MAINTENANT ! (2005)

En quoi la libération des militant(e)s d’Action directe est une pressante nécessité

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La chambre d’application des peines de Douai a refusé, le 14 septembre 2005, pour la énième fois, la libération conditionnelle de Nathalie Ménigon[1].

On sait que l’état de santé de cette militante, qui a subi deux accidents vasculaires cérébraux, est très précaire, notamment du fait de sa détention. On sait que la prison détruit et qu’elle ne soigne pas celles et ceux dont elle a détruit la santé. De ce point de vue, la prison est un mensonge obscène sur la possibilité d’un « châtiment » qui se « limiterait » à la privation de liberté.

Ceci rappelé, disons que le présent texte ne se fixe pas pour tâche de ressasser les motifs d’ordre humanitaire ou idéologiques qui justifieraient la libération des ancien(ne)s militant(e)s d’Action directe. Ces motifs sont bien connus et d’ailleurs reconnus par un nombre croissant de personnes qui ne partagent aucun des objectifs d’Action directe ou qui partagent certains d’entre eux (« révolution », « communisme ») en désapprouvant l’assassinat politique comme moyen d’action, soit pour des raisons philosophiques, soit pour des raisons tactiques, soit les deux à la fois.

Au-delà d’une élémentaire opposition au traitement que l’on inflige à ces détenu(e)s « au nom de la société », le présent texte veut attirer l’attention sur le fait que leur libération ne présenterait que des avantages, y compris — à rebours des « inquiétudes » gouvernementales —celui de prévenir les réactions désespérées que ne manquerait pas de susciter le décès en prison de l’un(e) d’entre eux. Lire la suite

À propos de l’auteur de “Tentative de bilan du Comité de lutte Renault”

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e reproduis à part la note concernant Nicolas Boulte, auteur de la Tentative de bilan du Comité de lutte Renault, cité dans Le Militantisme, stade suprême de l’aliénation (republié sur ce blog).

 

D’abord catho de gauche, comme beaucoup de militants maoïstes, Nicolas Boulte adopte un pseudo biblique : Baruch Zorobabel. Baruch, accessoirement le prénom de Spinoza, est un scribe proche de Jérémie, qui lui dicte ses prophéties. Zorobabel est le prince de Juda qui ramène les Juifs de Babylone à Jérusalem et entreprend la reconstruction du Temple avec Josué. Ces références ne lui vaudront aucune mansuétude de la part du petit chef de la Gauche prolétarienne (GP, groupe d’inspiration maoïste) Benny Lévy (décédé en octobre 2003), qui, à rebours de Boulte, a pris un pseudo catholique : Pierre Victor.

Leader de l’association des étudiants de l’Institut catholique, Boulte est, en 1965, président de la Jeunesse universitaire chrétienne (JUC), scission de la JEC (Jeunesse étudiante chrétienne). Il sera, en 1968, secrétaire du Comité Vietnam national. Il collabore au Nouvel Observateur.

Établi chez Renault en tant que militant de la GP, il est licencié après l’assassinat de Pierre Overney par un vigile de l’usine, le 25 février 1972.

Déjà critique à l’égard de la GP, il fait part, en interne, de ses virulentes critiques à l’égard des dirigeants, qu’il accuse surtout d’avoir adopté une stratégie de la tension, faute de pouvoir élaborer une véritable stratégie politique.

« Il est convoqué devant une sort de tribunal où, une nuit entière, on cherche à lui extorquer une autocritique. Il n’a pas le droit de prendre des notes pour répondre à se accusateurs. Insultes et injures pleuvent. Il résiste. On le menace, s’il rend public son bilan de le “barraminer, c’est-à-dire de le ramener dans le droit chemin manu militari [1]. »

Boulte ne cède pas et rédige, d’abord comme document interne, sa Tentative de bilan. Selon Rémi Hess — alors militant du groupe Vive la révolution —, Boulte est « tabassé dans une cave par un commando mao[2] ». Il tente de se suicider ; il est découvert à temps et réanimé. Il se tuera pour de bon trois ans plus tard, en mai 1975, après avoir envoyé au Monde sa notice nécrologique :

« On nous prie d’annoncer que Nicolas Boulte s’est donné la mort volontairement, lucidement. “À ce dont l’esprit se contente, on mesure l’étendue de sa perte” (Hegel). »

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[1] Hamon Hervé, Rotman Patrick, Génération. 2. Les Années de poudre, Seuil, 1988, p. 421. «Barramine», frapper à l’aide d’une barre de fer, dite barre à mine.

[2] Hess Rémi, « Le Maoïsme, l’analyse et les analyseurs », L’Homme et la société, n° 29-30, juillet-décembre 1973, pp. 35-44.