SOUFFLER SUR LES BRAISES ~ depuis Caen-la-rebelle

« Dans les rues conquises, les gens se sentent heureux. On y danse, on y chante, on y partage des idées, des repas, des sourires. »

Lettre d’un camarade chilien

 

Une nouvelle offensive des classes dirigeantes a lieu en ce moment même, tant au niveau des retraites que du chômage, après une énième vague de lois renforçant la répression. Cette réforme des retraites vise clairement à faire durer toujours plus l’exploitation qu’est le travail et à réduire les pensions. Quant à la réforme du chômage, elle vient renforcer le flicage des chômeuses et chômeurs et réduire la durée et le montant des allocations, visant à élargir toujours plus le réservoir de main d’œuvre servile.

Auto-organisation de nos luttes

Si une énième intersyndicale se met en place, il ne faut pas être dupe de ce qu’elles cherchera à reproduire, consciemment ou non : le pouvoir des bureaucrates et aucun changement en profondeur – sous une version néanmoins un peu plus acceptable. La précédente lutte contre la réforme des retraites en 2010 en fut un exemple, où l’inter-syndicale organisait des simulacres de blocage économique négociés avec la Pref. Prévenus à l’avance par nos sympathiques bureaucrates syndicaux, les patrons faisaient évidemment partir les marchandises avant le blocage.

Que le mouvement des gilets jaunes ait favorisé l’auto-organisation n’empêcha malheureusement pas à Caen certaines commissions de s’approprier les espaces de décision quitte à s’asseoir sur celles prises collectivement lors d’assemblée. Les contours dessinés par la démocratie directe ne suffisent pas à réduire de manière significative les prises de pouvoir de celles et ceux qui savent s’y adapter avec souplesse.

Si l’union fait la force, l’unité paralyse. Nous sommes d’autant plus forts et fortes que nous sommes différent-es, imprévisibles et impossibles à ranger dans des cases. Nous appelons de notre coté à multiplier les espaces

d’auto-organisation, afin de rester maître-ses de nos initiatives et de nos objectifs, au plus près de nos réalités. Si leur prolifération est essentielle pour que s’exprime la diversité des aspiration de révoltes, il semble aussi important que puissent exister des espaces de coordination d’individu-es en lutte.

Multiplier les actions directes

Créer des caisse de grève pour mettre le plus de gens possible dans la rue, organiser de blocages économiques, multiplier les sabotages (par exemple les valves des camions-citernes étaient cassées pendant la précédente lutte contre une réforme des retraites pour contribuer à la pénurie d’essence), tenir la rue et détruire ce qui nous détruit… comme cela s’est déjà fait début janvier 2019 et comme peuvent nous l’inspirer les révoltes qui essaiment dans la monde, notamment au Chili. En quelques semaines, plus d’un tiers des supermarchés ont été pillés et incendiés ou saccagés, les stations de métro réservées à la bourgeoisie mises hors service, des bâtiments publics, des commissariats, des péages autoroutiers, des banques, des locaux de parti, etc. ont été attaqués. Même les antennes téléphoniques ont été prises pour cible afin de couper les communications du pouvoir. Quelques hackeurs bien inspirés ont diffusé les données personnelles des gendarmes locaux. La révolte chilienne a commencé à détruire des pans de leur monde d’exploitation et d’oppression, et rappelle que cette lutte est globale et peut se passer de leaders et de représentant-es.

Nous appelons ainsi à un

Comité d’action sur le chômage et la précarité,
vendredi 6 novembre à 18h à la Pétroleuse
(163 cours Caffarelli, presqu’île de Caen,
près des dépôts pétroliers)

Des révolté·e·s

LA GRÈVE EN FEU !

À l’heure où le salariat perd sa centralité – au moins dans les sociétés occidentales – et tout en récusant le concept (le mythe?) de la «grève générale», Adrien Brault et Simon Le Roulley proposent dans Pour la grève de généraliser le concept de grève à l’ensemble des luttes anticapitalistes. De ce paradoxe, les auteurs entendent – de manière plutôt convaincante – faire un accélérateur de combustion, mentale et insurrectionnelle.

Il s’agit, contre les syndicats et les journalistes, de travailler à empêcher la réduction de la signification de la grève, laquelle est affirmation de soi. Dans un même mouvement, l’individu y énonce son irréductibilité à ce qui l’asservit et découvre la communauté qui va le transformer. Faire grève, comme on fait corps.

Les auteurs égrènent leurs critiques et leurs propositions au long d’un inventaire bien venu des mouvements des dernières années (mouvements étudiants ou grèves ouvrières) jusqu’au récent mouvement des Gilets jaunes.

Si la grève est une vacance, elle n’est pas une affaire de fainéant. École buissonnière elle est aussi tout sauf un arrêt de l’apprentissage. Et si elle a un air d’enfance, le sens que donnent les grévistes à leur temps commun est cette fois-ci beaucoup moins influencé. Ainsi ce rapport à la jeunesse qui parcourt l’imaginaire révolutionnaire comme le langage des montreurs d’ordre, puisqu’il oppose des gens raisonnables à des idéalistes, des jeunes inconscients des réalités du monde à des spécialistes encravatés, ce rapport manque pourtant son objet. La jeunesse n’est pas sujette à la révolution parce qu’elle est «jeune». Nous savons bien que certains n’ont pas attendu d’avoir 40 ans pour enfiler un costard et parler en comptable. On peut être révolutionnaire quand on est jeune parce qu’on nous demande de quitter un temps que l’on a dans les mains pour la mutiler dans l’emploi du temps. On nous demande de nous défaire de cette idée que les choses dépendent de nous pour nous conformer à un ordre. De cette injonction, il faut être fou ou y avoir intérêt pour s’y conformer. La transition, l’encagement, ne se fait pas sans heurts. C’est pourquoi les militants de l’économie ont intérêt à agir sur nos perceptions dès l’enfance.

Pour la grève, 208 p., 10 €. Éditions grévis.

Statut de l’ouvrage: acheté à l’éditeur.

Occupation illimitée de la fac de Lyon 2 Bron

Déclaration de l’occupation illimitée de la fac de Lyon 2 Bron

Communiqué des occupants de l’université Lyon2 du campus de Bron

Nous nous mobilisons ce soir pour lutter contre la situation de précarité qui a poussé notre camarade à s’immoler par le feu le vendredi 8 novembre devant le bâtiment du Crous à Lyon.
Nous revendiquons :

  • Le retrait de la loi ORE
  • La suppression de l’augmentation des frais pour les étudiant·e·s étrangers·ères hors
  • Des logements salubres et accessibles, (avec plafonnement des loyers) pour tous.tes
  • Le salaire à vie inconditionnel

Nous appelons les étudiant.e.s à occuper leur fac ainsi que les étudiant.e.s de Lyon à nous rejoindre.
Nous ne quitterons pas les lieux tant que nos revendications n’auront pas été écoutées.

Nous invitons les précaires de Lyon et environs à partager un repas et un hébergement sur le campus. (Attention au fort risque de présence policière et d’une évacuation)

Dans une optique de convergence nous appelons les étudiant·e·s à rejoindre massivement le mouvement des gilets jaunes ce week-end ainsi que la grève illimitée du 5 décembre et les blocages lycéens annoncés pour demain matin.

Nous avons bien lu le communiqué de la présidence envoyé en fin d’après midi, à la vue de cette réponse plus qu’insatisfaisante nous continuons la lutte.


Programme de la fin de semaine :
- 1ers trams demain matin pour bloquer la fac (5h à Perrache)
- Atelier banderole demain matin
- AG à 12h à Bron
- 14h manifestation du personnel hospitalier à Grange Blanche.

Marseille ~ Soutien aux travailleuses de l’hôtellerie en grève!

Sous-traitance hôtelière, la colère continue de monter! 

Le secteur hôtelier marseillais est de nouveau secoué par un mouvement social dénonçant le système d’exploitation de la sous-traitance, déjà plus d’une quinzaine en trois ans ! Cette fois-ci ce sont les femmes de chambre et équipières, sous-traitées par ELIOR à l’hôtel NH Collection à la Joliette qui sont en grève reconductible depuis le 11/04, avec le soutien de leur syndicat CNT-Solidarité Ouvrière.

   Comme souvent derrière la vitrine luxueuse et lucrative de l’hôtel se cache les pratiques sociales douteuses des sous-traitants. Dans son genre, ELIOR est un super-champion de l’exploitation qui s’est fait connaître récemment en obtenant des tribunaux l’annulation et le remboursement des avantages acquis pour des dizaines de salarié.e.s, grâce à une disposition de la loi Travail.

   Leurs pratiques quotidiennes sont fidèles à leur réputation ! Depuis la reprise du chantier, il y a 3 mois, les salarié.e.s dénoncent : les pointages irréguliers, les nombreuses heures impayées, les retraits sur salaires indus ou le non-versement intégral de primes. 

    L’équipe du « NH Collection » est déterminée pour obtenir gain de cause face à ces patrons voyous et pour gagner de nouveaux acquis ! Les grévistes revendiquent : paiement de toutes les heures de travail manquantes ; versement des indemnités repas et transport ; remboursement des retenues sur salaires abusives ; versement d’une prime exceptionnelle en compensation du préjudice ; augmentation des qualifications dans la grille de salaire conventionnelle ; majoration du dimanche à 50% ; 13° mois ; organisation du travail respectueuse de la vie privée.

   La direction régionale d’ELIOR voudrait choisir ses interlocuteurs syndicaux et refuse toute négociation avec la CNT-Solidarité Ouvrière, seule organisation du site. Les salarié.e.s ne comptent pas céder à ce chantage !

   Nous invitons le donneur d’ordre, le groupe NH Collection, a prendre ses responsabilités sociales et ne plus se cacher derrière son sous-traitant. C’est l’exploitation des invisibles de la sous-traitance qui remplit vos caisses, il est temps que le fruit de leur travail leur revienne !

L’exploitation et le mépris ça suffit !

Contribuez ICI à la caisse de grève.

Les syndicats et les partis de la gauche du capital ont saboté la grève à la SNCF, en la canalisant vers la défense de l’entreprise ferroviaire et de l’État-patron…

…Seul un sursaut d’autonomie ouvrière peut la sauver

Après deux mois de grève – minoritaire dès le début –, la lutte s’épuise tout doucement. À l’exception du 14 mai, qui fait figure d’une sorte de baroud d’honneur, le nombre de grévistes diminue y compris chez les catégories les plus mobilisées comme les conducteurs et les contrôleurs. La grève ne mord pas sur les non-grévistes. Les AG, au nombre réduit et variable de participants, sont une pâle imitation de ce qu’elles devraient être. Elles n’ont pas la force de décider quoi que ce soit de décisif pour redresser le cours du combat et sont à la merci de chefs syndicaux qui monopolisent la scène.

La programmation en 2/5 décidée par la CGT correspond à l’état réel des forces mais vide de sens la participation aux AG et accroît la passivité, le côté «consommateur» de la grève, voir le côté je-m’en-foutiste de certains grévistes qui se mobilisent en fonction du climat. Mais, compte tenu de la faiblesse chronique du mouvement actuel, la grève reconductible proposée par SUD est au 2/5 ce qu’est la mort subite en regard d’une lente agonie.

Le nombre des non-grévistes augmente. Ils ne sont pas tous des jaunes vendus à la Direction. Il faut comprendre leur scepticisme face à une grève qui a d’emblée cantonné les cheminots au rôle de spectateurs plus ou moins engagés. Aux dires des syndicats, le référendum aurait dû les impliquer davantage. Or, il n’a servi à rien. Son succès (en gros 65 % du personnel s’est prononcé contre le plan) n’est que le revers de la médaille de la faiblesse du mouvement. En effet, 45 % au minimum de ceux qui sont contre le plan ne font pas grève. L’idée entretenue savamment par les syndicalistes qu’il suffit d’un vote pour faire bouger les lignes a éloigné encore plus de monde des actions musclées, pourtant indispensables pour faire plier l’État-patron. Parmi les grévistes, s’affirme l’idée que ces 45 % ne veulent pas se mouiller et comptent sur eux pour limiter la casse. Une grève par procuration en somme. Le contraire exact de ce qu’il faudrait pour gagner quelque chose.

Tant que la grève ne sort pas du diktat étatique du préavis, elle n’a aucune chance de faire mal à l’État-patron. La SNCF se sert très efficacement du préavis pour minimiser les effets de la lutte sur son chiffre d’affaires et ses profits. Tant que des actions coup de poing ne frappent pas la principale source de gains de la SNCF, c’est-à-dire les TGV et les lignes internationales, l’entreprise étatique peut résister à la pression des cheminots. En décembre 1995, lorsque la grève a gagné en puissance, aucun train ne circulait. Quand il y en avait qui tentaient de rouler, on pouvait les bloquer, même avec seulement 50 % de grévistes parce qu’on avait établi un rapport de force favorable. Aujourd’hui ce n’est pas le cas.

Le problème est que cette grève n’a pas été préparée par un intense plan de mobilisation et de consultation des cheminots avant qu’elle ne démarre. De plus, elle a été imprégnée dès le départ du culte de l’entreprise SNCF, des balivernes sur le service public et les bla-bla sur la beauté de la profession de cheminot. Autant de conneries dont les salariés qui en bavent le plus n’ont rien à faire. La dette ? Le statut de l’entreprise ? Le service public ? Autant de sujets qui concernent certes les syndicalistes qui siègent aux conseils d’administration des deux EPIC, qui défendent la boîte pour défendre leur fonction, qui sont farouchement attachés à leurs heures de délégation, à leurs promotions négociées, etc. Les cheminots, eux, en revanche ont une seule préoccupation : que vont devenir leurs conditions de travail, leurs salaires et leur protection sociale ?

On résume tout cela dans la défense du «statut» du cheminot. Pourtant, ce statut ne concerne pas la totalité des salariés de la SNCF ni les dizaines de milliers de salariés des entreprises sous-traitantes. Pour que la défense du «statut» du cheminot devienne un véritable levier de mobilisation il aurait fallu qu’on se batte clairement pour son application aux contractuels, aux intérimaires de Manpower, aux autres salariés du groupe SNCF (comme Geodis-Calberson, par exemple) et, surtout, à la sous-traitance, toute la sous-traitance : nettoyage des gares, comme les salariés d’Onet ; les ouvriers des chantiers de rénovation comme les salariés de Colas Rail, d’ETF ou de Transalp renouvellement ; les conducteurs de bus de remplacement, etc.

 

 

En cas contraire, le «statut» du cheminot restera la cage dans laquelle l’État-patron maintient les cheminots à la laisse de la SNCF et divise les salariés de l’entreprise ferroviaire. Si les cheminots en lutte n’inscrivent pas en tête de leurs objectifs l’application de leurs conditions contractuelles à tous les salariés qui travaillent pour la SNCF, le patron a la partie facile quand il fait passer les cheminots à «statut» pour des «privilégiés». Malheureusement, aujourd’hui, cette extension du statut n’est pas envisagée par l’immense majorité des cheminots. D’autant plus que les syndicats s’en moquent complètement.

Puis, il a la question des salaires, congelés depuis trop longtemps. Ce gel a été partiellement atténué par les nombreuses primes qui améliorent l’ordinaire des maigres payes fixes. Pourtant, ce système de primes est un double piège pour les cheminots :

– parce qu’il accroît la division entre ceux qui les touchent et ceux qui ne les touchent pas,

– parce que ces primes n’entrent pas dans le calcul des retraites.

Ainsi, pour contribuer à unifier dans la lutte toutes les catégories de salariés de l’entreprise ferroviaire, il faudrait exiger que les primes communes soient intégrées dans les salaires de base, qu’on ait le fameux «statut» ou pas. Il faut également arracher des augmentations de salaire uniformes pour tous en rompant avec plusieurs années de reculs (2003, 2007, 2010, 2014 et 2016) et de «modération salariale».

Pour l’heure, ce tournant de la grève ne semble pas se profiler à l’horizon. Pendant ce temps, le jeu des syndicats pour annihiler la lutte se précise. La CFDT et l’UNSA s’apprêtent à lâcher prise après le 5 juin en prétextant quelques avancées dans leurs tractations avec l’État-patron. Des «avancées» dont la plupart étaient déjà inscrites dans la première mouture de la loi ferroviaire. Les amendements syndicaux n’ont été, à les écouter, que de l’ordre «du renfort de langage», c’est-à-dire du coupage de cheveux en quatre et des précisions peu utiles. Quant à la CGT et à SUD, ils se plaindront une nouvelle fois de la trahison de leurs copains de la CFDT et de l’UNSA avant de rebrousser à leur tour chemin. Le risque réel est que ces deux organisations laissent les cheminots les plus déterminés s’engouffrer dans un combat solitaire et ultra- minoritaire assorti d’appel abstraits à une solidarité imaginaire. Si ce scénario se réalise, les grévistes n’auront été que des porteurs d’eau des syndicats, tous les syndicats, pour les aider à maintenir leur place de choix dans la cogestion de l’entreprise ferroviaire étatique. Si ce scénario se réalise, les cheminots les plus déterminés, une fois isolés, seront abandonnés à la répression patronale.

Que faire maintenant ? On a perdu beaucoup trop de temps mais la messe n’est pas encore dite. Une première condition est d’arracher la direction de la grève aux syndicats. Une deuxième est de cesser de respecter le diktat des préavis de grève, de redevenir mobiles, de faire grève à l’improviste en ne suivant pas le calendrier officiel, de s’arrêter et de redémarrer au moment opportun. Pour cela, il faut gagner aux raisons de la lutte ceux qui n’y ont pas participé jusque-là en organisant des AG dans les services, dans tous les secteurs de l’entreprise ferroviaire.

On ne gagnera pas les indécis sans mettre en tête des objectifs de la grève les hausses de salaires égales pour tous, l’intégration des primes au salaire de base et l’extension du «statut» du cheminot à tous les salariés qui travaillent, directement ou indirectement, pour la SNCF.

Combattre l’entreprise SNCF et l’État-patron. Abandonner les illusions sur le «service public».

POUR LA REPRISE DE L’INITIATIVE OUVRIÈRE

Paris, le 03 juin 2018

Pour toute correspondance: pmprio2018@gmail.com

 

Ajout

L’affiche ci-dessous reproduite (trouvée sur Twitter) me paraît illustrer – jusqu’à la caricature – les critiques formulées dans le texte.

«Une grève sauvage de masse» ~ par Charles Reeve

La grève des instituteurs et du personnel des écoles dans l’État de Virginie-Occidentale aux États-Unis

 

La dégradation du système de remboursement des dépenses de santé semble avoir été à l’origine du mouvement de révolte qui a abouti, fin février 2018, à la grève totale des 30 000 instituteurs et des 13 000 fonctionnaires des écoles dans l’État de Virginie-Occidentale.

Dans cet État, les fonctionnaires n’ont pas le droit de faire grève, et tout mouvement est illégal. En Virginie-Occidentale, les syndicats sont faibles, même si les communautés populaires ont une longue tradition de lutte sociale. Les grèves de mineurs y furent particulièrement combatives et violentes par le passé.

La grève a été organisée hors des structures syndicales par l’intermédiaire des réseaux sociaux, les grévistes se sont organisés par école et ont établi des liens entre eux par Internet. Il était clair, dès le début, que la grève ne pouvait réussir que par son côté massif, les grévistes isolés risquaient de se faire licencier immédiatement. La solidarité a ainsi été le ciment du mouvement. Les écoles se sont organisées pour continuer à distribuer aux enfants des repas gratuits dans un État très pauvre où de nombreux enfants ne mangent à leur faim que dans les cantines scolaires. Cette distribution a servi aussi à expliquer le mouvement et souder la population avec les grévistes.

Au début, les syndicats ont tenté de dissuader les instituteurs de se battre mais devant la puissance du mouvement, ils les ont suivis mollement et ont cherché à négocier avec les autorités de l’État. Tout de suite après les premières négociations, les syndicats ont avancé des promesses de règlement du mouvement. Les grévistes ont répondu en renforçant le mouvement avec le slogan : « Pas de promesses, du concret ! » Le mouvement a commencé à susciter un intérêt parmi les instituteurs d’autres États, en Arizona et en Oklahoma où des groupes de travailleurs ont exprimé le besoin d’action sauvage à la base sans passer par les syndicats. Des réseaux sociaux destinés à organiser la grève sauvage ont même été mis en place.

La Virginie-Occidentale est un des États les plus pauvres des États-Unis, avec une forte population de Blancs pauvres. Un instituteur gagne en moyenne 2 200 euros par mois, un des plus bas salaires d’instituteurs aux États-Unis. Après neuf jours de grève, des manifestations monstres devant le Capitole de l’État (qui a été par moments occupé par les grévistes) et un soutien croissant de la population, le gouverneur républicain a accordé, le 7 mars 2018, une augmentation de 5 % des salaires à tous les fonctionnaires de l’État et a ouvert des négociations sur les systèmes de santé et les remboursement médicaux des instituteurs qui sont continuellement revus à la baisse. Les grévistes ont obtenu également la garantie que les fonds nécessaires ne soient pas prélevés sur le budget des aides sociales aux plus pauvres, comme c’était prévu au départ. « Il ne s’agit pas de prendre aux plus pauvres pour donner aux pauvres ! », ont-ils affirmé. Les grévistes ont fêté leur victoire aux cris de : « C’est nous qui faisons l’Histoire ! », et en reprenant le slogan d’Occupy : « Voilà à quoi ressemble la démocratie ! »

L’État de Virginie-Occidentale a voté à 70 % pour Trump… Comme quoi l’apparence politique des sociétés ne traduit pas leur état d’esprit et peut cacher leurs potentialités de lutte. On ne peut réduire la société nord-américaine à Trump et aux fous armés qui tirent dans le tas…

Ci-joint quelques liens sur le mouvement. À lire en particulier l’analyse de Joe Burns sur le site Labor Notes. L’auteur a une vision syndicale de gauche de la crise du syndicalisme institutionnel et perçoit l’émergence de mouvements de base sauvages, tels celui des instituteurs de Virginie-Occidentale, comme un moyen de reconstruire le syndicalisme, passant à côté de ce qu’il y a de nouveau dans l’esprit de ces luttes.

Charles Reeve

Des liens utiles

http://www.labornotes.org/2018/03/west-virginia-option

https://www.bloomberg.com/news/articles/2018-03-06/could-west-virginia-s-wildcat-teachers-strike-spread

https://www.democracynow.org/2018/3/5/from_coal_miners_to_teachers_west

https://www.democracynow.org/2018/3/5/people_have_just_had_enough_west

https://www.democracynow.org/2018/3/7/we_won_teachers_end_historic_strike

 

Charles Reeve vient de publier chez L’échappée