du sperme éjaculé (je suce, j’avale tout). « Avaler la fumée », comme l’on dit parfois pour filer la métaphore, conclut une fellation bien menée, marque l’absence de dégoût (ou l’effort consenti pour le surmonter), et assure la satisfaction optimale du mâle pompé.

Il faut que l’éjaculation faciale soit, si l’on ose dire, une figure pornographique particulièrement gratifiante par ailleurs pour que les mâles se privent de l’orgasme dans la bouche de la partenaire et reviennent, à l’instant suprême, à l’action manuelle ordinaire. On m’objectera que l’éjaculation faciale n’est pas absolument contradictoire avec l’ingestion, qui peut être partielle et consécutive. Il est facile d’observer en effet sur de nombreuses vidéos tournés par des amateurs de probables éjaculations précoces, trop pour être faciales en tout cas, ce qui oblige la réceptrice à différer l’ingestion, et à bien montrer à la caméra le sperme qu’elle a conservé dans la bouche. Dans un certain nombre d’autres cas (je m’excuse ici de l’absence de décompte scientifique, lequel excéderait ma patience), la verge est à peine ou pas du tout sucée après l’éjaculation.

Encore une remarque sur l’éjaculation faciale : il n’est pas rare (voir parenthèses précédentes) que le visage aspergé de la dame marque de la surprise, un léger dégoût (dont rien ne dit qu’une fellation suivie d’ingestion l’aurait suscité) et une gêne qui combine probablement les deux sentiments précédents. On devine qu’elle a hâte de pouvoir s’essuyer. Sans parler du fait que le sperme reçu dans l’œil (comme d’autres liquides) peut être fort désagréable.

Et encore cette remarque : la complaisance de tant de femmes à satisfaire les fantaisies, en l’espèce parfaitement stéréotypées et reproduites à des millions d’exemplaires, de leurs amants, surtout en dehors de la sphère privée, est pour moi une source d’étonnement. Certes la fellation met en scène un savoir-faire féminin, dont l’étalage peut être considéré comme gratifiant (mais comment ne pas penser à un gigantesque casting pornographique…). Cependant, elle présente du plaisir et de la relation érotique une version très réduite. Elle se concentre, avec l’objectif de la caméra, sur la verge bandée, seule et suffisante représentation/incarnation de l’homme, et au contraire sur l’entière personnalité de la femme — son visage — mise au service du plaisir mâle1. Passons ici sur les problèmes personnels et juridiques d’une infinie variété que posent ou poseront la mise en ligne, c’est-à-dire la publicité planétaire et permanente, d’un moment consenti dans telle relation, à tel âge de la vie. Question prémonitoire de Brassens (dans Les Trompettes de la renommée) : « Combien de Pénélope passeront illico pour de fieffées salopes » ?

Gageons que les coulisses d’un certain nombre de ces scénettes pornographiques feront dans les décennies à venir l’ordinaire des tribunaux correctionnels, comme l’on a appris avec bien des années de retard les conditions de tournage, respectueuses ni des droits de la personne ni du droit du travail, d’un film comme Deep Throat. En effet, à supposer, ce qui reste à prouver (mais le contraire aussi), que la divulgation a toujours été faite avec l’accord express de l’intéressée, il est peu probable qu’elle ait songé pouvoir changer d’avis et de vie dans les années suivantes…

Intéressante et nouvelle condition d’exercice du complexe d’Œdipe que celle où le garçon pourra se masturber en retrouvant dans les archives des sites pornos l’image de sa mère suçant une bite, malheureusement (?) impossible à identifier comme étant celle de papa, puisque dans 99 pour cent des cas l’homme n’est pas identifiable. Dans le même temps, la jeune fille pourra préférer les vidéos tournées par sa mère pour s’initier elle-même à la complaisance hétéronormée. Sade aurait ironiquement salué dans une telle situation le triomphe de la famille !

Revenons à la jeune goûteuse d’arc-en-ciel.

Son sourire franc, confirmé par la lueur ironique du regard, évoque davantage la bonne blague que la politesse faite à un amant insistant. Elle se marre. Et je dirais volontiers qu’elle se moque. De qui ? Voici une question plus délicate.

Observons qu’elle n’a nullement l’air « souillée » ou embarrassée en quoi que ce soit par les ostensibles traces de l’éjaculation multicolore. Son teint de brune, ses cheveux ramenés en arrière, ses paupières maquillées, lui donnent — éjaculation aidant — plutôt l’air d’une jeune indienne sur le sentier d’une guerre de comédie.

Le recours au personnage du « clown » est également ambigu. Le clown fait rire (c’est son job), mais il est lui-même plutôt triste. Ne doit-il pas se peindre sur le visage un immense sourire sanglant pour faire croire à sa jovialité ? C’est un peu comme le phoque qui fait tourner des ballons sur son nez, « ça fait rire les enfants, ça dure jamais longtemps, ça fait plus rire personne, quand les enfants sont grands », comme disait la chanson du groupe Beau Dommage. Les grands enfants perçoivent ce qu’il y a de tragique, ou au moins de pitoyable, chez le clown. Disons-le : il a un côté pauvre type.

Goûtez à l’arc-en-ciel ! La formule est poétique. Dans sa poésie naïve et outrée, elle rejoint les fantasmes masculins de toute-puissance qui font du sperme un fluide magique, un merveilleux nectar composé d’un tiers de miel, un tiers d’opium et un tiers de nitroglycérine… De quoi vous envoyer au ciel, à cheval sur un arc.

Si vous voulez mon avis, la jeune femme de la photo ne prend pas ces rodomontades phalliques très au sérieux. Elle a joué le jeu, elle en a pris plein la figure et elle en rigole. Sans méchanceté mais sans pousser plus loin la complaisance. Elle n’a pas l’air pâmé que croient devoir adopter certaines pipeuses du Net, comme si elles avaient elles-mêmes extrêmement joui au lieu de se donner de la peine 2.

Que semble-t-elle nous dire, finalement, cette jeune squaw hilare ? Qu’il peut être plaisant de sucer un garçon quand on en éprouve le désir. Que le résultat peut être distrayant, même si vaguement ridicule, voire gênant (est-ce que ça tache ?).

Mais qu’il est risible celui qui se prend au sérieux pour peu qu’on accepte d’emboucher son organe, ne jouissant à l’aise que seul dans le plaisir, et de préférence devant une caméra (Relève tes cheveux, chérie ! Lève tes yeux vers moi, là tu louches !).

Et encore qu’il est sain de rire de tout, à commencer par les prétentions clownesques des garçons à considérer leur sperme comme un cadeau divin, dont l’expulsion mérite d’être indéfiniment mise en scène, reproduite et diffusée comme un phénomène merveilleux, auquel les femmes devraient prêter leur visage de bonne grâce, comme réceptacle, miroir et écran.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.55.27

1 Les cinéphiles (et les autres) noteront que c’est le dispositif exactement inverse de celui adopté par Andy Warhol dans son court métrage Blow Job (Fellation ; 1964), plan fixe de 35 minutes sur le visage d’un homme dont le titre du film suggère qu’il se fait sucer. Et, pour persévérer dans la nostalgie des avant-gardes artistiques trop rapidement opposée à la démocratisation pornographique, mentionnons Moment de Stephen Dwoskin (1968), plan de 10 minutes sur le visage d’une jeune femme qui jouit (d’elle-même ou par l’entremise d’un tiers, on l’ignore). Dans les deux cas, sous la contrainte en l’occurrence féconde de la censure, le réalisateur envisage le plaisir, fait du visage (porteur d’expressions, d’émotions) le principal témoin érotique, ni organe ni orifice, sur-face.

2 Oui, je sais… À propos, il n’est que temps de proposer une traduction littérale de l’expression Blowjob (en un seul ou en deux mots). Disons « travail du souffle ». Cela n’étonnera que ceux qui n’ont jamais songé que l’opération en réclame beaucoup.