La nostalgie, camarades!…

On trouve en Italie, dans certaines supérettes, des boissons alcoolisées dont les étiquettes représentent Hitler, Mussolini et d’autres dignitaires fascistes et nazis.

Il y a certes là de quoi s’indigner à suffisance, mais ce qui a attiré mon attention au-delà, c’est cette «Bière des nostalgiques», qui propose certes des étiquettes à l’effigie d’Hitler et cie, mais aussi de Lénine, Staline et consorts…

– Nostalgie, du grec nostos «retour», avec le suffixe algie «douleur».

Le premier sens vise le «mal du pays», le désir obsédant du retour dans la contrée natale. Le second, le regret mélancolique d’une chose révolue.

Qu’est-ce qui peut mener – passée l’hypothèse d’une provocation potache sans récidive – des «nostalgiques» à goûter un verre de Mein Kampf  à température, ou à se désaltérer d’une Tito bien fraîche?

Que veulent-ils noyer? Le désir du retour (en arrière) ou la douleur qu’il cause?

Se pourrait-il que nous devions nous préparer à certains retours sinistres par mithridatisation alcoolique?

Trinquons!… ma Staline heurtant ta NSDAP.

Pour ce qui me concerne, camarades, le débat est tranché.

Nostalgie pour nostalgie, et en songeant au sort à réserver aux marchands de nazisme en bouteille, mon choix est fait :

 

Michel Onfray et les «races»

Je sais, ça n’est pas raisonnable. Je ne devrais pas vous parler quotidiennement de Michel Onfray, ça n’est bon ni pour ma santé (déjà bien chancelante) ni pour la vôtre.

Mais voilà, je viens d’entendre un passage d’une autre séance de réponse du maître aux questions de ses auditeurs et auditrices de l’université populaire, dont les séances sont retransmises désormais chaque été sur France-Culture.

Réponses à bâtons rompus, propices donc, davantage que l’exposé pensé et rédigé, au n’importe quoi spontané.

Ce jour, long développement sur les « races », dont le philosophe dit son exaspération que le principe de leur existence soit nié.

C’est le fait explique-t-il des (mauvais) intellectuels « qui nient le réel ». Le plus souvent parce qu’ils l’ignorent. Exemple : Sartre qui, assure Onfray, a parlé toute sa vie « au nom des prolétaires », auxquels il ne connaissait rien. Tenez, prenez Lénine, eh bien il a, dit toujours Onfray, critiqué les populistes russes, qui eux, dit toujours Onfray, venaient du peuple, «comme leur nom l’indique».

Alors, Michel… Non! les populistes russes ne venaient pas du peuple ; c’est au sens strict l’inverse : il allaient au peuple.

Passons, et revenons-en aux « races ».

Onfray s’énerve : Faudrait savoir, dit-il en substance, « si y’a pas de races, alors y’a pas de discriminations à partir des races ! »…

Nier les «races» reviendrait à nier les souffrances infligées au nom du racisme…

Onfray, qui est certainement un sincère « antiraciste », pense donc que l’antiracisme doit tenir compte du réel (d’accord !) et donc… des races.

Ça se voit facilement, explique-t-il, y’a des Blancs, des Noirs et des métis. C’est un fait. CQFD. Par parenthèse, Jean-Marie Le Pen, interrogé par un journaliste du Nouvel Observateur (4 janvier 1985) lui retournait une question: «D’ailleurs, qu’est-ce que c’est le racisme?» — «Le racisme, répondait le journaliste avant d’introduire la notion de hiérarchie, c’est de croire que les hommes sont divisés en groupes biologiques…» — «Personne ne peut le contester», tranchait Le Pen.

Onfray ne pense pas, lui, qu’il existe des « races » supérieures ou inférieures. C’est ce qui le distingue des racistes. De Jean-Marie Le Pen, ou de la mère de Guy Bedos, à qui l’humoriste prête ce propos : « Je ne vois pas pourquoi il n’y aurait pas de racistes : il y a bien des antiracistes ! »

Mais Onfray oublie que la réfutation scientifique du concept de « races » est un acquis fragile — fragile au point qu’on peut se demander si le terme « acquis » est justifié — de l’après Seconde Guerre mondiale, tandis que le racisme pseudo-scientifique s’était développé dans beaucoup de démocraties européennes (dont la France, voyez Alexis Carrel), et pas seulement en Allemagne, et qu’il a subsisté dans les politiques eugénistes de pays nordiques.

Aujourd’hui, où les débats autour de la notion de « race » sont relancés dans des contextes idéologiques et polémiques, parfois sur le fil du rasoir, entre « races biologiques » et « races comme catégories sociales créés par des systèmes de domination coloniale ou postcoloniale », il me semble navrant de céder un morceau de terrain de cette ampleur aux racistes (et aux confusionnistes).

Confondre les constats de l’expérience empirique, exprimés dans une langue courante qui demande à être disséquée et critiquée — « Il y a beaucoup de “Noirs” au métro Château-rouge » — avec la confirmation de catégories scientifiques permettant de classer et de reconnaître des groupes humains est, à mon sens, une grave erreur.

Non parce que le terme « Noir » (exemple ici choisi), d’ailleurs le plus souvent euphémisé (en français) en « Black », serait le signe certain d’un péché idéologique (il y a longtemps que des « Noirs » ont retourné le stigmate comme une arme contre l’ennemi : « négritude » ou Black power).

Mais parce, au-delà de l’expérience sensible sur les nuances de couleurs de la peau humaine, la volonté de classifier les prétendues « races », qu’elles soient censées être fondées sur ladite couleur ou sur n’importe quel autre facteur génétique, n’a jamais eu pour objectif originel que leur hiérarchisation.

À supposer même que ce ne soit pas l’objectif des catégorisations raciales, elles permettent de l’atteindre. C’est bien un outil des racistes. Ils peuvent s’en passer ? Peut-être, mais pourquoi le leur abandonner sans combattre, et même le légitimer… ?

La reconnaissance de l’existence de « races » biologiques procède d’un faux réalisme. Ce faux réalisme est antiscientifique. Il importe de tenir ferme cette position en combattant toutes les formes de racisme, que l’on soit soi-même « racisé(e) » — assigné(e) par le racisme à une pseudo-identité de « race » inférieure — ou non (voir sur ce blogue le texte « Abolir la race blanche »).

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Planche tirée des Races humaines, Mikhail Nestourkh, Éditions du Progrès, Moscou (sans date). Remarquable exemple d’élucubrations racialistes et antiracistes.

Une réponse à Éric Hazan à propos des rapports avec la police, par Julius

Hazan et la police

DU BOLCHEVISME AU POST-MODERNISME

Décidément, du côté de la place de la République, à Paris, rien ne nous est épargné, pas même des remontées nauséabondes de l’idéologie de Lénine, en la personne de Hazan, le maître d’œuvre des éditions de « La Fabrique ». La façon dont il aborde la question de la police et critique le cri des insoumis « Tout le monde déteste la police ! » est caractéristique de la reprise, sans la moindre distance, des conceptions étatistes du bolchevisme qui présidèrent à la constitution de l’Internationale communiste, dès 1920. Léninisme tardif amalgamé, comme c’est le cas dans bon nombre d’ouvrages publiés à « La Fabrique », aux idéologies post-modernistes à la mode : le foulcaldisme saupoudré de deleuzo-guattarisme, pour reprendre l’expression utilisée par Mandosio dans « Longévité d’une imposture, Michel Foucault », concernant les rédacteurs de la revue Tiqqun et leurs successeurs dans L’appel, L’insurrection qui vient, etc.

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L’article de Hazan incriminé, « Sur la police, une opinion minoritaire », est publié sur Lundi matin, site dans la lignée de la purée idéologique signalée dans le paragraphe précédent. L’article a déjà mis en colère pas mal de révoltés qui, du côté de la place de la République et ailleurs, n’en sont pas restés aux prouesses citoyennes sponsorisés par quelques « fakirs » et autres illusionnistes des spectacles politico-culturels à la mode. Révoltés qui ont fait ou refait connaissance avec la police, chargée de leur rappeler qui détient « le monopole légitime de la violence », à savoir le pouvoir d’État. Mais, au-delà du simple rejet de l’article de Hazan, il me semble essentiel de comprendre que sa position ne constitue pas quelque incartade personnelle. Elle est au contraire caractéristique du citoyennisme, du moins de celui qui est présenté sur le marché des idées comme porteur de radicalité, en particulier sur Lundi matin.

L’argumentaire de Hazan repose, à première vue, sur le « bon sens » : dans toutes les tentatives insurrectionnelles, à commencer par la prise de la Bastille, il y a eu des défections, des fraternisations, voire des mutineries au sein des formations armées chargées d’assurer la pérennité de la propriété et de l’État. Je pourrais moi-même multiplier les exemples. Ainsi, l’une des composantes des insurrections en Allemagne au cours de la Première Guerre mondiale, ce fut la mutinerie de marins mobilisés dans la Kriegsmarine qui s’en prirent au corps des officiers et à celui des gendarmes maritimes hais. Hazan « oublie » déjà de souligner que les insubordinations auxquelles il peut faire référence étaient en général liées à la conscription, à l’époque où, dans des États comme la France, le mythe de « l’armée du peuple » était encore vivace et où la discipline de caserne était considérée comme l’antichambre de la discipline d’usine. Conditions qui ont pour l’essentiel disparu avec la fin de la conscription et la multiplication des corps de mercenaires étatiques et para-étatiques, et, de façon générale, avec la modernisation du capital et de l’État.

peinture murale 2 hommes écartent une fente

Mais, dans la foulée de Lénine, Hazan utilise l’histoire des révoltes d’hier pour justifier, aujourd’hui encore, l’injustifiable : à savoir la tactique inaugurée par le Parti communiste, qui visait à prendre le pouvoir, y compris par la violence, ou pour le moins, qui tentait de paralyser les détenteurs du pouvoir, voire d’en retourner, pour ouvrir quelque brèche qu’il puisse utiliser à son bénéfice. D’où le rôle attribué par Lénine à l’utilisation des contradictions, réelles ou supposées, au sein de l’appareil d’État, y compris au sein de la police, et les compromis qu’il préconisait avec telle ou telle fraction du pouvoir en place. « L’action en direction de l’armée, de la marine, de la police est de la plus haute importance ; depuis la grande guerre impérialiste les gouvernements ont pris peur de l’armée populaire et ont eu recours à tous les procédés imaginables pour constituer des unités militaires avec des éléments spécialement triés parmi la bourgeoisie… en vue de traquer les communistes. » (« Les tâches principales de l’Internationale communistes » 1920.) Hazan qui, comme toujours, ne renie pas son principal maître à penser, recycle ce qu’affirmait Lénine contre les prétendus « gauchistes » que de telles thèses révulsaient : « Ici et maintenant, si nous signifions à la police que nous la détestons en bloc, nous ne faisons que souder ses rangs et nous rendons sa défection plus difficile, plus improbable. Or ses rangs sont moins homogènes, moins serrés que peuvent le laisser penser les lignes de boucliers… Pourquoi ne pas être intelligents ? Pourquoi ne pas nous tenir au courant des mouvements de ras-le-bol qui couvent en ce moment dans la police, ne pas leur signifier que nous les soutenons ? Minoritaires, ces mouvements, ces sections syndicales oppositionnelles, ces cas isolés ? Minoritaires dans une police qui vote FN à 50 % ? Oui, et alors ? Ne sommes nous pas nous aussi minoritaires ? Et depuis quand attendons-nous qu’un mouvement soit majoritaire pour le soutenir ? Enfonçons des coins dans les contradictions, évitons les mots d’ordre qui soudent l’adversaire en une masse indifférenciée. Crier “Tombez les casques, la police avec nous !”, c’est préparer notre victoire. »

De telles propositions tactiques destinées à « préparer notre victoire », celle du « parti imaginaire » sans doute, sont dignes de celles avancées par Lénine dans la Maladie infantile du communisme, le gauchisme. Elles n’ont de sens que pour des idéologues adeptes de la prise du pouvoir, peu importe ici la forme qu’elle prenne : dictature du parti, assemblées de citoyens souverains, réseaux horizontaux prétendument opposés à l’organisation verticale en parti, etc. Bref, la conception léniniste de l’utilisation des contradictions au sein du pouvoir apparaît toujours en filigrane dans les propos de Hazan. Elle est amalgamée, comme déjà souligné, aux idéologies qui affirment que la critique du pouvoir pris dans sa totalité est obsolète, mais que nous devons nous préoccuper de la multiplication des micro-pouvoirs particuliers, ou supposé tels, présentés, qui plus est, par nos post-modernistes, comme les expressions de rapports de force réversibles en fonction des circonstances. Ce qui amène, mine de rien, à évacuer la question essentielle, celle de la subversion du monde de l’exploitation et de la domination, celle de la négation du pouvoir en tant que tel, au bénéfice de propositions illusoires et réformistes : la mise en place, en quelque sorte, de jeux de société, à entamer avec les institutions elles-mêmes. Telles sont les « boites à idées » communes, pour reprendre l’horrible expression de Foucault, utilisées par les « intellectuels engagés » qui pérorent, à la suite de Hazan, sur Lundi matin : les Lordon, Quadruppani, Colson et autres beaux parleurs. Tous sont adeptes, en guise de marchandises de substitution à des activités subversives qu’ils croient dépassées, de l’extension d’« affirmations partielles » à travers les « jeux de pouvoir », pour paraphraser Deleuze. En ce sens, leurs conceptions sont compatibles avec le léninisme affiché de Hazan, y compris en ce qui concerne l’attitude à adopter envers la police.

Dans Lundi matin, les « intellectuels engagés » annoncent d’ailleurs la couleur dans leur appel grotesque : « Pourquoi nous soutenons la jeunesse ». Bien entendu, l’époque n’est plus à l’affirmation de la prise du pouvoir d’État par le prétendu parti révolutionnaire. La page est tournée. Mais leur contestation de la politique au sens traditionnel, c’est-à-dire de celle des partis, n’est pas suffisante pour rompre avec le monde de la politique, partie intégrante de celui du capital et de l’État, même lorsque l’action politique est pensée et réalisée par les contestataires eux-mêmes, y compris sous des formes impertinentes, voire insupportables et contraignantes pour les institutions. C’est elle que les idéologues post-modernistes, dans la foulée de Negri, appelaient déjà en Italie « le politique », à titre de prétendue transgression révolutionnaire de la « politique » traditionnelle. Dans leur appel, les auteurs recyclent ainsi le mythe négriste du « blocage des institutions », à commencer par les « mairies », puis « les conseils régionaux », etc, ici à partir des « places occupées », utilisées comme des « bases » pour généraliser « les actions de rue » et aboutir au « blocage du pouvoir politique », voire à la « destitution du gouvernement » ! Mais qui pose la question de la destitution des actuels gestionnaires du pouvoir d’État pose en réalité, sans le dire, celle des futurs locataires de l’Élysée qui leur succéderont. C’est à l’aune de tels appels politiciens, dans le fond sinon dans la forme, que nous pouvons juger du degré de « radicalité » réelle de sites « rebelles » comme « Lundi matin », ainsi que celui de leurs organisateurs et de leurs supporters, dans les rues et ailleurs. Alors même que les politiciens les plus démagogues, à gauche de la gauche officielle, participent en sous-main à l’organisation de spectacles de rue comme celui installé place de la République car ils y voient, à juste titre, la plus parfaite expression de la neutralisation préventive des possibilités de révolte effective ! 

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Julius

Avril 2016

contact: julius75@free.fr

«Communisation» (suite) Une lettre d’André Dréan

J’ai reçu d’André Dréan le texte/lettre suivant, qui répond aux critiques de Lola Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.22(celle de 2012 et l’ajout acerbe d’aujourd’hui). André m’ayant laissé libre de l’usage que je pourrais vouloir en faire, j’ai décidé de le publier (j’ai simplement omis les formules amicales conclusives). [Et, sans le vouloir! la fin de l’avant-dernière phrase, que je rétablis, avec mes excuses…]

Lola ayant de son côté évoqué la perspective d’une réponse actuelle et probablement collective au texte d’André publié ici-même (« Les voies de la communisation ne sont pas impénétrables », je me suis engagé à le publier.

Si ce blogue a vocation à accueillir (aussi) des textes qui ne sont pas de moi, et avec lesquels je ne suis pas nécessairement d’accord, sur des sujets théoriques variés — il y en aura donc d’autres sur la critique du marxisme, de l’anarchisme, et de la « communisation » — je n’envisage pas d’héberger indéfiniment les échanges entre deux personnes.

C’est le moment de signaler que vient de se créer opportunément un forum d’échanges sur la communisation.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 Lire la suite

LES VOIES DE LA COMMUNISATION NE SONT PAS IMPÉNÉTRABLES, par André Dréan

Grèce : de la lutte des classes à la lutte pour les places *

 

Dans la deuxième quinzaine de mars, le cercle révolutionnaire grec « TPTG » annonçait que Woland, de son vrai nom Manousos Manousakis, l’un des principaux rédacteurs de la revue communisatrice « Sic » et membre, jusqu’à récemment, de « Blaumachen », groupe grec de même obédience, participait à l’actuel gouvernement Syriza, à titre de secrétaire général du ministère de l’Économie, des Infrastructures, des Affaires maritimes et du Tourisme. Les lecteurs peuvent prendre connaissance de l’affaire dans le texte rédigé par « TPTG », « Postcript to “Syriza and its victory in recent general elections in Greece” », disponible, entre autres, sur le site « Dialectical Delinquents ». Face au scandale, la première réaction, et la plus rassurante pour les aficionados de la communisation, est de dire que l’accession de Woland au sommet de l’État est sans doute due à des motivations personnelles plus ou moins troubles, jusqu’alors imprévisibles.

Bien entendu, les motifs individuels les plus divers peuvent jouer leur rôle lorsque de tels phénomènes de domiciliation dans les étages supérieurs de l’appareil d’État apparaissent. Reste à comprendre pourquoi les réseaux et les cercles de la communisation accueillent de pareilles vipères en leur sein, y compris au sein de la rédaction de « Sic », qui était censée représenter au moins leurs conceptions communes initiales, au-delà des frontières étatiques. Je rappelle que de tels réseaux et cercles, à commencer par « Théorie communiste », étaient présentés encore récemment comme les plus révolutionnaires et les plus innovateurs du monde, en ce qui concerne la critique du capital et de l’État. Et loués pour leur capacité présumée à débroussailler les pistes permettant d’entamer la transformation révolutionnaire de la société. Le processus de communisation, dans leur patois. Dans « Réflexions sur la communisation », j’avais commencé à analyser en quoi consistaient leurs prétendues avancées théoriques et pratiques. Je vais donc repartir de là pour montrer comment l’idéologie communisatrice a pu couvrir et faciliter l’ascension de l’un de ses ténors vers le sommet du pouvoir étatique.

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Revenons déjà sur le rôle joué par « Théorie communiste ». La revue procure, particulièrement en France depuis quelques années, l’essentiel de ce qui constitue la boîte à idées, pour reprendre la métaphore de la boîte à outils, du microcosme communisateur. Comme leur nom collectif l’indique, l’activité des membres du cercle fondateur consiste essentiellement à formuler ce qu’ils pensent sous forme de « théorie ». Par suite, leur « pratique » fut toujours réduite à la portion congrue, même dans des situations plus favorables que celle que nous subissons aujourd’hui. Mais lorsque des individus prennent l’habitude de ne pas se confronter au monde réel, de se désintéresser des confrontations qui apparaissent à leur insu, parfois presque sous leur nez, leurs pensées finissent par tourner en rond dans la camisole de force de l’idéologie. « Théorie communiste » a d’ailleurs fini par « théoriser » là-dessus aussi. Elle reprend à son compte pas mal d’idées du philosophe marxiste-léniniste et structuraliste Althusser, y compris celle de « pratique théorique ».

Plus largement, c’est l’ensemble des thèses de « Théorie communiste » qui pose de sacrés problèmes. Pendant des décennies, nos adeptes de la « pratique théorique » furent imperméables, indifférents, voire hostiles à presque toutes les idées, les conceptions, les luttes, etc., qui avaient surgi dans la foulée de Mai 68 et qui outrepassaient le cadre rigide de leur grille de lecture formatée par le marxiste orthodoxe. Particulièrement lorsqu’elles touchaient à l’un des piliers de leur doctrine, à savoir la prétendue contradiction entre « les forces productives » et les « rapports de production », et le rôle révolutionnaire qu’ils attribuaient aux prolétaires de la grande industrie, porteurs privilégiés de la communisation aux couleurs de l’industrialisme et, mine de rien, également de l’étatisme. Pour la simple raison qu’il n’y a pas de grande industrie sans État. C’est leur doxa qui explique en grande partie leur hostilité passée aux oppositions contre le nucléaire, y compris à leurs fractions révolutionnaires. Alors que le nucléaire relève, en France plus qu’ailleurs en Europe, de la raison d’État. C’est elle qui explique encore leur hostilité récente aux oppositions aux biotechnologies. Ainsi, dans leur numéro 17, l’auteur de « A propos de Riesel », sous prétexte de rejeter le réductionnisme de « L’Encyclopédie des nuisances », crache en bloc sur elles. Sans même tenir compte des critiques déjà faites audit réductionnisme, au sein même de ces oppositions, telles qu’elles furent présentées, entre autres par moi, dans « La société industrielle, mythe ou réalité ». L’auteur se réjouie même de la disparition des derniers paysans parcellaires, assimilés sans la moindre nuance à des adeptes de la contre-révolution, tels que Marx les présentait, de façon caricaturale, à l’époque du « Manifeste communiste ». C’est l’apologie du rouleau compresseur capitaliste, piloté par la Commission européenne, l’État hexagonal et les agrairiens, que « Théorie communiste » nous présente ici sous les couleurs de la communisation.

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Je l’avais déjà signalé dans « Réflexions », au grand dam des communisateurs : leurs prétendues critiques ne dépassent pas, en règle générale, la conception marxiste orthodoxe de l’État, héritée du technocratisme saint-simonien : la disparition des classes et de l’État signifie que le « gouvernement des hommes » cède, de façon progressive, en relation avec le processus d’industrialisation du monde, la place à « l’administration des choses », des « choses » créées et distribuées presque sans limites, sans lesquelles le monde du capital ne serait pas dépassable. En d’autres termes, chassé par la porte, l’État rentre par la fenêtre sous la forme de l’appareil d’administration et de coercition des « hommes » traités comme des « choses », au nom de la discipline et de la hiérarchie à maintenir pour continuer à faire tourner la grande industrie. Ce qu’Engels exprima avec sa brutalité coutumière dans des thèses dirigées contre Bakounine.

Or, dans la mesure où nos communisateurs font, en général, l’impasse sur de telles questions essentielles, leur notion de « mesures communisatrices » destinées, à leurs dires, à entamer la destruction du capital et de l’État, rappelle fort la conception qui présida à la formulation des « mesures » prises par l’État transitoire, préconisées dans le « Manifeste » par Marx, puis par Lénine dans « L’État et la révolution ». J’ai été traité de calomniateur pour avoir osé l’écrire. Pourtant, le numéro 24 de « Théorie communiste », postérieur à « Réflexions », confirme ce que je pensais alors. Dans « Le moment révolutionnaire comme conjoncture » l’auteur, après avoir conseillé de lire Lénine, affirme : « La dictature du mouvement social de communisation est ce processus global d’intégration de l’humanité au prolétariat. La stricte délimitation du prolétariat par rapport aux autres couches, sa lutte contre toute production marchande sont en même temps un processus qui contraint les couches de la petite bourgeoisie salariée, de la “classe de l’encadrement social”, à rejoindre la classe communisatrice, elle est donc définition, exclusion et, en même temps, démarcation et ouverture, effacement des frontières et dépérissement des classes et de la distinction de genres. Les mesures communistes sont la réalité du mouvement où le prolétariat se définit dans la pratique comme le mouvement de constitution de la communauté humaine. »

Rien ne manque dans le passage cité. Pas même l’idée que la transformation en question, sous la houlette des prolétaires, va contraindre des classes et couches intermédiaires à le rejoindre et à partager ses objectifs. Nous le savons depuis au moins la destruction de la révolution russe effectuée par le pouvoir bolchevik : de telles formules déterministes justifient la coercition que le parti prolétarien exerce sur les individus qui n’acceptent pas ses ordres, y compris lorsque les individus en question sont des prolétaires révoltés. C’est de violence de type étatique qu’il est question ici, même si le terme d’État prolétarien n’apparaît plus dans le lexique des communisateurs. Nous sommes aux antipodes de l’idée de violence insurrectionnelle, portée par les damnés de la Terre qui tentent de se libérer du joug du capital et de l’État.

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Consultable depuis près de trois ans sur le principal site dédié à la communisation, « DNDF », l’article n’a suscité, à ma connaissance, que des commentaires mineurs. Rien sur la question de l’État. Mais nous évoluons ici sur le terrain favori des ténors de la communisation. Celui du recyclage au niveau du langage qui permet que rien d’essentiel ne soit remis en cause. Grâce à des artifices déjà employés par les gestionnaires de la parole officielle ou créés pour l’occasion. Grâce à la prolifération de termes dont le sens est difficile à cerner et qui peuvent recouvrir n’importe quoi, ou presque. Et satisfaire à bon compte les dernières générations de communisateurs, en général issues, en France, des oppositions lycéennes et étudiantes, à la recherche de quelque kit dans le magasin du prêt à penser. Je dis cela sans mépris. Bref, à tenter de suivre le processus sans fin d’interprétation, de réinterprétation, voire de surinterprétation, censé tenir compte des objections et des multiples desiderata, les lecteurs perdent le sens de l’orientation, croient avancer alors qu’ils font du surplace. L’innovation langagière au pouvoir, en quelque sorte, sur le mode de l’inflation qui sert en réalité à neutraliser les critiques et à faire rentrer dans le cadre préétabli des questions jusqu’alors négligées, telles que celle des genres. C’est l’une des grandes impostures des maîtres à penser de l’Université hexagonale depuis longtemps, partagée par le dénommé Althusser, qui imprègne en profondeur les penseurs de la communisation et qui impressionne les naïfs, dans l’Hexagone et ailleurs. Elle donne en quelque sorte de l’élasticité à leur doxa qui ne peut pas demeurer aussi rigide qu’autrefois sous peine de casser. Lire la suite

Tarnac, ou de l’utilité douteuse des idiots (2009)

Gueule rouge

 

Faisant retour sur l’affaire de Tarnac[1], Laurent Joffrin, qui se qualifie lui-même d’« idiot utile » — selon l’ironique expression de Lénine — reproche à Éric Hazan, éditeur de L’Insurrection qui vient d’avoir avoué une « ruse tactique ». Il aurait reconnu son mépris du droidelhommisme auquel il a pourtant eu recours pour réclamer l’élargissement de Julien Coupat et de ses ami(e)s.

Si Éric Hazan avait procédé exactement comme le prétend Joffrin, il mériterait bien lui aussi l’épithète d’idiot, dont l’utilité serait sujette à caution. Faudrait-il pas être sot, en effet, pour saborder un outil politique supposé avoir prouvé son efficacité, alors que nul ne sait encore si l’affaire de Tarnac se soldera par un non-lieu, un procès, ou de nouvelles mises en examen. On imagine le fâcheux effet d’un tel retournement stratégique lors d’une audience. Pour ne rien dire des innombrables embastillements à venir, à propos desquels les protestations « démocratiques » ne recueilleraient que les sarcasmes des personnalités et journalistes auxquels elles s’adresseraient.

Or, dans le texte que reproduit d’ailleurs Joffrin dans le sien, Hazan exprime un point de vue assez différent :

« Pour retourner contre l’appareil d’État les armes qu’il pointait sur nous, nous avons fait appel dans nos interventions publiques au vieux fonds humaniste-démocratique de la gauche. Dans l’inquiétude où nous étions sur le sort de nos amis emprisonnés, nous avons eu spontanément recours à cet arsenal usé mais rassurant [Je souligne. C.G.], le mieux fait pour réunir des voix, des sympathies, des signatures. »

Davantage que l’aveu d’une stratégie cynique, c’est l’aveu d’une naïveté politique. D’une illusion devrais-je dire, et point dissipée au moment où Hazan écrit son texte, puisqu’il semble toujours penser que le registre démocrate est le plus efficace « pour réunir des voix, des sympathies, des signatures ». Jamais prouvé par rien, cet a priori dispense presque toujours les militants de rédiger leurs appels et pétitions sans recourir aux clichés, politiques et rédactionnels, qui viennent « spontanément » — c’est-à-dire dans une complète détermination culturelle — à leur esprit. Lire la suite

Aux origines du parti communiste, ou le traitement par l’acide à l’épreuve du temps, par Charles Reeve

Les années 1924-25 furent particulièrement fécondes pour le débat politique au sein du jeune parti communiste en France. L’acceptation des 21 conditions d’adhésion à l’Internationale a, en particulier, suscité de vives discussions et soulevé d’importantes questions théoriques.

Début 1925, avant que la référence à Trotski s’impose, une tendance opposée à la bolchevisation s’organisa dans le parti. Lorsque, le 18 août 1925, une délégation d’oppositionnels fut reçue devant le Comité central pour exposer leurs vues et affirmer leur soutien à Souvarine, Monatte, Rosmer et autres — précédemment exclus « comme ennemis du parti » — le sort du courant était déjà scellé. À peine avaient-ils quitté les lieux, qu’un des membres influents du Comité central, s’adressa à ses pairs : « Par quel acide allons-nous traiter ces gens-là ? ». Il s’agissait de Jacques Doriot, un des dirigeants qui passera, quelques années plus tard, du socialisme national au national socialisme.

Pour les oppositionnels de l’époque, l’acceptation des 21 conditions ouvrait la porte à une transformation profonde de la nature du parti. « Au nom de la bolchevisation, on prétend imposer au Parti français l’imitation mécanique et servile du Parti russe. On a banni toute liberté de pensée et d’expression, toute critique, toute initiative[1] ». C’en était fini d’« un parti révolutionnaire [qui] doit d’abord être un parti qui pense, un parti formé d’hommes conscients intellectuellement et moralement[2]. »

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Fernand Loriot (1870-1932) fut celui qui, le 18 août 1925, défendit les thèses des oppositionnels devant le Comité central. Aujourd’hui quasiment inconnu, Loriot fut un membre de premier plan dans la gauche de la SFIO et un proche des syndicalistes révolutionnaires. Internationaliste partisan de Zimmerwald, il fut, pendant la première guerre mondiale, pacifiste révolutionnaire — « celui qui sauva l’honneur du socialisme français pendant la guerre (1914-18) » dira plus tard Souvarine. Mais, surtout, Loriot fut le rédacteur de la motion de rupture avec la SFIO, lors du Congrès de Tours de décembre 1920. Sympathisant actif de la révolution russe dès la première heure, il fut, de fait, un des fondateurs du Parti communiste, personnage respecté et apprécié de Lénine et autres chefs bolcheviques. Ayant rejoint très tôt le courant qui s’opposait à la bolchevisation du parti, voici, comment Loriot s’exprimait sur la question de l’organisation : « L’idéologie révolutionnaire n’est pas fondée sur le dogme ; et la discipline des partis ne saurait être un mode d’asservissement de la conscience[3] ». Lors du IVe congrès de 1925, il insistait : « La bolchevisation des partis se traduit dans la pratique par la création d’un appareil formidable de dictature sur le parti […] On arrive ainsi, qu’on le veuille ou non, à créer une sorte de bureaucratisme terrible et étendu, le même bureaucratisme que dans le parti russe[4]. »

On voit bien qu’il y avait, dans ce débat, plus qu’un affrontement entre deux conceptions de l’organisation. Les questions d’organisation recouvrent toujours des questions politiques fondamentales. Pour Loriot et ses amis, ce qui était en jeu c’était une conception du mouvement communiste. On passait, selon eux, d’un parti de Communistes à un parti communiste encadrant des militants asservis à une ligne politique, décidée au sommet selon les intérêts de l’Internationale tenue par Moscou. Une organisation bureaucratique remplaçait une organisation vivante. S’ensuivrait l’impossibilité de mener une lutte pour le renversement de l’ordre social, de participer à la refondation de la société sur des bases anti-capitalistes. Le parti communiste allait devenir un parti agissant dans le cadre politique national, articulant les luttes et revendications des travailleurs français avec les intérêts de l’Etat russe. La bolchevisation s’accompagnera ainsi de la « nationalisation » du parti communiste, devenu parti communiste français.

Après avoir été isolés par la direction, Loriot et ses amis vont mener le combat politique en tant que militants au sein des organisations de base du parti. Puis, en 1926, violemment diffamé par la presse communiste officielle, Loriot finit par démissionner. Il poursuivra modestement son activité politique au sein du cercle restreint qui publiait la revue La Révolution prolétarienne. Dans un texte daté de 1928, il reviendra sur l’expérience russe. Pour souligner une fois de plus le lien entre forme d’organisation et contenu du socialisme, pour rappeler que dans la lutte pour l’émancipation sociale, les buts et les moyens sont indissociables. « […] L’avenir montrera avec plus d’évidence encore la divergence des intérêts de l’Etat russe et de la révolution prolétarienne universelle. Il est hors de doute, en effet, que la Russie ne va pas au socialisme. […] L’économie russe se stabilisera peut-être sous les formes d’une sorte de capitalisme d’Etat gardant de ses origines révolutionnaires certains aspects originaux, mais ses caractéristiques essentielles resteront celles d’une économie capitaliste et non d’une économie socialiste[5]. » Bolchevisation, stalinisme et capitalisme d’Etat sont ainsi perçus comme des stades successifs d’un même processus de reproduction des rapports d’oppression capitaliste.

On connaît l’apport des courants syndicalistes révolutionnaires et anarcho-communistes dans la formation de certains partis communistes (le parti communiste nord-américain ou le parti communiste portugais, par exemple). Dans le cas de la France, on a plutôt tendance à insister sur la filiation/rupture entre le parti communiste et la SFIO. La redécouverte de figures comme celle de Fernand Loriot, apporte un éclairage nouveau sur l’histoire des premières années du parti communiste, rappelant l’influence qu’y jouèrent des militants provenant des milieux pacifistes révolutionnaires et syndicalistes révolutionnaires. Ils furent parmi les premiers à percevoir la nature autoritaire de la bolchevisation et ses conséquences. Après leur participation à la conférence de Zimmerwald, qui allait marquer la rupture avec le socialisme patriotique et guerrier, ils avaient gardé le contact avec les révolutionnaires russes et italiens. Mais, sans doute pour des raisons historiques spécifiques à la situation française, Loriot et ses amis restèrent éloignés du mouvement révolutionnaire en Allemagne. Ils semblent ainsi avoir ignoré les doutes de Rosa Luxembourg vis-à-vis de l’autoritarisme bolchevique, être passés à côté des moments forts de la révolution allemande et de l’émergence du courant communiste radical, qui prendra plus tard le communisme de conseils comme référence en opposition au communisme de parti. Cet éloignement pèsera sans doute dans leur faiblesse face à la bolchevisation du parti.

Des milliers de pages ont été écrites sur l’histoire du parti communiste français, sur ses débats et conflits internes. Allant des variantes officielles, plus ou moins orthodoxes, à celles de l’anti-communisme le plus primaire en passant par une vaste historiographie universitaire. Plus rares sont les ouvrages dédiés à l’étude des dissidences internes, surtout si on laisse de côté les études consacrées plus particulièrement au courant trotskiste. Une lacune vient d’être comblée avec la publication de Fernand Loriot, Le Fondateur oublié du Parti communiste. Dans cette étude historique sérieuse, menée en dehors du cadre universitaire, Julien Chuzeville reconstruit le parcours politique de ce révolutionnaire atypique. Nonobstant une forme de récit où les riches contradictions de la vie politique de Loriot et de ses compagnons s’effacent parfois derrière le factuel, Julien Chuzeville accomplit son but de briser l’oubli pour ces hommes qui vécurent dans un siècle où triomphèrent toutes les contre-révolutions.

À la lecture de ses pages (où nous avons puisé les citations que nous reproduisons ici), on ne peut qu’être frappé par la clairvoyance de ces oppositionnels de la première heure. Lesquels pressentaient sans ambiguïtés l’aboutissement à venir de cette opération autoritaire de mise au pas des partis communistes selon les intérêts du nouvel État russe. Une fois de plus, force est de constater — et à l’encontre d’un certain matérialisme historique déterministe pour lequel les étapes justifient souvent le compromis avec le « réalisme » dominant — que chaque époque est chargée de possibles, ceux qui ouvrent vers l’avenir et ceux qui referment sur un présent qui se veut indépassable. Les doutes et les questionnements politiques de Loriot et de ses amis n’ont pas résisté à l’efficacité bolchevique qui enfanta le stalinisme. Mais, en relisant leurs analyses, on se rend compte que les principes qu’ils revendiquaient à l’époque, furent confirmés par le mouvement de l’histoire et se révèlent un siècle plus tard, d’une étonnante actualité, intégrant toujours le projet d’émancipation sociale

Nous le savons trop bien, l’histoire est toujours l’histoire des vainqueurs. Et c’est pourquoi elle est une histoire morte. Selon la formule incisive de George Orwell, « Ceux qui sont maîtres du présent, pourquoi ne seraient-ils pas maîtres du passé ? ». L’histoire des vaincus est, au contraire, la seule qui compte pour le devenir humain, la seule qui porte les secrets d’un possible délivré de la barbarie, pour peu que les sociétés se réveillent et se mettent en mouvement. Se réapproprier l’expérience de Fernand Loriot et de ses camarades enrichit notre capacité de s’opposer au présent.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 Charles Reeve

Janvier 2013

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[1] « Tribune de discussion », Cahiers du bolchevisme, 1er mai 1925. Cité par Julien Chuzeville, Fernand Loriot, le fondateur oublié du Parti communiste, l’Harmattan, collection Historiques, Paris, 2012.

[2] Correspondance de deux communistes oppositionnels, Ibid.

[3] Lettre des oppositionnels, dite « lettre des 80 », envoyée par Loriot à Zinoviev, 14 février 1925. Ibid.

[4] Intervention de Loriot, 17 janvier 1925, Ibid.

[5] « Que vaut l’expérience russe ? », La Révolution prolétarienne, 15 mars 1928.