Appel au monde du livre à défendre la zad de Notre-Dame-des-Landes et sa bibliothèque

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Le gouvernement Valls avait annoncé que cet automne débuteraient les travaux de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, et que pour ce faire tout ce qui y vit serait extirpé par la force. La saison avançant, la menace se fait pressante, et nous sommes plus que jamais déterminés à défendre le bocage et ses habitants, en empêchant que ne sorte de terre un ouvrage aussi inutile que nuisible. Une grande manifestation se tiendra donc sur les terres menacées de saccage les 8 et 9 octobre prochains.

Cela fait presque dix ans désormais que se joue en ces lieux une expérience unique, mêlant paysans refusant de quitter leurs fermes, locataires indéracinables désormais voisins – et bien plus encore – de toutes celles et ceux les ayant rejoints suite à l’appel des « Habitants qui résistent ». Ces quelques années ont vu se bâtir et grandir soixante lieux de vie à la place du béton et des vrombissements promis par l’État et la multinationale Vinci. Sur ces quelques 2000 hectares, c’est une véritable expérience révolutionnaire qui se construit, à l’envers des logiques de soupçon, de « sécurité », de normalisation et d’individualisme qui ont cours dans notre présent policé. Sa force se love dans son ouverture à ce qui l’entoure, dans les mille liens dont elle est tissée, qui dessinent aujourd’hui une géographie nouvelle à même de lézarder le meilleur des mondes qui nous est imposé. Au creux de cette époque enténébrée, la zad est une lueur qu’il nous incombe non seulement de maintenir, mais de nourrir afin que son feu continue de réchauffer nos espoirs. Alors que le danger approche, de nombreux lieux proposent donc d’organiser leur défense en montrant des pans de la vie que nous défendrons et continuerons d’enrichir ici, en invitant par exemple des meuniers au moulin, des fromagers dans la laiterie, etc. Et pour la bibliothèque, ce sont à des auteurs, éditeurs ou libraires que nous faisons appel afin de la sauver d’une destruction annoncée. L’idée que les livres soigneusement mis ici à la disposition de tous soient piétinés par des CRS, brûlés par des grenades ou définitivement enfouis sous les décombres du bâtiment nous est insupportable. Parce que ces livres sont le miroir d’un monde, nous vous lançons donc un appel à venir apporter un témoignage (filmé par nos soins) de votre opposition à la destruction du bocage et à la marchandisation de l’espace, tout autant que de votre attachement aux lieux de culture menacés. Un serment prononcé à la bibliothèque les 7, 8 et 9 octobre (ou quelque autre jour selon vos disponibilités), voici une des nombreuses manières de soutenir la résistance, de lui donner le souffle et l’écho à même de faire voyager nos voix réunies. Voici qui aviverait encore davantage notre détermination à opposer nos corps aux sans âmes qui de tout temps ont été hantés par cette volonté haïssable d’écraser ce qui nous grandit. Au milieu des fumées âcres, nous continuerons à voler le temps de lire, et si les yeux nous piquent, si les mots se brouillent, nous nous rappellerons, vous et nous côte à côte, qu’il faut à tout instant « juxtaposer à la fatalité la résistance à la fatalité ».

Durant les journées des 8 et 9 octobre, nous aurons un stand au point d’arrivée de la manifestation, et la bibliothèque sera ouverte toute la journée, afin que nous puissions nous y rencontrer.

L’équipe du Taslu, bibliothèque de la zad en construction (perpétuelle) letaslu@riseup.net

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PS : Vous trouverez une présentation détaillée de la bibliothèque à l’adresse suivante : http://zad.nadir.org/spip.php?rubrique85

PS : merci à tous les auteurs que nous avons paraphrasés ci-dessus de nous avoir laissé dérober leurs mots, dont nous avons fait récolte au gré de rayonnages qu’il s’agit désormais, et finalement comme toujours, de sauver des ravages enténébrés perpétrés par ceux-là mêmes qui prétendent nous éclairer. Toujours nous préférerons nos lueurs, nos repères éblouissants jetés dans l’inconcevable à leur lumière glacée.

PERTURBATION D’UN COCKTAIL À L’INSTITUT FRANÇAIS D’ATHÈNES (Manuel Valls a confisqué les photos pour son album de famille)

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Bon.
Sortie de Commissariat. Il est 13h à peu près. Le temps de rallumer le téléphone.

Retour 12h plus tôt. Petite place d’Athènes. Vénère. Une action était prévue contre la venue de Valls à Athènes. Abandonnée en cours de route. Les raisons, pour plus tard.

Mais là, en rentrant se coucher, vues les news, les détentions préventives pour une putain de voiture cramée sans aucune preuve contre les gens, les charges de camions de police sur les manifestants à Rennes, les enfants défoncés au collège pour une manifestation contre les fermetures de classe… ça fait beaucoup. Avec les quelques uns toujours motivés ici, on s’est dit qu’on pouvait pas rester comme ça.

Arrivée prévue du Premier Ministre à l’Institut français d’Athènes : 10h

A 9h, on est trois. Alors, on décide de faire ce qu’on peut avec les moyens du bord. On adapte et on verra bien. A trois, le mieux qu’on pouvait faire c’était un peu de bordel et se faire serrer. Mission accomplie.

9h30 : arrivée dans ce putain de bunker qui ressemble à rien d’autre dans le coin avec des caméras 360 et plein d’autres sur les murs. Le joli graff «Tout le monde déteste Valls et sa police» sur toute la façade de l’institut a déjà été repeint entièrement. Beau travail. Les graffs d’Exarchia ont la vie plus longue à deux pâtés de maison.

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On entre, ça tique avec tous les keufs partout dans le tierquar mais ça reste Athènes et on reste français (à peu près) donc ça passe. Toujours aussi étonnant. Évidemment, on est les seuls sans costards et moins de quarante ans donc ça commence à sérieusement tiquer côté sécurité.

Petite cour ensoleillée blindée d’arbres et de vitres. Déjà 30 degrés. Finalement, un petit checking de sac spécialement pour nos gueules par la sécurité spéciale du Premier des Ministres… On réussit à faire passer la banderole qui s’y trouve pour un pyjama après une nuit passée chez un ami. Exceptionnel. L’air d’Athènes ça change les gens.

Bon, ça commence quand même à sentir le roussi. On a vraiment pas le style de la maison malgré deux chemises et des regards bienveillants. Une dizaine de gros bonhommes se place devant nous en mode ligne infranchissable. ça tombe bien, on a retrouvé un 4 ème poto et on s’est dit que se répartir les tâches ce serait mieux pour pas leur faciliter trop le travail à aussi peu. Le réfugié qui est avec nous disparaît parce que ça craint vraiment trop. Ni vu ni trop connu, je m’éclipse en mode observateur sympa pour aller un peu au-devant de la scène avant que l’autre n’arrive, ce sera mort ensuite. Et c’est plus dur d’être encerclé entouré de pingouins et pingouines…

Je compatis en attendant pour les deux potes restés derrière.

Et puis le camarade arrive. Lentement, j’enclenche la caméra. Les autres doivent tenter une sortie de banderole à un moment donné, je sais pas trop quand et j’arrive même plus à les voir avec les chapeaux haut de forme et les trois ou quatre barbouzes que je regarde pas trop qui m’ont suivi et m’entourent.

Je filme. C’est stress. Discours pathétique, j’hésite à couper, la France, le soleil d’Athènes, les gens qui sourient ici et qui sont tristes là-bas, la culture française, son influence, son importance… Bon, non, faut aller au bout. Mais là, c’est le creux sidéral. Les narines des gars autour commencent à chauffer, ils bouillonnent. Pas sûr que j’ose couper tout ce tralala. J’espère que les autres y arriveront. Puis je repense à tous ceux qui ont pris trop cher, à mon reup qu a pris une grenade en pleine gueule. Je regarde mes propres blessures. C’est mort.

Ils doivent se dire pareil les deux autres là.

6 min d’attente, la main qui tremble un peu sur le téléphone, pas facile d’arrêter le décorum et toute cette merde. On est mieux derrière une ligne, avec ses potos(es). Mais bon. Pas reculer, c’est vraiment pas le moment.

Mais comment ? Et puis ça y est fini. Déjà. Merde, il va s’éclipser. Je m’avance un peu, j’vois toujours pas les copains. Ils vont penser que j’ai lâché l’affaire, c’est sûr. Bon, vas-y, ça se rapproche, j’y vais. ça sert les mains aux grands de l’Institut et des gens d’Athènes, je m’incruste dans le rond. Un gros bras m’en empêche, j’ai toujours l’appareil à la main, ça bouge pas. Je regarde même pas le gars. Valls est à deux mètres, il arrive, passe devant moi, il voit le bras devant mon torse et passe à celui d’après. Une seule chance, tendre la main sinon c’est foutu.

«Bonjour Monsieur le premier Ministre»

Hésitations, il passe puis revient et me tend la main.

«Bonjour, vous pensez faire quelque chose pour le jeune journaliste tombé dans le coma ce 26 mai ?»

Silence de mort. Tout le monde se regarde. Il esquive le regard et commence déjà à repartir sur sa gauche pour prendre du recul.

«En Grèce, la démocratie importe beaucoup, beaucoup se demandent ce que vous comptez faire pour tous les manifestants blessés en France ? Qu’est-ce qu’il se passe ? La démocratie, la loi travail»

— Oui. C’est une vaste question…

Balbutiant, sourire totalement crispé comme on lui connaît. Il part loin désormais, sans même oser regarder. La honte.

Évidemment, là c’est le tourbillon. Les copains ont commencé à gueuler derrière: «Démission»; «Arrêtez de tuer les migrants ! Arrêtez de tuer les manifestants !» ; «C’est votre gouvernement minoritaire qui bloque le pays»…

Les quatre moloss m’ont empoigné. ça part en expulsion rapide et disproportionnée, tradition française. Sur le retour précipité, mais ils galèrent vraiment là c’est clair, les cris et les slogans sont plus audibles. Énergie du désespoir. «Mon père, il a reçu une grenade en pleine tête, il entend plus rien, vous allez faire quoi pour ça ?». Les gens se retournent ahuris. Dur de savoir ce qui les choque, l’interruption, la violence de la charge, ou des mots.

On est refoulé à l’entrée. On y va molo, vu le nombre… Et ça va vite. La sortie se fait en un éclair, devant les portiques et contrôle de sacs. Toujours l’appareil à la main. Tout a été filmé. Je suis dehors, les gens sont un peu ahuris autour. Il y a un peu de monde.

Et là, l’erreur (trop bisounours ce coup-là), celle de pas éteindre ce putain de téléphone à temps ou de savoir comment envoyer ou filmer en live.

Parce qu’au lieu d’être refoulé et d’être un peu plus peinard à l’extérieur, ce à quoi on croit une fraction de seconde, deux des agents de sécurité spéciale grec me foncent dessus, un surtout qui tente une clé de bras, qui marche pas, du coup s’énerve, m’arrache à moitié ma chemise, qui résiste mieux que celle d’air France visiblement (pourtant je l’ai eu 2 balles dans un magasin de récup’ à Londres et puis j’ai un T-shirt Refugees Welcome en-dessous)… Vue la violence du truc, et que j’entends un peu plus loin les autres gueuler sans pouvoir vraiment me retourner et voir ce qui leur arrive, je continue à filmer plus ostensiblement, et je commence aussi à gueuler. Après une énième tentative de je sais pas trop quoi, me plier le dos ou le bras, je me retrouve à vingt mètres au milieu d’un groupe de policiers grecs vénères. Deux me chopent, un au poignet qui me le tord volontairement jusqu’à ce que je gueule vraiment, et me le remontre explicitement «Si tu continues je te le pète». Alors je recrie encore plus fort et en anglais cette fois. Ça sort tout seul, c’est bizarre.

Les autres arrivent à ma hauteur, tenus aussi. Ça a l’air d’aller à peu près.

Les deux gardes du corps de merde arrivent et me font les poches, chopent le téléphone et disparaissent. Bordel de merde. Pourquoi j’ai pas pensé à l’éteindre…

On reste là trente minutes cachés un peu plus haut le temps que tout le beau monde se barre, avec des flics qui s’en foutent sévère et qui savent rien de ce qui s’est passé à l’intérieur mais comprennent à peu près et font des blagues. Se détendent peu à peu.

On finit au poste. On ressortira après trois heures de branlette et de flics même pas méchants, même pas baraques qui nous disent que le système c’est de la merde et que seule une guerre généralisée en finira avec la merde de tous ces gouvernants.

Joli discours mais on ressort sans vidéo ni photo.

Au moins, on garde en tête cette petite image grimaçante de sa sale gueule pincée par l’idée de pas être complètement tranquille dans sa petite réception feutrée. C’est rien mais c’est déjà ça. Et puis ça doit lui arriver souvent en ce moment. On a fait ce qu’on pouvait.

A la radio, on annonce une heure plus tard que le bienfaiteur va rentrer plus rapidement (en fait c’était exactement le programme) pour sauver la France des inondations en se rendant dans son fief d’Évry… Là où il y a pourtant trop de blacks et d’arabes sur les marchés selon lui-même…

Effectivement, avec ce genre de conneries, on repense différemment à sa volonté d’expansion de la culture française à l’étranger. Bassesse, racisme, répression et savoir-faire policier. Qu’elle reste où elle est sa culture impérialiste, raciste, inhumaine.

Vendredi 3 juin 2016

 

Refugees Welcome

Valls Go Home

And Stop killing demonstrators

Solidarity everywhere

VOUS AUSSI, INCITEZ LE PREMIER MINISTRE À LA FERMETÉ !…

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Explication de texte

Si le gouvernement retire sa «Loi travail», je ne donne pas deux jours au mouvement actuel pour se saborder dans un rassemblement-enterrement de la victoire. Quelques pétards, quelques grenades, et pfffuit!… plus rien.

Alors que si ça continue encore un peu, on a des chances de pouvoir les virer à coups de pieds dans le derche, et on continue à rigoler!

Faites comme moi: envoyez des messages de soutien au Premier ministre et au président de la République. Encouragez-les à tenir bon, parlez-leur de leurs grosses couilles que vous admirez… Faites appel à leur sens de l’honneur… Dites-leur que le monde entier a les yeux tournés vers eux… Dites-leur que l’histoire retiendra leur nom… Racontez n’importe quelle ânerie !… Mais il faut que cette loi tienne au moins jusqu’à l’été!

OÙ EST CHARLIE ?

Une amie enseignante me raconte l’histoire suivante.

Elle utilise dans sa classe un album de la collection « Où est Charlie ? », de Martin Capture d’écran 2015-02-01 à 17.58.34Handford (éd. Gründ), qui décline les aventures d’un personnage jovial, portant de grosses lunettes, et que les enfants adorent (ci-contre). Charlie, puisque tel est son nom, se déplace à la fois à travers l’espace et le temps ; il s’agit de le retrouver parmi des centaines de personnages de petite taille (qui rappellent les dessins de foule de Dubout).

Dans l’illustration choisie (ci-dessous), « L’énigme des pyramides », extraite de Charlie remonte le temps, c’est au milieu d’esclaves et de contremaîtres égyptiens, à l’époque des pharaons, que Charlie se dissimule.

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Notre enseignante emporte le volume chez elle pour préparer un cours, attrape un mauvais rhume, et ne revient à l’école qu’après les tueries de Charlie Hebdo et du supermarché juif. Elle constate que plusieurs élèves sont assez perturbés, et comprend finalement qu’ils ont fait le lien entre leur héros favori (et disparu de l’étagère) et ce « Charlie » dont on dit — confusément à leurs oreilles —, qu’il a été assassiné, et dont tout le monde prétend maintenant qu’il est lui…

Imaginez une seconde que tous les esclaves égyptiens de l’illustration arborent une pancarte ou une inscription sur leur pagne : « Je suis Charlie » ! Imaginez maintenant la confusion de ces enfants.

Charlie est mort, il sera à jamais introuvable, et c’est infiniment triste.

Un autre ami enseignant découvre que l’un (au moins) de ses élèves, âgé lui de 12 ans, et non de 8 comme les précédents, est persuadé que Charlie est bien le nom d’un homme qui a été tué.

Que vérifie-t-on ici ? Que les enfants, surtout en situation de stress et d’émotion collective, et d’ailleurs de manière générale, « trouvent » toujours une explication, laquelle est « rationnelle » dans leur système de représentations, et en fonction des éléments d’information dont ils disposent. Ils ne supportent pas, et c’est une heureuse disposition d’esprit, de laisser un problème en suspens. Leur imagination pallie le défaut d’explications. On connaît bien ce phénomène pour ce qui concerne la procréation, les rapports sexuels et la naissance. Plus ils sentent que le sujet qui les tracasse est délicat pour les adultes, moins ils osent poser de questions. Ces questions qu’une ministre qui se prétend chargée de «l’éducation» vient précisément de décréter criminelles.

Les enfants que la police et certain(e)s enseignant(e)s et administratifs ont harcelés et traités comme des terroristes en herbe ont le même âge que ceux qui se désolaient de la disparition d’un personnage de bande dessinée.

Les enfants ont besoin pour grandir que l’on prenne en compte le fait qu’ils vivent dans un monde parallèle au nôtre, qu’ils sont cependant au moins aussi inquiets que nous, et qu’ils ont besoin de trouver des réponses aux questions qui les hantent, y compris en se comportant parfois de manière provocante, brutale, ou qui peut nous paraître sotte.

Bref, les enfants ont besoin d’avoir affaire à des grandes personnes.

Pas à des gens comme M. Valls et Mme Vallaud-Belkacem, qui trépignent, menacent et exigent le silence dès qu’on les contredit.

 

CONTRE LA «CONTESTATION VIOLENTE» L’ÉTAT RESSUSCITE LES RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX (RG)

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’est sans regarder à la dépense que j’ai décidé de vous offrir, en ce début d’année 2015, un extrait du Rapport de la Délégation parlementaire au renseignement pour l’année 2014. (On peut consulter l’intégralité du texte en suivant le lien).

Ne me remerciez pas, vous avez déjà tout payé avec vos impôts : les sénateurs, les secrétaires, le papier et les flics dont il est question.

Pourquoi attirer ainsi votre attention sur ce pensum affligeant, me direz-vous ? D’abord parce qu’il est bon de savoir de quelle manière les parlementaires que vous avez, pour certain(e)s d’entre vous, été assez niais pour désigner, s’apprêtent à vous retourner votre argent et votre confiance dans la gueule, sous forme de « veille sur les réseaux sociaux, cyberpatrouille, recours à des identités fictives, rémunération de sources », bref, ce qu’il est convenu d’appeler le « renseignement ». Ne vous étonnez pas de l’absence ici des balles en caoutchouc et autres décharges électriques de taser : le sujet est traité dans d’autres rapports et la punition infligées par d’autres flics et gendarmes.

Les renseignements recherchés concernent tous les domaines de la vie institutionnelle, économique et sociale susceptibles d’entraîner des mouvements revendicatifs ou protestataires. […] Enfin, ils [les services] s’intéressent à tous les faits de société visant à remettre en cause les valeurs républicaines tels que les dérives sectaires, les phénomènes de repli communautaire et identitaire ainsi que la contestation politique violente.

Les lectrices et lecteurs de mon livre La Terrorisation démocratique (Libertalia) auront reconnu les éléments d’une énumération qui définit aujourd’hui le terrorisme, tel que les institutions européennes le combattent. Autrement dit : tout et n’importe quoi.

Autre raison de se pencher sur le rapport parlementaire, la leçon d’optimisme qui peut en être tirée. Je vois, devant les écrans d’ordinateurs, maints regards se voiler d’incompréhension et de surprise… Eh ! chers petits amis, c’est que tandis que nombre d’entre vous traînent leur dépression sociale de bêtisier du nouvel an en bonnes résolutions digestives, il y a des gens qui croient suffisamment à la perspective d’une explosion sociale pour s’y préparer. Ils payent des gens, flics et gendarmes, pour en repérer — et si possible en éradiquer les prémices.

Par ailleurs, je n’attends pas de vous que vous vous y retrouviez dans l’ahurissant jeu de bonneteau « siglique » auquel se livrent depuis des décennies les responsables de la police et du renseignement. Qui résisterait à une légère migraine en apprenant que « désormais, un adjoint gendarmerie œuvre au sein du SCRT tandis que la SDAO accueille un commissaire et un capitaine de police. Au surplus, des Bureaux de liaison départementaux (BDLD) ont été créés et réunissent SDAO, DGSI et SCRT dans une perspective opérationnelle » ?

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Vous retiendrez en revanche que tous ces gens sont extrêmement contents d’eux… comme l’étaient également ceux qui avant eux (parfois précisément les mêmes) avaient fait (ou défait) ce qu’eux-mêmes jugent utile de refaire !… L’essentiel n’est-il pas que « notre pays a retrouvé un service de renseignement généraliste qui lui permet de suivre les grandes évolutions sociales, des phénomènes de contestation violente et de délinquance organisée… » ?

En effet ­— et un rapport parlementaire ne vous dira évidemment rien des âpres luttes de lobbys et de clans qui l’ont précédé — le ministre de l’Intérieur (un certain Valls) a en somme préparé dès 2013 la recréation — en 2014 — des Renseignements généraux, supprimés en 2008, sous la nouvelle appellation de Service central de renseignement territorial (SCRT).

Lequel SCRT s’est aussitôt employé à faire des petits (par scissiparité) :

La politique de constitution d’une filière du renseignement trouve également à s’incarner dans la récente création de la Division nationale de recherche et d’appui (DNRA), une branche opérationnelle du SCRT dotée de 55 personnels pour le moment. Activité supprimée lors de la réforme de 2008, sa renaissance est le signe d’une volonté affirmée qui attire de nombreux profils de haut niveau, signe que l’image du RT connaît une indéniable amélioration après des années sombres.

Il est prévu que ledit SCRT, aujourd’hui fort de 1975 employé(e)s, embauche encore une petite centaine de personnes en 2015.

Vous verrez que votre argent est bien employé (c’est rassurant), que flics et gendarmes s’entendent de mieux en mieux (c’est prometteur) et que le nouvel organisme attire des recrues de haut niveau… auxquelles on fera toutefois, par précaution, passer des « tests » (ce qui est nouveau !).

J’en termine — n’en déplaise aux amis des animaux — en souhaitant la pire année possible à tout ce qui porte groin et grandes oreilles…

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LE SERVICE CENTRAL DE RENSEIGNEMENT TERRITORIAL : DES DÉBUTS RASSURANTS ET PROMETTEURS

Sacrifiée par la réforme de 2008, la Direction centrale des Renseignements généraux a disparu au profit d’un succédané aux effectifs et moyens amputés : la Sous-direction à l’information générale (SDIG) intégrée au sein de la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP)[1]. Et jamais la SDIG n’est pas parvenue ni à surmonter ses handicaps initiaux, ni à pleinement se déployer en raison d’une conception du renseignement structurée autour d’une division rigide entre milieu ouvert et milieu fermé (ce dernier échéant de manière exclusive à la DCRI).

Aussi, c’est à bon droit que M. Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, a confié une mission de préfiguration de la création du SCRT dès septembre 2013 à l’inspecteur général Philippe Bertrand, secondé à partir de novembre par la commissaire divisionnaire Nathalie Peucelle. C’est ainsi que furent définies les bases d’un nouveau service qui a officiellement vu le jour en mai 2014 avec la publication d’une série de textes réglementaires[2]. Quelques semaines auparavant, le 2 avril, une doctrine d’emploi avait été publiée et avait fixé les conditions d’exercice d’une mission rénovée et les règles de déontologie applicables. De même, le 21 mars, le ministre de l’Intérieur signait une circulaire précisant les conditions de la contribution de la gendarmerie nationale à la nouvelle architecture du renseignement territorial ainsi que les modalités de coordination avec la DGSI et la Direction du renseignement de la Préfecture de police (DRPP). Car la coordination entre les différentes instances compétentes en matière de renseignement s’avère absolument déterminante pour la réussite de chacune et, in fine, pour la sécurité de nos concitoyens.

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LA DROITE* GOUVERNE ! C’est officiel (mars 2014)

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ême lorsqu’on n’éprouve aucune espèce de sympathie pour les politiciens et politiciennes soi-disant « socialistes », convaincu(e)s dans leur immense majorité que seule une touche de « compassion sociale » peut être ajoutée au système capitaliste, soit pour en assurer un meilleur fonctionnement, soit pour en atténuer les effets toxiques sur les plus pauvres, même alors on ne peut qu’être plongés dans une profonde méditation sur le comportement suicidaire de ces gens : se faire écraser électoralement sur un programme de droite…

On a déjà évoqué ici le dit « pacte de responsabilité » comme un joli coup politique. Mais c’était un coup contre la droite, dont le bénéfice se trouve intégralement perdu dès lors qu’aucun signe n’a été adressé à ce qui fut l’électorat de gauche.

La nomination à Matignon du premier flic de France, ouvrant par parenthèse un nouveau cycle politico-policier comparable à celui qui a conduit Sarkozy à l’Élysée, met la dernière touche à la défaite absolue de la « social-démocratie » hollandaise (les guillemets sont de rigueur, la social-démocratie à l’ancienne, c’était autre chose).

Ainsi donc, au lieu de sauver (peut-être) les meubles en donnant un coup de barre à gauche, même de pure apparence, le pouvoir a choisi de s’adresser à l’électorat d’extrême droite.

La semaine dernière une vingtaine d’associations[1] publiait un communiqué dénonçant le « double discours » de M. Valls : Lire la suite

Lettre ouverte de Farid El Yamni, frère de Wissam, assassiné par la police, à la mère de Rémi Fraisse

La lettre qui suit est adressée par Farid El Yamni, frère de Wissam — assassiné par la police à Clermont Ferrand, le 1er janvier 2012 — à la mère de Rémi Fraisse. Il a voulu qu’elle soit rendue publique.Je la republie ici, bien qu’elle soit déjà disponible sur de nombreux sites.

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À l’heure où sur Paris on condamne les manifestations violentes et où on loue les sit-in pacifiques, je vous écris cette lettre.

J’ai perdu mon frère dans des conditions très proches de celles dans lesquelles vous avez perdu votre fils. Mon frère qui prenait tant soin de ma mère nous a quitté, il ne reviendra plus. La perte de mon frère était sur le coup une douleur immense que je ressens à chaque fois que l’État assassine à nouveau. « Là où croît le danger croît aussi ce qui sauve » disait quelqu’un. À chaque fois que l’État assassine on a aussi l’opportunité de l’arrêter, de le contraindre à changer et de rendre la dignité perdue à tous les autres.

Par la mort de Rémi se noue beaucoup plus que l’histoire d’une vie, il se noue notre vie à tous, individuellement et collectivement. La criminalisation qui a été opérée est terrible, ça a été la même chose pour nous. J’ai compris plus tard qu’elle était voulue. Je ne voulais qu’une chose, que la Justice fasse la vérité et rende la dignité que méritait mon frère, dans le calme, et que cette histoire profite à tous, à nous les gouvernés pour mieux nous aimer et à la police pour la réconcilier avec la nation. Je pensais que la police ne pouvait accepter dans ses rangs des assassins, je ne la connaissais à l’époque pas assez. Je me trompais. Les quartiers ont brûlé, on a appelé au calme : chaque voiture ou chaque poubelle brûlée était vécue comme une insulte, comme une épine en plein cœur, une épine sur laquelle on appuyait.

Puis le temps est passé, on nous a promis la vérité, mais on n’a eu que des mensonges, que des fausses promesses, comme tant d’autres avant nous. On nous avait prévenu, mais on n’y croyait pas. François Hollande, lui-même, avait pris ma mère dans ses bras et lui avait promis qu’il nous aiderait à faire la lumière sur la mort de son fils. Sans la justice et la vérité, on vivait le temps qui passait comme une condamnation. Nous étions toujours en prison, à suffoquer et à appeler la Justice à l’aide.

Et puis on a compris que notre cas n’était pas isolé, que tant d’autres familles vivaient et vivent la même chose. Il y a tant d’humiliations et de mutilations commises consciemment par la police et couvertes par la justice, tant !

On a aussi découvert la manière de penser des policiers, ça fait froid dans le dos. Voici un exemple : Mercredi dernier, suite à la manifestation sur Paris, un des policiers m’a dit « 1-0 » devant ses autres collègues au commissariat, qui ricanaient lorsqu’ils me voyaient arborer le tee-shirt « Urgence Notre Police Assassine ». Aucun ne l’a repris, aucun… Des exemples de ce genre, tant de français en vivent quotidiennement, ils n’en peuvent plus de cette police et n’en voient pas le bout.

Je comprends l’appel au calme, on l’a également fait. Comprenez également que de nombreuses personnes ne croient plus en ce système qui donne une impunité de facto à la police. Comprenez que l’on ne peut concevoir la non-violence qu’à condition de supposer que le camp d’en face est capable de se remettre en cause : ils en sont humainement incapables, parce qu’ils considèrent que remettre en cause la police, ce serait remettre en cause l’État. Depuis 40 ans, la police tue impunément, à répétition. Depuis 40 ans, on assiste à la même démarche pour noyer les meurtres de l’État, malgré les vidéos, les témoins, les évidences. Depuis 40 ans, il y a des sit-in, des manifestations, des livres, des prises de positions d’hommes politiques, des tribunes adressées au ministre de l’intérieur. Depuis 40 ans, ça ne fonctionne pas.

Voici comment ça se passe : dépêche AFP, mensonge du procureur, enquête de mauvaise qualité et tronquée pour aboutir sur une condamnation ridicule après de nombreuses années, voire à une absence de condamnation. Le pire, c’est que ceux qui vont enterrer l’affaire auront des promotions et ceux qui ont tué nos frères, nos fils ou amis, eux seront traités comme des champions par leurs collègues. Telle est la réalité que vous vivrez vous aussi.

Manuel Valls dit que les violences sont des insultes à la mémoire de Rémi, mais sachez que Manuel Valls, par son inaction à combattre l’impunité policière, est le premier meurtrier de votre fils. C’est un criminel récidiviste. Il est venu à Clermont-Ferrand une semaine avant le rendu du rapport de contre-autopsie bidon dont il connaissait les aboutissants, et il n’a parlé de l’affaire que pour mieux condamner les violences de ceux que la mise à mort de mon frère révoltait.

Madame, les gens se battent pour Rémi, pour leur dignité et pour leurs idéaux. Ils se battent pour vous, pour nous tous, pour que la fraternité soit effective. Ceux qui se battent connaissent assez la malveillance de nos gouvernants pour comprendre qu’on tente de nous fait croire que nous sommes dans un État de droit, alors que nous sommes dans un État de devoir. L’État ne respecte pas la loi qu’il demande qu’on respecte. Il se joue de notre corps, de notre confiance, de notre argent et de notre dignité. Il nous demande d’être à genoux, c’est un impératif catégorique.

Je vous ai écris cette lettre à vous comme à tous ceux qui me liront pour vous faire savoir que je comprends aujourd’hui plus que jamais combien la non violence dans les affaires de crimes d’État a ses limites. La non-violence, par son impuissance, est parfois plus condamnable, plus meurtrière que la violence elle même. Les gens qui nous gouvernent sont malveillants, arrivistes, sadiques et récidivistes. Ils doivent partir par tous les moyens nécessaires.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38  Farid El Yamni, frère de Wissam El Yamni, assassiné par la police le 1er janvier 2012 à Clermont Ferrand.