Hacker sa propre éducation…

Le discours (en 2015) d’un garçon de 13 ans, Logan Laplante, amoureux de liberté et de poudreuse, certes pas issu du sous-prolétariat, exfiltré par ses parents du système scolaire traditionnel à l’âge de 9 ans (et non 13, son âge quand il est filmé, contrairement à ce qu’annonce le surtitre) — dont l’aisance et la distance par rapport à tous les programmes éducatifs ont de quoi faire réfléchir toutes et tous.

Un moment de grâce et d’intelligence: cadeau!

À Mayotte, un enfant de cinq ans seul face à son juge : où est le problème ?

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Cela commence comme une histoire banale à Mayotte : une petite embarcation de fortune, dénommée «kwassa-kwassa», est interceptée par les forces de police en provenance des Comores. La police débarque hommes, femmes et enfants et le préfet ordonne l’enfermement des passagers au centre de rétention de Pamandzi, pour préparer leur expulsion.

Parmi eux, le jeune D. a cinq ans et il voyage seul : mineur isolé en danger qui aurait dû bénéficier en urgence d’une prise en charge sociale.

Sauf à Mayotte, où la police et le préfet ont trouvé la parade : si les enfants seuls ne peuvent pas être expulsés, il suffit, au moment de leur interpellation, de les rattacher arbitrairement à n’importe quel passager majeur du « kwassa-kwassa » en obtenant qu’il se déclare pour la circonstance père, oncle ou cousin de l’enfant et s’engage à le prendre en charge. C’est ce stratagème grossier qui a permis en l’espèce l’enfermement du jeune D. censé « accompagner » un père d’attribution en centre de rétention puis expulsé avec lui.

Mais pour une fois, l’affaire ne s’arrête pas là. Un recours est formé en urgence au nom de l’enfant devant le tribunal administratif de Mayotte contre son placement en rétention et l’ordre d’expulsion qui, visant le père d’attribution, autorise aussi l’expulsion de l’enfant.

Et c’est un spectacle lamentable qui se donne à voir : le jeune D., 5 ans, est là, sorti du centre de rétention pour assister à l’audience. Il ne parle pas le français, il n’a ni représentant légal, ni interprète. Personne n’a pris la peine de lui expliquer les tenants et les aboutissants de sa présence dans une enceinte où le juge figure sur un écran de télé … C’est la visio-conférence, la transmission est mauvaise, l’audience presque surnaturelle. Au bout d’un temps, la secrétaire du greffe entreprend de traduire certaines des questions posées par le juge à l’enfant et certaines des réponses de l’enfant. La connexion de la visio-conférence est interrompue. L’audience reprend. L’homme qui d’après la police avait accepté d’être le père de l’enfant revient sur cette déclaration.

Le délibéré est rendu sur le champ, sans aucune suspension de séance, et manifestement sans hésitation. Pour le juge administratif, le préfet a décidé d’enfermer et d’expulser cet enfant soi-disant en parfaite conformité avec son intérêt supérieur garanti par la convention internationale des droits de l’enfant. Personne n’explique le sens de ces propos à D. que la police ramène au centre de rétention avant de l’expulser.

L’affaire est emblématique. Emblématique d’une fusion parfaite entre le fond et la forme, entre la fin et les moyens. Ici, la procédure, ou son simulacre, ne parvient plus à masquer la brutalité des politiques migratoires qui sont à l’œuvre.

11 avril 2016

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé)


Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Groupe d’information et de soutien des immigré⋅e⋅s (Gisti)

Un appel contre le jugement rendu par le tribunal administratif de Mayotte a été déposé auprès du Conseil d’État. L’Anafé et le Gisti se portent intervenants volontaires.

Voir sur le site de l’Anafe  

La sensualité littéraire de Patrick Grainville

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Ayons une pensée (émue) pour les travailleurs intellectuels en cette période de lutte contre une loi de précarisation (laquelle ils connaissent si bien que l’on a inventé pour eux l’appellation «intellos précaires»): voici, une fois n’est pas coutume, une escarmouche littéraire.

Je lisais le dernier supplément «Livres» du Monde, lorsque je suis tombé sur un article de M. Vincent Roy, consacré à l’éloge d’un roman récent de M. Patrick Grainville, Le Démon de la vie. Je ne les connais ni l’un ni l’autre, même si j’ai lu un livre du second, dont j’ai oublié jusqu’au titre.

Cet écrivain hypersensuel est devenu, au fil de son œuvre considérable, un expert en démonologie

…nous apprend M. Roy.

Dans son dernier roman, M. Grainville évoque, nous dit-on, la passion fusionnelle de deux adolescents, Louise et Luc, ainsi que l’évasion d’un tigre, auxquels les amoureux souhaitent de rester libres.

Et pourquoi pas, en effet?…

C’est le moment pour M. Roy de nous donner envie de lire le livre «hypersensuel» de M. Grainville.

Pas facile le métier de critique, mal payé de surcroît. Mais bon, spontanément ou sur ordre, M. Roy souhaite nous donner une bonne impression de la giga sensualité de M. Grainville. Il choisit donc l’extrait suivant, concernant les sentiments des ados pour le tigre évadé, auxquels ils s’identifient (ben si! parce que eux non plus, tu vois, ils ne veulent pas se laisser domestiquer…):

Gênés, […] ils se demandaient même si dans l’enthousiasme aveugle qui les rangeaient dans le camp du tigre ils n’en acceptaient pas sourdement toutes les conséquences, sombrant dans un abîme de désir où ils espéraient de la bête libérée une apothéose effrayante.

L’enthousiasme est «aveugle» et l’acceptation «sourde»… Je suppose que c’est dans la réunion en une même phrase de ces calamités physiques — et stylistiques — que nous sommes invités à repérer l’hypra sensualité de l’auteur…

Ah! sombrer dans «l’abîme du désir» pour une «apothéose effrayante»… Qui n’en a pas rêvé?

En voilà de la littérature qu’elle vous en fout plein la vue. C’est un métier! y’a pas à dire…

Soyons sérieux, si cette pitoyable daube est de la littérature, sensuelle de surcroît, je me demande si je ne publie pas sans le savoir, depuis quelques décennies, des catalogues de vente par correspondance.

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Allez savoir pourquoi, cette pénible évocation du livre de M. Grainville m’a fait songer à une exposition proposée par le Musée de la poste sur une campagne de solidarité par le timbre avec les «chômeurs intellectuels» (sic), dans les années 1930-1940.

 

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Coucou mon fan club!

Comme disait l’autre, parfois on aimerait avoir des ennemi(e)s moins niais(e)s, mais bon…

Par ailleurs, il serait cruel de laisser dans l’ombre les petits crachats par lesquels ils/elles espèrent se hausser du col en me visant. Après tout, nous appartenons à la même espèce, n’est-ce pas! On peut bien s’entraider…

Aujourd’hui «Le plateau de fromages assassin» ou entretien avec une patate (et ça n’est pas moi qui le dit).

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