En aidant la librairie-café “Les Villes invisibles” (Clisson, 44) vous aidez Tatiana et Caroline, les libraires, mais aussi les maisons d’édition, les autrices et les auteurs. Merci pour elles et pour nous!

Après plusieurs années dans le milieu du livre (l’une et l’autre, nous avons touché à l’édition, la bibliothèque, la traduction et bien sur la librairie…) nous nous sommes décidées à sauter le pas : avoir notre propre projet de librairie. Nous avions la même vision du métier, la même idée de partage, de transmission, de lien. Il ne restait qu’à le réaliser…

Un jour d’automne, nous croisons la route de Laurence, et sa librairie à Clisson (44), Le Vers Libre, qu’elle souhaite transmettre. Au fil de la conversation, de la description du lieu, le contact s’établit et notre intérêt grandit. À la première visite, nous tombons sous le charme et travaillons depuis à sa reprise. Le passage de consigne est prévu pour février 2019.

Dans une ville, une librairie est plus qu’un simple commerce; il s’agit d’un lieu de rencontre, de partage, de découverte. Elle n’évolue pas seulement autour des livres mais aussi des idées et des personnes. C’est pourquoi nous souhaitons continuer le travail commencé par Laurence, faire vivre ce lieu culturel inscrit dans la vie de Clisson depuis déjà plusieurs années.

Le but est de maintenir un accès direct aux livres et à la culture dans le village, à travers non seulement l’activité de vente de livres, mais aussi grâce à des rencontres et d’autres événements liés au livre qui favoriseront l’échange.

Être libraire c’est un métier que l’on choisit par passion. Passion pour la découverte permanente de textes que nous serons amenées à partager avec les lecteurs et les lectrices, pour le rôle de médiateur entre la demande du public et une vaste production éditoriale. C’est aussi défendre une idée du métier qui tient à une exigence et à un choix assumé dans son assortiment.

Plus encore que dans la sélection, c’est dans le conseil que le libraire trouve ou retrouve toute son importance, à travers le choix des tables, des nouveautés, la mise en avant des coups de cœur ou le conseil direct auprès de la clientèle.


Notre librairie restera généraliste, avec

• des romans francophones et étrangers, des polars, de la SF, et des sciences humaines, des BD, mais aussi de l’art, de la poésie, des livres de cuisine, de la littérature et des guides de voyage etc.;
• un coin jeunesse : albums, romans jeunesse et ados;
• à terme, une sélection de DVD documentaires;
• des cartes postales, de la région, sérigraphiées, etc.
Et notre espace café vous permettra de prendre le temps de faire une pause avec un choix de thés, de cafés, de jus, et des pâtisseries pour grignoter à l’heure du goûter…

Depuis plusieurs mois maintenant, nous préparons la passation. Aujourd’hui nous avons besoin d’un coup de pouce financier pour mener le projet à terme.

À quoi va servir le financement ?

Avec 5 000 euros nous aurons la possibilité de changer le logiciel de gestion du stock de la librairie, car nous estimons que les prestations du logiciel actuel ne sont pas suffisantes pour assurer une bonne gestion du stock. De plus, ce type de logiciel est l’outil du libraire au quotidien.

Nous allons aussi doter notre partie café d’une machine à grains professionnelle, pour pouvoir proposer un café de qualité à nos client·e·s.

Si nous arrivions à dépasser notre objectif et atteindre les 7 000 euros, nous pourrions confier à l’atelier de la Turbine, qui s’occupe déjà de notre charte graphique, la création du site internet de la librairie, un outil indispensable de nos jours; un site où partager nos conseils, toute information relative aux horaires et aux rencontres, nos sélections thématiques, etc.

Et avec 10 000 euros nous pourrions envisager dès le départ la création du rayon DVD documentaires; ainsi que l’achat de matériel de projection pour des soirées-débats autour de la production documentaire actuelle.

Les libraires

Tatiana

De formation littéraire, j’ai entamé ma vie professionnelle en conciliant travail et passion pour les livres auprès de la maison d’édition Marcos y Marcos, basée à Milan, pendant 5 ans. Arrivée en France, j’ai effectué un stage de deux semaines à la libraire-café Terra Nova de Toulouse à l’automne 2009, puis j’y ai travaillé jusqu’en mars 2018.

Cet emploi m’a permis d’apprendre le métier de libraire, et d’acquérir des compétences non seulement dans le conseil et la mise en avant des titres, mais aussi dans la gestion des animations, des relations interprofessionnelles, de la logistique et de l’administration. Au printemps dernier, le moment était venu de changer d’horizon, après ces huit ans qui m’ont amené à aimer le métier, à en connaître sa beauté et ses difficultés.

Caroline

Je reconnais tourner autour du projet de travailler au milieu des livres depuis longtemps. La formation de médiathécaire effectuée en 2013, après un cursus au long cours en médecine puis en philosophie, devait être le dernier jalon, j’en garde un esprit service public. À côté, les différentes pratiques professionnelles menées étaient des activités de service, en bibliothèque, dans le milieu médical et dernièrement, à l’école auprès de jeunes enfants. Durant le stage effectué cet été au Vers Libre, je me suis sentie à ma place auprès de la clientèle et aux côtés de ma future associée.

Pour nous suivre sur Facebook: https://www.facebook.com/librairieVillesInvisibles/


N’hésitez pas à nous suivre, nous allons essayer de vous tenir au jus au fur et à mesure de l’avancement du projet…

– CONTRIBUEZ ICI !– à partir de 5€

 

POST SCRIPTUM… Littérature, argent et paix sociale (2000)

Ce texte a été publié dans la revue Oiseau-tempête, n° 7, hiver 2000.

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Lorsqu’il écrit, l’écrivain rêve.

Il imagine un pays fabuleux dont la langue officielle est l’italique et l’unité de poids l’épigramme.

Il y danse la cédille avec des voyelles…

Hélas, l’écriture n’a qu’un temps ! Post scriptum, l’écrivain est aussi triste qu’après le coït. Peut-être éprouve-t-il « le sentiment diffus d’une crise très grave: crise du livre et de la lecture qui traverse et recoupe une crise de l’école. […] Des inégalités nouvelles se creusent, liées à l’évolution technologique, à la mondialisation, et à un chômage désormais structurel. Et plane la notion d’une véritable crise de civilisation, puisque l’idée de progrès, d’amélioration automatique d’une génération à l’autre, en particulier grâce à l’école et à l’acquisition du savoir par le livre, ne semble plus aller de soi. » Ce passage de l’introduction d’une brochure intitulée Écrivains dans la cité [1] plante un décor de cauchemar en même temps qu’il indique aux gens de plume le chemin de leur rédemption. Ils peuvent désormais se rendre utiles, apparaître dans le monde, et compenser la moindre efficacité du système scolaire. Outre la légitime satisfaction d’œuvrer pour le progrès démocratique, l’éducation des masses, et la diffusion de leur production personnelle, les écrivains bénéficient d’un «soutien concret, sous forme de bourses d’aide à la création ou de rémunérations pour des interventions ponctuelles.» L’écrivain, sans doute enfermé jusque-là dans sa fameuse « Tour d’ivoire », est heureux d’être autorisé à découvrir la cité, ses écoles, ses prisons, ses asiles de vieillards… On lui paie de nouvelles « résidences », dans telle localité peu riante, en échange de quoi il situera là l’intrigue de son prochain roman et/ou animera la vie culturelle locale. Dans ce cas de figure, il peut être salarié. Certains en parlent comme d’une véritable «assignation à résidence». Ainsi François Bon : « On m’a installé [à Bobigny] au seizième étage d’une tour [la fatalité !], en rang avec six autres autour d’une dalle de ciment avec un bistrot et un Codec, au-dessus d’une voie ferrée où passent deux mille wagons de marchandises par jour[2]…» [p. 44]

Dans l’hypothèse d’ « interventions » ponctuelles, la rémunération est de l’ordre de 1 800 F net par jour, tous frais de déplacement, d’hébergement et de nourriture payés par ailleurs. Concrètement, cela signifie que l’auteur est ici mieux rémunéré, pour un travail qui ne relève pas de sa compétence, qu’il ne le sera jamais dans son activité propre. Reconnu socialement utile, l’écrivain se voit considéré comme un travailleur (social) parmi d’autres, dont le temps d’activité professionnelle est — pour la première fois — comptabilisé[3].

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Écrivain-citoyen

« Évidemment, écrit la romancière Dorothée Letessier, qui anime des ateliers d’écriture à la prison de Melun et au Val-Fourré, je ne me considère ni comme professeur d’écriture ni comme thérapeute. Je suis simplement un écrivain-citoyen muni d’un savoir-faire et que l’on rémunère pour son travail. »

La Maison des écrivains insiste pourtant sur les aspects nouveaux (pour l’auteur) de ces tâches citoyennes : « Cela peut être tout simplement une occasion de parler du travail à des jeunes pour lesquels cette notion est actuellement souvent difficile à investir, à cause de la réalité du chômage et de la situation de leurs parents. » [p. 14] « Pour lui [Alain Bellet], qui par ailleurs intervient régulièrement auprès de nombreux publics en difficulté, marginaux, toxicomanes, alcooliques, dans des hôpitaux et des prisons, le travail d’un écrivain permet une resocialisation, en contournant l’échec scolaire, voire, pour des adultes, l’exclusion. » [p. 23] François Bon, déjà cité, explique : « Mon boulot, c’était d’aller là où ces gens n’assument plus, collectivement ou individuellement, la conscience de ce qu’ils sont. » Il s’agit bien d’une thérapie sociale, ici comiquement légitimée par le fait que l’écrivain habite à temps partiel dans une cité laide et bruyante, bref qu’il souffre avec ses patients, dont la pathologie se reconnaît au fait qu’ils ne lisent pas de livres. On entendra couramment un auteur citoyen dire «mes taulards », comme les dames de charité disaient « mes pauvres ».

L’intervention dans les écoles est privilégiée, en partie parce que la notion même d’atelier d’écriture est pédagogique, en partie parce que beaucoup d’auteurs sont déjà enseignants ; enfin parce que l’édition pour la jeunesse, très dynamique, a su tisser des réseaux avec le corps enseignant et les collectivités locales.

Dans ce secteur, la Maison des écrivains est maître d’œuvre d’un programme dit de «partenariat » et baptisé L’Ami littéraire dans le cadre duquel, depuis 1992, plus d’une centaine d’auteurs se sont partagé chaque année un millier de visites dans des classes d’écoles primaires, de collèges et de lycées, dans la France entière.

Mais il arrive également que l’auteur, tel un « mao » établi des années 70, « aille au peuple » sur les lieux mêmes de production. Dominique Grandmont a été « en résidence » à l’usine Alsthom à Saint-Ouen. Interrogé sur la question de savoir « à quoi sert un poète dans une usine », il fournit l’explication suivante : « Je ne me contente pas de noter, comme en fraude, des choses discrètement spectaculaires comme ces graines sur un établi, laissés chaque jour pour nourrir les moineaux […]. J’essaie de comprendre comment parvient jusqu’aux yeux les plus prévenus, filtrés dans un tel espace, la violence des rapports sociaux… » [p. 44]

Le plus frappant dans cette (fausse ?) naïveté est la combinaison d’un avant-gardisme léniniste (amener la conscience au peuple) et d’une humilité toujours prête à être étalée, sur le mode : « J’ai tellement appris de ces gens-là ! » Je note d’ailleurs que ce thème apparaît très peu dans la brochure de la Maison des écrivains, où les auteurs assument fièrement leur rôle missionnaire. Plus généralement, on constate que nombre d’anciens gauchistes, recyclés notamment dans le roman policier, ont endossé sans états d’âme le costume de l’animateur socioculturel, avatar moderne et miraculeusement consensuel du révolutionnaire professionnel. Voilà trente ans, ils auraient craché à la seule évocation de ces interventions de pacification sociale ; c’est qu’alors ils voulaient détruire ou à tout le moins contrôler la culture capitaliste. Ils ont compris (on leur a expliqué gentiment) que son naufrage entraînerait leur propre perte. Ils écopent donc sans rechigner. Après tout, la tâche est noble et la solde confortable.

On m’objectera sans doute que certains auteurs ont pu, dans telle maison d’arrêt ou dans tel collège technique, apporter un peu de distraction et de communication là où les institutions ne les favorisent guère. C’est probable en effet. Il existe aussi d’admirables visiteuses de prison, des chrétiens sociaux et des flics de gauche, qui peuvent réellement, dans des situations précises et limitées, consoler, secourir, ou épargner. Il n’était pas d’usage jusqu’ici d’y voir un argument en faveur de la philanthropie, des superstitions religieuses ou de la police de proximité.

Écrivain producteur (de quoi ?)

Le récent faux débat sur le prêt payant dans les bibliothèques a été une tentative, remarquablement maladroite de la part des auteurs[4], de poser pour une fois, au moins partiellement, le problème des conditions matérielles de la production intellectuelle (mais pas de ses finalités). C’est que l’auteur est, dans la dite « chaîne de production du livre », le seul maillon qui n’est pas pris en considération. On juge très légitime que soit rémunérés à proportion de leur travail, et conformément aux lois sociales en vigueur, l’éditeur, la secrétaire de l’éditeur, la femme de ménage qui nettoie le bureau de l’éditeur, le patron et les employés de l’imprimeur, de la maison de diffusion, et le libraire. Pour l’auteur seul, ce principe est réputé inadéquat. « Tant que l’auteur considère le produit de son œuvre comme un revenu supplémentaire, déclarait l’éditeur Robert Laffont, les rapports restent équilibrés. A partir du moment où l’œuvre devient le gagne-pain, la tension monte[5]». On imagine avec quelle satisfaction les éditeurs constatent la généralisation de l’auteur-citoyen-salarié: voilà l’écrivain payé sur l’argent public pour faire la promotion de son œuvre, et donc de la marque sous laquelle il publie. L’AGESSA a d’ailleurs officiellement reconnu ces revenus «accessoires» et admet leur intégration dans le montant des droits d’auteurs[6].

Dans une tribune publiée par Libération (20 février 2000), Michel Onfray écrivait : « Un pur et simple renoncement aux droits d’auteur assainirait le marché de l’édition (rêvons un peu !). » Invité par Le Monde (23 mars 2000) à préciser son point de vue sur la gratuité du prêt en bibliothèque, il indiquait n’avoir « appelé à la disparition des droits d’auteur que comme horizon indépassable de l’écriture et de l’édition du livre ». Critiquant, à juste titre, ceux qui veulent faire payer un droit de prêt aux usagers des bibliothèques, Onfray ajoute : « Les tenants de l’impôt sur la lecture publique assimilent leur production livresque à celle d’une petite entreprise et se comportent à l’endroit des livres — ne parlons même pas de la littérature — comme les petits patrons d’une structure qui doit rapporter le moindre centime, dût-on pour ce faire exploiter le lecteur, ce prolétaire de leur PME. »

Remarquable dénégation idéaliste du « nietzschéen de gauche », comme il aime à se définir lui-même, qui feint d’ignorer l’existence dans l’édition de conflits d’intérêts entre auteurs et éditeurs. Notons d’ailleurs cette ironie de l’histoire : il rejoint précisément sur ce point les sociétés d’auteurs qu’il critique si vivement, lesquelles sont parti au combat main dans la main avec les plus importants éditeurs parisiens. Or si les intérêts d’un auteur se confondent avec ceux de son éditeur, c’est dans l’exacte mesure où ceux d’un ouvrier en grève se confondent avec ceux de son patron. Si la boîte ferme, dit le second aux premiers, vous serez bien avancés! Or Onfray connaît bien les mots patron et prolétaire, mais il ne les utilise que pour polémiquer avec certains écrivains, selon lui de petits entrepreneurs qui voudraient exploiter le lecteur-prolétaire ! En réalité, l’écrivain est, du point de vue économique capitaliste, dans la position d’un artisan à façon, dont le travail est utilisé dans une chaîne de production-vente entièrement industrialisée. Il est inutile de soupçonner l’auteur de vouloir gagner de l’argent à chaque mouvement de son livre ; ce système existe déjà : il a été mis au point par les diffuseurs, prélevant plus de 50% du prix public du livre vendu, et touchant effectivement de l’argent à chaque étape et quelque soit le sort du livre (mise en place en librairies, retour d’invendus, stockage). Ce système a contribué à faire augmenter le prix du livre et baisser le pourcentage des droits d’auteur depuis vingt ans. De tous les acteurs de la chaîne production-distribution, c’est l’auteur qui perçoit le plus faible pourcentage du prix de vente [7]. Quand au «rêve» d’Onfray d’une disparition des seuls droits d’auteur (il ne s’agit pas de l’utopie d’un monde sans argent !), c’est précisément le rêve des éditeurs, un rêve de patron.

Impuissants à comprendre la contradiction entre, d’une part, le prestige spectaculaire attaché à une prétendue « vocation artistique » et, d’autre part, le statut social inférieur de l’auteur, beaucoup d’écrivains étaient préparés à passer du rôle (non assumé) de producteur d’idéologie (de divertissement, le plus souvent) à celui de thérapeute social, payé en proportion de la considération qu’il mérite. Il reste à comprendre aux naïfs qu’ils ne sont pas rémunérés comme écrivains ou poètes mais comme indics et gentils organisateurs. Ils pourraient y être aidés par la multiplication probable des conflits du travail[8] découlant de la multiplication et de la diversification des employeurs non-éditeurs (conseils généraux, directeurs d’établissements, mairies) peu habitués au paternalisme feutré qui est de règle dans l’édition. Voilà qui pourrait éloigner certains auteurs de la mythologie aristocratique et romantique d’une écriture comme noble et gratuite occupation destinée à meubler les jours de l’honnête homme (ou de l’honnête femme), qui les rend incapables même de défendre leurs intérêts matériels[9].

Métier pour certain(e)s — et dans ce monde il n’en est que de sots — l’écriture ne saurait être, pas plus que d’autres activités créatrices, l’apanage d’un petit nombre. Mais c’est, dès maintenant, dans le mouvement du bouleversement du monde, qu’il faut faire en sorte que la poésie, la littérature, la pensée humaine soient faîtes et défaites par tous et par toutes, non dans des « ateliers d’écriture », centres aérés de la misère intellectuelle, placés sous l’autorité de spécialistes.

Tous les moments révolutionnaires de l’histoire ont été caractérisés par une explosion de communication écrite et orale. Ainsi Paris fut-il à plusieurs reprises, et alors même que peu de Parisiens savaient lire et écrire (1793), une immense salle de lecture, un vaste atelier d’écriture sans maîtres d’école, et un étal de mille publications. S’il entend contribuer à la subversion générale des rôles sociaux (l’homme, l’intellectuel, l’artiste, etc.) l’écrivain ne peut se contenter de refuser les basses besognes du monde ; il doit être conscient du caractère caduque de son activité, telle qu’elle s’exerce aujourd’hui, et contribuer à sa démystification en avouant d’abord sa condition de producteur aliéné.

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[1] Écrivains dans la cité, coédité par La Maison des écrivains et la Direction régionale des affaires culturelles d’Île de France, 1999, 64 p. Sauf précision contraire, les déclarations d’écrivains citées sont tirées de cette brochure.

[2] Dans la pratique, il est très rare que l’auteur soit effectivement contraint de résider sur place, sauf quelques jours par mois.

[3] Il n’est pas inutile d’indiquer quelques éléments de la définition administrative de l’écrivain. Est écrivain celui ou celle qui touche au moins 44 000 francs de droits d’auteur annuels, somme apparemment dérisoire, mais difficile à gagner. Sur 1 956 écrivains inscrits à l’AGESSA (la caisse de sécurité sociale des auteurs), 805 gagnent entre 50 000 et 150 000 francs par an ; 74 gagnent entre 500 000 et 1 million de francs, et 48 plus d’1 million (chiffres de 1997). Le nombre d’«écrivains» pauvres est inconnu; ils n’existent pas.

[4] La Société des gens de lettres réclame la rémunération du prêt en bibliothèque, non par une subvention publique mais par une taxe acquittée par les usagers.

[5] Lire, n° 180, 1991.

[6] En 1998, les revenus accessoires ne pouvaient dépasser la somme de 26 000 F, ce qui représente tout de même plus de la moitié des droits d’auteur « purs » exigés. Au-delà du seuil réglementaire, actualisé chaque année, l’auteur risque d’être orienté vers le régime des professions libérales, tout en continuant à payer des cotisations sur ses droits d’auteur.

[7] C’est d’autant plus vrai que le livre se vend; s’il est un échec commercial, l’éditeur perd l’argent investi.

[8] Invitée par le conseil général de Seine-Saint-Denis à contribuer à un recueil édité à l’occasion de la Journée internationale des femmes l’écrivain Tassadit Imache lui adressa un texte, finalement refusé au motif qu’il donnait une mauvaise image du département. L’écrivain n’en proposa pas d’autre, et prit le risque de rapporter la mésaventure dans Libération (8 mars 2000).

[9] La profession se trouve ainsi dans une situation ante-syndicale (si l’on excepte l’expérience, du Syndicat des écrivains de langue française, en perte de vitesse ces dernières années). On peut évoquer, dans un domaine proche, l’exemple contraire du mouvement des intermittents du spectacle.

Cartographie de l’anarchisme expliquée à mon père (mars 2014)

La maison d’édition canadienne et francophone LUX a entrepris la publication de petits livres de vulgarisation sur l’anarchisme, ce qui est une heureuse initiative qui mérite d’être saluée (pardon pour le cliché).

J’en ai lu deux que je vais évoquer en commençant par le dernier consulté. Celles et ceux qui me lisent depuis longtemps savent que je suis un piètre chroniqueur de livres, au sens où le plus souvent — sauf quand il s’agit de signaler une petite merveille comme Dernier chapitre de Gérard Lambert-Ullmann — j’ai tendance à prendre prétexte de la recension de tel livre pour aborder l’un des thèmes dont il traite, voire pour chicaner l’auteur sur un détail qui occupe un trois cent soixante-douzième de l’ouvrage. Autant vous le dire tout de suite, ça n’est pas moi qui vais changer…

J’ai pourtant fait un effort en rendant compte sur mon blog La Révolution et nous d’un autre livre publié par LUX, précisément écrit par l’un des auteurs du livre dont je vais parler, Francis Dupuis-Déri, à propos du concept de démocratie. Là je sens que mon effort se relâche ; l’âge, sans doute…

anarchie-explique-siteOr donc, Dupuis-Déri publie avec son père Thomas Déri, un livre intitulé L’Anarchie expliquée à mon père. Voilà qui nous change agréablement des sempiternels « …expliqué à ma fille », même si l’effet aurait été mieux ajusté avec une petite présentation pleine d’esprit. Là non, ça commence sec et rêche : « Comme disait déjà Bernard de Chartres au XIIe siècle ».

Le parti pris du dialogue fils-père est plutôt astucieux, même s’il aurait mérité un peu plus de légèreté dans l’exécution. Il s’agit de faire « passer » le maximum de références, de noms et de citations sans avoir l’air de les asséner aux lectrices et lecteurs.

Certes, mais c’est la loi du genre, chaque lectrice ou lecteur un tant soit peu féru(e) d’anarchisme aurait souhaité tel exemple plutôt que tel autre, omis tel penseur, pour mieux mettre tel autre en valeur, etc.

Tel quel, je ne doute pas que le bouquin, d’ailleurs d’une modestie sympathique, puisse éclairer et fournir en pistes de réflexions et de lectures un lectorat curieux.

Ça se gâte !

Page 34, Dupuis-Déri évoque l’anarchisme « officiel », celui qui se revendique comme tel (si j’ai bien compris). À propos de la France, il écrit :

« En France, il est porté par la Fédération anarchiste (FA), dont la première mouture a été fondée au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Elle dispose d’un journal, Le Monde libertaire, d’une librairie à Paris et d’une radio. D’autres organisations existent, comme Alternative libertaire (AL), sans compter les dizaines de collectifs autonomes ou le réseau des squats. »

La première affirmation — selon laquelle l’anarchisme serait en France « porté » par la FA — est ridicule. Il ne suffit pas de mentionner les « dizaines de collectifs autonomes », il faudrait préciser que le total de leurs membres est supérieur au 500 adhérent(e)s — et non pas nécessairement militant(e)s — de la FA. Accessoirement, tant qu’à citer AL, l’auteur pourrait aussi citer l’Organisation communiste libertaire (ou bien ça se sait jusqu’à Québec qu’ils acceptent des patrons lock-outers ?).

Mais l’essentiel n’est pas là. C’est dans une omission monumentale que réside la malhonnêteté de cette description. Pour Dupuis-Déri, littéralement, la Confédération nationale du travail (CNT) n’existe pas ! Or si une organisation a « porté » et pour mieux dire incarné le renouveau de l’anarchisme depuis l’an 2000, c’est évidemment la CNT (et pas du tout la FA, souvent incapable, lors des mouvements sociaux d’importance ces quinze dernières années de trouver un(e) vendeur/deuse pour diffuser le ML dans des manifs de 100 000 personnes). Dupuis-Déri ne peut évidemment ignorer l’existence de la CNT, même s’il peut en sous-estimer l’importance (signalons au passage que le nombre des adhérents de la CNT est entre 4 et 7 fois supérieur à celui des adhérents FA). Il a donc choisi de mentir par omission. Certes, on peut arguer du fait que la CNT est un syndicat anarcho-syndicaliste et non une organisation « spécifique », on peut même défendre un point de vue anti-syndicaliste, ce qui ne me choque nullement. On ne peut juste pas faire ce que Dupuis-Déri a choisi de faire. Le prenant en aussi flagrant délit de mensonge sur un point précis, je me demande ce qu’il en est du reste, sur des faits et des auteurs dont j’ignore tout. C’est l’inconvénient d’être malhonnête… Ça n’incite pas à la confiance.

Une remarque sur le fond, et avant de revenir sur les merveilleux jouets dont « dispose » la FA parisienne : le livre donne, une fois mis de côté l’omission scandaleuse sus-citée, une idée absolument bordélique de l’anarchisme. En partie justifiée, hélas. Ce serait un travail de longue haleine d’examiner la question de savoir si c’est bien cela le « mouvement anarchiste ». L’Auberge espagnole (sans la CNT ! ce qui est un peu fort). Ainsi rencontre-t-on à la page 188 la notation suivante :

« D’autres anarchistes, mais c’est plus rare, proposent l’asexualité, c’est-à-dire l’abstinence, pour ne pas dominer (pour un homme) ni être dominée (pour une femme). »

Vous imaginez la même phrase à propos de n’importe quelle autre tendance du mouvement ouvrier révolutionnaire ?

« D’autres trotskistes, certes minoritaires, ont carrément arrêté de niquer. “Je ne leur propose plus rien, nous déclare l’un d’eux, et elle me foutent la paix !” »

Non, hein ! Eh bien avec les anarchistes, ça passe. On les voit, ces malheureux(ses) « proposer » l’abstinence, c’est-à-dire notez le bien proposer une abstention, un non-agir (des anarcho-boudhistes ?).

Une tendance, rare d’accord, mais tout le monde a le droit de ne pas vivre, et l’addition de tous ces fêlé(e)s… eh bien papa, c’est l’anarchie !

Ayons une pensée émue pour le pauvre Sébastien Faure, partisan de la « synthèse » (dont s’inspire en principe la FA) entre individualistes, anarcho-syndicalistes et communistes libertaires (la « synthèse » étant en réalité une pénible cohabitation). Les anarchaféministes, on comprend ! Quelques chrétiens tolstoïens, passe encore ! Des naturistes vegan, OK ! Mais les j’nique-plus-j’m’en-vante, où voulez-vous les mettre ? (Euh, non chèr(e)s camarades, c’est un malentendu, personne n’avait l’intention…).

Ah ! une coquille à corriger si le livre connaît un retirage : p. 75, la DCRI n’est pas obsédée par une mouvance « anarcho-autonomiste » façon bretonnante, mais « anarcho-autonome ». Il y a sur ce blogue quelques bons textes à lire sur cette chimère.

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J’ai annoncé que j’allais revenir sur l’un des merveilleux outils dont « dispose » la FA, on va voir pour quoi faire, je veux parler du Monde libertaire. Un correspondant m’envoie un supplément gratuit (n° 48) au numéro 1732 de ce quinzomadaire, daté du 27 février 2014. Au milieu de contributions plus ou moins anodines ou même sympathiques, je relève les prestations remarquables de deux crétins. Le premier signe à la une un articulet qui cherche laborieusement à moquer J.-L. Mélenchon pour avoir viré un candidat de son parti, coupable d’avoir publiquement trinqué avec Yves Guéna. Le personnage sévit jadis au cabinet du premier ministre Michel Debré, fut plusieurs fois ministre du général de Gaulle, notamment de l’Information, puis des Postes et Télécommunications, chargé par Pompidou de mettre au pas les radios périphériques trop indépendantes du pouvoir en mai 1968. Bref une belle carrière d’ordure d’État. Sa description dans le Monde libertaire, quinzomadaire de la Fédération anarchiste :

« Yves Guéna, une personnalité respectée par tous à Périgueux, gaulliste, résistant, ancien président du Conseil Constitutionnel, nonagénaire. »

Page 5, maintenant, un galimatias[1] sans titre possible à distinguer, à propos de la censure d’un spectacle du triste Dieudonné, dont il nous est dit, sans rire semble-t-il, qu’il est « accusé d’antisémitisme ». « Accusé », tandis que M. Valls est « spécialiste du racisme anti-immigrés en général et anti-Roms en particulier ». Si M. Valls est tout cela, c’est donc, sous-entend le crétin, que Dieudonné est innocent. Le galimatias se clôt sur un clin d’œil complice à l’intention des ahuris qui croient défier un « système » en reproduisant le signe de ralliement des dieudonnistes, la « quenelle ».

Tout ça est minable, à gerber. Ça n’est pas la première fois, et ça n’est pas la dernière (vive la « synthèse » !).

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Ajout 1. (11 mars [mon papier a été mis en ligne le 9 mars 2014]). Un certain nombre de militant(e)s de la FA ayant refusé de diffuser le « gratuit » évoqué ci-dessus, en raison semble-t-il du seul article signé « Michel », les exemplaires ont été pilonnés. Les deux crétins, non.

Ajout 2. (15 mars). La FA a officialisé sa position par un communiqué dont je tire cet extrait : « Il s’agit bien évidemment d’une erreur, la personne ayant écrit cet article ne fait pas partie de notre organisation et ne représente pas davantage notre position politique. Nous allons rechercher collectivement la source de ce dysfonctionnement. »

Bonne chance !

Pas un mot sur l’éloge de Guéna. Il est vrai que son auteur est bien membre de la FA, lui.

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[1] Dont on peut lire une critique méritoire sur le blogue de Floréal.

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En voilà assez, changeons-nous les idées avec le second livre de cette chronique : Cartographie de l’anarchisme révolutionnaire, de Michael Schmidt.

couv-cartographie-siteL’auteur tient une gageure de même dimension que celle des Déri, résumer en moins de deux cent pages l’histoire d’un mouvement. Cependant, notez l’adjectif « révolutionnaire » dans le titre ! Si les anarchistes dont il est ici question sont abstinents, du cul ou de la bouteille, ils n’en font pas le ressort de leur action. C’est reposant.

Schmidt adopte, pour réécrire l’histoire de l’anarchisme la métaphore des « vagues » successives, la première vague de 1868 à 1894, la cinquième de 1990 à nos jours. Je ne suis pas complètement convaincu de la pertinence de cette métaphore, devenue un lieu commun à propos du féminisme par exemple, mais reconnaissons qu’elle permet de situer des périodes historiques sans être obligé de s’en justifier de manière trop rigoureuse.

On peut faire la même remarque à propos de ce livre qu’à propos du précédent : la nécessité de la concision entraîne des choix, par nature discutables. Mais l’ensemble est tenu et cohérent.

De plus, le choix de déplacer le regard, depuis l’Europe occidentale vers d’autres régions de la planète, Amérique latine, Antilles, Asie, Afrique, etc. est assez rare pour être signalé. Les pistes vers des documents en ligne sont nombreuses et permettent de prolonger utilement la lecture.

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Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38  Thomas Déri & Francis Dupuis-Déri, L’Anarchie expliquée à mon père, 240 p., 10 €.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38  Michael Schmidt, Cartographie de l’anarchisme révolutionnaire, 187 p., 14 €.

FAHRENHEIT 2012, ou LA CENSURE NUMÉRIQUE

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Je remets en ligne ce texte, qui soulignait quelques inconvénients d’un système en préparation. Il en a révélé bien d’autres, une fois appliqué. J’y reviendrai.

 

L’Assemblée nationale a adopté le 22 février 2012 une loi autorisant « l’exploitation numérique des livres indisponibles du XXe siècle ».

Ce texte prévoit la numérisation et l’exploitation commerciale d’un corpus d’environ 500 000 titres (les chiffres varient jusqu’à 700 000) conservés par la Bibliothèque nationale et qui ne sont plus exploités sous forme imprimée.

Outre son caractère évident de réponse à l’offensive sauvage de Google, numérisant des centaines de milliers de volumes sans autorisation de quiconque, et si l’on passe sur le fait (pas insignifiant) que la puissance publique finance une opération qui bénéficiera largement aux éditeurs de textes numériques, l’entreprise a des allures sympathiques de bibliothèque universelle, même si pas gratuite.

La Société des gens de lettres (SGDL), promotrice du projet, et qui s’en félicite dans un communiqué commun avec le Syndicat nationale de l’édition (SNE), l’affirme d’ailleurs dans un texte daté du 27 février : « C’est l’ensemble du corpus des livres indisponibles qui sera numérisé et diffusé sur la base du dépôt légal à la BNF ».

Cette affirmation se trouve immédiatement démentie par les déclarations à Rue 89 (3 mars 2012) de M. Bruno Racine, président de la BNF et de M. Jean-Claude Boulogne… président de la SGDL.

Le premier choisit délibérément un exemple de propagande facile : cela va sans dire, mais c’est encore plus clair en le disant… « un livre comme Mein Kampf ne bénéficiera pas du système ». Je ne sache pas que les livres soit des personnes, même si l’on peut parler de leur « vie » plus ou moins longue. Je crois savoir qu’Adolf Hitler est décédé — mais il est vrai que son corps n’a jamais été identifié de manière certaine — et que les droits sont actuellement détenus par la région de Bavière. Si Hitler est vivant, il peut réclamer des droits ; s’il est mort, le titre n’est pas encore tombé dans le domaine public, puisqu’il faut compter 70 ans après le décès de l’auteur. Qu’importe, M. Racine ne parle pas de droit d’auteur, mais d’idéologie.

En effet, contrairement à ce qu’affirme la SGDL pour faire la publicité du projet qu’elle promeut[1], il n’est pas du tout question de publier sous forme numérique, sans exception, tous les livres publiés au XXe siècle — romans et essais —indisponibles en librairies. Se pose donc la sempiternelle et épineuse du pouvoir : qui décidera ? C’est-à-dire, parlons clairement, nous qui ne sommes pas affiliés à la SGDL : Qui seront les censeurs chargés de réviser l’intégralité de la production éditoriale du siècle précédent, et comment procéderont-ils ?

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On peut supposer que ce point sera tranché dans les décrets d’application de la loi. Ses publicitaires ont néanmoins quelques idées. Ainsi, M. Jean-Claude Bologne souhaiterait voir installer « un comité de vigilance » appelés à étudier les « livres sensibles ». D’après la rédaction de l’article de Rue 89, on suppose que l’expression « comité de vigilance » est de M. Bologne. C’est une manière charmante de revisiter le vocabulaire politique du siècle considéré ; on a connu un « Comité de vigilance des intellectuels antifascistes », fondé en 1934. Le comité de vigilance de M. Bologne sera un comité de censure. Les mots se dévaluent… Lire la suite

Pour la libre circulation des idées (2007)

L’Atelier du gué, sympathique éditeur, fait [toujours] circuler cette pétition de soutien à l’édition indépendante et aux revues littéraires.

En tant qu’écrivain, collaborateur de revues et lecteur, je ne peux que m’associer à ce texte (ici reproduit tel qu’il est proposé à la signature par ses rédacteurs).

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La Poste est un des outils privilégiés de diffusion des livres et revues littéraires des éditeurs indépendants, auprès des libraires, des bibliothèques et du public.

Or, les transformations de La Poste, l’abandon des tarifs particuliers ou intermédiaires, la libéralisation des services, les fermetures de bureaux, mettent aujourd’hui leur existence en danger. Ceci porte préjudice aux écrivains, à la création littéraire, aux éditeurs, aux libraires, aux lecteurs, comme à toute la chaîne du livre (graphiste, photographe, imprimeur…).

Des tarifs postaux abusifs, la réduction programmée à l’accès des tarifs « presse » par de nouvelles contraintes administratives, l’abandon des tarifs réduits (« coliéco » « sacs postaux de librairies »… le refus de La Poste d’appliquer le tarif « livres et brochures » sur le territoire national), etc… remettent en question la pérennité de l’édition indépendante, et par voie de conséquence, entravent le droit d’expression, réduisent l’économie du livre et affaiblissent la démocratie.

Des centaines de petites structures éditoriales sont aujourd’hui contraintes à réduire ou à cesser leur activité.

Les soussignés s’inquiètent de cette situation et demandent à l’État, aux ministères concernés et à la direction de l’entreprise publique La Poste de créer un tarif préférentiel pour les livres et les revues (indépendamment, pour celles-ci, de l’attribution, ou non, d’un numéro de commission paritaire), afin de garantir pour demain la diversité culturelle et la libre circulation des idées.

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On peut s’associer à la pétition en cliquant ici.

Handke, « témoin » gênant ou pas gêné ? (2006)

Un de mes lecteurs s’étonne de ne pas trouver mon nom au bas d’une pétition intitulée « Ne censurez pas l’œuvre de Peter Handke », signée par une vingtaine d’auteur(e)s, dont au moins quatre sont connu(e)s. Après tout, ne suis-je pas, certes à mon corps défendant, une espèce d’autorité en la matière ?

En effet, j’ai toujours affirmé mon opposition à toute espèce de censure, y compris lorsqu’elle vise des ouvrages à mes yeux détestables. Il ne s’agit pas d’un principe de morale abstrait mais d’une loi historique à laquelle on ne connaît pas d’exception : toute loi de censure utilisée contre tel ouvrage (que je déteste) sera utilisée quelque jour contre tel autre (que j’approuve ou dont je suis l’auteur). Il est impossible de déléguer à l’État l’exercice de la « censure philosophique » que je pratique comme tout le monde, chaque jour, comme lecteur de journal, militant, auditeur de radio, etc. C’est à moi et collectivement à nous de réfuter les textes dangereux, de rétablir des vérités, voire de couvrir de goudron et de plumes un empereur ou son valet.

Encore faut-il, et c’est l’un des enjeux de l’affaire Handke, se mettre d’accord sur ce que l’on nomme censure.

Peter Handke a -t-il vu l’un de ses ouvrages interdits par un arrêté du ministère de l’Intérieur ? Ou bien un jugement est-il venu interdire de facto la réédition d’un roman ou d’une pièce ? A-t-on mis fin aux représentations d’une pièce de théâtre pour offense aux bonnes mœurs ?

Force est de répondre par la négative à ces questions. Lire la suite