Et je reste des heures à regarder la mer…

Il n’y a pas que les Pogues dans la vie, il y a aussi ces ritournelles pour la radio et l’eurovision qui ont su s’accrocher à vos cheveux comme un brin d’herbe, une graine tombée d’un arbre. Pas seulement parce qu’elle étaient ressassées (la puissance de répétition était bien moindre alors) mais parce que c’étaient de «bonne chansons» qui nous parlaient d’amour, de vie, de tristesse et qui nous rappellent aujourd’hui un chagrin, une rencontre.

Alain Barrière était un chanteur très particulier, avec du coffre mais sans aucune «facilité», le contraire de Sinatra (dont l’aisance devait demander beaucoup de travail!). C’est difficile à expliquer: j’ai toujours eu l’impression que sa voix peinait à sortir de sa poitrine; pourtant il tenait la note. Mais il y avait quelque chose de rauque, de rugueux: rien ne coulait. C’est ce qui faisait son charme à mes yeux. Il a disparu, chassé par le fisc (comme Polnareff) et sans vrai retour possible.

De ses chansons, je n’ai retenu, comme souvent, qu’une ou deux phrases qui me traversent l’esprit de temps à autre et que je chante (en les déformant, je m’en aperçois). Les vidéos disponibles sont d’un kitsch improbable; certaines auraient pu être tournées en Union soviétique…

Le monsieur est mort hier à 84 ans. Ça n’est ni un grand chanteur ni un grand auteur qui disparait. Simplement un peu de la culture populaire qui s’envole et fait battre mon cœur comme une porte.

Heather Heyer, tuée par un nazi à Charlottesville: Qu’elle repose en guerre!

Heather Heyer, militante anarchosyndicaliste des IWW a été écrasée hier par une automobile conduite par un nazi. Ce dernier a foncé dans un groupe de manifestant(e)s antifascistes.

Elle avait 32 ans.

Qu’elle repose en guerre!

Le prétendu «suprémacisme blanc» qui fournissait le prétexte du rassemblement de Charlottesville n’est qu’une des formes les plus grotesques et répugnantes du néonazisme. Il doit être éradiqué partout.

“J’ai mordu tout un an des cheveux de fougère.”

Aragon. Le Paysan de Paris

 

Le prénom Heather vient du moyen anglais heth, qui signifie fougère. Peut-être a-t-il été donné à notre camarade en écho à la rousseur de ses cheveux?

Peut-on dire d’une personne qu’elle a «les yeux roux»? Si oui, Heather était bien née sous le signe de la fougère.

Nous n’oublierons ni son regard ni celui – éteint, dans une face bovine – de son assassin.

 

Michael Jackson est mort plus jeune que moi. Trop nul! (2009)

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i j’avais un blogue, je dis si, parce que en réalité, ça n’est pas un blogue que vous lisez là, pas au sens d’un journal alimenté plus ou moins quotidiennement par des textes courts et d’actualité. Bref ! si j’avais un blogue (rien ne dit qu’un jour, d’ailleurs[1]…) j’aurais réagi, non pas au décès de Michael Jackson, mais à l’ahurissant battage médiatique qu’il a suscité, suscite encore, et auquel je dois reconnaître que je participe ici même (après avoir néanmoins attendu, par décence, que le grotesque cercueil doré à l’or fin soit cloué et enterré).

On me dit que Jackson est le chanteur qui a vendu le plus de disques dans le système solaire. C’est le genre d’information quantitative et financière qui me laisse absolument froid (oh ! pardon ! Disons « indifférent »).

On m’assure qu’il avait une espèce de génie musical et chorégraphique. Je suis tenté de reconnaître mon incompétence en la matière. Le genre de musique que produisait le défunt me laisse… indifférent. Dans le genre, j’aime mieux Prince.

Que reste-t-il donc qui est supposé retenir mon attention et justifier l’hystérie planétaire et macabre et une Thema d’Arte ?

– Un garçon né noir de peau, qui essaie de devenir blanc.

– Un type qui consacre ses royalties à se faire refaire la façade (par des escrocs qui lui font un pif avec lequel il devait être impossible de respirer).

– Un vieux petit garçon, peut-être victime de harcèlement sexuel dans l’enfance, certainement exploité, et qui semble développer une fâcheuse tendance à la reproduction des situations traumatiques.

– Un drogué maladroit qui se fait injecter des saloperies dans les veines, en plus de celles qu’il avale, pour ne pas vieillir… et qui meurt bien avant le terme normal de sa vie d’homme riche occidental.

Au pire, c’est détestable ; au mieux, c’est pitoyable.

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[1] Mon esprit visionnaire se révèle ici une fois de plus. Note de 2014 (hep ! inutile de rebloguer frénétiquement, je plaisante).

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Plutôt que de communier sur Arte, je pense que je vais revoir Des Trains étroitement surveillés, un film du cinéaste tchèque Jiri Menzel. Hier soir, j’ai regardé Mon cher petit village. C’est drôle, frais, inventif, chaleureux. Un excellent antidote, que je vous recommande, au culte des morts-vivants.