“RÉGÉNÉRATION” ~ n° 25 (automne 2018)

Je reproduis ci-dessous la une du n° 25 de Régénération et, selon mon goût, une page distinguée (et colorisée) par moi sur une école libertaire, sujet trop peu traité au regard du flot d’éloges déversés – y compris dans le milieu libertaire – sur «l’école républicaine» parée de toutes les vertus.

On peut télécharger le numéro au format pdf en cliquant ici.

ÉDUCATION NATIONALE ET PROPAGANDE : LE «DÉVELOPPEMENT DURABLE» (2010)

Chers petits amis

Je ne prétends pas révéler ici à mes lecteurs que l’Éducation nationale, en tant qu’institution, a pour rôle social d’inculquer des «valeurs» aux futurs citoyens. Cependant, même en toute connaissance de cause, il demeure fascinant d’observer en temps réel une campagne idéologique en train de s’élaborer dans les bureaux d’un ministère, avec ici l’ambition affichée de rayer certains mots du vocabulaire, ou au moins de les discréditer au profit d’autres jugés plus convenables. À qui ou à quoi doivent servir ces grandes manœuvres, voilà ce qui se lit fort clairement, entre les lignes de l’abondante production pédagogique des stratèges de l’Éducation. Nous y reviendrons en temps utile.

À l’intention des distrait(e)s auquel(le)s aurait échappé l’engouement pédago-ministériel pour le dit «développement durable», rappelons que le premier «plan triennal de généralisation de l’éducation à l’environnement pour un développement durable» a été lancé en 2004. Eh ! oui, six ans déjà, à l’heure où j’écris ces lignes, que les programmes scolaires, notamment ceux de sciences de la vie et de la Terre et d’histoire-géographie, puis de mathématiques, de sciences physique et de chimie l’intègrent explicitement. Un nouveau plan triennal, couvrant la période 2007-2010, a été lancé. Il concerne «l’éducation au développement durable».

Saurez-vous, petits amis, repérer le mot qui a disparu du programme entre 2004 et 2007 ? Je vous laisse quelques secondes… Bravo ! C’est le mot «environnement». Ne croyez pas qu’il s’agisse d’un hasard et encore moins d’un oubli. Il en sera question plus loin.

En 2007, le Bulletin officiel de l’Éducation nationale (n° 14, 5 avril) publie une circulaire du 29 mars de la même année. Le ministère estime que «Grâce au socle commun de connaissances et de compétences, le développement durable est désormais solidement ancré dans la base des savoirs fondamentaux». Le socle en question inclut la connaissance de «l’impact sur l’environnement de nos activités techniques, […] une attitude de responsabilité face à l’environnement, au monde vivant, à la santé» ; il présente le DD comme «un moyen de comprendre l’unité et la complexité du monde». Comme dit Jean-Pierre Marielle dans Les Galettes de Pont-Aven, en présentant à la marchande de parapluies sa nouvelle collection : C’est appréciable.

L’EDD «doit former à une démarche scientifique et prospective, permettant à chaque citoyen d’opérer ses choix et ses engagements en les appuyant sur une réflexion lucide et éclairée. […] Les sujets liés à l’environnement sont souvent surmédiatisés. L’Éducation nationale doit donc prendre toute sa place et apporter des explications s’appuyant sur des connaissances scientifiques avérées.»

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On reconnaît ici, pour peu que l’on ait l’âge voulu, le discours type de réassurance scientiste pro-nucléaire. Ainsi le comité de scientifiques institué à la suite de l’accident survenu à la centrale nucléaire de Three Mile Island (États-unis) affirme-t-il en 1979 qu’une explosion de type nucléaire est hors de question dans une centrale et ajoute : «Il faut surtout éviter les informations contradictoires qui font douter globalement de leur validité» (Voir «Le réel et la fission», in De la Révolution). Comme la presse est par ailleurs bien utile pour distraire le gogo en lui assénant quotidiennement des informations infiniment diversifiées et contradictoires dans le détail, le plus sûr est d’instiller dans les jeunes cervelles des connaissances scientifiques avérées. Comme par exemple : les OGM ne présentent aucun danger, il ne s’est rien produit à Tchernobyl, etc.

L’inconvénient des plans triennaux est qu’ils ne durent que trois ans, ce qui en fait de «durabilitée» a un côté petit bras. Le ministère des Affaires étrangères et européennes lance donc, en 2008 et en partenariat avec celui de l’Éducnat, une «campagne sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD)». Ce qui vous a tout de suite une autre gueule !

Les huit objectifs du millénaire sont la «sensibilisation des jeunes au développement et à la solidarité internationale ; réduire l’extrême pauvreté et la faim [on s’occupera de la pauvreté dès le millénaire suivant] ; assurer l’éducation primaire pour tous ; promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ; réduire la mortalité des enfants ; améliorer la santé maternelle ; combattre le VIH/Sida, le paludisme et d’autres maladies ; assurer un environnement durable ; mettre en place un partenariat mondial pour le développement.»

Ouf !

La «campagne de sensibilisation» menée par le ministère des Affaires étranges s’intitule, je cite scrupuleusement : «8 fois oui».

Bon. Que penser d’un concept qui inclut à la fois de partager son goûter, de ne pas tirer les nattes de sa sœur et de mettre une capote au bon moment ? C’est un concept… Creux, bravo !

Ajoutez-y le «commerce équitable» et le tri des déchets pour faire bon poids, vous avez dans les mains une arme fatale (comme disent les marabouts), au croisement de l’instruction civique et de l’économie politique. «L’éducation au développement durable est un des éléments essentiels de la formation des futurs citoyens» affirme une note de service publiée dans le Bulletin officiel de l’Éducation nationale du 5 mars 2009.

Mais au fait, de quand date et d’où nous vient cette petite merveille ? Lire la suite

Ah ça ira ! Libérez Roland Veuillet ! (2007)

Certains disent que Gilles de Robien, provisoire ministre de l’Éducation a une tête de con et de salaud.

Ce sont là des appréciations hâtives.

M. de Robien a une tête décorative.

Évidemment, il faudrait, pour bien apprécier ce caractère, disposer d’un support idoine : une pique, par exemple.

M. de Robien fait partie de la queue de cette aristocratie qui se venge méthodiquement, les lèvres serrées et la rage au ventre, de la bourgeoisie, du peuple et de la République, en pérennisant des méthodes d’Ancien régime.

Je lis ici et là que l’internement psychiatrique administratif de Roland Veuillet est une mesure stalinienne qui fait du combat d’un homme pour sa dignité une maladie mentale.

Aimable anachronismes…

La mesure d’internement qui vise Roland Veuillet et qui cherche à le briser s’appelle une lettre de cachet.

Tandis que M. de Villepin rêve qu’il viole l’opinion comme un soudard le fait d’une femme, M. de Robien administre comme sous Louis XI.

Qui perd la tête ? Roland Veuillet, lequel proteste contre une sanction administrative ou M. de Robien qui fait embastiller et décréter fol qui s’oppose à lui ?

Gardez-vous de prolonger cette pitoyable reconstitution historique, M. de l’Éducation, vous pourriez y connaître un mauvais sort… douloureux et humiliant, comme le dernier des manants.

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Post scriptum

« Mais le coup a raté… », comme dit La Carmagnole

Roland Veuillet est finalement sorti de l’HP où il avait été interné d’office.

Il en est (ce vendredi 16 février 2007) à son 54e jour de grève de la faim.

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Dernière minute

Roland Veuillet a interrompu sa grève de la faim ce dimanche matin, 18 février 2007. Il poursuit son combat par d’autres moyens.

Libre, mais mort, c’est ça qu’on lui prépare ?

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Pour suivre les aventures rebelles de Roland Veuillet, syndicaliste de l’Éducation nationale, sanctionné également par les ministères « de droite » et ceux « de gauche », ne manquez pas de visiter son site.