Lignes de force

AUJOURD’HUI LES ENFANTS, C’EST CATÉCHISME!

Certain(e)s des abonné(e)s, lectrices et lecteurs d’occasion de ce blogue ignorent peut-être le site Non fides, sur lequel ont été publiés les deux textes qui suivent.

Je me fais un devoir de les porter à la connaissance générale. On s’étonnera peut-être que je ne publie pas de texte en réponse…

Mais comment répondre à de tels manieurs de foudre?

Meilleurs théoriciens que moi ! Meilleurs logiciens, meilleurs moralistes, meilleurs écrivains, meilleurs théologiens, meilleurs humoristes…

Comment prétendrais-je affronter pareils géants? Oh! je m’en garderai bien! D’ailleurs, je n’ai même pas pu, je le reconnais, aller au bout de ce pensum. Un jour peut-être…

Et puis tout ça prend du temps, de l’énergie. Il faut décrypter…

Par exemple, je n’ai pas la moindre idée de ce à quoi renvoie le paragraphe suivant : «D’autres épisodes récents ont eu lieu, de notoriété publique, dont un a tout particulièrement mis en scène une violence inégale, sans aucun fondement politique d’aucune sorte autre qu’une guerre de territoire». Encore un incident de la guerre des gangs qui ne m’est pas parvenu aux oreilles…

Mais l’on juge mon silence lourd de sens!…

Allez, ça va bien comme ça! J’ai dit ce que j’avais à dire. Je m’en tiens là sur les incidents auxquels j’ai fait allusion.

Quant aux questions de fond, j’y reviendrai quand bon me semblera.

Tout au plus me suis-je permis d’ajouter ici quelques illustrations qui m’ont semblé assez bien assorties aux textes.

Je ne m’autorise qu’une remarque, dictée par le seul scrupule intellectuel: Je ne peux sans protester laisser mes contempteurs profiter de mon exposition en place publique pour compromettre un tiers, innocent du crime dont il est soupçonné.

Non! Serge Quadruppani n’est pas de mes amis. Nous nous sommes fréquentés, certes, à l’époque où nous participions tous deux au comité de rédaction de la revue Mordicus. Mais nous sommes brouillés, au point que je n’ai pas salué le personnage depuis 20 ans. On conviendra que cela constitue pour lui une espèce de prescription. Quant à la basse opinion que je me fais de ses positions, on s’en informera aisément en suivant les liens ad hoc de ce blogue.

 

Capture d’écran 2016-08-19 à 19.43.11

Et Claude Guillon créa l’excommunication… et oublia le négationnisme

jeudi 18 août 2016

 

Remarque préliminaire : ce texte apparemment nécessaire — vu le niveau de publicité et les imprécisions majeures diffusées — a été écrit suite au premier texte de Claude Guillon publié le 29 juillet. Depuis il persiste, signe et aggrave les menaces et les attaques personnelles, s’enfonçant tout seul dans une guerre privée à propos d’un épisode qui n’a rien à voir avec lui. S’il s’agit de refuser la violence interpersonnelle, d’autres épisodes récents ont eu lieu, de notoriété publique, dont un a tout particulièrement mis en scène une violence inégale, sans aucun fondement politique d’aucune sorte autre qu’une guerre de territoire, et pour lequel « viriloïde » serait un doux euphémisme. Pourtant Claude Guillon n’y a pas réagi. Pour l’instant, face au caractère de plus en plus insultant des propos tenus, et au déchaînement de menaces en cours, le plus raisonnable semble être d’attendre que le soufflet retombe pour faire le point et aviser.

 

Claude Guillon, entremetteur dans la bonne pensée radicale devant l’éternel, nous gratifie le 29 juillet 2016 d’un étrange billet d’humeur mauvaise.


Le 30, il le débaptise et le rebaptise : « ”La Discordia”, les ”dieux”, La mort, l’humour, le mauvais goût et les fascismes… ». Il y ajoute un paragraphe dans lequel il se fait l’inventeur du fil à couper le compagnon, en livrant à la vindicte militante un excellent compagnon rencontré deux milliers de fois, au moins… Ah, non, nous ne sommes pas de ceux qui délivrons ce genre de diplôme.

Le raisonnement est déjà fort sinueux. Suivez bien.

Dans ce texte à plusieurs double-fonds de lâcheté, il fait savoir à tout un chacun qui compose son auditoire virtuel qu’il ne s’offusque pas plus d’une blague qu’il juge mauvaise à propos du prêtre égorgé par quelques uns qui ont entendu l’appel du comité-visible-et-barbus-qui-ont-commencé-et-proclamé-un-califat-islamique, que d’un tag dont les termes consonnent avec le champ lexical négationniste, trouvé sur un mur après une manifestation contre la loi Travail.


« Pas d’amalgame ! », nous dit le Père Claude, pas question d’« assimiler » le curé égorgé avec d’autres curés violeurs d’enfants (pour un développement détaillé sur cette question, voir le post scriptum intitulé Guillon, les tweets, l’humour, la roussophilie, la mort, les religions et les djihadistes, et la défense calomnieuse). Le moment choisi, après un crime de ce type, n’est-il pas le meilleur pour faire un peu la vierge effarouchée ? En tout cas voilà une position courageuse qui tranche avec l’ambiance christianophobe de pogrom anti-curés qui se prépare actuellement en France. Monseigneur Guillon a tranché, remballez fourches et fusils : il est « hostile à l’assassinat des prêtres », la messe est dite, c’est proscrit, on annule tout.


Passons sur le début poussif, comme à chaque fois que Guillon Notre Père étale ses états d’âmes sur l’actualité. Le roi du ni-ni, l’apôtre de la distinction, donne son avis sur ce qui anime l’opinion, pour en venir à ce qui n’a aucun rapport et aucun lien. « Enfin Claude, pas d’amalgame, voyons ! », pourrait-on se contenter d’avoir idée de lui répondre…
Mais là, le sujet abordé est grave et un compagnon qui ne manque certes pas d’excellence, même s’il n’est pas diplômé de la Guillon’s Academy en la matière, est livré à la vindicte publique. L’idée qui nous traversait l’esprit se fait nécessité d’en dire quelque chose.

Sachons donc que Claude Guillon ne s’intéresse pas à des tags aux connotations au moins discutables. Tout cela le laisse froid — lui qui nous répète à l’envie qu’il n’est pas de bois — et il nous le fait savoir. Mais il s’offusque en revanche que d’autres puissent s’en émouvoir, et que lors d’une conversation à ce sujet, deux personnes majeures et (sans doute) vaccinées en soient venues aux mains. Il s’agit donc de ce qui indiffère et de ce qui émeut, de ce qu’il y a à penser et à dire, de comment on prend part à une conversation, on l’interrompt, on la poursuit ou on la fait cesser, de ce qu’on accepte d’entendre, de ce qui laisse froid ou de ce qui énerve, et c’est là, à propos de tout ça, entre la mondanité et la politique, que Claude Guillon a des choses à nous dire. Il n’est pas ému par le tag et, politisant cet affect étrange, juge intolérable que d’autres le soient. Il est ému en revanche qu’un ami à lui qui s’est imposé longuement et lourdement dans une discussion à ce sujet, en tenant avec insistance une position intenable — celle de vouloir à coup de non arguments, obliger ses interlocuteurs forcés à cesser d’en discuter — ait été conduit sur un autre terrain puis, ayant proposé de doubler la mise, se soit battu avec l’un de ses contradicteurs. Modeste proposition pour aider à s’y retrouver dans la vie, puisqu’il faut réagir au diapason avec Guillon, et surtout rester impassible quand ça ne lui fait rien : pourquoi ne pas avoir proposé une adaptation personnelle du best-seller Indignez-vous, avec une application permettant de savoir, en temps réel, grâce à l’échelle d’indignation de Guillon comme maître étalon, quand et comment réagir.


On voit bien déjà une inversion et une projection propre à un narcissisme débridé : c’est lui qui voudrait que tout un chacun réagisse comme il l’entend ou comme il dit réagir, et pas l’inverse. Personne n’a réclamé à personne une quelconque réaction, (encore moins à lui, ou de celle dont il fait état dans son triste texte), rien de ce type n’a été exigé. Il suffisait juste que son excellent ami l’inopportun accepte de cesser de raconter n’importe quoi et de prendre la parole et la tête à ceux qui voulaient réfléchir et converser. S’éloigner ou parler d’autres choses aurait sans doute, à ce moment-là, suffi.

En glosant autour de cette trame passionnante, Claude Guillon nous dévoile plusieurs curieuses qualités.

D’abord il excelle dans l’art de parler de ce qu’il ne connaît pas. Normal, en bon historien généraliste, il ne s’est pas renseigné. Il fait croire à une agression de taré qui aurait pris à parti n’importe qui (ou plutôt pas n’importe qui, justement, un des excellents amis de Claude Guillon), et n’aurait pas accepté qu’à brûle pourpoint la personne n’ait pas eu le même avis que lui. Il ne sait donc pas, apparemment, que la rixe en question a eu lieu après une longue et patiente discussion, et que l’énervement est venu suite à l’insistance particulièrement inquiétante, voire pénible ou proprement inacceptable vu les propos tenus, d’un qui s’était imposé, pour parler du sujet débattu, dans la discussion d’autres. Ce véritable Watson du sens des choses avait le loisir de se renseigner. Il ne l’a pas fait, du moins assurément pas de manière contradictoire. Il ne cherche même pas à préciser le contenu des tags dont il est question et commence dans son premier billet par gloser sur strictement n’importe quoi, comme si la précision en la matière était hors de propos. Le tag passe de « Ils [les CRS, nous précise-t-il, mais pourquoi pas l’État, les socialistes, l’oligarchie cosmopolite, ce gouvernement au service des patrons…] nous douchent avant de nous gazer » à une photo du tag avec le réel slogan, effectivement discuté ce soir là : « Le gaz, la douche, c’est douteux… ». Aucune différence pour Claude Guillon entre ces deux formules, il laisse en l’état son appréciation du tag imaginaire antérieur, qui n’a rien à voir et à partir duquel il a brodé son argumentaire, et qui ne soulève clairement pas les mêmes questionnements. Le fait qu’il ne prête absolument aucune attention, et ce de manière si ouverte, au contenu réel des tags et donc au contenu réel de la dispute montre que c’est évidemment un procès d’intention malveillant. Mais de quoi parle-t-il donc, à part du fait qu’il ne faut pas parler de ce dont il pense qu’il a été question ce soir-là ? D’ailleurs, il n’y a que lui pour parler d’une « plaisanterie de huit mots » (pour le tag qu’il invente totalement, pourquoi alors ne pas assumer comme d’autres collègues, l’usage de la fiction ?). Personne n’a parlé de plaisanterie, de trouver ça drôle ou même spirituel. Sur le fond, on y reviendra, notons tout de même cet ultime paradoxe de la pensée guillonesque : il intime l’ordre de comprendre les choses comme lui (alors qu’il affiche ne pas les comprendre) et il faut réagir à sa manière, c’est à dire pas. Mais comment faire pour se plier à cette exigence, alors qu’il proclame en même temps être le seul à « être Claude » ? Ce que nous confirmons d’ailleurs : il est lui, Claude est Claude Guillon. Ceci dit, en bons élèves, nous avons réagi à sa manière, en faisant un texte. Si Sire G. a besoin d’un fixeur de terrain, un autre homme de lettres en la personne de Serge Quadruppani, pourrait faire l’affaire. Chacun étant amoureux de sa propre plume et spécialiste de se regarder écrire, ils devraient sans doute se comprendre fort courtoisement. Voilà une belle paire. Ce vieil ami du diseur de mauvaise aventure était venu à la manifestation du 14 juin, surement pour prendre en photo avec son smartphone les lacrymogènes que se prenaient les autres, on peut les voir sur son propre blog (c’est là que les grands esprits d’écrivains se rencontrent), il pourra sans doutes apporter quelques lumières sur ces tags, puisque le tag en question y figure.


Sûrement a-t-il un avis ou même des informations, voire des scoops, qui sait, sur la question.

Ensuite Mister Guillon nous inflige une fort mauvaise exégèse, sur fond de contre vérités, de dénégation, voire de déni. Il y confirme qu’il n’y a rien à penser de ces tags. Comme son excellent ami, il n’en pense rien, mais il pense surtout qu’il faut empêcher quiconque d’en penser quelque chose. Et ce par tous les moyens. Par exemple en n’employant à aucun moment dans son exposé le terme « négationnisme » alors que c’était bien, plus que la question de l’antisémitisme qu’il évoque rapidement pour la balayer d’un revers de sa noble main, le centre de la discussion dont il restitue des échos déformés. Ce que notre auteur concède dans sa grandeur d’âme, c’est que le tag qu’il invente, est une « allusion au déroulé des opérations d’extermination menées dans certains camps de concentration nazis ». Or le mode opératoire en question n’est précisément pas le bon. Même à ce propos, il raconte n’importe quoi ! Quand et où y-aurait-il eu « douche », puis « gaz » ? Qu’est-ce que c’est que cette manière de jouer au funambule sans filet en appelant « camps de concentration » justement les camps d’extermination ? Il n’est pas certain que considérer Rassinier et la Vieille Taupe comme source sur la question soit propre à éclairer un esprit embrumé. Tant qu’on parle d’esprit embrumé, d’ailleurs, Maitre Guillon, qui ne rechigne devant aucun argument spécieux, convoque « l’humour juif », pour justifier le mauvais goût, qui, par la magie de l’euphémisme, pourrait allez jusqu’à couvrir un antisémitisme là ou potentiel. On ne dépliera pas ce raisonnement, déjà bien bancal, qui craint tout particulièrement, et à plusieurs niveau, à cet endroit-là. Ne serait-ce que ce présupposé que le fait d’être juif prémunirait contre l’antisémitisme. A chacun de relire, réfléchir, aller jusqu’au bout, et voir jusqu’où ça mène…


Comme il ne parle jamais du négationnisme, on ne saura pas si d’après lui l’« humour juif » pourrait aussi servir d’alibi contre ce « mauvais goût » spécifique. C’est dommage et ça enlève de la portée à son raisonnement, parce qu’il se trouve justement que c’est la base du procédé employé ad nauseam par Dieudonné — et ceux qui le défendent que ce soit ouvertement ou en minimisant ses propos — pour faire passer pour de l’humour ses éructations propagandistes racialistes, antisémites et négationnistes.


Claude Guillon en appelle donc à « l’humour juif » qui tombe comme un cheveu sur la soupe et alors qu’il n’y a que pour lui que ces tags ont une vocation humoristique, mais ni dans le texte premier, ni dans l’ajout postérieur, il n’est question en tant que telles des chambres à gaz, alors que c’était bien l’objet premier de la discussion. On a de ces oublis parfois… L’extermination est qualifiée de « dispositif antisémite », voilà une étrange formulation, sans grande pertinence, qui caractérise assez mal ce dont il est question et ses spécificités, qui essentialise un dispositif et perd de vue ce dont on parle concernant le dispositif, l’antisémitisme et le reste (parmi lequel le nazisme dont on n’entendra pas parler non plus). Nous ne souhaitons pas commenter là le fait qu’il puisse en arriver à considérer le négationnisme comme une « allusion » « irrévérencieuse à des personnes de confession ou d’origine juive ». Ceci dit et sans entrer dans un débat, sans doute passionnant par ailleurs – sachant que si on peut parler de l’humour et de ce qui fait rire, ce n’est pas avec n’importe qui – au sujet des spécificités de l’« humour juif » et des mérites comparés de l’humour selon les cultures (et les « races », sociales bien sûr, même pourquoi pas ?), il semble bien que, sans trop s’avancer, on puisse convenir que c’est un humour qui met en œuvre de la réflexion, de l’ironie, des jeux de situations, de sens et de mots. Autant le texte dont Guillon nous inflige la lecture n’est pas dépourvu de mots, autant, s’il est ironique, c’est bien malgré lui et, s’agissant du jeu intellectuel sur le sens et les situations, il en manque cruellement. Comment peut-il alors gloser et faire la leçon sur ce que manifestement il ne comprend pas et qui encore une fois n’est présent en rien dans le tag ? Aux athées ne plaise !

Il manifeste aussi une capacité certaine à passer du coq à l’âne, strictement, d’un tweet humoristique qui a fait le buzz à propos de l’exécution du prêtre par des illuminés qui se prennent pour le bras armé de Dieu, à une controverse vigoureuse sur un sujet politiquement délicat et important. Partir de « l’actualité » pour dire ce qu’on a à dire et qui n’a rien à voir, c’est assez nul. Quand ça conduit à mettre sur le même plan un partisan imaginaire, mais pas tant que ça, de Daesh avec un compagnon qui n’est pas d’une patience à toute épreuve face à la confusion et la bêtise quand elle est défendue politiquement, on peut appeler ça de la malhonnêteté. Ce faisant, il semble se prémunir par avance contre cette « traque » au « mauvais esprit » (esprit, au sens d’humour, sans doute…) dont il invente l’existence, mais dont il craint apparemment de pouvoir faire les frais, en imposant silence et absence de réflexion ou de questionnement sur ses positionnements passés et actuels.


D’ailleurs, qui est en train de proposer la traque (et bien pire puisqu’il s’agit de « mettre hors d’état de nuire ») de qui avec ces accusations publiques ?

Comme corollaire de ces bonnes vertus, il montre donc une capacité à saisir n’importe quelle occasion pour régler ses petits comptes personnels. En effet, renseignements pris, il se trouve, même si ça ne se voit pas, et pour cause, qu’il avait été fort respectueusement questionné (par mail privé, avec toutes ces formes du bon usage qu’un « fou dangereux » n’emploierait sans doute pas) par celui qu’il désigne à la vindicte militante, à propos de ses récentes courbettes à divers racialistes. Lui avait été demandé comment il les rendait compatibles avec ses autres prises de position. Pas de réponse honnête, de la temporisation, des faux-fuyants polis… et puis ce texte ! Faire brûler un interlocuteur trop curieux en place publique est sans doute une manière de clore la discussion. On peut s’étonner que cela prenne ce chemin. L’auteur, qui a plutôt la plume bavarde, n’a-t’il donc pas supporté de devoir défendre des positions finalement inconfortables ? A-t’il voulu punir définitivement celui qui se sera permis un regard critique sur le contenu de ce qu’il diffuse ?

Il fait aussi, et ce n’est pas là la moindre de ses qualités, la preuve d’une attitude tout à fait flicarde dans cette promptitude à qualifier les faits, à produire une version accusatoire et à désigner quelqu’un suffisamment précisément pour qu’une bonne partie de son auditoire virtuel voie de qui il s’agit, ce qui revient, en somme, à le livrer en pâture. En cela on peut dire qu’il hurle avec les loups puisque sa proposition de mise au pilori se trouve associée à nombre d’accusations, de menaces, voire de lâche trahison dont il a certainement eu au moins des échos.

Mais surtout, il sait faire preuve d’une finesse diagnostique digne des plus grand experts psychiatres de tribunaux. Parce que pour pestiférer celui qui le dérange par quelques mails, il faut d’abord établir un diagnostic : « fou dangereux » donc. Pourquoi pas « psychopathe asocial » ou « forcené bon à être exécuté », verbalement s’entend puisqu’on est un auteur de papier et de discours même si, tel Dieu, on les fantasme performatifs. Chacun son DSM et ses pratiques de « soin ». Il sera « fou dangereux » selon le bon Docteur Guillon. Mais au regard de quelle norme ? Et dangereux pour quel petit confort d’intellectuel organique d’un milieu à la dérive ? Peut-on être d’ailleurs si malveillant et si éloigné de toute pratique soignante, que, en admettant même que le diagnostic soit juste et désintéressé (en est-on capable, Narcisse invétéré ?), on se mette à crier à la face du diagnostiqué « au fou dangereux ! » par communiqué écrit, rendu immédiatement public, interposé ?

Plus encore on peut porter au crédit de notre auteur la maîtrise d’une rhétorique acérée pour séparer le fond de la forme, signe imparable de la volonté de refuser de penser sérieusement ce qui a pu se passer, de quoi il s’agissait, qu’est-ce qui a pu rendre une discussion suffisamment pénible pour que l’un des participants perde patience. Guillon marche dans les pas de son ami si insistant : il redouble, à l’écrit, la même volonté de clore à toute force la discussion. Parmi d’autres mots doux il se croit autorisé à ranger les contradicteurs qui ne lui plaisent pas avec « les fachos, les flics et les barbus » avec lesquels, comme chacun sait, il a déjà fort à faire et combat, non-viriloïdement, au quotidien, la plume ne pouvant en aucun cas être utilisée comme un attribut phallique, comme chacun le sait. On aimerait d’ailleurs avoir une définition de ce que seraient les pratiques « viriloïdes » dont il est question. Faut-il ranger dans cette intéressante catégorie déconstruite, celle des enragés, ou dernièrement celle du « cortège de tête » ? Est-ce à dire que toute conversation doit rester courtoise et qu’aucune altercation n’est licite ? On se retrouverait alors dans un moralisme victorien tout à fait délétère. Si c’est une critique pour faire le beau, l’esthète, le raffiné et le penseur que l’on déverse comme un ersatz de mépris de classe sur celui qui n’aurait pas autant de lettres et d’esprit, si cet anti-virilisme est celui que nous croyons, nous lui en laissons volontiers le monopole… Enfin, bien entendu, ces viriloïdes dont il entend faire la critique sont à placer parmi les autres « imbéciles », de droite, de gauche ou d’extrême radicalité (plate-bande réservée, Guillon’s Corporate). C’est faire preuve d’un véritable courage de professer ainsi le refus de « l’extrême » et de la « radicalité ». Un appel à rester dans le milieu du milieu, en somme, où on se sent bien. Pas trop de vague. Pour la subversion, on verra sans doute plus tard, ou ailleurs. Et s’il faut pour cela tolérer l’intolérable, allons-y, en toute courtoisie révolutionnaire !

Pour finir, la meilleure de ses qualités réside sans doute dans cette étrange manière de concevoir les rapports entre amitié et politique. Quand on est connu par Claude Guillon comme un « excellent camarade », on n’a pas à être contredit, quelles que soient les positions qu’on tient. Si avoir été croisé un millier de fois par Guillon confère le statut privilégié de béatifiable de l’anarcho-communisme, il faudrait tout de même veiller à ce que cela ne s’applique pas forcément à son éventuel concierge, kiosquier, boulanger, banquier ou confesseur, il faut que ça se mérite un peu tout de même… Pourquoi n’avoir pas proposé une distinction à porter à la boutonnière, ou parce qu’on aime à faire mine de refuser les honneurs et qu’on collectionne ce qui plaît à l’ancienne jeunesse, un simple badge ? Sinon un pin’s avec sa photo dédicacée ? Ou un slogan sobre « Je suis Claude G. » Mais il y a un risque de méprise sur la personne pour les admirateurs qui ne l’aurait pas rencontré en chair et en os. Plutôt alors un digne portrait stylisé comme celui figurant sur son blog, ou une photo de son chapeau, avec légende pour ceux qui ne sont pas sensibles à l’art du trait. En tout cas un signe distinctif pour que l’on sache alors qui il faut révérer et avec qui ne point parler politique ni s’embrouiller. On aurait tout de suite cessé de contre argumenter. « C’est un excellent camarade de Claude Guillon ! ». « Mon Dieu, taisons-nous, laissons le débiter la plus grande confusion, refuser de prendre en compte l’existence historique d’un négationnisme d’extrême gauche, laissons-le venir nous interrompre dans une conversation privée pour affirmer envers et contre tout que notre discussion n’a pas lieu d’être. » Dans les rues, les réunions, les parcs, de Paris et de sa banlieue, sachons donc laisser les ami-es de Claude Guillon raconter tout et n’importe quoi, ils connaissent le grand homme, ça devrait nous suffire. Il se trouve, il faut l’avouer, que cette carte de visite, en l’occurrence, nous a échappé, et que, même badge à l’appui, face au discours qui nous a été tenu et aux circonstances dans lesquelles les choses se sont déroulées, nous n’en aurions sans doute pas fait grand cas. Qui sait, nous aurions peut être prié ensuite pour que ce ne soit tout de même pas pris comme un blasphème ou une profanation par la trinité incarnée auctoriale et radicale.

Capture d’écran 2016-08-19 à 19.46.33

Car enfin que s’est-il passé ? De quoi était-il question pour que la conversation entre quelques camarades et quelqu’un qu’ils ne connaissent pas se termine par un échange de coups qui donne des vapeurs à notre vedette ?


Reprenons. En marge d’une projection/discussion publique, sur comment se défendre et l’interrogatoire, organisée par les Archives Getaway le 4 juillet, quelques camarades devisent pendant la pause sur un bout de trottoir. L’un d’entre eux restitue le contenu de deux tags inscrits sur les murs de Paris lors d’une des grandes manifestations contre la loi travail, celle du 14 juin 2016 : « nos rues ne sont pas des chambres à gaz ! » et « le gaz, la douche, c’est douteux ». Une discussion s’ensuit à propos de ce qu’ils en pensent, pourquoi leur contenu interroge et dérange, d’où cela peut bien venir, ce que cela peut signifier, dans un contexte ou certains groupes, enfants en cela aussi des situationnistes, et rompus à la captation et à la privatisation des énoncés, occupent largement les murs et placent leurs banderoles en tête des manifestations pour prendre, par le discours, une hégémonie sur ce qui circule et se donne à voir du mouvement… Pour le premier des tags, on se dit qu’il n’a pas forcément en lui-même de signification véritablement problématique, mais que voir écrit sur les murs aujourd’hui, dans une manifestation contre la loi Travail, « chambre à gaz » ne tombe pas sous le sens. On se dit à ce moment-là que ce tag est probablement sans grande importance. Mais quand même, si le Zyklon B était un gaz incapacitant utilisé par les Nazis pour le maintien de l’ordre, ça se saurait. Enfin il consonne avec le second, écrit dans la même manif, qui, quant à lui, semble beaucoup plus problématique. Outre qu’il relève de cette même thématique peu en lien avec l’actualité, l’allusion aux « douches » et l’adjectif « douteux » mettent son contenu en résonance avec le négationnisme old fashioned. S’il est certain que la formule est ambiguë et qu’on ne sait pas bien à la lecture, ce qui est « douteux », le sens premier, n’en déplaise à quelques exégètes partisans et à Claude Guillon, est bien qu’il est douteux (donc qu’on peut/doit douter) que du gaz et des douches aient été utilisés, et ce doute ne s’applique évidemment pas au présent. Prétendre le contraire, quand on a été ne serait-ce que contemporain des années 80 et des errements d’un certain nombre, est tout bonnement scandaleux. Si on veut faire dire à ce tag qu’il est contestable d’utiliser du gaz lacrymogène ou des canons à eau pendant les manifs et que ça rappelle « des heures sombres de l’histoire » comme on dit, il faut singulièrement en tordre le sens, et oublier « douteux » par exemple, ou lui substituer autre chose, qui aurait très bien pu être tagué à la place, si on avait cherché à ce que le sens soit clair. On se laisse le temps de réfléchir, on formule des hypothèses mais en tous les cas, il semble à chacun que le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y a un jeu d’écho plus que « douteux » pour reprendre l’expression, s’inscrivant encore une fois dans un contexte assez particulier d’offensive antisémite et négationniste. Si certains font la sourde oreille à cette situation, le dernier livre de Bouteldja Les blancs, les juifs et nous, en est un vecteur et un symptôme particulièrement clair. Ce livre, édité à La fabrique, ayant été défendu et encensé sur un site qui a le même rapport aux énoncés que les communicants par tags, on peut peut-être légitimement se poser quelques questions, non forcément sur les intentions du ou des tagueurs mais, pour l’instant, sur l’ambiance qui appelle et permet ce genre de tags. On s’étonne d’ailleurs qu’ils soient en photo sur des sites d’information militants sans aucun développement critique, ni discussions. Quelqu’un avance alors que c’est peut-être à mettre sur le compte de l’inconscience et de l’ignorance.


L’échange amical, la conversation privée pourrait-on dire, et la confrontation d’arguments, sont interrompus et parasités très tôt et à de nombreuses reprises par un personnage très certain de son importance et très impératif quant à ses interventions, qu’aucun des autres ne connaissent. Il tient à intervenir pour convaincre le petit groupe qu’il n’y a rien à penser de tout cela et à dénier jusqu’à la possibilité de l’existence d’un négationnisme à l’extrême gauche. Il déroute la discussion et, pendant une bonne vingtaine de minutes, il faut se justifier du droit qu’il y aurait à s’en parler et recadrer quelques éléments minimaux concernant le négationnisme et l’antisémitisme, leur mode de déploiement par l’effet de confusion dans ces milieux (comme ça lui a été dit dans la discussion, de nos jours, personne ne se permet encore — mais jusqu’à quand ?— de se présenter ouvertement avec 3 blagues antisémites et une sortie négationniste ; on fait le faux naïf, on se demande, par des jeux de forçage, pourquoi tout cela serait important, si ça existe vraiment, on minimise, etc…), le vichyste Darquier de Pellepoix et l’usage de l’ « explication » par les douches par exemple, le « doute » comme ressort faurissonien depuis toujours, défendu ensuite, y compris par des ultra-gauches, des communistes, des libertaires et des anarchistes, au nom de la liberté d’expression et de la recherche. Les interventions de cette personne qui affecte de ne rien y connaître et de ne pas s’y intéresser, sont insistantes, confuses et, plus pénible, visent dans la durée à empêcher la discussion à laquelle il ne lui était pas nécessaire de participer, ainsi qu’à propager la confusion et l’idée que pour finir tout cela doit ne rien signifier. Il ne parle même pas des tags, et, quand on le sollicite à plusieurs reprises pour savoir ce qu’il en pense, il n’en dit rien et ne développe pas en quoi, pour lui, ils ne veulent rien dire. Il cherche tout simplement à empêcher que d’autres s’en parlent. Au bout d’un long temps de patience toute pédagogique, on finit par lui demander de nous laisser finir notre discussion tranquillement, ce qu’il ne fait pas et continue à servir sa propagande de la confusion tous azimuts, perlant le tout de propos pour le moins « douteux », puisque de « pourquoi on n’aurait pas le droit de comparer » cela passe à « pourquoi on n’aurait pas le droit de se poser des questions » (alors même qu’il nous empêche de nous en poser). Il gratifiera l’assistance d’un « je ne suis pas antisioniste » ce qui était-là pour signifier assurément qu’il n’était pas antisémite, démontrant par là une certaine imprécision problématique s’agissant des mots et des choses. Très imprécis, en effet, puisque son intention semblait être de donner des gages et qu’il n’avait pas été question de « sionisme » mais de négationnisme (et pourquoi en aurait-il été autrement ?). Mais sans doute est-ce encore une distinction sans aucune importance ? On finit par lui signifier qu’on n’est pas d’humeur à poursuivre cette discussion-là qu’on n’a d’ailleurs pas choisi d’avoir, ni quelque autre rapport que ce soit avec lui. Il persiste toujours. L’un d’entre nous finit par s’énerver un peu plus que les autres, ils en viennent aux mains et des coups sont échangés entre les deux personnes qui sont assez rapidement séparées. Une discussion assez complète aura lieu un peu plus tard avec un de ses amis venu demander des comptes à propos de l’altercation. Il avait assisté à distance à une partie de la scène et était déjà bien mal renseigné, par le camarade de Guillon lui-même, sur le contenu et le déroulement des échanges. Les uns et les autres finissent par s’écouter, voire plus ou moins se comprendre.


Dans les bribes de récit proposées par Claude Guillon, rien de tout cela n’apparaît. Pour les « insultes » qu’il évoque, il doit s’agir d’un autre épisode avec d’autres protagonistes, ou d’une exagération épique et littéraire dont cette histoire et ses protagonistes se retrouvent à faire les frais. Quant à « l’œil au beurre noir » nous n’avons pas fait passer de visite médico-légale postérieure aux deux participants à la bagarre, qui n’avaient pas l’air de souffrir d’atroces blessures ou contusions, en tout cas pas de quoi alerter une quelconque medical team. De même pour l’emploi choisi du terme « milice ». A force de rapport « douteux » à l’histoire, le professeur Guillon ne doit plus bien avoir les yeux en face des trous. Quand il parle de « milice », sait-il bien ce dont il s’agit ?


Quant à se considérer « l’incarnation du vrai prolétariat révolutionnaire », là, il faut reconnaître que nous avons été percé à jour. Nous nous excusons simplement de ne pas avoir demandé la permission pour se considérer tels : « autoproclamé », voilà le crime de lèse-majesté, sa sainteté Guillon n’a pas été consultée et n’a pas pu bénir cette quête rédemptrice, puisse t’il nous pardonner et nous déverser sa grande mansuétude !

Par curiosité, et pour peut être se faire aider à débroussailler un peu la confusion du texte du sieur Guillon, nous l’avons confié (le texte) à un pyschiatre/psychanalyste expert en pathologie de l’image et en narcissisme débordant. Pas de diagnostic de « fou dangereux » mais un bon client potentiel. Un récit des faits lui a été conté et il a tiqué sur la phrase « j’adresse exactement la même critique aux imbéciles, de droite, de gauche, ou d’extrême radicalité (d’un bord ou de l’autre), qui pensent que l’urgence est de dépister les « vrai(e)s » racistes ou racialistes, fût-ce à travers une plaisanterie de huit mots… » en remarquant que personne n’entendait « dépister » quoi que soit. Ce que l’on « dépiste » ce sont certaines maladies, le sida par exemple. S’il s’agit de traquer, ce qui ne fait pas partie des pratiques en cours répertoriées, il n’était pas question de chercher les « vrais », ni les faux, « racistes ou racialistes » (on remarquera que l’ami aime à noyer le poisson), d’ailleurs ils ne se cachent pas tellement, dans certains milieux on peut les cueillir comme les champignons après la pluie. Et puis, réagir vigoureusement face aux racistes serait donc en soi tout à fait inconvenant ? Ceci dit il y a des gens pour qui faire de la politique, tenir des points de vue et des engagements sert à autre chose qu’à remplir des feuilles d’encre et vendre des livres. On peut peut-être se demander si ce n’est pas plutôt la rareté des réactions, de tous ordres, y compris en en venant aux mains donc, face aux racistes (à toutes les espèces de racistes) et aux négationnistes qui doit consterner. Quant au « dépistage » même au sens métaphorique il appartient plutôt au registre de langage de certains entichés du dévoilement, et aux traqueurs et inventeurs de mensonge qui ont suivi les chemins du négationnisme.


Ici ou là on fait de la propagande négationniste, ou on s’en fait l’écho, ou on joue au con avec ça, personne à notre connaissance ne s’est encore fait « casser la gueule » pour ces raisons là, ce n’est pas que ce ne serait pas mérité, mais ça ne s’est pas produit.

Pour prendre un peu de champ, il se trouve qu’un certain nombre de personnes, en particulier dans ce qu’il reste des courants révolutionnaires, s’inquiètent, et semble t-il malheureusement à juste titre, de la résurgence des thèmes et motifs négationnistes, dans un contexte de banalisation assez diffuse et généralisée de l’antisémitisme, et plus particulièrement de la persistance de toute une propagande grise qui cherche à rendre poreux certains courants à ce genre de prose et aux modes de pensée qui vont avec ce méta-complotisme infect, véritable peste intellectuelle, qui a déjà fait, et ce à des époques pas si lointaines, et à plusieurs reprises, de la fin des années 70 au milieu des années 90 au moins, de sérieux dégâts chez les révolutionnaires, en particulier, mais pas seulement dans les courants nommés d’ultra-gauche.

Pour ce qui nous occupe là, sans aller très loin dans la réflexion, il est à peu près indéniable qu’on n’avait pas vu de tags relevant du registre négationniste, même par mauvais jeu ou bêtes comparaisons — explications qui sont encore loin d’être démontrées pour le cas présent — depuis bien longtemps (mais y en a-t-il jamais eu à l’extrême gauche d’ailleurs ?), et qu’il y a certainement quelque chose à en penser…


Mais c’est vrai que nous n’avons pas sur la question la grande expérience du Professeur Claude, expérience qui explique sans doute qu’il reste de marbre et éprouve ainsi le besoin de produire cet espèce de contre feu préventif. Nous ne nous sommes effectivement pas pris les pieds dans les faurrissonnades des années 80. Nous n’avons jamais été attirés par le miroir aux alouettes du dévoilement de ce « mensonge » formidable qui mettrait à bas le capitalisme et tous ses autres mensonges sans même avoir besoin de révolution : « le mensonge des chambres à gaz » ! Par manque d’habitude sans doute, la gymnastique mentale qui permet de s’ébattre, en tant qu’anarchiste distingué, dans un contexte où circule une bonne dose d’antisémitisme (de celui qui fait aujourd’hui par exemple parfois confondre « juif » avec « Israélien » et « Israélien » avec « l’État d’Israël »), en regardant ailleurs si les livres se vendent, si les filles sont rousses, et si son blog est bien garni d’anarchisme à la découpe, nous est étrangère.

D’ailleurs, sans même plonger dans des époques marécageuses, et au-delà de cette question précise qui le laisse tellement froid qu’il doit en écrire un texte, c’est un vrai capharnaüm en ce moment qui règne dans les positions de notre auteur, qui à force de se distinguer, finit par se faire rattraper par la normalité et par rejoindre le lit commun du fleuve tranquille qui mène tout un milieu radical vers les contrées de la race, jusque là apanage de l’extrême droite.


On n’a pas lu encore Pourquoi les femmes doivent s’intéresser à moi ? ni Comment être un bon libertaire comme moi à 18 euros, ni assisté à une de ses tournées promotionnelles. N’étant pas encore érudit en guillonisme, et pour en savoir plus sur cet excellent auteur qui a sûrement des raisons pour se comporter de manière aussi crapuleuse, nous nous sommes rabattus sur son blog. Nous y avons trouvés, en plus d’un hédonisme crasse, une pétition de Libération où justement la clique racialiste figure en bonne place. Des considérations passionnantes sur le Lieu Dit, avec l’appel à soutien écrit par Lordon et Hazan ; entre collègues, il ne rechigne pas à la solidarité, et n’est pas si regardant sur les contenus politiques. Encouragements sur fond de petite moralisation à y manger pour aussi peu cher que dans les autres petits restos sympas du quartier de Ménilmontant. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour sauver un tel lieu si indispensable aux luttes ! Bouteldja y a fait la présentation de Les blancs, les juifs et nous, avec Hazan (son éditeur). Jusqu’où n’irait-on pas pour, via Libertalia, maison d’édition qui gratifia Hazan d’un excellent « camarade Hazan », dans un tweet postérieur à la sortie du pamphlet antisémite, tenir sa place dans le raout commercialo-éditorial sobrement intitulé Petit Salon du Livre Politique. Le « camarade Hazan »… encore un « excellent camarade » à ne pas contrarier ? C’est beau, l’esprit de corps et de camaraderie des vendeurs de papiers. La revue activement confuse Ballast et la propagande appelliste y ont trouvé aussi tout normalement leur place. Plus question d’esprit chagrin : on a donc pu trouver sur les tables du Lieu Dit un des écrits de Claude Guillon. D’ailleurs, cohérence éditoriale oblige, Libertalia est aussi l’éditeur de Pierre Tevanian, un des compagnons de routes des racialistes et promoteur invétéré du voile des autrEs. Alors Claude Guillon est-il devenu racialisto-compatible ? La question est plutôt de savoir dans quelle mesure il pourrait faire autrement.

Mais au-delà de ces ronds de jambes, comment comprendre, enfin, ce concentré de fiel, de dénonciation et d’accusation que nous a produit notre auteur ? Il se trouve que Monsieur G. tient à la distinction. Se distinguer, pour lui, est une préoccupation de tous les instants, la boussole de ses prises de positions. Il est même passé professionnel dans cet art : la distinction tous azimuts érigée en discipline. Peut être espère-t-il ainsi qu’enfin on le distingue. Dans la confusion en cours, ça donne de curieux mic-mac. Claude Guillon est contre la notion d’islamophobie, mais reprend à son compte le terme de « racisé », il pense que l’état fait exister des races, et qu’il n’est pas, du point de vue de l’état bien sûr, de la même race que les migrants ou les sans papiers. En plus, il les nomme étrangement dans son texte « réfugié(e)s », adoptant là la catégorie la plus dépolitisée qui soit, celle qui nomme l’infime partie des migrants, de moins en moins nombreux, que l’État veut bien protéger et qui voudrait faire mine que ce serait cette politique qu’il faudrait étendre, ce qui est politiquement désastreux, structurellement aberrant et pratiquement absurde. Voilà donc un des objectifs de ce billet d’humeur. Il y affirme discrètement son credo racialiste (comment comprendre autrement cette allusion au « racialisme » qu’il ne faut pas « traquer » ?) tout en protégeant ses arrières face à l’incohérence réelle de cette prise de position. Faire ainsi annonce publique au dépend des autres, c’est déplorable, c’est doubler la servilité qui consiste à montrer patte blanche, mais c’est bien la moindre des lâchetés de ce texte.

Dans ce contexte, complexe et contraint pour qui estime avoir droit à un certain confort d’auteur distingué, on comprend que ce qui brûle les entrailles de Claude Guillon, ce soit l’urgence de dire, par communiqué accusateur, diffamant et infamant, ses quatre vérités à un compagnon trop curieux à ses yeux, tout en exprimant un soutien indéfectible, mais relativement périssable, à la bibliothèque à laquelle ce dernier participe, la Discordia, bibliothèque anarchiste à plusieurs reprises attaquée pour ses prises de position véritablement courageuses. Avec de tels soutiens, la Discordia, qui n’en demandait pas tant, et qui n’a, en tant que telle, rien à voir avec la discussion en question ou le petit pugilat qui s’en est suivi, n’a plus besoin d’ennemis…

Alors, si « fou dangereux » désigne celui qui fait autre chose que protéger son petit potentat, sa place d’auteur et sa tranquillité bien méritée après des décennies de prises de positions courageuses, le plus souvent dans le sens du vent, parfois risquées, reconnaissons-le, — mais était-ce vraiment pour la bonne cause ? —, alors on peut effectivement dire que Claude Guillon n’en est pas un.

« A coups de marteau » concluez-vous, Chevalier Guillon. Alors au plaisir de vous rencontrer, au rayon bricolage peut être, plutôt du côté des faucilles…

D’autres participants à la discussion en question et quelques apaches.

Lire la suite

Réponse à Yves Coleman sur divers sujets d’importance

Yves,

Je m’adresse à toi de cette manière familière — même si tu me traites dans ta « réponse » comme une espèce d’ « antisémite par inadvertance » ou par sottise, ce qui n’est guère amical, et très douloureux à lire — puisque tu rappelles justement que « nous nous sommes croisés à plusieurs reprises dans des événements militants et avons discuté ensemble fort paisiblement et amicalement ».

Capture d’écran 2016-08-07 à 20.52.48

Je trouve ta « réponse » assez peu cohérente, pour tout te dire.

Passons sur le fait que tu annonces d’abord « ne pas revenir sur ton argumentation » à propos de mon erreur — d’il y a trente-quatre ans — et de mon autocritique au sujet des chambres à gaz, avant d’y consacrer un quart de ton texte. Les positions sont connues et facilement accessibles sur le net (les miennes, sur ce blogue). Je n’y reviens donc, de mon côté, vraiment pas.

Par ailleurs, tu écris : « Je remarque, avec tristesse, encore une fois que, pour Claude (comme pour bien d’autres militants libertaires, trotskistes ou ultragauches), le copinage rend malheureusement soit totalement aveugle soit dangereusement indulgent. »

Là, je dirais volontiers que tu te moques du monde.

En effet, dans la rixe qui a opposé un camarade impliqué dans la lutte des réfugié(e)s et un « Discordiste » (que j’appellerai « D. » dans la suite), le second agressant le premier sous prétexte de négationnisme-antisémitisme-« PIRisme[1] »-etc., il se trouve que tu connais beaucoup mieux, et depuis plus longtemps, l’agresseur que moi la victime.

Est-ce que tu ne tomberais pas là sous ta propre critique à propos du « copinage sans principes » ?

Ça n’est pas seulement par amitié solidaire pour un camarade dont j’ai apprécié les qualités et le dévouement à maintes reprises (mais dont je ne connais ni le nom ni l’adresse, comme c’est fréquent dans les rapports militants (parisiens, au moins), et avec lequel je n’ai discuté, au milieu de pas mal de monde, que trois ou quatre fois autour d’une bière), mais par principe, précisément.

Pas un principe essentiellement moral, un principe tactique. Il est inacceptable que des camarades en agressent physiquement d’autres à propos de malentendus ou même de désaccords. Je le répète : nous avons suffisamment à craindre et faire avec les islamistes, les flics et les fachos sans devoir nous méfier des réactions violentes et théorisées de tel ou tels.

Tu rappelles ton papier antérieur intitulé « Aujourd’hui, ils cognent le PS, demain à qui le tour ? »

Eh bien, tu as la réponse à ta question : des camarades proches. Et non pas : « Un copain de Guillon ».

Or, il se trouve que, tout non-violent que tu te proclames, en participant à la théorisation évoquée ci-dessus du geste de D., tu l’excuses, tu l’encourages, et tu justifies les récidives à venir. Lire la suite

«La Discordia», les «dieux», La mort, l’humour, le mauvais goût et les fascismes…

Capture d’écran 2016-07-29 à 17.54.41

Après l’assassinat délibérément sauvage — on n’est pas davantage mort égorgé, mais ça frappe l’imagination : c’est fait pour ça — d’un prêtre dans son église par des fanatiques d’un autre «dieu» que le sien, une militante et élue (ou ancienne élue, on s’en moque) écologiste, Julie Le Goïc a posté sur Twitter le message ci-dessus.

Après un tel crime, assimiler (sans éléments de preuve, à ma connaissance) la victime à ses confrères violeurs d’enfants est du plus mauvais goût.

Même si je comprends qu’on puisse sainement réagir à l’horreur par l’humour noir, et si je n’empêche personne de sourire : avec la meilleure volonté du monde, je n’arrive pas à trouver ça drôle…

D’ailleurs, pourquoi le mauvais goût produirait-il automatiquement de l’humour de qualité ? Si la scatologie, par exemple, était une garantie d’hilarité, ça se saurait…

Ce que je trouve encore moins réjouissant, ce sont les réactions suscitées sur les Capture d’écran 2016-07-29 à 17.59.21dits «réseaux sociaux» par le message ci-dessus reproduit : menaces de coups et blessures, menaces de viol, menaces de mort, injures sexistes et «roussophobes» (la dame Le Goïc arbore une chevelure flamboyante, ce que tout le monde peut constater d’après les photos publiées dans la presse régionale et désormais nationale).

La mauvaise blague produite par notre twiteuse n’aurait pas déparé une couverture ou une page intérieure de Charlie Hebdo (peut-être est-ce encore le cas? Je ne suis pas cette publication). Il est étrange que tant de gens, dont je ne doute pas que certains ont manifesté l’année dernière et affiché une brusque identité satirique et «Charliesque», se (re)découvrent intolérants à l’humour antireligieux qui a fait l’essentiel de la veine dudit hebdomadaire. Comme les foules sont versatiles !

Des ami[e]s m’ont rapporté un incident qui n’est pas sans rapport avec les mésaventures de la damoiselle.

Pendant les récentes manifestations contre la «Loi travaille!», apparaît un graffiti à la bombe de peinture sur un mur de je ne sais où. Je n’en ai pas le texte exact, mais l’auteur(e) y rapprochait l’utilisation du canon à eau et du gaz lacrymogène dans une formule qui disait en substance: «Ils [les CRS] nous douchent avant de nous gazer».

L’allusion au déroulé des opérations d’extermination menées dans certains camps de concentration nazis est transparente.

Voilà encore une plaisanterie d’un goût douteux, dont je n’éprouve pas, pour ce qui me concerne, un pouvoir déridant mieux établi que celle de Julie Le Goïc (qui n’appréciera peut-être nullement celle-ci, d’ailleurs).

Bref, ça ne me fait pas rire.

Ça ne me fait rien.

Or, certaines gens ont voulu y voir une plaisanterie antisémite…

Cette surinterprétation me paraît, pour le coup, aussi douteuse que l’«humour» de la formule initiale. Sauf à considérer que toute allusion ironique à un dispositif antisémite, ou irrévérencieuse à des personnes de confession ou d’origine juive serait en soi antisémite, ce qui condamnerait une bonne partie de l’«humour juif» (ou en réserverait l’usage aux seuls «juifs» eux-mêmes)… Au Diable ne plaise !

Au fait, l’anecdote reste à venir: comme des partisans de l’explication antisémite du graffiti en discutaient entre eux, survint un excellent camarade — mille fois croisé et apprécié dans les luttes des réfugié(e)s — qui avoua naïvement n’avoir rien vu de tel dans la formule.

Insultes, coups, œil au beurre noir s’ensuivirent…

Il y a quelque mois, un local parisien baptisé La Discordia était l’objet d’attaques diverses (graffitis injurieux traitant précisément ses animateurs de «racistes», puis bris de vitres) pour avoir hébergé un débat sur la notion d’«islamophobie», débat auquel j’ai assisté, notion que j’ai critiquée ici-même.

Je me suis associé sur ce blogue aux protestations des animateurs de La Discordia.

Dans leur texte de protestation, ils écrivaient, entre autres vérités :

Des individus qui identifient leurs ennemis de la sorte, et considèrent, en plein mouvement social qui n’arrête pas de commencer, alors que de nombreux camarades et compagnons défilent devant la justice, que l’urgence est à s’acharner sur les vitres de La Discordia, sont a minima, des ennemis absolus de l’intelligence.

J’adresse exactement la même critique aux imbéciles, de droite, de gauche, ou d’extrême radicalité (d’un bord ou de l’autre), qui pensent que l’urgence est de dépister les «vrai(e)s» racistes ou racialistes, fût-ce à travers une plaisanterie de huit mots et de leur casser la gueule à eux et/ou à ceux qui ne s’indignent pas de leurs plaisanteries dans les termes qu’il souhaitent imposer urbi et orbi comme seuls admissibles.

Que des fachos menacent une femme anticléricale, c’est dans l’ancien ordre des choses (qu’il importe de détruire). Que d’autoproclamés incarnations du vrai prolétariat révolutionnaire s’instituent en milices pour traquer le mauvais esprit ne saurait être toléré parmi nous. On a assez à faire avec les fachos, les flics et les barbus.

Hostile à l’assassinat des prêtres (pour lesquels je n’éprouve aucune sympathie) et des femmes rousses (pour lesquelles j’en éprouve beaucoup), je suis disposé à défendre le droit de toutes et tous — moi compris ! — à  critiquer toutes les idéologies, mêmes si elles se targuent de rallier des opprimé(e)s, et de moquer tous les «dieux» et toutes les religions.

Comme aussi le droit de toutes et tous aux mauvaises intentions et au bon goût. Et vice-versa.

Contre tout espèce d’adversaire.

Et à coups de marteau, si nécessaire.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.55.27

Ajout, le 30 juillet

On m’indique sur Paris-Luttes Infos, une version photographiée du slogan évoqué au début de ce billet (pas celle que j’avais vu passer moi-même; qu’importe; les auteur(e)s brodent les uns à partir des autres).

Il semble en revanche que c’est bien celle qui a été à l’origine de l’échange de coups entre un «discordiste», dont je n’étais pas certain de l’identité jusqu’ici, et un camarade (rencontré depuis).

L’essentiel serait dans l’adjectif «douteux», lequel chercherait à induire, non pas seulement un rapprochement entre douche et gaz, écho pour aller vite du «CRS SS», mais un doute sur la réalité de l’extermination à laquelle ils sont associés dans notre mémoire.

Il faudrait comprendre non pas: «C’est d’un goût douteux d’user des mêmes moyens de répression que les nazis ont associés pour une extermination», mais… Mais quoi au fait ?

J’ai beau retourner les termes dans tous les sens, je ne vois toujours pas comment la formule serait censée exprimer l’intention antisémite de son auteur(e), inconnu(e), je le rappelle.

Il se trouve que le discordiste en question se et me demandait récemment par mail — à propos de débats connexes — s’il devait/pouvait me considérer comme un frère avec qui continuer à débattre.

Qu’il entende ici ma réponse: Je te considère comme un fou dangereux mon garçon. Ni comme un frère ni comme un camarade.

Je n’ai rien à retirer à la solidarité de principe manifestée à l’égard de La Discordia, mais, quels que soient nos accords sur certaines positions politiques, je n’aurai plus jamais rien à faire ni avec ce local ni avec ceux qui soutiendront dans l’avenir les pratiques paranoïaques et viriloïdes de ses animateurs.

Capture d’écran 2016-07-30 à 18.58.22

“Discordia”, par Léon de Mattis

Je reprends ici intégralement un texte publié sur son blogue par Léon de Mattis à propos des dégradations subies par le local La Discordia, sous prétexte d’«islamophobie».
Je rejoins l’auteur sur la nécessité de transcender nos divergences (elles ne manquent pas!) pour préserver les condition d’un débat sur ces questions.
Une occasion sera fourni par les camarades du local Le Rémouleur à Bagnolet, le lundi 13 juin prochain.

C. G.

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41

 

Dans la nuit du 21 avril, les vitrines de la bibliothèque anarchiste la Discordia ont été brisées à coups de marteau. Les discordistes expliquent dans un communiqué que les positions qu’ils ont adoptées à l’égard de « l’islamophobie » sont la cause de cette attaque anonyme.

La question de l’islamophobie ne devrait pourtant pas diviser les tenants d’une critique radicale du monde du capital. Ceux qui sont visés par la politique répressive de l’État et des flics dans un pays comme la France ne le sont pas parce qu’ils sont musulmans, mais parce qu’ils sont prolétaires. Qu’une partie des prolétaires se reconnaissent eux-mêmes comme musulmans ou non ne change rien à l’affaire. Le capital ne donne jamais comme telles, benoitement, les raisons de ses nécessités politiques : celles-ci apparaissent avec les idéologies qui sont la forme même de ces nécessités.

Ce devrait donc être le propre de la pensée radicale de ne pas se laisser abuser par les faux débats qui séparent droite et gauche du capital. Ce qui est en jeu, et qui explique les choix politiques de l’État français, n’est pas l’opposition entre des musulmans et des chrétiens ou entre des religieux et des laïcs, mais le rapport entre les prolétaires et la classe dominante. Perdre ce point de vue, c’est se situer ailleurs que dans la perspective de la critique radicale. C’est participer au débat qui oppose Manuel Vals à Emmanuel Todt ou Edwy Plenel.

Et dans ce débat, tout est biaisé. Ceux qui critiquent l’islam ne critiquent pas toutes les religions, mais seulement celle-ci. Ceux qui défendent l’islam dénoncent le racisme de ce qu’ils appellent l’islamophobie mais refusent de tirer les conséquences de l’inscription de ce racisme dans les rapports de classe. Ils ne relèvent jamais que l’islam n’est plus tellement une difficulté quand c’est l’islam des riches. Quant aux prolétaires des cités, ce n’est pas seulement leur religion, réelle ou supposée, qui pose problème à l’État, mais bien, à en croire le discours dominant, tout ce qu’ils font : bizness, délinquance, « incivilités »…

Il y a aussi la force de l’islam politique, dont il ne faudrait pas sous-estimer l’appétit de pouvoir. Dire que l’islam est la religion des dominés est un pur mensonge. Il y a des classes dominantes dont la religion officielle est l’islam. Il y a des dominés qui se reconnaissent comme musulmans ou chrétiens et d’autres pour qui la religion n’est en pas un élément d’identification. L’islam politique, dans ses composantes conservatrices et réactionnaires comme dans ses formes extrémistes, voudrait faire croire que les bourgeoisies des pays musulmans et les prolétaires immigrés en occident ont des intérêts communs. C’est la reprise du crédo anti-impérialiste dont on connaît le triste résultat. L’islam politique joue à l’heure actuelle le rôle que jouait les idéologies nationalistes de la période de la décolonisation : enrôler des prolétaires au service de capitalistes dans leur guerre contre d’autres capitalistes.

La religion n’est pas un phénomène divin, mais un phénomène social et politique et c’est en tant que telle qu’elle doit être analysée. La religion apporte aux appétits terrestres la justification des nécessités célestes. Comme politique, elle ne peut être autre chose que le discours auto-justificateur du pouvoir. La critique de la religion est la condition de toute critique.

Toutes ces considérations sont donc loin d’être partagées puisque la Discordia a été attaquée en pleine nuit. Quelles que soient nos divergences, tant sur le plan des idées que des méthodes, je suis dans cette affaire du même côté que les discordistes, tandis que ceux qui, voulant dénoncer les discriminations, défendent les religions se rangent à coup sûr dans le camp des dieux et des maitres.

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Léon de Mattis

“La Discordia” communique

GRIBOUILLIS GRIBOUILLAS : BIS REPETITA PLACENT

Nous aurions préférés ne pas avoir à vous ennuyer encore avec de telles péripéties… C’était sans compter sur notre ami gribouillis, qui, encore une fois, gribouilla.

Lundi 8 février, en arrivant devant la bibliothèque pour ouvrir la permanence hebdomadaire, nous avons eu la « surprise » (enfin, relative!) de voir de nouveaux messages inscrits. Cette fois, un petit peu de peinture a été projetée sur les fenêtres et deux tags ont été faits sur le sol. L’un disait « Racistes Go Home » l’autre était une énigmatique signature (?) « La Fraction ». Nos artistes timides ont aussi gribouillé les A cerclés de la fois précédente (au moins les choses sont claires !). Bien entendu le tout a encore une fois été rapidement nettoyé, et tout le quartier pense encore à une attaque de l’extrême droite (mais, est-ce vraiment faux ?).

Gribouillis peut être fier de lui, son dessin a été accroché dans la classe de CP de l’école d’en face !

Cet acte courageux a cette fois-ci été réalisé par trois individus, très lents, manifestement peu expérimentés, et pas du tout attentifs à ce qui se passait autour d’eux… Ces gens ont (mal) usés d’une pratique qui n’est pas anodine, puisqu’il s’agit d’une pratique asymétrique (le porte-avions Charles de Gaulle ne tague pas des vitrines). Loin de figer ou fétichiser des pratiques, rappelons tout de même que les révolutionnaires, à travers l’histoire, ont réservé ce genre de pratiques à l’ennemi, aux fascistes, aux pouvoirs, aux clergés. Nous parlons bien là des pratiques de l’asymétrie, non pas de ce forfait bancal et anecdotique qui fera trois heures de buzz dans la vie de nos artistes, et qui n’en est que l’expression la plus pathétique. Les révolutionnaires, lorsqu’ils ne sont pas d’accord, s’expliquent, ils ne se mettent pas anonymement du caca dans la boite au lettre.

Capture d’écran 2016-02-22 à 01.56.15

 

Trois individus qui se sont montrés :

1- Incapables de se rendre à la fameuse discussion de leurs cauchemars (ou tout autre moment public à La Discordia ou dans d’autres lieux anarchistes et anti-religieux de la capitale) pour y exprimer le point de vue de La Fraction (Fraction Hexagone?) sur l’islamophobie, ou bien pour venir défendre leur complaisance avec des groupes islamistes (UOIF, CCIF, PSM, etc.). Mais peut-être pensent-ils que le dialogue avec l’ennemi n’a pas d’intérêt ? Alors pourquoi « attaquer » une bibliothèque anarchiste plutôt qu’une banque, un lieu de culte, un commissariat ou une permanence de parti ? (cette fois-ci encore, aucune autre dégradation n’a été commise par nos trois intellectuels).

2- Incapables d’écrire la moindre critique argumentée de ce qui les gêne tant dans notre pensée imberbe. En effet, aujourd’hui encore, nous n’avons pas trouvé la moindre trace d’une critique étayée de nos positions anarchistes anti-religieuses (ou de celles d’autres révolutionnaires anti-religieux). Pas une seule, seulement quelques menaces de mort sur internet, quelques bravades anonymes sur twitter ou facebook (on a les médias qu’on mérite…) ou des commentaires anonymes d’une teneur que nous n’avons jamais rencontré dans la vraie vie, sachant que nous ne sommes pas des clandestins, et que nous discutons avec beaucoup de gens dans ce milieu, et pourtant : RIEN ! Comme si la critique de la critique du concept d’islamophobie n’existait en fait que sur internet (et encore, avec faiblesse) ou entre minuit et quatre heure du matin dans le XIXe arrondissement de Paris. Tout le monde pourra en conclure donc que ces quelques dégradations ne sont qu’aveux d’incapacité à défendre des positions dans les règles de l’art (par la critique argumentée ou la confrontation physique contre des individus, pas des murs).

En projetant trois pauvres pots de peinture sur la bibliothèque, vous n’avez fait que montrer votre faiblesse théorique et analytique intrinsèque. Pour résumer dans un langage que vous comprendrez mieux : vous êtes des merdes humaines incapables de défendre vos propres positions réactionnaires avec dignité et intelligence. Nous en concluons, chers enfants perdus du post-modernisme, que vous avez honte de vous-mêmes et de vos actes (que vous n’êtes même pas foutu d’assumer publiquement, ni même de revendiquer ou même seulement expliquer). Nos positions, nous les portons à visage découvert, avec des noms et des adresses pour les assumer publiquement. Un dixième de ce courage embellirait votre absence d’imaginaire.

Les staliniens traitaient de fascistes tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec eux, ces amis des autoritaires religieux nous traitent de « racistes », nous qui disons clairement notre haine de tout racisme, de toute religion, de toute autorité. Les vieilles habitudes sont-elles inscrites dans les gênes politiques de cette jeunesse confuse et incapable de développer la moindre pensée critique ou révolutionnaire ?

Nous continuerons de blasphémer contre les pseudo-radicaux confus et théo-compatibles, ainsi que contre tous les dieux et les prophètes, sur lesquels nous citerons encore et toujours la chanson du Père Duchesne : « Coupe les curés en deux Nom de Dieu / Fout les églises par terre Sang Dieu / Et l’bon dieu dans la merde Nom de Dieu… »

Nous profitons de cette deuxième petitesse pour remercier tous ceux et celles qui ont pris position aux côtés de La Discordia, ce qui dans ce cas revient à porter une position révolutionnaire claire contre la complaisance vis-à-vis de la religion, toutes les religions, et dans toutes les régions du monde. A ceux qui ont ricané, gardé un silence confortable ou avancé des excuses bidons pour regarder ailleurs va tout notre mépris.

Encore et toujours, contre toute forme de pouvoir, contre toute religion et tout racisme, vive la révolution et vive l’anarchie !

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41  Quelques bibliothécaires de la discorde.

Capture d’écran 2016-02-22 à 01.57.17
Bibliothèque la Discordia, 45 Rue du Pré Saint-Gervais, 75019 Paris