Te voilà revenu, petit homme ! ~ par Gédicus

Te voilà revenu, petit homme, avec ta camisole psychique, ta haine de la vie, pressé d’imposer au monde ton « ordre » immoral, tes « valeurs » hypocrites.

Aujourd’hui, tu te dis « pro-vie », sinistre menteur, alors que tu recrées les conditions qui vont faire souffrir et mourir des femmes, que déjà tes commandos anti-avortement  frappent et tuent. Ce n’est pas l’amour de la vie qui déclenche ta haine, c’est au contraire le fait que des femmes puissent vivre comme elles l’entendent, disposent librement de leur corps, au lieu de n’être que des pondeuses soumises à toutes les misères et drames qui naissent des grossesses non désirées, des naissances sans amour.

On pourrait se demander de quoi tu te mêles ? Qu’est-ce que ça peut te foutre que des femmes n’aient des enfants que lorsqu’elles le désirent et savent pouvoir prendre amoureusement soin d’eux ? Qu’est-ce que ça peut te foutre, aussi, que des gens s’accouplent autrement que selon tes critères de « famille » ? Que des gens s’aiment et élèvent avec amour des enfants d’autres façons que les tiennes ? Ils ne cherchent pas, eux, à t’imposer leurs choix. Ils ne veulent que pouvoir vivre le leur tranquillement. Pourquoi ne leur fous tu pas la paix ?

C’est que « tu ne supportes aucune manifestation de la vie, aucun mouvement libre et naturel » et que tu veux « faire une vertu de ta laideur et de ton  inaptitude à l’amour ».*  C’est que, coincé par ta constipation psychique, malade de ta peste émotionnelle, tu es mort de trouille à l’idée que l’aptitude des autres au plaisir ne vienne fissurer ta carapace, que tu as peur de la force d’attraction  de la vie. Alors pour conjurer ta trouille tu veux contraindre tout le monde à être aussi coincé que toi. Ça rend bien service aux fascismes en tous genres qui savent, aujourd’hui comme hier, se servir de tes pulsions puantes pour faire de toi un troupier de leurs croisades débiles. Tu es le client parfait pour tous les baratins dogmatiques et le petit soldat idéal de tous les fanatismes. Et tu fais, à l’occasion, un parfait tortionnaire. Surtout si l’excuse de n’être qu’un bon fonctionnaire appliquant la loi te permet de jouir d’être un salaud sans avoir à craindre d’en être puni.

Wilhelm Reich l’avait bien vu à l’époque où ça venait de se vérifier affreusement.** Et il ne serait pas surpris de ta réapparition lui qui avait su prédire que « pendant les trois, cinq ou dix siècles à venir, tu continueras à défendre la peste émotionnelle, la calomnie, l’intrigue, l’inquisition ».

Il faut dire que le capitalisme a bien renforcé la machinerie qui produit les abrutis comme toi en raffinant ses méthodes de déshumanisation pour se garantir la docilité de ses serfs. Des malades de la « civilisation » dans ton genre, le système qui développe intensivement une technocratie de la contrainte en fabrique à la pelle. Ces foldingues prédateurs sont les rejetons de ce décervelage, les produits des « bavures » de la machine à formater. D’autant que celle-ci a pris un rythme forcené avec la mise de la planète en état de siège au nom de la lutte contre la pandémie du virus connard. Ce putsch sous prétexte sanitaire, infligeant encore plus de contraintes et d’interdits aux habitants impuissants du ghetto mondial, leur a pourri encore plus la vie par des obligations aussi aberrantes que dictatoriales, l’important pour leurs concepteurs étant qu’elles fassent bien sentir à leurs victimes à quel point ils doivent se soumettre à leurs décisions, combien ils sont totalement dépendants d’eux et du carrousel nuisible qu’ils servent.

C’est pourquoi ceux qui croient pouvoir faire barrage à ton envahissante connerie, petit homme, en soutenant le « droit » et les institutions prétendument démocratiques, se foutent profondément le bug dans le logiciel. On ne peut pas sortir de la merde en comptant sur l’appareillage qui nous y a mis et s’emploie à nous y enfoncer toujours plus. Cette peste que tu répands, petit homme, ne peut être combattue efficacement qu’en s’en prenant au fumier dont elle se nourrit, à la machinerie qui la fabrique. Sortir de ce carcan mortifère qui empêche l’humain de vivre et plus encore de s’épanouir, qui l’étrangle comme un genou de soudard sur un cou prisonnier, devient une nécessité vitale.

Cette révolution nécessaire, de plus en plus de déserteurs de la galère marchande ont envie de la faire et commencent à s’en occuper très concrètement. Tu n’as pas fini de rager, petit homme. Malgré tes envahissants efforts de « reconquête » ton rêve carcéral ne séduit que les couillons comme toi et, même si vous verminez bien en ce moment, vous n’êtes qu’un ramassis de minables.

Le goût de la vie ne sera pas si facile à étouffer. Tes « valeurs » moyenâgeuses n’ont pas fini de prendre des claques, petit homme. Il n’est pas un endroit du monde où la révolte n’explose pas. Les rétifs dansent dans tes Panthéons, baisent dans tes Versailles et, surtout, recommencent à prendre leurs affaires en main en laissant tomber la démocrature. Fuyant les caméras et les écrans, les drones et les puces, ils bâtissent leurs Fraternités du Libre esprit, Leurs Conjurations des égaux, Leurs Icaries, Leurs Cités du soleil, Leurs New Harmony, Leurs Libertalias, Leurs Communes, Leurs Makhnovtchinas, Leurs Cronstadts, Leurs Catalognes libertaires, Leurs Caracoles, Leurs Zads.

Et te préparent des Ronceveaux, des Valmy, des Little Big Horn, Des Isandhlwana, Des Oaxaca.

Pétain coup, petit homme. T’es tout pâle.

Gédicus

14 juillet 2022

*Wilhelm Reich, Écoute, petit homme ! 1945.

**Wilhelm Reich, La psychologie de masse du fascisme, 1933.

À lire sur le site de Gédicus.

La guerre est la poursuite de l’économie par des moyens plus rudes ~ par Gédicus

La hausse des prix partout et les gesticulations pour rassurer les populations sur leur «pouvoir d’achat» le confirment: La guerre est une affaire de gros sous.

Les marchands de beurre et de canons ont un peu changé de look mais leur comportement est le même : pour conquérir des «marchés», piller des gisements de matières premières, s’assurer la maitrise du commerce, écraser la concurrence, les courtiers étatiques jouent les gros bras et confirment le diagnostic déjà ancien de Simone Weil: «Dès lors que la lutte pour la puissance s’opère par la conquête et la destruction, autrement dit par une guerre économique diffuse, il n’est pas étonnant que la guerre proprement dite vienne au premier plan».*

Et, comme d’habitude, ce sont Oleg et Valentyna qui payent. Et aussi Vladimir, l’embrigadé dans la boucherie du Tsar, et Larissa, la manifestante pacifiste. Une fois de plus la saloperie guerrière tue, torture, détruit, répand la douleur, le deuil, les ruines, et des blessures qui vont longtemps suppurer et empoisonner les peuples.

Pour le «citoyen» européen, aussi impuissant qu’indigné, après avoir donné son obole humanitaire et afin de pouvoir retourner tondre sa pelouse et regarder Roland Garros en toute  bonne conscience, il sera sans doute tentant de se dire qu’il en est malheureusement ainsi depuis la nuit des temps, que la guerre c’est «gross malheur», engrenage assassin contre lequel on ne peut rien.

Pourtant, il pourrait aussi se dire que, depuis la nuit des temps, des gens s’opposent à cette mécanique infâme, et qu’il ne serait peut être pas mauvais de les rejoindre avant que les missiles ne ravagent la pelouse.

Se dire que, peut être, il serait bon d’essayer de contribuer à guérir le monde de la domination des marchands de beurre et de canons.

Gédicus

6 juin 2022

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*Simone Weil, Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale. 1934. Editions Libertalia, 2022.

“Les vampires” ~ par Gédicus

Il y a 47 ans, le 25 avril, au Portugal, une chanson de José Afonso, Grandola vila morena, donnait le signal du soulèvement qui allait mettre fin à 48 ans de dictature et ouvrir la porte à une des révolutions les plus fortes du XXe siècle.

Pour saluer cet anniversaire, voici la traduction d’une autre chanson de Zé Afonso, plus ancienne, mais qui n’a rien perdu de son actualité, au Portugal et ailleurs.

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Dans le ciel gris, sous l’astre muet

Battant des ailes dans la nuit bâillonnée

Ils  viennent en bande à pas de velours

Pour sucer le sang frais du troupeau

 

Si l’on est trompé par leur air sérieux

Et qu’on ouvre la porte à leur venue

Ils mangent tout, ils mangent tout

Ils mangent tout et ne laissent rien

 

De toutes parts surgissent les vampires

Ils se posent sur les toits, se posent sur le pavé

Le ventre plein de vieilles dépouilles

Sans aucun souci de ces vies détruites

 

Ils sont les gérants de tout l’univers

Seigneurs par force, maîtres sans loi

Se goinfrant, buvant du vin nouveau

Dansant la ronde dans les forêts du roi

 

Ils mangent tout, ils mangent tout

Ils mangent tout et ne laissent rien

 

Au champ de peur tombent les vaincus

Leurs cris s’entendent dans la nuit étranglée

Gisant dans les fosses, victimes de leur foi

Et le sang du troupeau ne tarit pas

 

Si l’on est trompé par leur air sérieux

Et qu’on ouvre la porte à leur venue

Ils mangent tout, ils mangent tout

Ils mangent tout et ne laissent rien

 

No céu cinzento, sob o astro mudo
Batendo as asas pela noite calada
Vêm em bandos com pés de veludo
Chupar o sangue fresco da manada

Se alguém se engana com seu ar sisudo
E lhes franqueia as portas à chegada
Eles comem tudo, eles comem tudo

Eles comem tudo e não deixam nada

A toda a parte chegam os vampiros
Poisam nos prédios, poisam nas calçadas
Trazem no ventre despojos antigos
Mas nada os prende às vidas acabadas

São os mordomos do universo todo
Senhores à força, mandadores sem lei
Enchem as tulhas, bebem vinho novo
Dançam a ronda no pinhal do rei

Eles comem tudo, eles comem tudo
Eles comem tudo e não deixam nada

No chão do medo tombam os vencidos
Ouvem-se os gritos na noite abafada

Jazem nos fossos, vítimas dum credo
E não se esgota o sangue da manada

Se alguém se engana com seu ar sisudo
E lhes franqueia as portas à chegada
Eles comem tudo, eles comem tudo

Eles comem tudo e não deixam nada

Sur la révolution portugaise on peut lire Phil Mailer, Portugal 1974-1975, révolution manquée ? (Les nuits rouges), et sur Grandola et José Afonso, Jean Lemaître & Mercedes Guerreiro, Grandola vila morena (Otium).

Anne Vanderlove nous a quitté·e·s – comme l’on dit – le 30 juin dernier

L’ami Gédicus, qui m’apprend cette triste nouvelle que j’ignorais joins à son message les paroles d’une belle chanson, Dites-moi, dont je n’ai pas trouvé d’enregistrement correct.

Salut à Anne Vanderlove (11 décembre 1943 – 30 juin 2019) 

 Dites-moi, vous l’aviez pourtant le cœur à rire
Dites-moi, vous l’aviez pourtant le cœur aux dents
Et puis du cœur aux yeux, tant de choses à dire
Quand vous aviez couleurs du Grand Meaulnes et du vent
Mais de sables en dunes, et d’automnes en pluies
Grand Meaulnes s’est enfui
Et votre adolescence frêle l’a suivi

Dites-moi, vous l’aviez pourtant le cœur à vivre
Dites-moi, vous l’aviez pourtant le cœur aux dents
Quand on vous a montré les grands mots dans les livres
Qui renversent les murs, vieillissent les enfants
Mais les enfants sont morts et les fusils rouillés,
Les chemins délaissés
Et déjà sur la pierre
L’herbe s’est fermée

Dites-moi, vous l’aviez pourtant le cœur à rire
Dites-moi, vous l’aviez pourtant le cœur aux dents
Et puis du cœur aux yeux, tant de choses à dire
Que vous auriez bien pu faire un peu mieux vraiment,
Dites-moi, qu’avez-vous fait de tant de saisons ?
Vos jardins, sans façon
Vous déchirent le cœur
A grands coups de chardon.

Salut Jimmy! ~ par Gédicus

Jimmy Gladiator, mon pote anar surréaliste qui professait «Ni dieu, ni maître, sauf maître Kanter» a cessé de se faire mousser. J’en pleure dans ma Guiness. Depuis quelques années déjà il n’était plus qu’une ombre mais, des ombres comme ça, on aimerait en voir plus au tableau de cette société. Ennemi de tous les sales cons, à commencer par les « rampouilles », Jimmy a réjoui pendant des décennies de ses Camouflages, Crécelle Noire, Melog  et autres Lettres versatiles notre petit milieu de réfractaires à «l’ordre» mercantile et spectaculairement mortifère. Nous nous sommes régalés de ses calembours bons, de ses jeux de mots pas laids, et de son art de faire piétiner par des éléphants poétiques la patrie si peu éthique. Généreux aubergiste de l’Hôtel Ouistiti, il a su faire rocker La bonne descente et disperser à l’avance ses ossements De paille et d’or dans les bibliothèques les plus clandestines de la planète.

J’espère tout de même qu’avant de partir il aura trouvé une réponse à sa question théorique essentielle : « Est-ce que les phoques comprennent le morse ? »

Gédicus

13 avril 2019

“Zadisfaction ?” par Gédicus

L’arrêt définitif du projet d’aéroport de Notre Dame des Landes est une victoire. C’est évident. Et la déconfiture rageuse des divers clans de bétonneurs est un régal pour tous ceux qui ont combattu ce projet toxique, cet « éléphant blanc » pour safaris ravageurs.

C’est la menace d’actes de résistance de milliers de personnes dans toute la France et le risque de « déstabilisation » que ça lui faisait courir qui a contraint le gouvernement à ainsi lâcher du lest, et non la « sage » considération expertisée d’un projet « obsolète ». Ce gouvernement n’est pas moins que ses prédécesseurs souteneur de « grands projets inutiles » ou plutôt utiles seulement à quelques saigneurs de l’humanité et de la planète. Il est plus prudent, voilà tout.

Mais c’est une victoire qui vise à préparer une défaite.

Depuis des années, le véritable affrontement entre l’état, ses gérants, la grande majorité des politicards, les barons du business, et les Zadistes et leurs soutiens, n’est pas seulement l’affrontement pour ou contre un débile projet d’aéroport mais aussi et surtout pour ou contre certains choix de société. C’est d’ailleurs ce qu’ont déclaré souvent les plus forcenés partisans du projet : pour eux, le plus important était, et reste de détruire la Zad. En effet, cette zone contre laquelle ils ne cessent de vitupérer à coups de mensonges grossiers la déguisant en repaire de casseurs et terroristes ; cette zone qu’ils dénoncent comme « Zone de non droit » est une zone ou le « droit » d’asservir et d’exploiter a largement pris fin. C’est un exemple concret que l’on peut vivre autrement que broyés par une « économie » cannibale, asservis à des patrons et des actionnaires toujours plus voraces, truandés par des financiers rapaces, menotté par des « lois » carcérales, matraqué ou flingué par des « autorités » mafieuses. C’est la preuve que des humains peuvent avoir d’autres relations que la guerre de tous contre tous. La preuve que des citoyens peuvent s’auto-organiser au moyen d’une véritable démocratie directe au lieu d’abdiquer leur pouvoir aux mains de démagogues véreux. C’est évidemment une menace pour toutes les oligarchies régnantes. C’est cela qu’ils veulent anéantir.

En habiles politicards, Macron et sa clique s’affairent donc à ôter son prétexte à la résistance. La sauvegarde des intérêts des vampires de l’humanité vaut bien le sacrifice d’un aéroport ! Si ce projet d’aéroport est abandonné, la Zad n’a plus de raison d’exister, argumentent-ils. Ils visent ainsi à faire éclater ce qui a fait la force du mouvement de résistance : sa capacité à concilier diverses opinions et stratégies en un front uni. Ils espèrent que certains vont se contenter de l’abandon du projet d’aéroport et lâcher les Zadistes, égoïstement, sans considération pour le fait que « sans eux, l’aéroport serait déjà fait », comme le constate lucidement un opposant « historique ».

Ils se préparent ainsi à mettre fin à ce qui reste un territoire libéré de leur domination ; à une expérience de changement social dont ils redoutent qu’elle fasse tache d’huile ; à cette « commune » exemplaire.

Pour ceux qui estiment que celle-ci est à défendre, il est donc prématuré d’applaudir trop fort cette « victoire ». Il faut, au contraire, se préparer à de nouvelles attaques, qu’elles soient lancées par la force ou, plus subtilement, au moyen d’échafaudages diplomatiques plus ou moins « verts ». Le collectif des diverses composantes du mouvement en est conscient, en écrivant dans son communiqué du 17 janvier : Dans le futur, ce territoire doit pouvoir rester un espace d’expérimentation sociale, environnementale et agricole.                                                                                 

Plus que jamais, la Zad reste une zone à défendre.

Gédicus

18 janvier 2018.

Le site de Gédicus.

Ce texte peut être librement reproduit à condition de n’être absolument pas modifié ; que la référence à son origine soit clairement indiquée et que ce ne soit pas dans un but commercial.

 

 

Une lecture : Jean-Marie Apostolides “Debord, le naufrageur”, par Gédicus

On lira ci-dessous le début de la chronique consacrée par l’ami Gédicus au dernier en date des livres consacrés à Guy Debord. Capture d’écran 2016-02-05 à 23.39.35

Guère passionné par les «Debordiana», j’ai lu avec intérêt le texte de Gédicus. Il semble que la mode lancée par le déplorable et non-regretté Michel Onfray, je veux dire la pseudo iconoclastie low cost, s’étende en son absence (provisoire, je le crains).

On consultera avec profit l’intégralité du texte de Gédicus sur son blogue.

Debord Séparation B

Scène d’un film de Debord sous-titré en anglais.

Ben, dis donc. L’était pas joli, joli le grand théoricien ! Mégalomane, égoïste, capricieux, mesquin, macho, méchant, violeur, etc. Un affreux Jojo. Et toi tu t’intéresses aux théories de ce mec là ? T’es pas bégueule ! Moi, un mec comme ça, je ne vais pas lire ses livres ! Et je me méfierai de tout ce qui y fait référence !

Si le livre d’Apostolides a une fonction, quelle que soit son ambition proclamée, c’est évidemment celle-ci. Après ces formes d’assassinats de Debord qu’ont été son éloge spectaculaire et sa muséification, vient cette autre attaque : la « découverte » de cheveux, et même de perruques pouilleuses, dans la soupe concoctée par Debord et les situationnistes.

Il y a quelques années, de sévères historiens ont voulu nous dissuader de l’envie de lire Karl Marx en nous révélant qu’il « sautait sa bonne » (sans imaginer, bien sûr, que ce cliché profondément bourgeois puisse être la caricature d’une relation peut être plus amoureuse). D’autres ont voulu provoquer le refus de lire Rimbaud parce que, sur la fin de sa vie, il avait été (mauvais) trafiquant d’armes. Certains ont trouvé que les écrits de Bakounine ne méritaient aucun intérêt parce que c’était un pique-assiette. Etc.

Aujourd’hui Apostolides s’emploie tapageusement à déboulonner la statue de Debord que celui-ci a consacré sa vie à sculpter et édifier.  On pourrait y voir une saine entreprise de démystification. D’autant plus qu’elle prétend appliquer à Debord les critères qu’il avait énoncés réclamant une cohérence entre les idées et les comportements.  Mais l’évident  parti pris de départ de ce travail : prouver à quel point l’adoré des pro-situs était peu digne de respect, invite à regarder ce livre avec beaucoup plus de circonspection. Car tout dans cette prétendue biographie démontre qu’Apostolides n’a qu’un but : le dénigrement systématique.

Loin de vouloir sereinement examiner l’objet de son « étude », dont il fait en réalité une cible, Apostolides part d’un a priori : Debord voulait être un chef absolu et c’est ce qui expliquerait tous ses comportements et ce qu’Apostolides analyse comme sa profonde roublardise. Tout le livre ne vise qu’à cela. Apostolides traque littéralement tout ce qui pourrait confirmer sa thèse.  Certes, celle-ci est fortement étayée de nombreuses anecdotes, bien que certaines ne se fondent que sur des suppositions,  mais ses conclusions étaient écrites dès le départ et orientent tout le propos. Tous les documents choisis ne le sont que pour être des preuves à charge.

Selon Apostolides, les engagements de Debord ne s’expliqueraient que par des calculs pour soutenir son goût du pouvoir et tous ceux qui ont été ses alliés, à commencer par les situationnistes, n’auraient été que gogos manipulés dans ce but. Ainsi, toute l’histoire d’un mouvement avec ses engagements, ses audaces, son talent, tout autant que ses débats, ses hésitations, ses faiblesses, se trouve occultée pour servir le mauvais roman d’Apostolides. […]

Tomber la chemise ? par l’ami Gédicus

Quelques préposés au lynchage légal des travailleurs d’Air France ont été un peu malmenés par ceux qu’ils avaient pour tâche de beaucoup maltraiter. Cela suffit pour que l’oligarchie toute entière crie au scandale : Si on ne peut plus tailler en pièces la viande à profits sans qu’elle se rebiffe, le métier d’exploiteur va devenir moins facile. Vite, il faut restaurer le « dialogue social » où les patrons dictent haut et fort leurs conditions à des prolos bâillonnés par les gros bras de la « maitrise ».

Cette actualité m’a donné envie de ressortir du placard le petit texte suivant, écrit il y a quelques années déjà dans des circonstances à peu près similaires.

Gédicus

Le 6 octobre 2015

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Une nouvelle tendance du «Nu manifeste»?

Lettre ouverte à un cadre de Peugeot

« Un autre cadre a réussi à franchir le barrage, à pied : Moi, pas idiot, j’ai contourné par un talus (…) J’ai été obligé de relever mon pantalon et mouiller mes chaussures dans l’herbe. Ces mecs là ne respectent rien. »
(Article sur une grève chez Peugeot dans Libération, 21 septembre 1989).

Monsieur,

Je voudrais vous faire part de ma sympathie dans l’épreuve que vous traversez et de mon entière réprobation des exactions dont vous avez été victime.

Il n’y a pas de mots assez forts pour qualifier la barbarie de ces grévistes qui, ne respectant rien comme vous l’avez si bien jugé, vous ont contraint, de par leur simple présence devant les portes de votre usine, à mouiller le bas de votre pantalon en enjambant un talus pour y entrer malgré leur blocus. Un tel irrespect des individus désireux de jouir pleinement de leur droit au travail en dit long sur l’arbitraire que pratique cette canaille, qui ose se prétendre à la merci d’un patron.

Cette violence exercée à votre encontre relègue au rang d’inoffensives amusettes les méthodes utilisées autrefois -et il n’y a encore pas si longtemps- par la plupart des grévistes : Blocage complet des usines, expulsions ou séquestrations des patrons et des cadres, résistance aux tentatives de « maîtrise » par les préposés à la chose, prise en otage des stocks et vente de ceux-ci au profit des grévistes, et même parfois remise en marche de l’usine sans les patrons et « l’encadrement ».

Plus encore, combien semble timorée et bénigne, en comparaison avec cette violence actuelle, l’époque déjà ancienne où les travailleurs parlaient d’abolir le salariat, d’exproprier les expropriateurs, se préoccupaient de grève insurrectionnelle, prenaient les usines, géraient collectivement la production, cessaient toute production néfaste à leurs intérêts, tentaient d’abolir l’argent, et défendaient tout cela, armes à la main, jusqu’à la mort.

De telles préoccupations et méthodes sont dérisoires au regard de celles du jour et l’on voit bien que les ouvriers, fermement encadrés par leurs syndicats, sont passés à un stade supérieur de l’offensive. Aujourd’hui, ils ne rêvent plus que leur vie puisse jamais être autre chose que cet asservissement au chagrin. Ils n’imaginent plus pouvoir se passer de patrons, de cadres, de contremaîtres, de vigiles. Ils ne souhaitent pas la fin des chaînes mais, bien pire, une augmentation (dont le montant fait légitimement hurler car il est bien normal que Yannick Calvet soit payé 35 fois plus que ceux qui triment pour son racket). Ils se laissent suivre et espionner sans réagir, se laissent insulter et tourner en ridicule par les médias et autres « experts », se laissent agresser dans le seul atelier qu’ils occupent sans contre-attaquer pour ne pas « provoquer » et surtout, crime suprême, ils exigent… des négociations !

Il faut donc leur faire sentir durement qu’on ne peut pas, sans risque, se livrer à de tels méfaits. Il faut le leur faire sentir par tous les moyens et vous -cadres- en avez déjà mis en œuvre quelques uns d’assez sympathiques quoiqu’insuffisants.

En ces temps où, comme le remarque justement Guy Debord : « La servitude veut désormais être aimée véritablement pour elle même, et non plus parce qu’elle apporterait quelque avantage extrinsèque. » (Panégyrique), et où des hordes de petits hommes, cadres en tête, se bousculent pour lui donner satisfaction, il ferait beau voir que des ouvriers puissent encore s’imaginer avoir une dignité à préserver !

Nous ne sommes plus au XIXe siècle, que diable ! Depuis cette détestable époque de révolutions -heureusement vaincues- nos propagandistes ont réussi à faire considérer l’idée d’abolition du salariat comme une risible aberration (Sauf à quelques illuminés pour lesquels sont ouverts nos asiles et nos prisons). Pourquoi donc des salariés, ralliés à cet état de chose, s’imagineraient-ils alors pouvoir encore négocier le prix de leur esclavage ? Il n’y a aucune raison pour qu’ils n’acceptent pas que les patrons décident de leur sort en tout, et pour qu’ils pensent pouvoir encore négocier des parcelles de leur existence.

Il faut donc que ceux-là soient rudement punis de leur outrecuidance. Comme le disait si bien un de vos alliés : « La grève doit laisser le souvenir de quelque chose où les gens ont perdu » afin qu’ils tremblent à l’idée même de recommencer.

Ne retenez pas votre légitime colère. Faites payer cher à ces Sans Culottes le fait de vous avoir contraint à mouiller votre pantalon, afin qu’ils ne vous le fassent jamais mouiller d’une toute autre manière.

Gédicus
7 octobre 1989

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Consulter le blogue de Gédicus.

Après Bruxelles, c’est pas la frite ? par Gédicus (2013)

Les opposants au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, qui s’étaient rendus à Bruxelles dans l’espoir d’être entendus et compris par les instances de ce « parlement » européen, en reviennent déçus. Bruxelles a botté en touche dans une magnifique langue de bois poli, ayant l’air de ménager la chèvre et le loup pour laisser à ce dernier la possibilité de mordre comme il veut.

Aussitôt, les propagandistes défendant ce projet pharaonique ne s’y trompent pas et crient victoire : « Bruxelles valide le projet » titre le journal Ouest-France, appuyant sans hésiter les déclarations des barons du béton.

Ceux qui avaient eu la naïveté de croire que les politicards de Bruxelles, ardents croisés du capitalisme et défenseurs de tous ses projets prédateurs, allaient tirer contre leur camp, font grise mine. Ils ne devraient pourtant pas être surpris. Depuis le début de cette lutte tous les recours administratifs se sont conclus au détriment des opposants. Les loups et les hyènes ne se tirent dans les pattes que lorsqu’ils sont en concurrence mafieuse. Mais contre leurs ennemis communs, ils font cause commune. C’est ainsi que la « démocratie » des oligarques européens (Celle qui fait refaire les référendums qui ne lui plaisent pas) désole régulièrement ceux qui sont assez niais pour attendre encore d’elle une quelconque « justice ». Dire qu’elle les désole n’est même qu’un doux euphémisme : Elle leur pisse dessus copieusement mais avec tout le savoir faire du faux-cul qui fait semblant de viser l’urinoir. Il faut avoir beaucoup de foi en la diplomatie pour supporter ça.

Certes, toutes ces objections légales ont servi, en partie, à faire traîner la mise en œuvre des travaux et leurs saccages irréversibles. Elles ne sont donc pas totalement inutiles. Quand on combat un projet il faut savoir faire feu de tout bois. Mais ceux qui ne comptaient que sur ces recours pour arrêter le projet doivent bien se rendre compte aujourd’hui (Espérons-le) de leurs limites.

A l’automne dernier, s’il n’y avait pas eu, lorsque les bulldozers sont arrivés, de forte résistance sur le terrain (dans une magnifique union de paysans et zadistes, d’ « autochtones » et d’ « anarcho-autonomes ») ce terrain serait déjà conquis par les Vincicateurs. Et si cette résistance n’avait pas trouvé d’écho dans toute la France, L’Europe, le monde, elle aurait été écrasée.

Ce qui fera enterrer définitivement le projet d’aéroport, ce ne sont pas les doléances des gentils opposants, c’est encore et toujours, la lutte sans illusions.

Il est temps de reprendre les bottes, les pioches, les pelles et autres instruments. L’automne s’annonce chaud.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 Gédicus (18 septembre 2013)

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Montage réalisé par l’ami Éric, dont on repère la signature sur le siège de gauche.