Salut Jimmy! ~ par Gédicus

Jimmy Gladiator, mon pote anar surréaliste qui professait «Ni dieu, ni maître, sauf maître Kanter» a cessé de se faire mousser. J’en pleure dans ma Guiness. Depuis quelques années déjà il n’était plus qu’une ombre mais, des ombres comme ça, on aimerait en voir plus au tableau de cette société. Ennemi de tous les sales cons, à commencer par les « rampouilles », Jimmy a réjoui pendant des décennies de ses Camouflages, Crécelle Noire, Melog  et autres Lettres versatiles notre petit milieu de réfractaires à «l’ordre» mercantile et spectaculairement mortifère. Nous nous sommes régalés de ses calembours bons, de ses jeux de mots pas laids, et de son art de faire piétiner par des éléphants poétiques la patrie si peu éthique. Généreux aubergiste de l’Hôtel Ouistiti, il a su faire rocker La bonne descente et disperser à l’avance ses ossements De paille et d’or dans les bibliothèques les plus clandestines de la planète.

J’espère tout de même qu’avant de partir il aura trouvé une réponse à sa question théorique essentielle : « Est-ce que les phoques comprennent le morse ? »

Gédicus

13 avril 2019

“Zadisfaction ?” par Gédicus

L’arrêt définitif du projet d’aéroport de Notre Dame des Landes est une victoire. C’est évident. Et la déconfiture rageuse des divers clans de bétonneurs est un régal pour tous ceux qui ont combattu ce projet toxique, cet « éléphant blanc » pour safaris ravageurs.

C’est la menace d’actes de résistance de milliers de personnes dans toute la France et le risque de « déstabilisation » que ça lui faisait courir qui a contraint le gouvernement à ainsi lâcher du lest, et non la « sage » considération expertisée d’un projet « obsolète ». Ce gouvernement n’est pas moins que ses prédécesseurs souteneur de « grands projets inutiles » ou plutôt utiles seulement à quelques saigneurs de l’humanité et de la planète. Il est plus prudent, voilà tout.

Mais c’est une victoire qui vise à préparer une défaite.

Depuis des années, le véritable affrontement entre l’état, ses gérants, la grande majorité des politicards, les barons du business, et les Zadistes et leurs soutiens, n’est pas seulement l’affrontement pour ou contre un débile projet d’aéroport mais aussi et surtout pour ou contre certains choix de société. C’est d’ailleurs ce qu’ont déclaré souvent les plus forcenés partisans du projet : pour eux, le plus important était, et reste de détruire la Zad. En effet, cette zone contre laquelle ils ne cessent de vitupérer à coups de mensonges grossiers la déguisant en repaire de casseurs et terroristes ; cette zone qu’ils dénoncent comme « Zone de non droit » est une zone ou le « droit » d’asservir et d’exploiter a largement pris fin. C’est un exemple concret que l’on peut vivre autrement que broyés par une « économie » cannibale, asservis à des patrons et des actionnaires toujours plus voraces, truandés par des financiers rapaces, menotté par des « lois » carcérales, matraqué ou flingué par des « autorités » mafieuses. C’est la preuve que des humains peuvent avoir d’autres relations que la guerre de tous contre tous. La preuve que des citoyens peuvent s’auto-organiser au moyen d’une véritable démocratie directe au lieu d’abdiquer leur pouvoir aux mains de démagogues véreux. C’est évidemment une menace pour toutes les oligarchies régnantes. C’est cela qu’ils veulent anéantir.

En habiles politicards, Macron et sa clique s’affairent donc à ôter son prétexte à la résistance. La sauvegarde des intérêts des vampires de l’humanité vaut bien le sacrifice d’un aéroport ! Si ce projet d’aéroport est abandonné, la Zad n’a plus de raison d’exister, argumentent-ils. Ils visent ainsi à faire éclater ce qui a fait la force du mouvement de résistance : sa capacité à concilier diverses opinions et stratégies en un front uni. Ils espèrent que certains vont se contenter de l’abandon du projet d’aéroport et lâcher les Zadistes, égoïstement, sans considération pour le fait que « sans eux, l’aéroport serait déjà fait », comme le constate lucidement un opposant « historique ».

Ils se préparent ainsi à mettre fin à ce qui reste un territoire libéré de leur domination ; à une expérience de changement social dont ils redoutent qu’elle fasse tache d’huile ; à cette « commune » exemplaire.

Pour ceux qui estiment que celle-ci est à défendre, il est donc prématuré d’applaudir trop fort cette « victoire ». Il faut, au contraire, se préparer à de nouvelles attaques, qu’elles soient lancées par la force ou, plus subtilement, au moyen d’échafaudages diplomatiques plus ou moins « verts ». Le collectif des diverses composantes du mouvement en est conscient, en écrivant dans son communiqué du 17 janvier : Dans le futur, ce territoire doit pouvoir rester un espace d’expérimentation sociale, environnementale et agricole.                                                                                 

Plus que jamais, la Zad reste une zone à défendre.

Gédicus

18 janvier 2018.

Le site de Gédicus.

Ce texte peut être librement reproduit à condition de n’être absolument pas modifié ; que la référence à son origine soit clairement indiquée et que ce ne soit pas dans un but commercial.

 

 

Une lecture : Jean-Marie Apostolides “Debord, le naufrageur”, par Gédicus

On lira ci-dessous le début de la chronique consacrée par l’ami Gédicus au dernier en date des livres consacrés à Guy Debord. Capture d’écran 2016-02-05 à 23.39.35

Guère passionné par les «Debordiana», j’ai lu avec intérêt le texte de Gédicus. Il semble que la mode lancée par le déplorable et non-regretté Michel Onfray, je veux dire la pseudo iconoclastie low cost, s’étende en son absence (provisoire, je le crains).

On consultera avec profit l’intégralité du texte de Gédicus sur son blogue.

Debord Séparation B

Scène d’un film de Debord sous-titré en anglais.

Ben, dis donc. L’était pas joli, joli le grand théoricien ! Mégalomane, égoïste, capricieux, mesquin, macho, méchant, violeur, etc. Un affreux Jojo. Et toi tu t’intéresses aux théories de ce mec là ? T’es pas bégueule ! Moi, un mec comme ça, je ne vais pas lire ses livres ! Et je me méfierai de tout ce qui y fait référence !

Si le livre d’Apostolides a une fonction, quelle que soit son ambition proclamée, c’est évidemment celle-ci. Après ces formes d’assassinats de Debord qu’ont été son éloge spectaculaire et sa muséification, vient cette autre attaque : la « découverte » de cheveux, et même de perruques pouilleuses, dans la soupe concoctée par Debord et les situationnistes.

Il y a quelques années, de sévères historiens ont voulu nous dissuader de l’envie de lire Karl Marx en nous révélant qu’il « sautait sa bonne » (sans imaginer, bien sûr, que ce cliché profondément bourgeois puisse être la caricature d’une relation peut être plus amoureuse). D’autres ont voulu provoquer le refus de lire Rimbaud parce que, sur la fin de sa vie, il avait été (mauvais) trafiquant d’armes. Certains ont trouvé que les écrits de Bakounine ne méritaient aucun intérêt parce que c’était un pique-assiette. Etc.

Aujourd’hui Apostolides s’emploie tapageusement à déboulonner la statue de Debord que celui-ci a consacré sa vie à sculpter et édifier.  On pourrait y voir une saine entreprise de démystification. D’autant plus qu’elle prétend appliquer à Debord les critères qu’il avait énoncés réclamant une cohérence entre les idées et les comportements.  Mais l’évident  parti pris de départ de ce travail : prouver à quel point l’adoré des pro-situs était peu digne de respect, invite à regarder ce livre avec beaucoup plus de circonspection. Car tout dans cette prétendue biographie démontre qu’Apostolides n’a qu’un but : le dénigrement systématique.

Loin de vouloir sereinement examiner l’objet de son « étude », dont il fait en réalité une cible, Apostolides part d’un a priori : Debord voulait être un chef absolu et c’est ce qui expliquerait tous ses comportements et ce qu’Apostolides analyse comme sa profonde roublardise. Tout le livre ne vise qu’à cela. Apostolides traque littéralement tout ce qui pourrait confirmer sa thèse.  Certes, celle-ci est fortement étayée de nombreuses anecdotes, bien que certaines ne se fondent que sur des suppositions,  mais ses conclusions étaient écrites dès le départ et orientent tout le propos. Tous les documents choisis ne le sont que pour être des preuves à charge.

Selon Apostolides, les engagements de Debord ne s’expliqueraient que par des calculs pour soutenir son goût du pouvoir et tous ceux qui ont été ses alliés, à commencer par les situationnistes, n’auraient été que gogos manipulés dans ce but. Ainsi, toute l’histoire d’un mouvement avec ses engagements, ses audaces, son talent, tout autant que ses débats, ses hésitations, ses faiblesses, se trouve occultée pour servir le mauvais roman d’Apostolides. […]

Tomber la chemise ? par l’ami Gédicus

Quelques préposés au lynchage légal des travailleurs d’Air France ont été un peu malmenés par ceux qu’ils avaient pour tâche de beaucoup maltraiter. Cela suffit pour que l’oligarchie toute entière crie au scandale : Si on ne peut plus tailler en pièces la viande à profits sans qu’elle se rebiffe, le métier d’exploiteur va devenir moins facile. Vite, il faut restaurer le « dialogue social » où les patrons dictent haut et fort leurs conditions à des prolos bâillonnés par les gros bras de la « maitrise ».

Cette actualité m’a donné envie de ressortir du placard le petit texte suivant, écrit il y a quelques années déjà dans des circonstances à peu près similaires.

Gédicus

Le 6 octobre 2015

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Une nouvelle tendance du «Nu manifeste»?

Lettre ouverte à un cadre de Peugeot

« Un autre cadre a réussi à franchir le barrage, à pied : Moi, pas idiot, j’ai contourné par un talus (…) J’ai été obligé de relever mon pantalon et mouiller mes chaussures dans l’herbe. Ces mecs là ne respectent rien. »
(Article sur une grève chez Peugeot dans Libération, 21 septembre 1989).

Monsieur,

Je voudrais vous faire part de ma sympathie dans l’épreuve que vous traversez et de mon entière réprobation des exactions dont vous avez été victime.

Il n’y a pas de mots assez forts pour qualifier la barbarie de ces grévistes qui, ne respectant rien comme vous l’avez si bien jugé, vous ont contraint, de par leur simple présence devant les portes de votre usine, à mouiller le bas de votre pantalon en enjambant un talus pour y entrer malgré leur blocus. Un tel irrespect des individus désireux de jouir pleinement de leur droit au travail en dit long sur l’arbitraire que pratique cette canaille, qui ose se prétendre à la merci d’un patron.

Cette violence exercée à votre encontre relègue au rang d’inoffensives amusettes les méthodes utilisées autrefois -et il n’y a encore pas si longtemps- par la plupart des grévistes : Blocage complet des usines, expulsions ou séquestrations des patrons et des cadres, résistance aux tentatives de « maîtrise » par les préposés à la chose, prise en otage des stocks et vente de ceux-ci au profit des grévistes, et même parfois remise en marche de l’usine sans les patrons et « l’encadrement ».

Plus encore, combien semble timorée et bénigne, en comparaison avec cette violence actuelle, l’époque déjà ancienne où les travailleurs parlaient d’abolir le salariat, d’exproprier les expropriateurs, se préoccupaient de grève insurrectionnelle, prenaient les usines, géraient collectivement la production, cessaient toute production néfaste à leurs intérêts, tentaient d’abolir l’argent, et défendaient tout cela, armes à la main, jusqu’à la mort.

De telles préoccupations et méthodes sont dérisoires au regard de celles du jour et l’on voit bien que les ouvriers, fermement encadrés par leurs syndicats, sont passés à un stade supérieur de l’offensive. Aujourd’hui, ils ne rêvent plus que leur vie puisse jamais être autre chose que cet asservissement au chagrin. Ils n’imaginent plus pouvoir se passer de patrons, de cadres, de contremaîtres, de vigiles. Ils ne souhaitent pas la fin des chaînes mais, bien pire, une augmentation (dont le montant fait légitimement hurler car il est bien normal que Yannick Calvet soit payé 35 fois plus que ceux qui triment pour son racket). Ils se laissent suivre et espionner sans réagir, se laissent insulter et tourner en ridicule par les médias et autres « experts », se laissent agresser dans le seul atelier qu’ils occupent sans contre-attaquer pour ne pas « provoquer » et surtout, crime suprême, ils exigent… des négociations !

Il faut donc leur faire sentir durement qu’on ne peut pas, sans risque, se livrer à de tels méfaits. Il faut le leur faire sentir par tous les moyens et vous -cadres- en avez déjà mis en œuvre quelques uns d’assez sympathiques quoiqu’insuffisants.

En ces temps où, comme le remarque justement Guy Debord : « La servitude veut désormais être aimée véritablement pour elle même, et non plus parce qu’elle apporterait quelque avantage extrinsèque. » (Panégyrique), et où des hordes de petits hommes, cadres en tête, se bousculent pour lui donner satisfaction, il ferait beau voir que des ouvriers puissent encore s’imaginer avoir une dignité à préserver !

Nous ne sommes plus au XIXe siècle, que diable ! Depuis cette détestable époque de révolutions -heureusement vaincues- nos propagandistes ont réussi à faire considérer l’idée d’abolition du salariat comme une risible aberration (Sauf à quelques illuminés pour lesquels sont ouverts nos asiles et nos prisons). Pourquoi donc des salariés, ralliés à cet état de chose, s’imagineraient-ils alors pouvoir encore négocier le prix de leur esclavage ? Il n’y a aucune raison pour qu’ils n’acceptent pas que les patrons décident de leur sort en tout, et pour qu’ils pensent pouvoir encore négocier des parcelles de leur existence.

Il faut donc que ceux-là soient rudement punis de leur outrecuidance. Comme le disait si bien un de vos alliés : « La grève doit laisser le souvenir de quelque chose où les gens ont perdu » afin qu’ils tremblent à l’idée même de recommencer.

Ne retenez pas votre légitime colère. Faites payer cher à ces Sans Culottes le fait de vous avoir contraint à mouiller votre pantalon, afin qu’ils ne vous le fassent jamais mouiller d’une toute autre manière.

Gédicus
7 octobre 1989

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Consulter le blogue de Gédicus.

Après Bruxelles, c’est pas la frite ? par Gédicus (2013)

Les opposants au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, qui s’étaient rendus à Bruxelles dans l’espoir d’être entendus et compris par les instances de ce « parlement » européen, en reviennent déçus. Bruxelles a botté en touche dans une magnifique langue de bois poli, ayant l’air de ménager la chèvre et le loup pour laisser à ce dernier la possibilité de mordre comme il veut.

Aussitôt, les propagandistes défendant ce projet pharaonique ne s’y trompent pas et crient victoire : « Bruxelles valide le projet » titre le journal Ouest-France, appuyant sans hésiter les déclarations des barons du béton.

Ceux qui avaient eu la naïveté de croire que les politicards de Bruxelles, ardents croisés du capitalisme et défenseurs de tous ses projets prédateurs, allaient tirer contre leur camp, font grise mine. Ils ne devraient pourtant pas être surpris. Depuis le début de cette lutte tous les recours administratifs se sont conclus au détriment des opposants. Les loups et les hyènes ne se tirent dans les pattes que lorsqu’ils sont en concurrence mafieuse. Mais contre leurs ennemis communs, ils font cause commune. C’est ainsi que la « démocratie » des oligarques européens (Celle qui fait refaire les référendums qui ne lui plaisent pas) désole régulièrement ceux qui sont assez niais pour attendre encore d’elle une quelconque « justice ». Dire qu’elle les désole n’est même qu’un doux euphémisme : Elle leur pisse dessus copieusement mais avec tout le savoir faire du faux-cul qui fait semblant de viser l’urinoir. Il faut avoir beaucoup de foi en la diplomatie pour supporter ça.

Certes, toutes ces objections légales ont servi, en partie, à faire traîner la mise en œuvre des travaux et leurs saccages irréversibles. Elles ne sont donc pas totalement inutiles. Quand on combat un projet il faut savoir faire feu de tout bois. Mais ceux qui ne comptaient que sur ces recours pour arrêter le projet doivent bien se rendre compte aujourd’hui (Espérons-le) de leurs limites.

A l’automne dernier, s’il n’y avait pas eu, lorsque les bulldozers sont arrivés, de forte résistance sur le terrain (dans une magnifique union de paysans et zadistes, d’ « autochtones » et d’ « anarcho-autonomes ») ce terrain serait déjà conquis par les Vincicateurs. Et si cette résistance n’avait pas trouvé d’écho dans toute la France, L’Europe, le monde, elle aurait été écrasée.

Ce qui fera enterrer définitivement le projet d’aéroport, ce ne sont pas les doléances des gentils opposants, c’est encore et toujours, la lutte sans illusions.

Il est temps de reprendre les bottes, les pioches, les pelles et autres instruments. L’automne s’annonce chaud.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 Gédicus (18 septembre 2013)

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Montage réalisé par l’ami Éric, dont on repère la signature sur le siège de gauche.

NI FOI NI LOI ! par Gédicus (2004-2010)

Confronté à l’affligeant « débat » sur l’interdiction ou non de la beurkaaa, il me semble que ce texte, écrit lors d’un autre affligeant débat (sur le « voile islamique ») n’a malheureusement rien perdu de son actualité. Je le remets donc en circulation.

Gédicus

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Il faut que l’idée de liberté ait perdu bien de sa force pour être menacée par un bout de tissu ; et il faut qu’elle soit bien pervertie pour qu’un emblème de la soumission devienne un étendard de révolte.

Quand la « liberté » de se soumettre s’affronte à la « liberté » d’interdire, la liberté de n’être l’esclave de personne a du souci à se faire. Dans le choc des intégrismes, laïcards contre bigots, la lucidité est fort malmenée, et la possibilité de ne pas choisir son camp entre deux conneries rivales a du mal à se frayer un chemin. C’est le rêve de ceux qui, des deux côtés, orchestrent cet affrontement spectaculaire : qu’il n’y ait de choix possible qu’entre deux obscurantismes comme il n’y aurait, politiquement, qu’à choisir entre le règne de truands de droâte ou celui de mafias de gôche.

Ainsi les humiliés et maltraités d’une « république » où certains sont plus égaux que d’autres, courtisés avec habileté par les roublards faux-frères musulmans, croient-ils trouver une identité qui leur a été déniée et la communauté dont ils rêvent dans l’obédience à la bigoterie islamique et le dégradant servage des femmes. Et les laïcs, que cette malsaine croisade inquiète à juste titre, s’imaginent pouvoir combattre la cabale des dévots grâce à une camisole fabriquée par des inquisiteurs hypocrites.

Mais comment pourrait-il être garant d’une liberté cet État qui s’applique à les réprimer toutes et ne protège que la « liberté » des truands de haut vol de piller à leur gré ? Quand l’hypocrisie fait la morale, ce n’est pas la morale qui progresse, c’est l’hypocrisie. En appeler aux pourris pour défendre la justice ne fera jamais avancer que les mensonges et les haines. En applaudissant un projet de loi censée réprimer le péril fanatique, c’est l’État flashballs et pitbulls qu’on soutient ; l’État copain et valet des négriers ; l’État qui pique aux pauvres pour donner aux riches et cogne sur ceux qui protestent ; l’État qui bannit et expulse ; l’État qui, sous prétexte de lutte contre l’insécurité et le terrorisme, ne cesse de donner aux saigneurs de ce monde toujours plus de moyens de protéger leurs donjons ; l’État dont les petits califes ne cessent d’attiser les peurs afin de pouvoir surfer sur la vague des inquiétudes et se faire élire « protecteurs » (autrefois les serfs se réfugiaient au château du tyranneau local quand les barbares attaquaient. Cette protection se payait en corvées. Rien n’a changé).

Ainsi, les agressions réciproques se soutiennent-elles dans une spirale du délire qui creuse les haïssables frontières « communautaires » et ethniques où tous les despotes rêvent d’enfermer les prétendus « citoyens », dans la division qui leur permet de mieux régner. Ainsi, la connerie fanatique progresse partout et fait le lit de tous ceux qui misent sur l’obscurcissement des esprits pour instaurer leur royaume, sur la terre plus qu’au ciel.

À ce « débat » truqué, il faut prendre la liberté de s’opposer si l’on souhaite que les cris les plus forts en faveur de la liberté ne soient pas poussés que par des fabricants de servitude.

Ce n’est évidemment pas l’interdiction faite à des connes bigotes d’afficher les signes manifestes de leur connerie qui les rendra plus intelligentes. Les interdictions ont toujours été les meilleures pourvoyeuses de martyrs au service de toutes les croisades. Et les ayatollahs de banlieue se frottent les mains en voyant que l’on va, en bannissant des mômes de lieux publics où elles pourraient être confrontées à des arguments et situations pouvant les inciter à réfléchir, les jeter tout droit dans leurs serres vouées à en faire d’abruties carpettes sur lesquelles les mâles dominants pourront se vautrer et faire leurs besoins au nom de dieu. Tout ce qui permettra à ces mystificateurs de crier à l’inquisition sera pain béni pour eux, en leur assurant des recrues « choisissant » une foi aveugle pour résister à une loi répressive. Il faut être un curé « laïc » pour refuser de le voir. Pour écraser l’infâme, la méthode Jacobine ne marchera pas plus aujourd’hui qu’hier car « Personne n’aime les missionnaires armés » (Robespierre), et on ne libère personne par la contrainte.

Il est donc hors de question de marcher dans la roublarde combine des pères fouettards de la chambre des députés, allumant et tisonnant le feu pour être plébiscités comme pompiers. Mais, pas plus, de tomber dans le piège qui, au nom de la tolérance, facilite le travail à ceux qui ne l’invoquent que pour parvenir à la supprimer à leur avantage ; à ceux qui ne rêvent que de « liberté » d’imposer des cultes et d’interdire de vivre et penser dignement.

Il faut donc, encore et toujours, défendre la liberté de ne pas « croire » ; de n’avoir ni foi ni dogmes ; de se moquer des dieux et des êtres suprêmes ; de s’habiller et se dénuder comme on veut ; de fréquenter qui l’on veut comme on veut ; de refuser les uniformes et les drapeaux, les sabres et les goupillons ; de ne pas baisser les yeux ; de n’avoir pas peur. Pour défendre cette liberté, il n’est d’autre moyen que de la pratiquer partout et tous les jours, y compris, s’il le faut, en la pratiquant agressivement contre ceux qui l’agressent. Agissons, non en supplétifs des soudards de la « république » négrière, mais en frères et sœurs du libre esprit, en hommes et femmes librement associés et décidant de leurs actes en totale égalité et liberté. Combattons les mensonges et l’hypocrisie ; défonçons les portes des ghettos ; empêchons les exploiteurs de nuire, les truands de trafiquer, les démagogues de baratiner, les tyrans en tous genres de cogner ; fabriquons un monde plus vivable pour tous, et la bigoterie reculera. Et les voiles ne causeront plus de vapeurs.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38  Gédicus (Janvier 2004 – janvier 2010)

Les éditions du Bras d’Honneur.