Communiqué des migrants du centre Emmaüs-Solidarité de Joinville-le-Pont

Lors de l’évacuation du jardin d’Éole le 19 juin 2015, Pascal Brice, directeur de l’OFPRA, nous a promis deux choses : un suivi de nos démarches et un hébergement correct. Nous avions alors été relogés au centre Emmaüs Solidarité de Joinville-le-Pont.
Presque deux mois plus tard, ces promesses n’ont pas été tenues.
Nul suivi de nos démarches n’a été entrepris. Si nous comparons notre situation légale à celle des migrants restés à la Chapelle, nous constatons qu’ils sont plus avancés que nous.
Nous vivons dans un foyer entouré de grilles, loin de la ville et cachés par la forêt. Les conditions d’hygiène y sont déplorables. Il n’y a aucun moyen de laver ses affaires, pas même une bassine et de l’eau ; un savon est divisé entre vingt personnes. La nourriture est mauvaise et insuffisante. Tous les jours nous sommes contraints de frauder parce que le centre ne nous fournit pas de titres de transport. Après 23h30, il est impossible de rentrer dormir au centre, et si on ne rentre pas une nuit, on est expulsé définitivement. Les visites sont interdites sauf le week-end ; l’administration du centre a également interdit les visites entre les chambres, mais nous passons outre. Ce n’est qu’au prix d’une longue insistance que nous avons obtenu des cours de français. Nos « conditions d’hébergement » ressemblent à des conditions de détention.
Nous ne sommes pas venus en France par amour pour celle-ci ou pour demander la charité. Nous ne sommes pas venus pour avoir simplement un toit et de la nourriture, nous sommes venus parce que dans nos pays il y a la guerre, nous sommes venus pour être considérés comme des hommes, nous sommes venus pour que nos droits soient respectés.
Aujourd’hui nous demandons :
Où est le respect des droits de l’homme ?
Où est le respect de la loi française ?
Nous voulons que le gouvernement prenne conscience de notre situation.
Nous exigeons que les promesses qui nous ont été faites, celle d’un suivi pour nos démarches et d’un hébergement correct (avec tout ce que cela comprend en termes de droits sociaux), soient respectées.
Nous exigeons des explications en personne de la part de Pascal Brice, directeur de l’OFPRA.

Jardins d’Éole (suite): «T’as pas de papiers, tu bouffes pas»

Témoignage (anonymisé par mes soins) d’une militante qui a participé à la lutte de soutien aux réfugié(e)s depuis son origine.

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Récit forcement subjectif de ce à quoi j’ai assisté après avoir quitté la place Stalingrad

Hier soir, plusieurs dizaines de migrants (entre 50 et 100) sont retournés aux jardins d’Éole. Parmi eux des gens qui n’avaient pu ou n’avaient voulu monter dans les bus (un jeune homme par exemple m’a dit que lui il n’avait pas eu confiance). D’autres qui ont été emmenés à Vincennes dans le bâtiment du centre de rétention transformé en centre d’hébergement d’urgence et qui affolés par les flics, les chiens, les barbelés et le fait qu’on leur aie confisqué leur portable ont préféré partir (eux ils disent s’enfuir). D’autres encore qui même si ils dormaient ailleurs avaient pris l’habitude de venir là au jardin pour y trouver un peu de chaleur humaine ou de quoi manger sans être dans un rapport de charité mais de partage.

Depuis le début du ramadan, une association, Islam de paix, distribue de la nourriture de façon très conviviale, installant des nappes sur les tables en bois du jardin et permettant ainsi aux gens de se poser pour manger de manière conviviale. La veille, après les cours de français, leur distribution de repas avait eu un grand succès auprès des migrants/es et plusieurs personnes solidaires avaient eu un contact sympathique avec les gens de l’association qui étaient là dans un esprit très fraternel vis à vis des réfugiés/ées.

Hier soir, quand nous arrivons après qu’un riverain nous ait alertés/es sur des contrôles de police qui se déroulaient là, les jardins sont bouclés par un cordon de flics. On aperçoit des personnes assises sur les tables au loin derrière ce cordon pendant qu’environ 70 autres sont assises à même le sol, mangeant par terre par terre, interdites d’entrer dans le jardin. Parmi eux nous reconnaissons plusieurs personnes avec lesquelles nous avons passé ces dernières semaines que ce soit à saint Bernard, Pajol, au bois Dormoy ou à Éole. Pendant que nous discutons avec quelques personnes un représentant de l’ordre, comme on les appelle, explique que ce sont les gens de l’association qui ne voulaient pas donner à manger aux personnes sans papiers. Nous n’en croyons évidemment pas un mot.

Les migrants que nous connaissons nous racontent que les nombreux policiers en présence exigeaient les papiers pour laisser passer les gens qui voulaient aller manger. Un flic a dit « Si t’as pas de papiers tu manges pas ». Les gens de l’association se sont énervés et ont du négocier pour qu’on les laisse amener de quoi manger à ceux qui sont donc restés sur le trottoir. Un gars que je connais a honte de me serrer la main car il n’ont pas pu avoir de couverts et ont du manger à la main sans pouvoir se laver après.

Beaucoup de gens ont l’air désemparé, ils ont l’air d’avoir honte d’être là amassés sur un bout de trottoir, triés une fois de plus… humiliés une fois de plus. Plusieurs ont froid, ils n’ont pas pu récupérer de couvertures ou duvets que nous avions sur le campement (il n’y a eu qu »une heure pour tout récupérer) On est là à quelques uns/unes. On ne sait pas quoi faire. On a honte, on est humiliés/ées aussi. On voudrait filmer cette scène hallucinante, cet apartheid qui s’est mis en place dans ce petit coin du Nord est de Paris et qu’on aura sans doute du mal à raconter en montrant à quel point s’était horrible. Mais on n’ose pas car on sent et on voit que les victimes de ce tri se sentent trop mal par cette nouvelle humiliation. On a juste envie de pleurer.

Quelques personnes parmi les 150 qui s’étaient regroupées place Stalingrad après avoir tenté de passer la nuit avec des migrants dans un gymnase avenue Jean Jaurès réussissent à passer les filtrages de policiers qui ont pris position autour de la place pour empêcher les gens d’en sortir côté Stalingrad arrivent. Elles se sentent démunies elles aussi. Un groupe de gens que l’on voit régulièrement, des personnes solidaires, arrivent en camion et distribuent un complément de nourriture et des bouteilles d’eau ; plusieurs personnes en utilisent un peu pour se rincer les mains. Des groupes se forment, chacun va chercher où passer la nuit, un peu plus isolé, un peu plus démuni que la veille.

La veille un élu avait affirmé que la campement à Éole allait tenir encore 4 jours. Le même était là ce matin avec les bus et l’Ofpra. Peut-être était il de bonne foi la veille au soir, peut-être pas. De toute façon on s’en fout, je pense que tout à été fait pour que une fois de plus les principaux/ales intéressés/ées soient mis/es devant le fait accompli soit placés/es en situation d’urgence permanente sans leur laisser la possibilité de prendre des décisions et en leur laissant croire que tout ce qui sera fait le sera évidemment dans leur intérêt.

Et dans cette histoire toutes les personnes qui sont ou se veulent responsables politiques (et pas responsables moralement et éthiquement) sont complices de ça. Sont complices que les principaux/ales intéressé/es soient infantilisé/es, réifiés/es, ne puissent pas s’organiser (on pourrait par exemple imaginer que les migrants/es si ils et elles savaient à l’avance qu’ils et elles allaient être répartis dans des centres pourraient faire des groupes affinitaires, avoir une liste de questions, demander des assurances, réfléchir à ce qu’on leur propose…). Ces mêmes responsables diront sans doute que c’est pour protéger les migrants/es des manipulations d’individus/es étiquetés/es NPA ou anarchistes autonomes, le fameux épouvantail, la construction politique et médiatique diffusée depuis une dizaine de jours. C’est ridicule mais malheureusement il y a des gens qui y croient. En tout cas ces responsables qui n’étaient pas là pour assister à l’apartheid, au tri des pauvres qui ont le droit de bouffer ou pas, peut-être feront ils/elles un communiqué dérisoire de plus. Mais bon ça aussi on s’en fout, hier soir tout semblait dérisoire.