Quartier populaire Quartier sans frontières ~ Manif Porte de la Chapelle samedi 10 juin

18h30 – départ de la Porte de la Chapelle pour manifester dans les quartiers Évangile – Marx Dormoy – La Chapelle – Pajol

Ces dernières semaines on a assisté à une offensive raciste et sécuritaire sur le quartier la Chapelle (18e) largement relayée par les médias. Orchestrée par des associations de quartier comme SOS La Chapelle, et leurs alliés politiques de gauche comme de droite, l’objectif de ce genre de campagne à quelques jours d’une élection est toujours le même : nous faire croire que le problème c’est la sécurité. Depuis le quartier est encore plus que d’habitude occupé par les flics.

Pour nous le problème c’est la guerre aux pauvres

Politiciens et investisseurs veulent faire de nos quartiers, de Barbès à La Chapelle, des quartiers branchés capables d’attirer une nouvelle population plus riche et des touristes prêts à consommer. C’est dans cette optique que la Halle Pajol a été rénovée il y a quelques années, avec son auberge de jeunesse, ses boutiques et terrasses branchées hors de prix.

Pour que les nouveaux venus se sentent en « sécurité », « il faut virer tous les indésirables qui squattent les trottoirs, vendent des trucs à la sauvette, font du bruit, et salissent les rues », disent ensemble mairie, préfecture et aménageurs. Un des prochains grands chantiers est d’ailleurs l’aménagement d’une « promenade urbaine végétale » sous les rails de la ligne 2 du métro.

Joli projet ! Mais ne nous y trompons pas, quand il est écrit dans la plaquette de présentation « développer des axes civilisés », c’est bien de faire la guerre aux pauvres dont il s’agit. Occuper l’espace vide pour empêcher que d’autres puissent s’y installer (il en va de même pour les gros containers posés par la mairie).

Pour nous le problème c’est la chasse aux migrant-es

Cela fait des années que le quartier de la Chapelle est un refuge pour les migrant-es, car l’entraide et la solidarité y sont fortes.

Depuis l’été 2015, les opérations de police se sont multipliées : rafles, expulsions de campements sous couvert d’opération « humanitaire »… Et ce malgré la forte solidarité concrète d’habitant-e-s, de militant-e-s du quartier.

La mairie et les businessman de l’humanitaire (type Emmaüs) ont voulu faire croire avec l’ouverture du centre « Hidalgo » à la porte de la Chapelle que des meilleurs conditions d’accueil seraient offertes aux migrant-e-s.

En réalité, dans ce camp éloigné de la vue de tous, les migrant-e-s sont trié-e-s entre ceux, peu nombreux, qui ont la chance d’accéder à l’asile et le plus grand nombre contraint à vivre à la rue, dans l’illégalité et/ou la crainte de l’expulsion.

Dans le même temps, les foyers de travailleurs immigrés sont attaqués, du foyer de la rue Marc Séguin à celui de la rue Riquet.

L’occupation policière du quartier n’est pas une solution

Ce qui nous paraît insupportable, ce n’est donc pas la présence des vendeurs-euses à la sauvette et des migrant-e-s mais bien celle des flics et le harcèlement qu’ils font subir aux pauvres. C’est que l’État et les promoteurs immobiliers veulent faire des rues de nos quartiers où les rencontres ne sont plus possibles, à moins de consommer dans un restaurant ou un café hors de prix. La police est là pour protéger les riches.

Pour nous la solution c’est la solidarité !

Ici tout le monde se connaît. Contre la guerre aux pauvres, contre la chasse aux migrant-e-s, contre l’occupation policière, des gens ont toujours agi dans le quartier, en organisant des manifestations, en distribuant de la nourriture ou des vêtements, en prévenant des contrôles de police, en s’entraidant face aux galères.

Face à la montée des idées réactionnaires ne nous laissons pas faire : amplifions et propageons cette solidarité.

Manifestons dans le quartier samedi 10 juin 2017 :
18h30 départ Porte de la Chapelle (métro 12)
20h musique et prises de parole : halle Pajol
22h repas solidaire et projections : halle Pajol

La rue est à toutes et tous !

Quand Femen s’inspire de torchons racistes

Lisez cet appel de Femen France: les deuxième et troisième paragraphe sont recopiés dans Le Parisien libéré, journal de gauche et féministe bien connu! Le «sentiment d’insécurité» qui suit appartient au vocabulaire des journalistes, des marchands de peur et des politicards.

Oh! certes, Femen France se défend – sincèrement je n’en doute pas – de tout racisme. Seulement à force de pratiquer le militantisme politique comme on mène des campagnes publicitaires, en sautant sur toutes les occasions de rameuter les photographes, on finit par tomber dans les pièges médiatiques les plus grossiers.

Au passage, je ne vois pas la différence entre les fabricants de lingerie et Femen (les unes ont d’ailleurs posé pour les autres): il s’agit toujours de mettre de la femme dénudée à la une pour vendre son produit. Faire seins nus (comme on dit sur les plages) ne peut éternellement tenir lieu d’analyse des rapports de genre.

Une remarque pour finir: les personnes qui écrivent, à propos de n’importe quelle question sociale «La réponse à cette situation ne peut-être exclusivement policière» sont des ordures ou des crétins, supplétives toutes trouvées de la flicaille et des gens de plume chargés de les justifier.

Ces dégueulasseries une fois pointées, redisons que oui! le monde sexiste est hostile aux femmes, y compris aux simples passantes, et que cela doit être combattu. Les féministes, qui organisent par exemple des manifestations de nuit pour se réapproprier la ville, n’ont pas attendu les Femen pour s’en préoccuper.

JE NE DISPARAITRAI PAS !

Dans le quartier #LaChapelle, dans le XVIII° arrondissement au Nord Est de #Paris, le harcèlement de rue contre les femmes tourne à la mesure ségrégationniste.

Parce qu’elles sont femmes et uniquement pour ça, elles ne sont plus les bienvenues dans leur propre quartier.

Certaines modifient leurs trajets, d’autres ne ressortent plus une fois rentrées, d’autres encore s’interdisent de ressortir tard.

Quelle est la cause de ce sentiment d’insécurité ?

Des hommes, encore des hommes, toujours des hommes seraient-on tenté de dire si cette situation n’exigeait pas une analyse plus affinée.

Quelque soit la taille des territoires concernés, il n’est acceptable nulle part que les #femmes puissent être exclues (ou doivent s’exclure par mesure de sécurité) de l’espace public.

Si cette assertion fait semble-t-il consensus au sein du débat national, il n’est pas non plus tolérable qu’une partie de la « gauche » fasse preuve de cécité, de déni et même de mauvaise foi, quand les hommes visés sont issus de population d’origine étrangère (ou même simplement étrangers).

Il est contre productif de brader les droits des femmes sous le faux prétexte de combattre le #racisme et l’extrême droite.

Chez #FEMEN nous pensons que ce genre de politique au rabais n’a qu’une ambition clientéliste et qu’elles sont inopérantes pour faire reculer ces fléaux.

Ce n’est pas le caractère national des individus qui est mis en cause, mais bel et bien leur comportement à l’égard des femmes.

La réponse à cette situation ne peut-être exclusivement policière, et sacrifier les droits des femmes par peur de « stigmatiser » un certain type de population revient à dire que ces hommes sont génétiquement incapables de modifier leurs comportements ni de comprendre leurs erreurs de jugement.

Nous sommes contre ces raccourcis extrêmement périlleux, qui essentialisent les individus et les ramènent à une entité commune indépassable.
Rappelons aussi que le harcèlement de rue est un fléau universel.

Les femmes ne doivent pas disparaître des rues de Paris ou ailleurs, le racisme ne reculera pas avec ce genre de stratégie fumeuse, c’est au contraire en créant des ponts entre hommes et femmes que la solution surgira.

Nous appelons les femmes à prendre l’espace public, et à se mobiliser pour que la ville cesse d’être une zone de non-droit.

LA VILLE EST A NOUS ! SOYONS PARTOUT !

Question naïve (et facile): quel genre d’hommes cette photo (prise et publiée par Femen France) stigmatise-t-elle?

“Quand les corps s’écrivent. Discours de femmes à l’ère du numérique” ~ par Marie-Anne Paveau

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Je donne ci-dessous l’introduction d’un texte de Marie-Anne Paveau — que l’on pourra télécharger en bas de page — sur l’écriture sur et par le corps féminin, thème que j’ai abordé dans Je chante le corps critique.

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Quelque chose se passe avec le corps des femmes en ce début de XXIe siècle, qui passe à la fois par la nudité et la circulation numérique. Les femmes ont fait de leur corps un médium, qui constitue une arme dans leur combat pour l’émancipation, l’égalité, la parité, le respect et l’intégrité. Elles écrivent littéralement sur leur corps, qui devient ensuite un véritable flyer de chair diffusé dans les grands médias, mais surtout sur le web, de manière virale : féministes de quatrième génération comme les Femen ou les militantes des slutwalks, femmes violées réinventant leur talking cure dans les écrits d’écran ou femmes de combattants inscrivant les traumas de guerre sur leur peau. Leurs écrits, éphémères, acquièrent de leur inscription numérique une permanence militante.

Le corps écrit des femmes est à la fois le lieu et l’outil d’une contestation hyper-visibilisée par la circulation sur le web. Cette contestation vise, au premier chef, les normes, et en grande partie les normes de genre qui assignent les femmes à l’infériorité et l’invisibilité. Cette contestation, dit Judith Butler dans Défaire le genre, est celle de la vie sur les normes :

«Il existe […] un ensemble de réponses inédites que le sujet délivre à propos des normes, en assurant le cours, les déplaçant également, au point qu’il est possible de parler d’un pouvoir de la vie sur les normes, dont la figure de la contestation peut sembler, à première vue en tout cas, emblématique » (Butler 2006 [2004], p. 11).

Ces écrits corporels d’un nouveau type sont en effet des réponses inédites. Non que les inscriptions ou peintures corporelles n’aient jamais existé (voir par exemple Guillon 2008), mais leur circulation sur les fils de la toile en fait un phénomène technodiscursif, où la matière du discours se métisse avec celle de la technologie. Ces écrits expriment aussi le « pouvoir de la vie » sur « les normes et les conventions qui restreignent ou minent les conditions de la vie elle-même » (Butler 2006 [2004], p. 21). La question de la vie, dans sa dimension à la fois simple et radicale, est ici essentielle, on le verra dans chacun des exemples que je présenterai dans cette étude ; l’écriture ou la vie, en quelque sorte.

Le combat féministe a pris de nouvelles formes ces cinq dernières années, dans lesquelles le corps vu et lu tient une place centrale. Les inscriptions corporelles éphémères des Femen sont amplement relayées sur les réseaux Facebook et Twitter comme sur les sites des médias, et cette hyperdiffusion permet à la fois une visibilisation et une internationalisation d’une lutte au départ spécifique à l’Ukraine. Il en est de même pour les slogans corporels dans les slutwalks du monde entier, à partir de Toronto, ville de naissance de ces « marches des salopes » destinées à lutter contre les discours sexistes du slut shaming et du victim blaming. Outre ces mouvements militants, on trouve des inscriptions corporelles aux aspects thérapeutiques, qui concernent directement le trauma : sur le tumblr du Project Unbreakable, des femmes violées montrent une pancarte qui parle à la place de leur corps photographié, rapportant à l’écrit la parole de leurs violeurs pendant l’agression. De même, le mouvement Battling Bare, diffusé sur Facebook, rassemble des femmes étatsuniennes posant de dos, nues, leur corps inscrit d’un message d’amour pour leur mari combattant, atteint de PTSD3 après leur retour d’Irak ou d’Afghanistan.

Pour télécharger le texte.

COMPÉTITION SERRÉE ENTRE INNA-«FEMEN»-SCHEVCHENKO ET PHILIPPE BILGER…

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’ai écrit qu’on peut au moins reconnaître aux Femen la vertu (pardon !) de faire s’exprimer un discours public machiste sans complexe. C’est comme tous les jours au bureau et dans les wagons du métro, mais c’est dans la presse, à la télé. On s’en passerait peut-être, mais ça n’est pas sans intérêt.

Dernier en date, et on n’a rien perdu pour attendre, M. Philippe Bilger, magistrat honoraire (honoraire est probablement un synonyme de « désinhibé »). L’honoraire, donc, se lâche sur le site du Figaro, après la condamnation (symbolique) d’une militante Femen à un mois de prison avec sursis pour l’action (symbolique) consistant à mimer un avortement dans une église parisienne.

L’originalité du réquisitoire supplétif de M. Bilger, car c’en est un, consiste en un mélange d’appel à l’internement psychiatrique, façon URSS, assez inattendu chez un tel personnage, et du plus classique machisme graveleux.

À bien y réfléchir, la peine prononcée n’est pas véritablement le problème car pour cette femme de 31 ans, au risque de me faire lyncher par un féminisme qui ne recule devant rien, surtout pas devant l’absurde, on aurait pu concevoir l’alternative suivante.

Pour continuer sur le caractère contestataire de la nudité, une bonne fessée, n’en déplaise à Edwige Antier mais, après tout, Eloïse Bouton n’est plus une enfant.

Ou un repos d’une certaine durée dans un établissement de soins. Il y a des dérangements mentaux que l’idéologie occulte trop bien. Derrière l’extravagance publique du comportement, on devrait plus souvent s’attacher à la fêlure de l’esprit, au trouble de la personnalité. Il y a des atténuations de responsabilité sous les surfaces vindicatives et arrogantes.

Relisons la fin : « Des atténuations de responsabilité sous les surfaces arrogantes ». M. Bilger serait-il subrepticement passé du réquisitoire à la plaidoirie ?

À la même date, 17 décembre 2014, mais sur le site (plus chic) du Huffington post, Inna Schevchenko, publie, au nom des Femen[1], une lettre ouverte à la garde des Sceaux, Christiane Taubira.

Il semble que les Femen ont été réellement étonnées d’être traduites devant un tribunal, d’où peut-être un léger vent de panique. Il semble aussi que l’action menée dans une église a fissuré le bloc de soutien gouvernemental, étourdiment ou naïvement avoué par Caroline Fourest dans son livre récent[2]. Bref il fallait trouver une riposte. Elle fut d’abord un peu confuse, utilisant le mode d’action habituel (seins nus) en en modifiant le sous-titrage. On vit ainsi des jeunes femmes aller montrer leur poitrine dénudée au président de la République en lui demandant : « M. le président, est-ce que j’ai l’air d’une exhibitionniste ? » [d’une malade mentale, selon une autre version] Bonne pâte, le président répondit d’ailleurs par la négative… Et voilà que le texte ci-dessus évoqué vient intelligemment (c’était — je le jure ! — mon premier sentiment) répondre, enfin !, avec des arguments politiques et juridiques.

Certes, puisque nous sommes entre nous, je peux confier que l’affirmation suivante « À travers nos actions torse peint, nous entendons dénoncer l’hyper sexualisation du corps de la femme » relève du plus effronté foutage de gueule. Les action seins nus utilisent l’hyper sexualisation du corps féminin pour assurer la publicité des actions du groupe.

Laissons cela.

Par contre, il n’est pas inintéressant de souligner le manque de base légale de la différence faite entre la nudité des torses féminins et masculins. Des groupes de femmes aux États-Unis, je l’ai rappelé récemment, ont fait de la liberté de se promener torse nu leur cheval de bataille (voir ici-même Je chante le corps critique).

De surcroît, le texte explique et résume de manière claire la stratégie de nu-manifeste que pratiquent les Femen :

Femen peint des messages politiques sur ses seins pour protester contre cette représentation pervertie de nos corps. Nous reprenons possession de nos corps et nous les confrontons aux mœurs qui se doivent d’être bousculées pour obtenir l’égalité.

S’en tenant là, la lettre ouverte à Taubira aurait constitué (à ma connaissance) la première tentative de théoriser la pratique militante des activistes Femen.

Hélas !

Volonté brouillonne de trop bien faire, réelle niaiserie réformiste, conseils calamiteux ou (qui sait ?) pudibonderie… Toujours est-il que le texte croit utile de pousser plus loin sa critique des bases juridiques de l’inculpation pour « exhibition sexuelle ».

La loi ne précise pas quelles sont les parties du corps qui doivent être considérées comme « sexuelles » et il n’y a pas de raison a priori (c’est là que réside le bluff, éventuellement productif, du raisonnement) de considérer le torse féminin autrement que le masculin. Je dis bluff, parce que bien sûr la jurisprudence prend en compte l’état des mœurs, un a priori certes, mais ancré dans l’époque.

En gros disent les Femen : il n’est pas question de nos seins dans la loi, donc nous pouvons les montrer en public…

Mais elles ajoutent (et c’est moi qui souligne) :

Femen demande donc, au nom de l’égalité femme-homme portée par la Constitution, un éclaircissement et une précision de la définition légale de « l’exhibition sexuelle » où les amalgames sexistes n’auraient plus leur place. Ainsi, afin d’éviter toute interprétation sexiste de l’article 222-32 du Code pénal, une mention des seules parties génitales pourrait lui être ajoutée.

Au secours !

Les Femen demandent à l’État d’améliorer la loi répressive qui permettra de condamner les femmes et les hommes qui pratiquent le naturisme hors des réserves prévues à cet effet, et aux militant(e)s qui pratiquent le nu manifeste dans la rue et les endroits publics. Ceux-là, celles-là pourront être — les Femen vous le certifient — légitimement poursuivie(e)s et condamné(e)s pour « exhibition sexuelle ». Mais sans discrimination sexiste (un con = une bite). Quel progrès ! Décidemment, un vent nouveau souffle sur le féminisme français depuis qu’Inna Schevchenko a trouvé asile dans « le pays des Droits Humains » (comme elle dit).

Un « féminisme qui ne recule devant rien », écrit le malheureux Bilger.

Et en effet, il ose tout !

Il serait navrant que ce soit même à ça qu’on le reconnaisse désormais.

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[1] Oui, je sais j’avais dit que je n’en parlerai plus…

[2] Personnellement, quand il m’est arrivé d’être arrêté, aucun ministre ne m’a téléphone pour s’enquérir de ma santé (je parle ici par jalousie, on l’aura compris).

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Sources :

Le lâcher de magistrat.

Le projet de loi Femen.

Une «Femen» «amendée»? ou «Jésus reviens, ils sont devenus mous!»

À l’approche des fêtes religieuses (et consuméristes), je vais faire preuve d’un œcuménisme que certain(e)s jugeront surprenant, voire outré, en Capture d’écran 2014-11-16 à 20.04.17reproduisant intégralement une dépêche trouvée sur le site de La Bonne nouvelle [sic], mensuel de l’Église évangélique du canton de Vaux.

On notera d’abord son titre, qui du fait d’un helvétisme charmant (ou s’agirait-il d’un jeu de mots délibéré ? non, n’est-ce pas!), semble prendre les désirs des rédacteurs pour la réalité : il est peu probable que la militante Femen se soit amendée sous prétexte qu’elle a été punie d’une amende (passons sur la faute d’accord, qui n’en commet jamais ?).

À moins que…

 

Une Femen amendée pour avoir profaner [sic] la cathédrale

Une activiste Femen a été condamnée à soixante jours-amendes à 25 francs. Elle avait perturbé la messe de noël en 2013 à la cathédrale de Cologne en sautant à demi-nue sur l’autel. Le procureur avait ouvert une action en justice contre la jeune femme, qui vit aujourd’hui à Hambourg, pour perturbation de l’exercice du culte. Josephine Witt avait sauté sur l’autel où le cardinal Joachim Meisner célébrait la messe. On pouvait lire sur sa poitrine le slogan «Je suis Dieu». Elle avait en outre proféré des paroles anti-religieuses.

La jeune femme, âgée de 20 ans à l’époque, aurait pu être jugée par le tribunal des mineurs. En Allemagne en effet le droit pénal des mineurs peut s’appliquer pour des actes commis jusqu’à 21 ans, notamment lorsqu’il s’agit de faits lié à un comportement de jeune, irréfléchi et commis par goût de l’aventure ou de la provocation.

Un geste politique

Le procureur a estimé que la jeune femme, issue d’une famille stable, ayant passé son baccalauréat à 18 ans, avant de travailler dans l’aide au développement et d’entreprendre des études supérieures, n’avait en rien agit de manière spontanée ou irréfléchie. Il a donc requis la peine prévue par le code pénal des adultes, soit 80 jours-amendes.

L’accusée a elle-même reconnu que son geste avait un caractère pleinement politique. Il ne s’agissait pas en priorité de perturber la messe, mais de manifester pour les droits des femmes, la paix et la réconciliation. Raison pour laquelle elle avait enlevé ses bottes afin de ne blesser personne et s’était ensuite laissée emmenée sans résistance. Elle s’est dite surprise de l’ampleur de la réaction dans l’assemblée. Elle a regretté en outre que son geste n’ait visiblement pas provoqué de prise de conscience dans l’Eglise catholique. Elle a enfin refusé de s’exprimer sur la peine infligée.

 

Utile dépêche, décidément, qui nous révèle une particularité du droit des mineurs germanique qui permet de poursuivre comme mineur(e) un(e) majeur(e) qui a commis un délit «par goût de l’aventure ou de la provocation». Si l’on décide de faire confiance aux bienheureux nouvellistes du canton de Vaux, c’est une information précieuse. Même si, en l’espèce, un procureur a jugé — de manière très honorable d’ailleurs — qu’il importait de prendre au sérieux l’acte militant de Josephine Witt.

Josephine a eu de la chance dans son malheur… Elle aurait tout aussi bien pu être, sous d’autres cieux, lapidée pour blasphème ou tout simplement enfermée en hôpital psychiatrique pour s’être présentée comme «Dieu».

Que savons-nous de Dieu me direz-vous ?

Que savons-nous de Josephine ? vous répondrai-je.

Peu de choses et beaucoup à la fois. Josephine semble, au moins par le mode d’action qu’elle a choisi, se rattacher au mouvement Femen. En effet, sauter « à demi-nue » sur l’autel ne peut signifier qu’une chose: les seins nus. Je pense que si Josephine avait exhibé ses fesses et son pubis dans la cathédrale de Cologne, on nous en parlerait autrement (ce qui peut, si vous y tenez absolument, être considéré comme le symptôme d’une évolution des mœurs).

Femen ou assimilée, donc. Mais Josephine inscrit un étrange slogan sur son torse : Je suis Dieu. Admettons qu’il s’agit là de ce goût de la provocation juvénile, dont le procureur n’a pas voulu tenir compte. Josephine ne croit pas vraiment qu’elle est Dieu. Elle fait ça pour emmerder le catho, si l’on me passe cette expression un peu crue. C’est sûrement ça.

Sauf que non. Pas exactement.

Que voulait-elle nu-manifester ? « Il ne s’agissait pas en priorité de perturber la messe, mais de manifester pour les droits des femmes, la paix et la réconciliation. »

Passons sur la première affirmation, peut-être imputable à un tardif souci tactique. En effet, la meilleure manière de ne pas perturber une messe de Noël dans une cathédrale est de ne jamais y mettre les pieds (je m’en tiens, pour ce qui me concerne à cette règle de conduite). Et venons-en aux objectifs.

1) Les droits des femmes. C’est un peu général, mais je comprends.

2) La paix. C’est extrêmement général, mais je veux bien comprendre.

3) La réconciliation. C’est excessivement vague, tellement que je n’y comprends plus rien.

Réconcilier ?…

L’Église avec les femmes, dont elle piétine depuis toujours les droits ?… Les procureurs avec les jeunes filles majeures ?… Ou qui avec quoique ?!?

Tant qu’à se mêler de liturgie et de théologie, Josephine-“Dieu”-Witt aurait peut-être mieux fait de relire ses classiques:

Évangile selon Matthieu, 10, 34-36.

[Jésus speaking]

N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Car je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère, et la bru à sa belle-mère: on aura pour ennemis les gens de sa famille.

La Bible de Jérusalem, Desclée de Brouwer, p. 2017.

Franchement, on préfère l’original à la copie, là ! (même si, voir illustration ci-après, les exploitants du label ont fait dans niaiserie consensuelle, sauf en temps de guerre, cela s’entend !).

«Réconciliation», poursuivent les Vaudois « raison pour laquelle elle avait enlevé ses bottes afin de ne blesser personne ».

Voilà, c’est le détail de trop. Maintenant, et puisque je sais Josephine en liberté, avec quelques heures de TIG à effectuer, je peux le dire sans état d’âme (le moment de le dire !): Josephine m’agace.

Je veux bien croire que le spectacle de cette jeune femme se perchant, les seins nus, sur l’autel de la cathédrale de Cologne avait quelque chose d’original, et même de piquant par les réactions qu’il a suscitées dans l’assistance. Je veux bien admettre la sincérité de ses convictions pacifistes-réconciliatrices. Mais en fait de messie, de rebelle, et de féministe radicale, elle mérite plutôt d’être promue cheftaine scout que d’être amendée par le travail.

Une cheftaine scout condamnée à repeindre la sacristie…

Regrettons que cela n’ait «visiblement» pas provoqué de «prise de conscience dans l’Église catholique», qui continue à compter sur une main-d’œuvre aussi aléatoire (et gratuite !) pour la réfection de ses locaux. Heureusement que les protestants sont là pour débiner fielleusement la concurrence. Sinon, on ne l’aurait pas su.

 

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«SAUVÉES PAR LE GONG»? Femen, suite et fin (mars 2013)

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Lors de leur happening à Notre-Dame, le 12 février 2013, certaines militantes des Femen portaient peinte sur le torse, ou dans le dos, la formule « Saved by the bell », laquelle se traduit ainsi en français : « Sauvé(e) par le gong ». Était-elle censée s’appliquer au pape, à l’Église catholique, ou bien à elles-mêmes ?… Il semble qu’aucun journaliste n’ait songé à poser la question. Pourtant, les entretiens se sont multipliés, et les Femen ont publié, dans Charlie Hebdo (n° 1081, 6 mars 2013), un « manifeste » qui comble la lacune soulignée ici-même en matière d’expression autonome du groupe, au-delà des slogans de quatre mots.

Même si je ne prétends pas m’être livré à une revue de presse exhaustive, et bien que m’étant épargné la lecture du livre d’entretiens récemment publié chez Calmann-Lévy, je considère que les éléments d’information recueillis suffisent à confirmer et à préciser les remarques critiques que j’avais formulées dans « Quel usage politique de la nudité ? ». Je les complète donc ici—  et une fois pour toute — non que j’attache une importance démesurée aux bévues d’une poignée de jeunes femmes en colère, mais parce qu’elles ont réussi, et je crains que ce soit là leur seule réussite, à susciter via les médias quelques questions (des vraies et des fausses), lesquelles engendrent des débats (souvent faux), lesquels risquent d’aggraver une confusion générale qui n’a pas besoin ça…

De la participation des Femen au terrorisme normatif contre les femmes

Interrogée sur cette question (mais pas avec ces mots) par un journaliste de France TV Info (14 février 2013), Inna Schevchenko répond (c’est moi qui souligne) :

« Nous ne sélectionnons pas nos militantes sur leur apparence ou leur âge. Nous avons des femmes de tout âge et de toute apparence. Mais les militantes qui participent à nos actions doivent être très bien préparées au niveau physique, moral et émotionnel. Être une Femen, c’est physiquement difficile. Nous devons parfois sauter sur les toits des immeubles. Mais l’entraînement physique et moral reste la seule chose qui nous permet de choisir les participantes à nos actions. »

— « Où sont donc vos militantes enrobées ? », revient à la charge le journaliste.

« Vous pouvez en voir si vous regardez certaines manifestations, comme à Davos ou au Vatican. Mais quand nous devons courir et escalader, les femmes en surpoids ne peuvent pas participer, parce qu’elles ne sont pas préparées physiquement. C’est difficile de grimper sur les toits. Mais ça n’a rien à voir avec l’apparence. Autre exemple, au Trocadéro, à Paris, contre l’intégrisme musulman : il y avait des femmes très différentes par l’âge, le poids, la taille… Nous avons des grosses militantes, dont une qui pèse 120 kilos. Elle peut participer, mais encore une fois, tout dépend des actions. »

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Comment reconnaître la «féministe» ? C’est écrit dessus. Sinon: même conformation, même épilation.

La question agace la militante autant qu’elle la surprend. Non pas qu’elle ne l’ait jamais entendue auparavant (le journaliste fait allusion aux textes qui circule sur les réseaux sociaux, dont « Quel usage politique de la nudité ? » fait partie), mais pour le dire simplement, elle « ne voit pas où est le problème ». Il y a les filles comme elle, normales : jeunes, jolies, minces, épilées. Et puis il y a les autres, différentes, « en surpoids ». On ne peut évidemment écarter complètement ici l’hypothèse d’un biais du fait de la traduction, de l’ukrainien à l’anglais, puis de l’anglais au français. C’est le seul gong susceptible de « sauver » une féministe usant de la répugnante expression « en surpoids ». La demoiselle n’imagine manifestement pas qu’elle-même puisse être jugée, au choix, « maigre », « plate », « anorexique », et j’en passe. La norme, elle l’incarne ; les autres l’excèdent ou sont incapables de l’atteindre. Lire la suite

La pornographie esclavagiste

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Il existe de « faux sites » Internet — j’ignore si le phénomène a déjà gagné un nom anglais — qui fonctionnent sur un mode qui évoque celui du chalut pour la pêche en mer, ou peut-être plus précisément le miroir aux alouettes pour la pêche aux oiseaux (inutile de m’écrire, j’ai simplement une longue journée de travail derrière moi). Il s’agit de leurrer les moteurs de recherche, et celles et ceux qui les utilisent, en proposant un maximum de « signaux », ou d’appeaux.

Ma très relative notoriété devrait m’épargner le sort peu enviable de piège à gogos, mais il se trouve que Mona Cholet m’a cité dans un article critique sur les Femen, lequel article a été reproduit et traduit partout dans le monde. Les moteurs de recherche mafieux considèrent donc que le panneau « Claude Guillon » vaut d’être tendu en travers de la toile. On attrapera bien quelque chose…

Reste à savoir pourquoi on cherche à appâter le gogo, sur mon nom ou sur n’importe quoi qui soit susceptible de l’attirer.

Suivant l’un des liens disponibles à partir d’un « faux site » qui prétendait afficher mon nom (en réalité, une phrase de l’article sus-évoqué), je suis tombé sur l’ « offre » dont vous pouvez juger d’après la capture d’écran ci-dessous. Il s’agit donc de vendre soit des femmes, soit l’illusion de disposer de femmes (on comprendra, j’espère, que je n’ai pas poussé plus loin l’investigation). La prostitution est hélas banale, et il est assez logique que les maquereaux et maquerelles utilisent Internet pour fourguer leur marchandise.

Capture d’écran 2014-11-16 à 21.03.46

À supposer (je vous laisse juge) qu’il y ait un sens à opérer des graduations dans la dégueulasserie, cette annonce mérite une excellente note. En effet, on cherche à nous vendre ici, non seulement des femmes, mais des femmes censées (c’est très probablement faux, accessoirement) chercher à obtenir la nationalité française. À strictement parler, cette idée n’a aucune espèce de sens. En réalité, il s’agit uniquement d’un argument pornographique, et non juridique, encore moins humanitaire, cela va de soi. Il ne s’agit donc pas de tenter l’énoncé (grotesque, par ailleurs) : « Baisez cette fille, vous lui rendrez service ». Il s’agit — on pourrait dire au contraire — de faire bander le client à l’avance en lui présentant la prestatrice de services sexuels comme étant à sa merci. Elles sont prêtes à tout, ce qui signifie bien entendu « à tout subir ».

Une fois contrôlé, ou non (désolé !), l’envie de vomir que suscite ce genre d’entreprise, et s’il vous reste assez de distance ironique en réserve, vous pourrez relever l’extraordinaire confusion des propositions contiguës les unes aux autres. En effet, après avoir mis en avant la fragilité bien venue des proies offertes contre rémunération, le portail vous balance sans rire un « avertissement » que je qualifierais de « surréaliste » si je ne craignais d’être tourmenté dans mon sommeil par les mânes de Benjamin Péret :

« Respectez les désirs sexuels des autres membres. Ils se sont inscrits pour la même raison que vous : s’envoyer en l’air. Ne les traitez pas comme des stars du porno ou des prostituées. […] Respectez la vie privée de tous les membres. »

Je croyais avoir compris que certains « membres », chinoises en l’occurrence, n’étaient là que pour obtenir la nationalité française !… En réalité, et c’est l’hypothèse la moins inquiétante, il est possible qu’il n’y ait aucune femme, ni chinoise ni moldovalaque, et qu’il s’agisse d’une arnaque genre « minitel rose » où des employé(e)s répondent par mail aux gogos en jouant les stars aux yeux bridés. Il aurait fallu pour le savoir, s’inscrire et pousser plus loin l’enquête. Passons…

Ce qui est certain, c’est que cet appât sexuel utilise à la fois le fantasme (ou la réalité) de femmes en détresse, prête à jouer les esclaves sexuelles pour se libérer (ben tiens !) et la réalité des barrières entre États, ainsi que les façons de faire des trafiquants de chair humaine, confisquant leurs passeports et autres papiers aux immigré(e)s, comme n’importe quelle police aux frontières.

Entre ces deux systèmes, étatiques et maffieux, l’obscénité est équitablement partagée.