Fâcheuse posture

Je me suis demandé si j’étais le seul à éprouver un malaise devant la posture prise par de nombreux manifestant·e·s en protestation contre le meurtre par étouffement d’un énième Afroaméricain, et·ou en solidarité avec ces manifestant·e·s.

En effet, la posture consiste à mettre un genou à terre, reproduisant ainsi le geste de l’assassin et non la position de la victime.

Peut-être le caractère religieux de la génuflexion et son histoire comme geste de soumission (au moment d’être adoubé chevalier par ex.) ont-ils pu peser dans la balance et «contaminer» ce qui était in situ le geste de domination mortelle d’un flic sur un individu maintenu à terre.

En fait de «repentance», il est pour le moins étrange de voir des flics censés se solidariser avec les manifestants·e·s reproduire précisément le geste de leur collègue (sans parler ici de la dimension «publicitaire» de leur démarche)…

La photo ci-dessous, prise dans une manifestation du même mouvement de protestation me permet de répondre par la négative à la question que je m’étais posée: d’autres personnes ont bien été sensibles au même malaise: elles ont décidé d’adopter la position de George Floyd et non celle de son meurtrier. Au demeurant, cette position rappelle celle des die in, pratiqués notamment par les militant·e·s d’Act Up, n’était que dans ce cas, les manifestant·e·s sont plus volontiers couché·e·s sur le dos.

La position retenue par les manifestant·e·s ici photographié·e·s est beaucoup moins confortable (et pour cause!) que la génuflexion, et je ne reprocherai à personne de se dispenser de l’adopter en pleine rue. Elle a cependant l’avantage de représenter sans ambiguïté celle de George Floyd.

“Tant que les vies noires ne comptent pas…”

Gianna Floyd (6 ans) «Mon père a changé le monde».

Manifestant·e·s à Norman (Oklahoma).

Le slogan sur le panneau, portée par une manifestante à la peau blanche, présente l’avantage de dérouler le contenu implicite du slogan «Black Lives Matter» dans son acception universaliste (et l’inconvénient d’être plus long, surtout en français).

Je propose la traduction suivante: «Tant que les vies noires ne comptent pas, on ne peut pas dire que chaque vie compte». Ou plus littéralement: « Toutes les vies ne comptent pas tant que les vies noires ne comptent pas».