« PÉDOPHILIE » : DAMNED ! ME VOILÀ (une fois de plus) DÉCOUVERT !

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es gens ne peuvent pas tout lire de vous, c’est bien naturel.

Ils lisent un texte, qu’éventuellement ils apprécient, puis en découvrent un autre qui les choquent. C’est inévitable.

Me voilà « découvert » et « dénoncé », une fois de plus[1] comme « apologiste de la pédophilie ». La « pédophilie » n’étant pas définie dans le Code pénal (une traduction littérale serait « amour des enfants, mais on comprend bien qu’il ne s’agit pas de cela), l’acception commune est « abus sexuels », ou plus simplement « viols ».

J’aurais donc fait l’apologie du viol. Et du viol des enfants (tant qu’à faire, hein !).

La dernière dénonciatrice/révélatrice en date publie sur son blogue un texte où elle prétend mettre en lumière mes criminelles intentions.

Je reproduis un passage de son texte :

Il est intéressant de constater que dans son texte, Claude Guillon fait abstraction des mécanismes de pouvoir à l’œuvre entre adultes et enfants, et des rapports de domination, d’autorité, de contrainte morale qui viennent invalider le prétendu « consentement » de l’enfant à des actes sexuels avec une adulte.

Il est également intéressant de questionner les éléments de langage visant à faire oublier de quoi on parle, de quels gestes précis, de quels actes : peu d’adultes ont en effet réellement envie de visualiser ou même de concevoir une représentation mentale claire de ce qu’est un acte pédophile, de ce qu’il implique matériellement : les chairs meurtries, écartées, blessées, les diverses pénétrations, la violence morale, la contrainte et la menace, la persuasion, le discours qui convaincra l’enfant de céder lorsque l’agression se veut « sans violence », les doigts, la bouche, le sexe en action…

Je reproduis maintenant un passage de celui de mes textes auquel elle fait référence :

Difficile d’imaginer dans le discours dénonciateur de la « pédophilie », et le plus souvent (?) chez le « pédophile » lui-même, un rapport érotique autre que copié sur le modèle machiste-reproducteur : la pénétration (vaginale ou anale). Autrement dit, difficile d’imaginer un érotisme adapté au partenaire (en l’espèce, par hypothèse, un enfant impubère), quel que soit son âge, ses goûts, son histoire et son développement sexuel. Pourquoi un[e] amant[e] capable de tendresse et d’attention envers un[e] partenaire de trente ans, ne saurait-il/elle pas en faire montre avec un[e] partenaire de dix ans ?

Il n’est pas étonnant qu’en matière de « comportements sexuels », le pire soit réservé aux enfants, puisque l’ensemble des agissements adultes leur assigne le dernier rang dans la hiérarchie sociale, du point de vue du droit à la dignité, et le premier quant à la production de honte. Les parents ont honte de leurs enfants.

La violence, la contrainte, le viol, ne semblent pas considérés seulement, et normalement oserais-je dire, comme des caricatures de la « sexualité » (on ne dit pas « érotisme », qui suppose, culture hédoniste, jeu, etc.), mais comme une représentation fidèle de celle-ci, révélée trop tôt (?) aux enfants.

Je peux comprendre que ce texte puisse choquer. Il n’est pas fait pour ça, mais si c’est une conséquence annexe, je ne m’en soucie guère (quoi faire ?). J’estime, peut-être à tort hélas !, que pour un lecteur ou une lectrice honnête, parler de modèle « machiste-reproducteur » n’est pas « faire abstraction des rapports de pouvoir entre adultes et enfants ». Et pas non plus entre hommes et femmes d’ailleurs…

Je ne comprends pas, en revanche, comment on peut parler d’une agression qui se voudrait « sans violence » quand on vient d’évoquer « les chairs meurtries, écartées, blessées, les diverses pénétrations ». Soit précisément ce que visait mon texte.

Il est dommage, tant qu’à rédiger mon «dossier», que ma dénonciatrice n’ait pas fait l’effort de chercher sur ce même blogue le texte intitulé « Les petits maîtres à baiser », dans lequel je critique, sévèrement je pense, M. Gabriel Matzneff.

Matzneff auquel elle m’amalgame néanmoins, de manière fort malhonnête, pour faire bon poids…

Je renvoie également, toujours sur ce blogue, au texte qui clôturait Pièces à conviction (2001) : « L’histoire, le sexe et la révolution » (voir les notes à la page concernée), dont voici un extrait pour les paresseux et paresseuses.

La « pédophilie » est une notion d’autant plus efficace qu’elle n’est jamais définie ; on y associe pêle-mêle histoires d’amour, meurtres crapuleux, réseaux de prostitution, détournements de mineur(e)s et sévices sexuels sur de jeunes enfants. Le mensonge ridicule selon lequel « cela » serait né de Mai [1968] vise à contrecarrer dans le public le fâcheux effet des révélations, toujours plus nombreuses, sur le silence complice d’institutions chargées de la socialisation des enfants (l’Éducation nationale et l’Église) sur les violences sexuelles pratiquées sous leur couvert.

Le principal lieu institutionnel de socialisation demeure évidemment la famille. Ce sont les parents, biologiques ou non, qui transmettent spontanément les valeurs sociales dominantes, constitutives dudit « lien social » dans un système capitaliste patriarcal : honte de soi, dévalorisation des filles, soumission. Un certain nombre de parents utilisent pour mener à bien cette tâche des méthodes illicites, voire criminelles, au gré de leur pathologie caractérielle et de leurs intérêts pulsionnels : inceste, viol, mauvais traitements physiques et psychiques. Certains ne font que reproduire avec les enfants dont ils ont la charge l’« initiation » subie dans leur propre enfance, qu’ils ont intégrée comme norme sociale.

Les statistiques qui établissent le caractère essentiellement domestique des violences — sexuelles ou non — infligées aux enfants sont bien connues. Elles ont précisément commencé de l’être au milieu des années 70. Ça n’est donc pas (ou plus) la réalité de la violence familiale ordinaire qui est niée, c’est son utilité, la part invisible de la socialisation.

À rebours des niaiseries inventoriales, il apparaît que ce sont les mouvements militants en faveur des droits des enfants, et les luttes de groupe de mineurs eux-mêmes, très vivaces jusqu’à la fin des années 70, qui ont brisé le silence sur le quotidien de l’institution familiale, et permis que deviennent audibles les plaintes des enfants, ou plus souvent des anciens enfants martyrs (on parle ici des survivants). On peut parier que ce « progrès » sera compensé par une nouvelle mode psychiatrique attribuant à des « abus sexuels » toutes les souffrances psychiques et tous les troubles de la jouissance érotique. Éclairés par des experts autoproclamés, les magistrats reconnaîtront à toute personne se proclamant telle le statut de victime, entraînant mécaniquement la condamnation des mis en cause ; certains d’entre eux seront coupables, d’autres innocents.

Il est bien possible qu’ayant (enfin) lu tout cela, ma dénonciatrice demeure en désaccord avec moi ou me considère comme un sale type.

Je m’en tamponne le coquillard.

Deux remarques de détails pour terminer :

  1. Quand je parle de répliquer à un propos diffamatoire, je ne fais pas nécessairement allusion à une plainte en justice. Pourquoi les gens qui me détestent ont-ils reçu une meilleure éducation que moi ?
  1. Inutile de se la jouer complotiste : je ne suis ni n’ai jamais été soutenu par aucun « média » ni « jury littéraire ». En revanche, j’ai au moins un titre à parler des droits des enfants: j’ai publié un livre les revendiquant et les recensant, intitulé Ni Vieux ni maîtres (1979). Navré! il est épuisé. Il faudra, pour l’intégrer au dossier d’instruction, aller en bibliothèque ou l’acheter d’occasion.

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[1] Mais les dénonciateurs d’aujourd’hui ignorent ou feignent d’ignorer celles et ceux d’hier, pour donner plus de lustre et de valeur à leur propre démarche.

Les petits maîtres à baiser (1980)

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.22Publié dans Possible (septembre-octobre 1980).

Cette revue de contre-information sur l’enfance est issue de l’association « Des enfants et des hommes », crée en 1972 (le numéro 1 est daté de janvier 1976 ; le n° 11 de juin 1979 constitue le premier numéro de la nouvelle série). J’en assumerai, en 1982, la direction de publication. L’article ci-dessous est représentatif de la ligne étroite que nous sommes quelques-uns à suivre : combattre également les tenants de l’ordre moral, les réformateurs d’apparence, comme aussi les « chasseurs de mômes » qui s’accomodent du système de domination sur l’enfance, en endossant pour la montre des oripeaux subversifs.

Ils prolifèrent dans la presse, respectueuse ou genre Libé, profitant de ce que le snobisme y tient lieu d’esprit critique. Ce sont des mecs, ils parlent aux mecs, des petits garçons de préférence.

Figure la plus marquante du mouvement, M. Gabriel Matzneff, ci-devant chroniqueur au Monde, y illustre quasi quotidiennement la difficulté de nourrir d’idées bourgeoises un style précieux d’aristocrate. Impressionnant les conservateurs par son attachement à l’Église orthodoxe et l’abondance des citations latines et grecques qu’il leur inflige, aguichant les refoulés de gauche par son goût proclamé pour les moins de 16 ans, M. Matzneff réalise le rêve des gauchistes qu’il méprise : être un marginal installé. Il réussit à passer pour un contestataire redoutable, ennemi de la famille et des bonnes mœurs. Certains le craignent, d’autres l’admirent. C’est donc que personne ne l’a lu. Il l’avoue pourtant ingénument, c’est dans les recoins d’ombre de la morale dominante qu’il s’épanouit.

Confortant les plus grosses plaisanteries freudiennes, Matzneff chante l’interdit et vante la prohibition : « Seule la transgression m’exalte ». Vulgairement, Gabriel a besoin de ça pour bander. « Un des charmes de l’amour des moins de 16 ans c’est qu’il se cache […]. Que la chasse aux gosses demeure un sport périlleux et défendu ! Moins il y aura de vilains messieurs qui séduiront les petites filles et les petits garçons, mieux ça vaudra. Le véritable amant comme le véritable collectionneur, est le contraire d’un prosélyte » (in Les Moins de 16 ans, Julliard [1974], p. 84-85). Non seulement le code pénal est un excitant mais il préserve heureusement de la concurrence ! Donc la police veille et c’est tant mieux, mais les parents concourent aussi au bonheur raffiné du « collectionneur » : « Tes mensonges à tes parents ont pour moi le charme de nos plus savoureuses étreintes » (« Lycée Montaigne », in Recherches, n° 37, avril 1979). Et l’école donc ! Imagine-t-on le martyre d’un « pédophile » obligé de se dépêtrer de gosses sans horaires, sans contraintes, libres ? Libres, on en frémit ! Accepteraient-ils encore les baises de 5 à 7 sans le cours de math ou le repas de famille qui les justifiaient ? Décidément non, Matzneff et ses pareils n’ont aucun intérêt à la libération des enfants qu’ils disent aimer.

Le bougre s’en inquiète d’ailleurs et prêche maintenant le silence et la dissimulation. Rejetant dégoûté la mode « pédophile » qu’il a lui-même lancée, l’archimandrite [titre d’un roman de Matzneff] de nos jardins publics feint de déplorer un retour à l’ordre moral qu’il annonce. « L’avenir est à la clandestinité » paraît-il. Un mot d’ordre qui fera bien rire les mineur(e)s dont elle est le lot quotidien, et les amants d’enfants qui croupissent en taule, ayant manqué probablement des moyens dont dispose Matzneff pour protéger la sienne [sa tranquillité].

Qui a peur de qui ?

Le numéro d’avril 1979 de Recherches sous-titré « Qui a peur des pédophiles ? » recèle un joyau de la littérature « pédophilique » actuelle sous la forme d’un carnet de voyage à Manille (Philippines). L’auteur, anonyme du XXe siècle, explorateur passionné de l’entrejambe, s’extasie sur les petits miracles de la vie locale : « La prostitution de l’enfant est ici aussi naturelle que celle de la femme, elle est un élément essentiel et constitutif de la vie quotidienne ». Ce genre d’ordure déposée avec grâce au hasard d’une telle revue, montre assez quelle confusion répugnante prospère dans les discours pseudo-libérateurs. On conviendra volontiers que les hétéro-conjugaux sont mal placés pour s’indigner des cadeaux que les amoureux d’enfants font à leurs partenaires, eux qui « soutiennent » leurs épouses, leurs maîtresses et leurs putes. Mais la prostitution existe, engraisse les maquereaux et soutient l’ordre. Le tiers-monde existe aussi et déborde des cartes postales. L’obscène satisfaction du colonialiste blanc, dédouané — croit-il — par son appartenance à une minorité, qui se paie un môme avec la bénédiction du père ou du patron ; cette satisfaction-là appelle le crachat. Nulle raison vraiment d’avoir peur de ces « pédophiles », mais de bonnes raisons de les abattre.

Dernière nausée avant l’autoroute

Dans le numéro du 9 janvier [1980] de Libération, journal officiel de la confusion, Alain Pacadis[1] fantasme (?) le récit du viol d’un adolescent par deux hommes. Ce faisant, il sacrifie à un genre littéraire dont le spécialiste actuel est Jean-Luc Hennig. Textes dont rien ne permet de déterminer s’il s’agit d’interviews, de fictions ou de reportages. Quelle peut être la fonction d’un tel flou méthodologique sinon d’échapper à la critique ? (Cf. par ex. « Le poisson bleu ou l’attrape-môme », in Autrement, n° 22, novembre 1979). Or donc, Pacadis décrit un viol duquel je tairai les détails. Reportez-vous à votre sex-shop habituelle ou à Libération. Voilà la « morale » : « J’étais fasciné par la beauté gonflé du périnée et par le contour lisse et éclaté de l’anus, légèrement gras, glycériné, lèvres minces retroussées sur le sexe du vieux qui limait de biais à petits coups réguliers, haletant ».

Voilà le dénouement : « […] Le cri du gosse fou de la présence inhabituelle du pénis tout puissant dans son rectum. J’aurais voulu que cela dure toujours. »

Pacadis, trop lâche, ne fait dans le viol qu’avec un alibi politique. Aussi introduit-il son œuvre par la forte pensée que voici : « Il est quelquefois bon d’étaler au grand jour ses perversions, c’est une façon de se libérer soi-même et d’approfondir certaines facettes du discours que la morale occulte. »

Seulement voilà, triste queue, le viol n’est pas une perversion, ça t’arrangerait trop, toi et tes pareils. Le viol, c’est de la propriété. Pas une once de snobisme ou de préciosité là-dedans. Pas une perversion, une domination. Je sais, ta réponse est toute prête : t’es un grand provocateur, tu donnes à penser. Qui s’indigne tombe dans le panneau. Seulement voilà, triste queue, le texte que tu nous infliges n’a rien de provocateur. Il n’y a pas un mot, une virgule, qui marque la distance, la caricature, l’esprit. C’est une apologie, un point c’est tout. Tes intentions, tes effets littéraires, on s’en brosse. Ton discours n’est pas de ceux « que la morale occulte », rêve pas ! Il est de ceux que la morale produit et qui la soutiennent.

À défaut de principes, il reste à Libération quelques tabous. Pacadis n’aurait pas osé proposer un texte similaire décrivant le viol d’une fille. Les clavistes, même endormies, l’auraient écharpé, même par réflexe[2]. Mais le viol d’un mec, qui pourrait s’en offusquer. On préfère à Libération censurer les annonces amoureuses qui s’adressent à des mineurs.

Un code pénal, un peu de porno, esprit Libé

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[1] Sorte de chroniqueur « destroy-branché », décédé depuis.

[2] Les clavistes de Libération, des femmes en majorité, sont célèbres à cette époque pour les notes sauvages qu’elles insèrent volontiers dans les articles pour en relever les traits machistes. La « note de la claviste », ndlc en abrégé, devient un genre journalistique.