Carte(s) postale(s) de Marseille

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Merci à l’équipe du Manifesten, et aux participant(e)s à la rencontre-débat du 21 octobre dernier autour de la Terrorisation démocratique et de l’anarchisme.

Une bibliothèque en devenir (à laquelle je contribuerai), une librairie, un bar, une belle salle, le tout idéalement situé entre la Plaine et les Réformés. Dommage que ça fume! surtout quand on n’a emporté qu’un seul pantalon, qui pue le lendemain (et qu’on n’a que deux yeux). Non, je ne suis pas intolérant, je suis allergique. Je reviendrai quand même!

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Un peu de poésie populaire, dans les lieux d’un restaurant.

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Je n’avais jamais prêté attention à cette plaque en hauteur, au début de la Canebière (côté Vieux port).

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Cet atlante (d’un immeuble proche de la gare Saint-Charles) n’a pas tort de lever les yeux au ciel: Alexandre 1er, champion «de la paix et de la liberté» est un peu fort de café. Un dictateur, favorisant les Serbes, assassiné par des extrémistes croates. Barthou: un dégât collatéral.

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En parlant de ciel, et spécialement pour celles et ceux que mes cartes postales de voyages indisposent, ce flamboyant coucher de soleil photographié depuis le Cours Julien.

À LA VIE À LA MORT. Crémation : une conquête passée dans les mœurs

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Je donne ici le troisième chapitre de mon livre À la vie à la mort, sous-titré « Maîtrise de la douleur et droit à la mort », publié en 1997 aux éditions Noêsis (épuisé mais disponible à La Galerie de la Sorbonne, librairie parisienne).

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Ainsi une rêverie au coin du feu, quand la flamme tord les branches si grêles du bouleau, suffit à évoquer le volcan et le bûcher. Un fétu qui s’envole dans la fumée suffit à nous pousser à notre destin !

Gaston Bachelard, La Psychanalyse du feu, 1949.

 

 

Pour un être humain, le souci de maîtriser sa mort peut se traduire par le choix du moment, qu’il s’agisse du suicide ou de l’euthanasie, mais aussi par des dispositions concernant le devenir de son corps après le décès. Or, il n’y a qu’un peu plus de cent ans qu’un citoyen français est libre de choisir le genre de ses funérailles : inhumation ou crémation, cérémonie civile ou religieuse. L’acquisition de ce droit marquait un recul du contrôle des prêtres sur la vie quotidienne et donnait, avec seize ans d’avance, un avant-goût de séparation entre l’Église et l’État. Les débats parlementaires et les polémiques que suscita l’événement ne sont pas sans rappeler ceux que nous avons étudiés à propos du suicide.

Admise par le Vatican depuis une trentaine d’années, la crémation des cadavres ne choque plus que des psychanalystes, mais le public, qui l’adopte de plus en plus volontiers, ignore tout de son histoire, que je me propose de retracer ici.

Le 20 octobre 1880, le journal Le XIXe Siècle, que dirige l’écrivain Edmond About, publie un article de M. Georges Salomon, ingénieur des mines. C’est un manifeste « crématiste ».

« Si nous ne voulons pas que nos cadavres soient plongés dans une fosse froide et humide pour s’y transformer lentement en une masse infecte d’où s’échappent des êtres miasmiques [sic], des liquides et des gaz qui ne peuvent que nuire aux vivants ; si nous préférons les envelopper d’une nappe brillante de feu qui, en les réchauffant, les réduise promptement en quelques poignées de cendre blanche pour ceux qui restent et en une légère fumée qui monte vers le ciel, nous voulons en avoir la liberté.

Cette liberté peut d’autant mieux nous être octroyée que l’incinération des corps ne blesse en rien la religion, la morale et le sentiment.

La religion en effet ne subit aucune atteinte ; rien n’est modifié dans le cérémonial des funérailles ; le prêtre, le pasteur, le rabbin peut aussi bien bénir le cadavre au bord de l’appareil crématoire qu’au bord de la fosse béante et l’idée de la résurrection subsiste tout entière, la puissance divine étant infinie.

La morale et le sentiment ne sont pas plus atteints : l’appareil dissimulé par une sorte de sarcophage antique est placé dans un temple funéraire ; on n’entend aucun bruit, on ne voit ni feu ni fumée, rien ne trahit, pour ceux qui accompagnent le corps, la marche de l’opération. Le culte ardent que l’on porte aux morts, dans notre pays, ne serait nullement altéré ; ne peut-on pas aussi bien prier tout près des cendres chéries déposées dans une urne cinéraire que sur la froide tombe ? »

 

Après être revenu sur les dangers des miasmes émanant des cimetières, l’auteur souligne le gain de place que permet la crémation, pour conclure :

« Nous terminerons là, en conviant les partisans de la crémation à nous adresser leurs adhésions au bureau du journal, à l’effet de fonder une société ayant pour but d’ériger un crématoire à Paris, après avoir obtenu des Chambres, par la pression de l’opinion publique, la liberté de la crémation. »

Aidé du maire du VIIIe arrondissement de Paris, Kœschlin-Schwartz, et d’une douzaine d’autres notables (médecins, députés, hauts fonctionnaires), qui se sont tous rendus à Turin au cours de l’année 80, pour y assister à des expériences d’incinérations, menées à l’occasion d’un congrès d’hygiène, Salomon crée, en novembre, la Société pour la propagation de la crémation[1].

La nouvelle organisation compte, au bout d’un an, plus de 400 adhérents, dont nombre de célébrités : Léon Gambetta, Alfred Nobel (qui réside alors à Paris), Casimir Périer, Marcelin Berthelot, etc.

En attendant le changement législatif que les crématistes réclament, la Société organise, pour ses adhérents fortunés[2], le transport des corps en Italie, où l’incinération des cadavres est licite. Lire la suite