Rendez-vous mardi 14 à propos de “Nanterre, du bidonville à la cité” ~ Pas de grève de la pensée!

Ces derniers jours, des revues académiques en ligne, un séminaire qui se tient à la Sorbonne, et probablement d’autres se sont déclarés «en grève», pour soutenir le mouvement d’opposition à la réforme des retraites.

De mon côté, j’ai été contraint de reporter l’un des «rendez-vous» que j’organise au Lieu-Dit, à Ménilmontant. La quasi impossibilité de se déplacer dans Paris (dont beaucoup d’habitant·e·s des régions n’ont pas idée…) rendait la tenue habituelle impossible. Près du quarantième jour de grève dans les transports, il est un peu moins difficile de se déplacer, même si pour la plupart des gens cela reste très pénible.

Non seulement «je soutiens la grève», mais je souhaite – vœu abstrait, hélas! – sa généralisation contre le capitalisme. Elle pourrait déjà s’étendre aux universités, par exemple. Elle pourrait aussi, deuxième vœu abstrait, prendre d’autres formes. Hélas il faut être très majoritaires pour imposer la gratuité des transports, ce qui coûterait aussi cher à la Ratp ou à la Sncf.

Je n’ai rien contre les actions symboliques, mais je ne vois pas en quoi une «grève de la pensée» pourrait passer pour un moyen d’encourager les grévistes… Imaginer que la sidération collective pourrait être une espèce de «double» de la grève des travailleurs qui interrompent une production ou un service me paraît une sottise. Et on me permettra de penser que cette absence de rencontres (en dehors des manifs et de quelques actions minoritaires), laquelle commence tout juste à céder le pas à des fêtes et débats n’était pas très bon signe sur la capacité de ce mouvement à produire son dépassement. 

Chacun·e fait comme il peut avec les moyens du bord. À ma très modeste place, j’organise des rencontres sur des sujets qui sont susceptibles d’intéresser celles et ceux qui veulent changer le monde. En reprenant ces rencontres mardi prochain 14 janvier, j’ai le sentiment – non pas d’un «retour à la normale» – mais de m’inscrire dans le même mouvement que celles et ceux que je retrouve dans les cortèges de tête des manifestations parisiennes.

Il est une autre raison, et ça n’est pas la moindre, de reprendre ces rendez-vous, et tous ceux qui se tiennent au Lieu-Dit: il s’en faut de très peu pour que ce lieu doive être compté au nombre des victimes collatérales de la grève. Les universitaires retrouveront la Sorbonne et leurs sites Internet, après leur «grève» virtuelle. Le Lieu-Dit, lui, risque de fermer. Alors les animatrices et animateurs de centaines de débats, rencontres, présentations de livres, réunions et projections qui s’y tiennent chaque année devront trouver une autre salle, et l’on sait que ce n’est pas chose facile à Paris.

Autrement dit, reprendre le chemin des événements organisés là-bas est bel et bien un acte politique militant qui s’inscrira aisément dans le contexte de lutte sociale.

Mardi prochain, venez écouter Victor Collet – lui viendra de Marseille pour vous rencontrer!venez à pieds, venez à cheval ou organisez un covoiturage.

Faites preuve d’initiative et d’entraide, et venez!

Vous pouvez noter sur vos agendas la date du «rendez-vous» sur la libre pensée arabe (que j’avais dû repousser): ce sera le 4 février.

À LA NÔTRE! SOUTENONS LE «LIEU-DIT»! ~ 6, rue Sorbier Paris XXe

Le Lieu-Dit fêtera en 2019 ses quinze ans d’existence.

Perché sur les hauteurs de Ménilmontant, il est à première vue un café-restaurant comme les autres ; il est pourtant devenu, au fil des ans, bien plus que cela : espace atypique, nécessaire à la vie collective, à la pensée critique, à la circulation et à la confrontation des idées.

Projections de films, concerts, pièces de théâtre, expositions, caféministes, enregistrements d’émissions de radio, marchés de producteurs bio, soirées-débats, d’innombrables événements y sont organisés (plus de 1500 depuis sa création) sans oublier le petit salon du livre politique et ses éditeurs engagés. Le lieu conjugue pensée critique avec convivialité, nombreux sont les liens créés, les amitiés ou actions qui y sont nées.

Pourquoi soutenir le Lieu-Dit aujourd’hui ?

Cette « fonction » singulière, désirée et voulue par son créateur et animateur, Hossein Sadeghi, a un coût élevé. L’activité rémunératrice – le restaurant – est impactée par les réunions politiques qui occupent plusieurs fois par semaine une grande partie de la place des dîneurs.

Le lieu est ainsi structurellement précaire, d’autant qu’aucune participation financière n’est demandée. Les quelques heures quasi quotidiennes de débats, discussions ou projections ne se prolongent en effet qu’exceptionnellement en dîners ou soirées festives.

Rien d’étonnant, donc, à ce que le Lieu-Dit traverse aujourd’hui une passe difficile. La situation rend plus que jamais urgente l’aide de ses clients, amis et soutiens. Et tout aussi urgente la nécessité de le considérer pour ce qu’il est : un lieu devenu par les usages qui en sont faits quotidiennement un commun de fait.

L’association des amis du Lieu-dit décrète donc la mobilisation générale, il y a urgence à agir immédiatement pour que perdure ce lieu, le nôtre, le vôtre.

J’aime cet endroit, sa situation à mi-pente de Ménilmontant, sur un large trottoir dégagé et calme; j’aime bien Hossein. Je suis heureux de le retrouver là chaque fois que je viens manger seul ou avec des ami·e·s, et profiter de la terrasse dès que le temps le permet.

J’y revois toujours d’autres habitué·e·s (la dernière fois, un copain marseillais!). Je suis venu ici vendre des livres au «Petit Salon du livre politique», présenter mes propres livres ou parler de Daniel Guérin…

J’aime aussi beaucoup le nom de ce café-restaurant. Ça compte un nom!  Un «lieu-dit» (ou lieudit), c’est modeste, ça n’est pas fini, pas clos. On est invité·e à compléter soi-même… On parle du lieu-dit «Le grand chêne», par exemple. Je dirais volontiers lieu-dit «l’Utopie», histoire d’assumer nos contradictions, puisque l’utopie manque de lieux, précisément. Et puis aussi parce que c’est sans doute le sujet principal des centaines de conversations qui ont eu lieu dans cette grande salle…

Si vous êtes parisien·ne·s d’habitude ou d’occasion et que vous ne connaissez pas encore le «Lieu-dit», passez-y à l’occasion. Si vous aimez déjà le fréquenter et appréciez l’accueil gratuit de tant de rencontres, débats, projections, etc. faites comme moi: Soutenez le Lieu-dit.

Claude Guillon