Quelle stratégie contre la machine à expulser?

Depuis plusieurs semaines, un appel circulait sur différents sites (Paris-Luttes, Démosphère) et via Facebook à manifester le vendredi 23 novembrendevant le centre de rétention de Vincennes, la prison spéciale pour les étrangers et étrangères décrété·e·s en situation irrégulière. Il était  indiqué, je cite : «La marche partira du ministère de l’Intérieur, direction de l’immigration dans le 20e arrondissement et une fois arrivée aux portes du Centre de Rétention de Vincennes, un parloir sauvage se fera avec des détenu·e·s de Vincennes mais aussi du CRA du Mesnil-Amelot parce qu’il n’y a pas de nous sans eux ni elles.»

Quittant mon travail à 17h30, je suis directement allée devant le centre de rétention, point d’arrivée, annoncé de la manifestation. Sur place j’ai retrouvé une autre personne, un camarade s’étant comme moi rendu directement sur place. Sur place justement aucun signe d’activité inhabituelle des flics: les rondes de routines des flics à chien, le balai des voitures entrant et sortant,  emmenant de nouveaux prisonniers à l’intérieur ou vers les aéroports pour être monté de force dans un avion ou pour je ne sais où.

Au bout d’un petit moment dans le froid, l’un de nous décida de joindre une amie qu’il pensait être à la manifestation. Quelle ne fut pas notre stupeur d’apprendre alors que lors d’une AG qui s’était tenue quelques jours auparavant à l’initiative de La Chapelle debout, l’objectif de la manif avait été changé et qu’il avait été décidé d’occuper le musée de l’immigration! L’objectif de manifester devant le centre de rétention avait apparemment été laissé publiquement pour faire figure de leurre pour les pandores. Manque de  «chance» (enfin d’intelligence devrais-je dire), le nouvel objectif ayant été discuté et annoncé publiquement, personne n’a évidemment pu entrer dans le musée de l’immigration et bien sur aucun renfort de police n’avait été placé devant la prison, l’État étant parfaitement au courant que cet objectif
annoncé ne serait même pas approché.

Plusieurs questions se posent face à cela :

– la pertinence d’aller occuper le musée de l’immigration dans une lutte qui affirme que les centres de rétentions doivent fermer

– l’irresponsabilité de gens qui n’hésitent pas à donner des rendez-vous publics sachant qu’ils ne seront pas honorés (on imagine qu’au moins une ou deux personnes auraient pu aller sur place pour informer les égaré.e.s dont j’ai fait partie).

Mais aussi et surtout la question de savoir comment on peut instrumentaliser la question de l’enfermement des personnes dites sans papiers pour mener une action symbolique devant un endroit qui ne représente rien pour la majorité de celles et ceux qui risquent de se retrouver enfermé·e·s dans un centre de rétention? En effet, comment peut-on imaginer que c’est en occupant des lieux culturels que l’on construira un rapport de force menant à la destruction (par voie légale ou par une autre voie) de ces prisons? Comment envisager que cette lutte  se mène  sans considérer les premiers et premières concerné·e·s, les personnes  enfermé·e·s donc, comme des acteurs et actrices à part entière des luttes et pas seulement comme des victimes?

En 2007-2008 une lutte importante s’est déroulée dans les centres de rétention, lutte qui a été illuminée par la destruction totale ou partielle de plusieurs centres par les enfermé·e·s eux/elles-mêmes. Lors de cette période des liens très forts existaient entre l’intérieur et l’extérieur et très régulièrement des manifestations se déroulaient devant les centres. Les flics essayaient par tous les moyens d’empêcher les manifestant·e·s d’approcher des prisons et de mener des notamment des parloirs sauvages car ils  savaient que cela attisait la révolte à l’intérieur. (Cette lutte a été racontée dans un livre en libre accès sur internet).

En janvier la rétention va passer à 90 jours, trois mois d’enfermement donc pour le fait d’être décrété·e et maintenu·e en situation dite «irrégulière» par l’État français, et des lois de plus en plus répressives se mettent en place pour empêcher la libre circulation et installation des personnes décrétées indésirables parce que nées trop pauvres ou nées dans un pays où un·e voyageur·euse  dont les ressortissant·e·s ne constituent pas des cibles pour les agences touristiques. Il va donc falloir se poser collectivement des questions sur ce qu’on peut faire ou pas pour éviter que les «Il n’y a pas de nous sans eux ni elles» et «Les CRA sont des prisons, ils doivent fermer! (citations des appels à manifester du 23 novembre par La Chapelle debout) ne soient pas juste des mots d’ordre politiciens pour des personnes pour lesquelles la question de la liberté de circulation et d’installation et des centres de rétention sont un moyen d’exister politiquement.

Une pour la liberté totale de circulation et d’installation.

Le samedi 24 novembre, Jazz en soutien à l’Anafé ~ Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers ~ de 18h à minuit

Les missions de l’Anafé

Depuis 1989, l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) agit en faveur des droits des étrangers en difficulté aux frontières françaises et européennes et dénonce les violations des droits des personnes maintenues en zones d’attente résultant des pratiques de maintien et de refoulement aux frontières.

Elle milite également pour une modification de la législation et des pratiques, et notamment pour l’instauration d’une permanence gratuite d’avocats en zone d’attente, pour la mise en place d’un recours effectif et suspensif, pour un accès garanti au contrôle juridictionnel pour tous et contre l’enfermement des étrangers aux frontières et notamment des mineurs.

Des exilés menacés d’expulsion la veille de la trêve hivernale appellent à un rassemblement le 30 octobre

Nous ne retournerons pas à la rue !

 

Bonjour

Nous sommes 36 réfugiés et demandeurs d’asile dans un local de la Croix Rouge au métro Odéon. Nous sommes de différentes nationalités (afghans, soudanais, maliens, tchadiens, érythréens et autres). Nous appelons à votre solidarité le 31 octobre 2018.

Il y a quatre jours, le chef du centre nous a informés qu’il devait fermer ce centre et que nous devions le quitter le 31 octobre. Nous lui avons dit que nous n’avons pas d’endroit où dormir et qu’il fait froid dehors, qu’il nous a trouvé à la rue et nous a amené ici, alors pourquoi nous remettre à la rue.

Le chef nous a répondu que ce n’était pas son problème et que nous devions partir le 31 octobre dernier délai. Nous venons de passer 2 mois dans ce centre sans avoir de chambre et nous dormions tous dans la même pièce.

Nous sommes des demandeurs d’asile et des réfugiés aux situations différentes. Nous demandons juste un endroit où dormir. Nous étions en danger dans nos pays. Nous avons besoin de protection et d’un lieu sûr. Nous demandons une solution durable avec des chambres et des cuisines proche d’une station de métro.

Sans garantie écrite de cette solution, nous ne quitterons pas le centre.

Nous appelons nos soutiens à un rassemblement mardi 30 octobre à 18h, ainsi que le mercredi, jour annoncé de l’expulsion, pour nous aider à résister dès 6h du matin.

Adresse : 6 rue Mazet, 75006 Paris. Métro : Odéon.

Vols d’effets aux migrants: la police dément!

Nous avons toutes et tous vu, des centaines de fois, sur le vif ou dans des reportages, des flics voler, jeter dans des bennes et détruire les affaires des migrant·e·s, y compris des produits de première nécessité lorsque l’on dort dehors comme un duvet, une couverture de survie, une bâche ou même de vieux cartons…

J’ai moi-même vu des flics saisir des sacs de couchage que j’avais donné à des réfugié·e·s.

Or un militant, Loan Torondel vient d’être condamné à une amende et à de la prison avec sursis pour avoir publié un tweet ironique mettant en scène deux policiers et un migrant (voir ci-dessous). Non seulement la police harcèle les migrants quotidiennement, et aussi les gens qui les aident, mais il faudrait se taire…

Ministres et gens d’armes, êtes-vous certains d’avoir tous les moyens de la dictature?

Démenti du ministère de l’Intérieur

Halte à la calomnie! Les policiers ne volent pas de couvertures, ils étouffent les réfugié·e·s avec!

Expulsé d’un foyer pour un matelas de trop! ~ Procès le 11 juillet

TOUS AU PROCÈS DE LASSANA DIAKITÉ 

QU’ADOMA VEUT EXPULSER du FOYER DUÉE

POUR « PRÉSENCE DE MATELAS »

MERCREDI 11 JUILLET à 9h

TRIBUNAL DE PARIS

métro Porte de Clichy

Pourquoi est-ce que ADOMA, ex Sonacotra, filiale SNI et CDC Habitat, veut jeter Lassana Diakité, paisible retraité, à la rue ? M. Diakité habite un studio dans la « résidence sociale » rénovée située 31-33 rue de Duée, Paris XXe, métro Télégraphe. Un jour un huissier passe pour faire un « contrôle d’occupation ». M. Diakité, comme est son droit, refuse de laisser entrer ce personnage qui n’a pas prévenu de sa visite. L’huissier écrit dans son compte rendu qu’une personne, qui ne serait pas M. Diakité, lui aurait ouvert la porte et il aurait vu par dessus de l’épaule de son interlocuteur un matelas rangé sous un lit au fond du studio.

Cet incident fait partie d’une campagne plus vaste d’expulsions visant les travailleurs immigrés résidents des foyers qui ont été rénovés et transformés en résidences sociales. Aujourd’hui, l’individualisation des logements et le statut de sous-droit accordé aux résidents se combinent pour piéger les travailleurs immigrés africains qui habitent traditionnellement les foyers. Les conditions d’hébergement d’un tiers, membre de sa famille, visiteur, connaissance du pays, sont strictement limitées et encadrées. En dehors de ce cadre, toute visite nocturne est classée « suroccupation », et les autorités gouvernementales, les gestionnaires ont déclaré la lutte contre la « suroccupation ».

Or ils sont aussi en lutte contre la vie collective et solidaire des travailleurs immigrés africains. Dans les nouvelles structures, les salles collectives sont réduites en nombre et en taille. Les cuisines collectives disparaissent. Tout est fait pour que les résidents soient contraints de vivre la vie isolée, individualisée et déprimée des locataires français. Sauf qu’ils sont en plus privés des droits des locataires. Pas le droit de changer sa serrure, pas le droit de fixer un étagère ou posséder un poisson rouge, pas le droit d’héberger un membre de sa famille ou une connaissance de passage.

M. Lassana Diakité n’est qu’un parmi des centaines de personnes assignés devant les tribunaux pour « suroccupation » par le gestionnaires Adoma, Adef, Coallia. Peu à peu c’est l’ensemble de la population des travailleurs immigrés qui sera visé. Il s’agit d’une tentative d’imposer un changement de population, une tentative de briser les liens qui font que, dans les foyers, les résidents se regroupent, résistent et arrivent parfois à imposer leur point de vue. Et puisque nous connaissons la difficulté pour les immigrés, surtout ceux vivant seuls, d’accéder au logement social, une expulsion du logement ne peut qu’entraîner encore plus de suroccupation, et à terme une auto-expulsion du pays.

Sont aussi visés par ce type de procès tous les « hébergés », avec ou sans papiers, africains ou non, tous les aspects de la vie solidaire et collective qui font que les immigrés africains ont pu, pendant des décennies, subvenir aux besoins de leurs familles au pays, investir dans des projets d’infrastructure scolaire, médicale, sanitaire.

Nous disons NON à la lutte contre les travailleurs immigrés des foyers !

NON à la campagne d’expulsions racistes menées par les gestionnaires

OUI au droit à la vie collective et solidaire des immigrés

OUI à l’accueil digne et hospitalier de tous ceux qui cherchent refuge sur notre sol

Copaf, Collectif pour l’avenir des foyers

“MAINTENANT, IL FAUT DES ARBRES”

Cher Éric Hazan, tu va fêter mardi prochain 12 juin au Lieu dit – soit dit (!) en passant, un endroit pour lequel j’ai une particulière tendresse – les 20 ans de la maison d’édition que tu as fondée : La Fabrique.

Si j’ai bien compris, tu ne détiens plus qu’une part minime de la société, et c’est sans doute ta personne (honneur aux anciens! etc.) davantage que ta maison – ou au moins ce qu’elle est devenue – que viendront célébrer dans une émission de Mermet quelques amis libertaires (Nicolas Norrito et Fred Alpi formant, à tes côtés, tout le «plateau» de l’émission, d’après ce que j’ai lu sur le programme).

Dans un entretien récent (que j’ai la flemme d’aller rechercher) Nicolas soulignait le rôle qu’a joué La Fabrique dans son intérêt pour l’édition, malgré des divergences irréductibles, par exemple à propos des thèses du PIR et de Houria Bouteldja, dont l’animatrice actuelle de La Fabrique est proche, amicalement et politiquement.

On ne saurait évidemment reprocher à un éditeur le contenu mot à mot de chacun des livres qu’il édite. Tu n’es ni Coupat ni Bouteldja (pas plus que Libertalia n’est Guillon). Pourtant tu les a défendus l’un et l’autre en t’identifiant à leurs combats respectifs.

Tu vas même jusqu’au délire assumé, affirmant que si l’on critique Houria Bouteldja c’est parce qu’elle est jeune, belle, intelligente et d’origine arabe (voir la citation précise ailleurs sur ce blogue).

Moi je la combats parce que ce qu’elle a écrit est antisémite, homophobe et antiféministe.

J’imagine sans peine que tu ne partages pas ses positions au fond, et que tu la soutiens néanmoins sous l’effet d’une forme sénile de tiers-mondisme pro-palestinien…

Quand un camarade t’a flanqué une gifle à l’occasion d’une manifestation, j’ai pris position publiquement et plus que fermement contre cette agression, et quand je te croise (au Lieu dit, par exemple) je me contente de te serrer la main.

Là, les 20 ans au Lieu dit, avec les «camarades» Stella et Houria en terrasse – prévoir moult bises conviviales et confraternelles (ben tu comprends, elle m’a embrassé la première, alors moi…!)  – Libertalia au micro et Fred Alpi à la guitare, c’est un peu trop pour moi.

Évidemment, je pourrais venir te dégueuler dessus, mais je pense que je vais rester chez moi, tout simplement.

En tant qu’être vivant, je te souhaite d’ailleurs une fin de vie longue et active. Vraiment!

Par contre, je pense qu’il serait temps de faire taire la scierie La Fabrique.

Ça nous économiserait des arbres!

Et il nous en faut, Éric!

Julien trouvera sans peine un autre éditeur, tandis que Houria sera contrainte d’agrafer elle-même ses brochures photocopiées.

Gagnant-gagnant!

Après tout, 20 ans, c’est un bel âge pour mûrir!

Cordialement

Claude Guillon

 

 

PS. Tu l’as sûrement lu, mais je te recommande tout de même cet excellent ouvrage de mon ami Nedjib Sidi Moussa : La Fabrique du musulman.