« Suicide » de Robert Boulin, mode d’emploi

L’affaire du décès du ministre Robert Boulin connaît en juin 2007 une nouvelle actualité, à la fois judiciaire et éditoriale.

Je reproduis ici les trois pages qui lui sont consacrées dans le livre Suicide, mode d’emploi, publié en 1982.

On se souviendra, à leur lecture, que les doutes sur les causes de la mort de Boulin étaient publics, et notamment évoqués de manière détaillée dans un best-seller vendu à plus de cent mille exemplaires.

On découvrira surtout que la famille du ministre a d’abord admis la thèse du suicide, avant de la mettre en doute à la suite d’une seconde expertise, pratiquée en 1983, qui critiquait les lacunes du premier examen.

Le 15 septembre 1992, la chambre criminelle de la Cour de cassation a voulu clore le dossier en rejetant le pourvoi formé par la famille qui espérait voir ordonner un supplément d’information. L’action menée aujourd’hui (2007) par la fille de Robert Boulin n’est donc en rien l’effet d’une dénégation d’ordre religieux ou philosophique. Elle a cru au suicide de son père, avant de changer d’avis devant l’accumulation de faits et de témoignages troublants.

J’ai été amené à pratiquer quelques corrections mineures dans le texte, qui prenait place en conclusion d’un chapitre intitulé « Le massacre d’État », consacré pour l’essentiel aux décès suspects des militants de la Fraction armée rouge (RAF) allemande. Le seul passage censuré, en conformité avec la loi de 1987 réprimant la « provocation au suicide » — le nom et la dose d’un médicament — est indiqué comme tel.

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Le ministre et les terroristes

Le 7 novembre 1979, le Premier ministre Raymond Barre déclare à la tribune de l’Assemblée qu’il « n’y a pas d’affaire Boulin[1] », comme Méline déclarait au sénat, le 7 décembre 1897, qu’il « n’y a pas d’affaire Dreyfus ». Le ministre du Travail Robert boulin a été retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet, le 30 octobre 1979. Quoique compromis dans une affaire immobilière, on parle de lui comme futur Premier ministre. Il a prié son fils Bertrand de mettre fin aux activités de l’association « SOS Enfants[2] ». Dans une longue déclaration publiée après sa mort, il proteste de son innocence, dénonce un complot politique ourdi contre lui, et en désigne le chef dans la personne du garde des Sceaux Alain Peyrefitte.

La presse, coupable d’avoir publié le dossier immobilier (en particulier Le Canard enchaîné et Minute) est violemment attaquée, y compris par les staliniens, dont le chef Marchais a été mis en cause auparavant à propos de sa présence en Allemagne en 1942. Peyrefitte se dérobe à la télévision : « La tombe de M. Boulin est à peine refermée […]. Tout le monde comprendra que son nom ne soit pas prononcé. C’est une question de décence et de dignité. » Valéry Giscard d’Estaing, qui avait bruyamment salué en son temps l’action des assassins des membres de la dite « Bande à Baader » (« Votre victoire est une victoire de la démocratie », écrivait-il au chancelier Schmidt), se pique lui aussi de dignité : « Laissons désormais les morts enterrer les morts. » Il est vrai que le régime ne manque pas de cadavres : Boulin, Fontanet, Journiac, De Broglie, pour ne parler que de ceux qui portent l’estampille gouvernementale.

Chaban-Delmas parle d’assassinat, mais ce n’est qu’une façon de parler ; il pense à la volonté de nuire de ceux qui ont divulgué le dossier immobilier. À l’inverse, le sénateur Marcilhacy pèse ses mots.

 

Une affaire Boulin ?

 Par trois fois Pierre Marcilhacy, qui assure avoir eu connaissance de « l’entier dossier relatif à l’enquête sur la mort de l’ancien ministre », rejette l’hypothèse du suicide : « Jusqu’à ce que preuves du contraire me soient fournies, je ne comprends ni pourquoi Robert Boulin se serait suicidé dans une affaire qui pouvait compromettre sa carrière ministérielle mais non entamer son honneur, ni comment il a pu tout seul mettre fin à ses jours […]. Je continue de penser que Robert Boulin ne s’est pas suicidé parce que j’attends qu’on me prouve comment on peut se suicider dans les conditions où on l’a retrouvé[3] ». Les articles de Marcilhacy et le dossier publié par Minute [4] permettent de faire le point sur les obscurités de l’enquête.

Boulin est-il mort noyé ? Oui, répond le procureur de la République de Versailles ; les médecins Bailly et Deponge ont constaté la présence d’eau dans les poumons. Non, réplique Marcilhacy, qui propose « des vérifications sur le dossier » (qu’il dit avoir lu, rappelons-le). En admettant que Boulin ait été sous l’effet du [censuré], dont on a retrouvé une faible dose dans les viscères, la chute par laquelle on explique les griffures constatées sur son visage aurait dû le réveiller. De même l’immersion brutale dans l’eau de l’étang à 10°.

On ignore toujours le nom des destinataires des lettres envoyées par Boulin, et leur contenu exact. Marcilhacy affirme que les lettres connues sont des photocopies, ce que dément le parquet. Minute avance l’hypothèse que la première ligne de la déclaration envoyée aux journaux — « J’ai décidé de mettre fin à mes jours » — a pu être ajoutée après coup, tirant argument de ce qu’elle est décalée par rapport au reste du texte. La photo prise par la police lors de la découverte du corps montrerait que la victime semble se protéger le visage du bras.

L’heure de la mort, fixée officiellement, et arbitrairement, vers 20 heures, reste mystérieuse. Il semble qu’on ait voulu réduire au minimum le « trou » dans l’emploi du temps du ministre entre son arrivée à Montfort-l’Amaury et sa mort à l’Étang-Rompu (entre 1 h 30 et 3 h 45, selon les versions). La famille n’obtiendra jamais le rapport de gendarmerie, ni le rapport d’autopsie.

 

Puissant ou misérable

Où l’on voit que la dépouille d’un ministre ne mérite pas plus d’égards que celle d’un terroriste. L’État méprise ses commis autant que ses ennemis. La différence est ailleurs. Le « suicide » de Baader révélait la perversité du desperado, celui de Boulin [comme plus tard celui de Bérégovoy] grandit le personnage. On commente peu son geste dans la presse. C’est à peine si l’on tente d’accréditer l’explication de la dépression, démentie par le médecin traitant et la famille. Ce sont ses proches, retenant sans réserve la thèse du suicide, qui parlent. « Mon mari s’est donné la mort comme on entre dans la Résistance, dégoûté par cette magouille qu’il voyait se développer autour de lui. Ce n’est pas un suicide, c’est un geste symbolique pour que le monde prenne conscience de l’abaissement moral qui se manifeste[5]. » Bertrand Boulin a l’élégance de conserver intacte sa conviction que le suicide peut être une solution. Écartant, de manière à nos yeux désinvolte, les doutes et les rumeurs, il croit y discerner « un tabou devant le suicide, devant la mort […]. Les gens n’y croient pas, surtout quand ce n’est pas matériellement explicable [sic], quand c’est pour des raisons de fond. J’ai connu, par exemple, des suicides de bonheur. Pour les gens c’est inacceptable. Il n’y a pas de jugement à porter sur le suicide. Ce n’est pas un acte moral. C’est un acte physique de courage personnel[6] ».

On comprendra que nous jugions aussi peu convenable, pour justifier le silence sur les faits, d’invoquer la grandeur d’un geste ou la raison d’État. L’hommage rendu par Bertrand boulin à son père n’est pas sans émouvoir. Mais son empressement à corroborer la version officielle ne peut servir aucune vérité.

S’il nous paraît impossible, en l’état de nos informations, de trancher pour ou contre le suicide de Robert Boulin, l’examen approfondi du dossier fait douter du caractère fortuit des contradictions et maladresses de la thèse officielle. On a pu vouloir dissimuler l’essentiel, au moins n’a-t-on pas jugé utile de dissiper tout à fait le doute. Entre le suicide et l’assassinat, il y a, n’est-ce pas, le « suicide secondé » cher à Binet-Sanglé[7]. Quelles qu’aient été les circonstances exactes de son décès, Boulin aura sans doute favorisé le réveil d’une fraction gaulliste méprisée et manipulée par le pouvoir giscardien.

Le spectacle, cette fois, était à l’intérieur, tant le pouvoir d’alors s’était bercé de l’illusion que là veillaient ses seuls ennemis. La mort de Boulin est un drame à usage interne. L’opinion publique (ou les masses réduites à l’état d’objet domestique) n’y est pas conviée. On la laisse à la paix des chaumières quand la guerre est au palais.

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[1] Il semble aujourd’hui — 2007 — que le même déclare qu’on lui a annoncé la mort de Boulin avant l’heure de la découverte officielle du corps.

[2] Voir Ma vérité sur mon père, Stock, 1980.

[3] « Je n’aime pas ça », Le Monde, 3 novembre 1979 ; « Le suicide impossible », Le Matin, 29-30 octobre 1980.

[4] 5 au 11 novembre 1980.

[5] Libération, 10-11 novembre 1979.

[6] Libération, 8 février 1980.

[7] Sur ce médecin adepte de l’euthanasie, voir Le Droit à la mort. Suicide, mode d’emploi, ses lecteurs et ses juges, Éditions IMHO.

Alexis Carrel, ce méconnu ?

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e texte a été publié dans la revue No Pasaran (janvier 1997, n° 43), organe du réseau du même nom et du groupe Scalp-Réflex.

Éloigné des positions dites « antifascistes », jugées par moi réductrices et confusionnistes, j’avais décliné, en janvier 1996, l’amicale proposition d’un billet régulier dans cette revue. Certaines péripéties de la lutte des sans-papiers devaient néanmoins me rapprocher des militants du Scalp-Réflex, jusqu’à la débandade de la guerre du Kosovo. À propos de ce dernier épisode, on se reportera au texte « De la confusion comme “dégât collatéral” », refusé par No Pasaran, et reproduit en annexe de Dommages de guerre.

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Prix Nobel 1912 de médecine et de physiologie, Carrel avait découvert sa vocation en assistant à l’agonie du président de la république Sadi Carnot, poignardé à Lyon, en 1894, par le compagnon anarchiste Caserio. « Je me résolus à prévenir le retour de ce genre d’accident » écrivait Carrel, qui tint doublement parole, puisqu’il devint le spécialiste de la suture des vaisseaux sanguins (et le pionnier des greffes de vaisseaux et d’organes), et se fit l’apologiste d’un fascisme scientifique.

L’Homme cet inconnu, vendu à des centaines de milliers d’exemplaires, depuis 1935 jusqu’à nos jours[1], défend des thèses autoritaires, misogynes, et racistes, prétendument fondées sur des données biologiques. Selon Carrel, les prolétaires « doivent leur situation à des défauts héréditaires de leurs corps et de leur esprit. » Pour parvenir à « une aristocratie biologique héréditaire », le médecin préconise de « favoriser l’union des meilleurs éléments de la race. » Quant aux criminels les plus endurcis, « un établissement euthanasique, pourvu de gaz appropriés, permettrait d’en disposer de façon humaine et économique. » Dans une préface de 1939, Carrel déplore l’affaiblissement des « grandes races blanches » : « La civilisation occidentale […] s’achemine vers la dégénérescence grâce à la stérilité des groupes humains les plus forts et les plus intelligents. » Il rend hommage à « la jeunesse de l’Allemagne et celle de l’Italie […] animées par la foi qui les pousse à se sacrifier pour un idéal. »

Rien d’étonnant donc (je l’ai montré plus longuement ailleurs[2], à ce que Carrel ait séduit les théoriciens de la nouvelle droite qui se sont employés à le remettre au goût du jour, en minimisant, avec le concours d’anciens collaborateurs du maître, le caractère raciste et pronazi de ses écrits. C’est ainsi qu’Yves Christen a dirigé un ouvrage collectif intitulé Alexis Carrel, l’ouverture de l’homme [3], avant d’écrire lui-même une « suite » à L’Homme, cet inconnu, intitulée L’Homme bioculturel [4], livre qui s’ouvre « délibérément » sur les dernières phrases de celui de Carrel. De son côté, Alain de Benoist cite élogieusement Carrel, dès 1977, dans son Vu de droite [Éd. Copernic, 1977]. Par la suite, tout en continuant à se vendre dans les bibliothèques de gares, Carrel a été utilisé comme caution « scientifique » par Le Pen, Bruno Mégret et consorts[5].

La dernière tentative de réhabilitation vient d’un André Mure, romancier obscur, mais ancien adjoint à la Culture de la ville de Lyon, et ancien chargé de mission au cabinet de Jack Lang[6]. La ligne de défense qu’il adopte en faveur de Carrel n’est pas originale, c’était déjà celle de la nouvelle droite : tout ce que l’on peut reprocher au grand savant appartient à son époque, la critique de ses positions racistes et pronazies est malveillante ou anachronique. Au passage, ce sont de bien étranges réflexions qui apparaissent sous sa plume, dont je vais donner deux exemples.

Ayant, semble-t-il, admis la guérison médicalement inexplicable d’un « miraculé » de Lourdes, Carrel aurait été contraint de quitter Lyon au début du siècle, en butte à une cabale anticléricale. C’était, écrit André Mure, « aux alentours de 1900, en pleine affaire Dreyfus qui déchirait le pays entre Juifs et anti-Juifs (p. 10)[7] » ! Ainsi donc, il fallait être juif pour prendre le parti de Dreyfus ! Si la société était en effet partagée, c’était entre dreyfusards et antidreyfusards. Si ces derniers étaient antisémites, rien ne permet de mesurer la proportion de juifs parmi les premiers (et quel intérêt, sinon pour un antisémite ?).

Déplorant le retour, dans la jeunesse, de « l’intolérance » et du « sectarisme », à propos des crimes commis pendant la deuxième guerre mondiale, Mure écrit : « Mais il fallait punir tous ceux qui avaient participé au génocide nazi, même de manière passive, comme ces fonctionnaires de Vichy arrêtant des juifs. (p. 78)[8] » On aurait préféré, c’est un euphémisme, voir plus « passifs » encore les fourriers de la machine d’extermination nazie…

L’excuse d’époque

 « Carrel, bien que très ami avec de nombreux Juifs qu’il appréciait et admirait beaucoup, notamment ceux de la Fondation Rockefeller [A.C. vivait aux États-Unis], se laissait aller dans les conversations privées à des lieux communs du style : “Les Juifs sont partout…” ou à parler des “nègres”. Il n’était pas le seul dans ce cas, et, jusqu’à 1945, c’était le vocabulaire courant qui ferait bondir aujourd’hui (p. 24). »

« Il est vrai qu’avant la guerre l’eugénisme n’avait pas sa résonance d’aujourd’hui, et même les gens de gauche négligeaient — ou glissaient — sur les prises de positions dans un domaine qui gênait les catholiques pointilleux (p. 51) [allusion à une critique de L’Homme, cet inconnu publiée dans la revue Esprit]».

« En réalité, Hitler n’était pas encore au pouvoir quand le livre fut pensé et écrit. (p. 57) »

« [Carrel] portait des jugements tranchés. mais si on les replace dans le vocabulaire, le contexte de l’époque, avec ses connaissances, que lui reprocher de sérieux ? Les étrangers nous considèrent avec étonnement, quand ils nous voient massacrer [sic] nos gloires les mieux établies… Ne jouons pas avec notre patrimoine. Nos grand hommes, tout comme nos vieilles pierres, valent mieux que cela. (p. 88) »

Le plaidoyer de M. Mure, comme ceux de ses prédécesseurs, fonctionne comme un tour de prestidigitation : on ne peut pas dire que mon client était raciste, puisqu’à l’époque, tout le monde était raciste ; et d’ailleurs, puisque tout le monde l’était, ça ne pouvait pas être grave. De plus, racisme et eugénisme n’ont pris tout leur sens qu’avec la mise en pratique nazie. Ce procédé me paraît particulièrement intéressant en ce qu’il utilise au service des pronazis d’époque, et de leurs idées, une vérité historique généralement niée : la théorie et la pratique nazie dans le domaine de l’eugénisme raciste trouvent leurs racines dans des théories et des pratiques très répandues dans les trente premières années du siècle, dans les dites démocraties, notamment dans les élites scientifiques. Ou de manière plus provocatrice : les nazis mettent en pratique jusque dans ses plus extrêmes conséquences meurtrières, en en exagérant notamment la paranoïa antisémite, un programme déjà partiellement élaboré et pratiqué par les démocraties, l’élimination des individus jugés « tarés ». En 1904, Francis Galton, cousin de Darwin et fondateur de l’eugénisme moderne, inaugure une chaire d’eugénique à l’université de Londres. Il espère contribuer à « l’extinction progressive des races inférieures ». En France, le prix Nobel de médecine 1913 Charles Richet ne comprend pas « par quelle aberration on peut assimiler un Nègre à un Blanc ». On pourrait multiplier les exemples, d’un courant dont Carrel est le représentant le plus connu, du fait du succès persistant de L’Homme, cet inconnu. On peut aussi rappeler les milliers de malades mentaux stérilisés de force aux États-Unis ou dans certains pays scandinaves.

Certains libertaires mêmes, et leurs compagnons de route, n’ont pas échappé aux séductions du projet eugénique, dont ils n’ont pas vu la contradiction avec les principes antiautoritaires. En 1909, Paul Robin, éducateur anarchiste et néo-malthusien, était d’avis de pratiquer la stérilisation « sans leur demander leur avis à tous les fous internés, aux criminels, aux violents surtout, à tous les inaptes ou inadaptables ». Plus tard, le Dr Binet-Sanglé, réformiste sincère, proche du mouvement néo-malthusien, et très influencé par les théoriciens anarchistes, estimera que « l’infanticide des dégénérés, le meurtre des idiots et des mélancoliques incurables ainsi que le suicide secondé sont parfaitement rationnels. (1919) » Et ailleurs, il propose « d’encourager le suicide des mauvais générateurs et, à cet effet, de créer un institut d’euthanasie, où les dégénérés fatigués de la vie seront anesthésiés à mort à l’aide de protoxyde d’azote ou “gaz hilarant”. (1918) » Cette dernière citation, tirée du Haras humain, suffit à priver Carrel du titre, peu enviable et historiquement peu pertinent, d’ « inventeur des chambres à gaz[9] » qu’on lui a rétrospectivement attribué pour mieux le déconsidérer.

Lire Carrel aujourd’hui peut certes être utile, à condition que ses textes soient disponibles dans une édition critique, et non comme c’était le cas de L’Homme, cet inconnu dans l’édition Presses Pocket (vendue jusqu’en 1992) présentés comme un innocent « ensemble de données scientifiques », sur lesquelles le préfacier, le Dr Robert Soupault[10], se refusait à tout commentaire, feignant de « laisser le lecteur entièrement livré à sa propre analyse et à son propre jugement ». Manière extrêmement perverse d’attribuer au racisme le statut d’opinion, susceptible de discussion, dans le même temps où l’on reconnaît le bien fondé de ses justifications pseudo-scientifiques. C’est précisément là ce que nous avons « à reprocher de sérieux » à Carrel et à ses actuels défenseurs.

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[1] La multiplication des polémiques, notamment à propos de la dénomination de la faculté de médecine de Lyon, semblent avoir poussé les éditeurs Presses-Pocket et Plon à l’autocensure. Les deux versions (poche et grand format) sont annoncées indisponibles, sans projet de réimpression (décembre 1996).

[2] Claude Guillon, De la Révolution, 1989, l’inventaire des rêves et des armes, Éditions Alain Moreau ; cf. notamment chapitre IV.

[3] Éditions du Félin, 1986.

[4] Éditions du Rocher, 1986.

[5] Voir à ce sujet L’Homme, cet inconnu ? Alexis Carrel, Jean Marie Le Pen et les chambres à gaz, Lucien Bonnafé, Patrick Tort, Syllepse, 1992.

[6] Alexis Carrel, éditions LUGD, Lyon, 2e trimestre 1996.

[7] C’est moi qui souligne.

[8] Idem.

[9] C’est le titre donné par Libération à un entretien avec Jean-Pierre Cambier. Texte reproduit en fac-similé dans le livre d’André Mure, pp. 80 et 81.

[10] Sur ce personnage cf. « Le nazisme, la “race” et la loi ».