Un mystère éclairci…

Pourquoi les dites «forces de l’ordre» n’ont-elles pas fait usage, samedi dernier, du fameux «liquide incapacitant» dont étaient pourvus les véhicules blindés de la gendarmerie?

La réponse est simple, et pour une fois peut-être à l’honneur du président de la République Emmanuel Macron…

N’écoutant que son courage, en effet, tel le général Massu s’infligeant à lui-même des chocs électriques (c’est ce qu’il disait du moins!), ou peut-être simplement sa prudence politique, le président aurait exigé de tester le fameux liquide. Hélas! tombé dedans lorsqu’il était petit, M. Macron n’aurait pu, sans danger pour sa vie, se livrer à l’expérience. Son médecin personnel et son épouse ont su trouver les mots pour l’en dissuader.

Le suspense demeure entier quant à l’usage éventuel du «liquide incapacitant» lors du prochain acte de la mobilisation des «Gilets jaunes». L’exécutif en prendra-t-il la responsabilité alors que l’absence de test est désormais avéré?…

Tandis que Benalla répond de ses privilèges, chiens de garde et gens d’armes du Palais se plaignent amèrement…

Mon Général, Médecin et Cher Camarades,

Vous n’êtes pas sans savoir qu’un rapport du Sénat publié au début du mois de Juillet 2018 dresse un constat déplorable de l’état des forces de sécurité intérieure (police, gendarmerie). Outre nos logements parfois insalubres (nous pensons à la caserne de Babylone), outre le manque de matériels, outre le manque de séance d’instruction, outre le manque de séance de sport, il s’agit surtout d’un manque de repos et de considération pour les hommes et les femmes qui arment la CSHM. Nous sommes tous entrés en Gendarmerie avec un but commun, le sentiment d’appartenir à une Institution, à une grande famille. Le sentiment de faire partie de l’Histoire ! Mais tout cela se trouve anéanti face au quotidien que nous subissons. Oui, nous sommes en train de subir la mission qui nous a été confiée car nous ne sommes plus en mesure de l’assurer dans de bonnes conditions physiques et morales. Avec le rythme soutenu des services, le repos manque et notre hiérarchie fait la sourde oreille face à nos sollicitations.

Nous sommes parfaitement conscients que notre démarche n’est pas conventionnelle. Devoir de réserve et obligation de nous taire nous dira-t-on. Mais nous sommes arrivés à un point de non-retour, à tel point que, même notre concertation n’y peut plus rien à part se tourner vers des organismes supérieurs. Nous espérons grandement que ce triste constat de notre quotidien saura alerter des instances et des officiers plus à même de débloquer une situation qui ne fait qu’empirer et accroître le mal être général. […]

Pour télécharger et lire l’intégralité de cette plainte gendarmesque anonyme, cliquez ici.

“La charge ne supporte pas l’échec”. Philosophie et tagadatactique du gendarme

à la mémoire de Rémi Fraisse

Capture d’écran 2016-05-29 à 17.11.30

Vous êtes curieux/se de savoir en vertu (si j’ose dire !) de quels textes les gendarmes vous cognent dessus dans les manifestations contre la dite « Loi Travail » ? Ce document de formation gendarmesque d’une cinquantaine de pages illustrées — quoique fort laid — est pour vous !

Capture d’écran 2016-05-29 à 16.40.59

Vous y apprendrez que, pour le gendarme occupé à sa mission de « maintien de l’ordre (MO) » et de « rétablissement de l’ordre (RO) » (la nuance est subtile, je vous l’accorde), vous n’êtes pas un « ennemi », mais un « adversaire », ce qui vous rassurera certainement, tant cette virile nuance autorise l’espoir de fraternisations d’après-conflits[1]. Vous y découvrirez la différence entre la « vague de refoulement » et la « vague de ratissage »… Vous saurez reconnaître le peloton « Bravo » selon qu’il est disposé en « quaternaire » ou en « modulaire ». Vous distinguerez au premier coup d’œil le « barrage d’arrêt fixe ferme », le « barrage d’arrêt mobile », le « barrage de canalisation », sans parler du classique « barrage filtrant ». Vous comprendrez enfin — ce retard de connaissance a pu vous causer quelques problèmes ces dernières semaines — pourquoi il arrive que les forces de l’ordre envoient au-dessus de vos têtes une belle fusée rouge (non, ça n’est pas pour faire joli !).

Des schémas, vraiment très moches ! vous aideront néanmoins à faire, en famille, des exercices collectifs et à apprendre à vos enfants à éviter les « tirs cougar [sic] » de grenades lacrymogènes…

Ne me remerciez pas de cette contribution à la paix des foyers et à l’éducation des plus jeunes, c’est vous qui avez payé ce « livret » de vos impôts, et nous n’avons pas fini d’en payer les conséquences.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.55.27

[1] Il est à noter que « la manifestante » n’existe pas : l’adversaire a des couilles, et c’est pour ça qu’il doit être respecté.

TÉLÉCHARGEZ ICI 
LE LIVRET AU FORMAT PDF

Tarnac et « l’affaire Coupat » enseignés aux élèves officiers de la gendarmerie…

Capture d’écran 2016-01-11 à 15.06.28

Étrange document que celui-ci, en forme de fiche pédagogique, concoctée en ce mois de janvier 2016 par une enseignante du Centre de Recherche de l’École des Officiers de la Gendarmerie Nationale (CREOGN), Hélène Cavaillé.

On vérifiera au passage, et avec un certain amusement, la difficulté — également éprouvée par une soi-disant spécialiste — à présenter l’abominable désordre de la législation française dite « antiterroriste » de manière claire et ordonnée. Et on se demandera ce que les futurs officiers gendarmes peuvent bien en retenir…

L’auteure semble jouer un jeu de bonneteau, comme dans le passage qui suit, entre une critique des textes inspirés par l’Union européenne et intégrés dans le droit français, et le refus de les prendre en compte.

 

Ainsi, la question de savoir si la pose de fers à béton sur les caténaires SNCF peut porter atteinte à l’intégrité physique des voyageurs amène un questionnement sur la gravité des atteintes pour qualifier le terrorisme : doit-il y avoir des victimes décédées ou blessées, ou simplement la volonté de causer un grand nombre de victimes indifféremment du résultat suffit-il à la qualification d’acte terroriste ? Ou même, une seule victime, si sa mort est de nature à déstabiliser gravement ou détruire les structures fondamentales de l’État de droit, peut-elle justifier la qualification de terrorisme ? Il n’y a pas eu de victimes dans l’affaire Coupat. Les experts ont d’ailleurs affirmé qu’en aucun cas le procédé utilisé ne pouvait porter atteinte à l’intégrité physique des passagers. Ainsi, l’absence de victime mais la démonstration d’une volonté de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur peut-il permettre la qualification d’acte terroriste ? À quelles conditions ? Se pose la question de savoir, au delà de l’intime conviction des magistrats, ce qui est de nature à prouver objectivement la volonté terroriste.

 

Si l’on s’en tient la lettre et à l’esprit des textes, la question posée de savoir s’il doit « y avoir des victimes, ou au moins une, ou au moins la volonté d’en causer au moins une » est hors de propos. Les textes prennent en compte l’intention d’intimider une population, un gouvernement ou une organisation internationale. Le fait de causer un préjudice physique à des humains n’est pas cité comme condition nécessaire.

Par ailleurs, parler de « prouver objectivement la volonté terroriste » est particulièrement mal venu, puisqu’au contraire la législation française se caractérise, depuis 1986, par l’introduction d’une dimension subjective, explicite et assumée.

L’auteure de la note exprime l’opinion, respectable au demeurant, que les « mode de pensée marginaux » ne « peuvent » ni ne « doivent être associés à du terrorisme ». Sans noter que c’est précisément ce qu’autorisent les textes actuels.

On retiendra, si l’on tient à trouver ici une note d’optimisme bien venue dans la conjoncture présente, l’embarras visible causé dans certains milieux juridiques proche des « forces de l’ordre » par la dite « affaire de Tarnac », surtout revisitée à la lumière d’opérations terroristes de facture et hélas ! d’une efficacité que nous dirons « traditionnelles ».

 

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Téléchargez ici le document intégral au format pdf.

 

 

 

Les gendarmes limousins repèrent la «Mouvance anarcho-autonome» entre les lignes

Un article de Mediapart nous apprend que la Gendarmerie a trouvé le moyen de lier dans une nouvelle trame fictionnelle Tarnac et la fameuse « Mouvance anarcho-autonome », dont j’avais retracé la généalogie sur ce blogue.

Incapables de s’adapter aux nouvelles formes de mobilisation, et même de les concevoir[1], les gens d’armes continuent d’appliquer des schémas militaires et policiers du XVIIIe siècle à des coordinations et des regroupements de circonstance.

C’est ainsi que l’éphémère et ectoplasmique « Assemblée populaire du Plateau de Millevaches », qui avait appelé au « blocage » de gendarmeries et de commissariats pour protester contre l’assassinat de Rémi Fraisse, semble apparaître aux pandores comme une espèce de nouvelle incarnation du « Comité invisible ».

Une nouveauté dans cette énième mouture d’un mauvais scénario, c’est l’apparition d’un deuxième chef d’orchestre clandestin : Serge Quadruppani. On sait (ou l’on apprendra) que je n’ai guère d’estime pour le personnage. Je serais assez tenté d’ironiser ici sur le fait que la gendarmerie confonde l’achat d’une maison de campagne[2] en vue d’une pré-retraite bien gagnée avec la démarche du général rejoignant le quartier général de l’insurrection qui vient.

Je crains que l’on ne puisse pas faire qu’en sourire.

En effet, nous assistons, après le fiasco de l’instruction judiciaire de l’ « Affaire Tarnac » et juste avant le procès qui va la conclure, à une tentative de « regonfler » le mythe de la pseudo-« mouvance anarcho-autonome » par l’adjonction… d’une nouvelle plume.

On vient d’apprendre que le FBI a surveillé Ray Bradbury pendant des décennies, incapable de trouver quoi que ce soit à lui reprocher, et contraint à hasarder une critique idéologico-policière du genre science-fiction…

Voilà qu’après avoir fait du livre L’Insurrection qui vient (dont je viens d’avouer ici-même la paternité) le pivot du dossier Tarnac, les flics ajoutent une nouvelle silhouette de « nègre » à celle de Coupat.

Certes on peut diagnostiquer là une réconfortante marque de confiance dans la puissance de la littérature (et du verbe, puisque ces crétins ont fait des analyses pour attribuer à Quadruppani la lecture du commentaire du film ci-dessous). Cependant, étant donné l’armement (lourd) et les multiples capacités de nuisance de ces services d’État, le fait qu’ils fassent montre d’une aussi abyssale connerie fait froid dans le dos !

Pour ces gens (d’armes), une société est hiérarchisée, un groupe a un chef, un texte a un auteur. Le texte étant le programme du groupe, il n’y a qu’à trouver l’auteur pour décapiter la hiérarchie. CQFD.

Bref, si le contrôle au faciès est plus que jamais d’actualité dans la « prévention anti-terroriste », l’insurrectionnalisme caucasien en général, et corrézien en particulier, sera désormais détecté et pourchassé selon la bibliothèque et la bibliographie des suspects.

On les tient, chef !

Capture d’écran 2014-12-14 à 12.23.24

Extrait de l’article de Mediapart dans lequel est cité le rapport de gendarmerie

À défaut de faits, il faut donc pas mal d’inspiration à la section de recherche de Limoges pour conclure le 18 mai 2015 à une action « d’individus formant la frange radicale de la mouvance anarchiste (…) regroupés autour d’une organisation auto-baptisée “Assemblée Populaire du Plateau de Millevaches” ». Dans ce rapport de synthèse, l’enquêteur voit dans l’Assemblée une « structure clandestine dont la finalité portait sur des opérations de déstabilisation de l’État par des actions violentes ». Et, dans une vision très policière, il la dote de deux théoriciens, Julien Coupat et le romancier Serge Quadruppani.

Voici l’intégralité du passage intitulé « Historique de la mouvance anarchiste du Limousin ».

« Dans les années 90 jusqu’au début des années 2000, des individus affiliés à des mouvements libertaires d’ultra-gauche s’installaient en Haute-Vienne, notamment dans les communes de Nouic, Blond, Cieux et surtout Bussière-Boffy. Ces installations accompagnées d’implantations de yourtes engendraient une profonde discorde avec les élus et la population.

À partir de 2008 et suite à la médiatisation de l’affaire “des inculpés de Tarnac”, de nombreux membres se revendiquant des milieux anarcho-autonomes rejoignaient le “Plateau de Millevaches” situé aux confins des trois départements de la région du Limousin pour se rassembler autour de leur leader charismatique et idéologue, le nommé Julien Coupat (mis en examen et incarcéré dans l’affaire citée supra relative à des actes de terrorisme sur les lignes du TGV français). Ces nouveaux arrivants bénéficiaient alors d’appuis de certains élus locaux et de personnes déjà installées et ralliées à leur cause. Au fil du temps, émergeait alors une structure clandestine dont la finalité portait sur des opérations de déstabilisation de l’État par des actions violentes menées au cours des manifestations d’importance.

Cette communauté anarchiste se regroupait finalement dans un mouvement baptisé “L’assemblée populaire du Plateau de Millevaches”. Son observation permettait de mettre en évidence que celle-ci était régulièrement fréquentée par de nombreux sympathisants belges, suisses, italiens et allemands ainsi que par de jeunes activistes originaires de différentes régions de France. Très méfiants, les membres de cette mouvance adoptaient une attitude de délinquants d’habitude. Au delà de ce mode de vie qui s’apparentait à la théorie prônée par Coupat Julien et Quadruppani Serge (considéré comme l’un des fondateurs), ces individus affichaient une volonté d’agir de manière concertée avec comme seul but de porter atteinte à l’État, à l’autorité de celui-ci et à ses infrastructures. Ils obéissaient ainsi à une doctrine “philosophico-insurrectionnaliste”, tel qu’il était mentionné dans un pamphlet intitulé “L’insurrection qui vient”.

De ce fait, ils s’agrégeaient systématiquement à des mouvements de mécontentement écologistes, altermondialistes, anti-nucléaires, etc., prenant systématiquement pour prétexte certaines initiatives gouvernementales qu’ils baptisaient de “grands projets inutiles et imposés par le gouvernement ou les collectivités territoriales”. La violence à l’égard des forces de l’ordre avec la volonté de porter atteinte à leur intégrité physique apparaissait toujours dans les slogans de ces individus.

La mort de Fraisse Rémi donnait alors une nouvelle tribune à ces activistes et servait d’argument aux fins de mener des actions violentes contre les intérêts de l’État et ses représentants. Ils espéraient ainsi entraîner dans leur sillage les lycéens, écologistes, anticapitalistes, etc., souhaitant défendre cette cause et dénoncer la position du gouvernement. »

Ci-dessous l’«Appel» dans lequel les gendarmes ont voulu entendre la voix de Quadruppani (une chose est certaine, ça n’est pas lui qui parle!) et peut-être lire sa prose.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.55.27

[1] Ce qui pourrait faire seulement rire, si hélas ! la même lamentable incapacité ne les paralysait quand il s’agit de comprendre la galaxie islamiste.

[2] Serge… Pas une yourte, tout de même ?