“RÉGÉNÉRATION” ~ n° 25 (automne 2018)

Je reproduis ci-dessous la une du n° 25 de Régénération et, selon mon goût, une page distinguée (et colorisée) par moi sur une école libertaire, sujet trop peu traité au regard du flot d’éloges déversés – y compris dans le milieu libertaire – sur «l’école républicaine» parée de toutes les vertus.

On peut télécharger le numéro au format pdf en cliquant ici.

Premier appel de l’Assemblée des assemblées réunie à Commercy

Nous, Gilets Jaunes des ronds-points, des parkings, des places, des assemblées, des manifs, nous sommes réunis ces 26 et 27 janvier 2019 en «Assemblée des assemblées», réunissant une centaine de délégations, répondant à l’appel des Gilets Jaunes de Commercy.

 

Depuis le 17 novembre, du plus petit village du monde rural à la plus grande ville, nous nous sommes soulevés contre cette société profondément violente, injuste et insupportable. Nous ne nous laisserons plus faire ! Nous nous révoltons contre la vie chère, la précarité et la misère. Nous voulons, pour nos proches, nos familles et nos enfants, vivre dans la dignité. 26 milliardaires possèdent autant que la moitié de l’humanité, c’est inacceptable. Partageons la richesse et pas la misère ! Finissons-en avec les inégalités sociales ! Nous exigeons l’augmentation immédiate des salaires, des minimas sociaux, des allocations et des pensions, le droit inconditionnel au logement et à la santé, à l’éducation, des services publics gratuits et pour tous.

 

C’est pour tous ces droits que nous occupons quotidiennement des ronds-points, que nous organisons des actions, des manifestations et que nous débattons partout. Avec nos gilets jaunes, nous reprenons la parole, nous qui ne l’avons jamais. Et quelle est la réponse du gouvernement? La répression, le mépris, le dénigrement. Des morts et des milliers de blessés, l’utilisation massive d’armes par tirs tendus qui mutilent, éborgnent, blessent et traumatisent. Plus de 1.000 personnes ont été arbitrairement condamnées et emprisonnées. Et maintenant la nouvelle loi dite «anti-casseurs» vise tout simplement à nous empêcher de manifester. Nous condamnons toutes les violences contre les manifestants qu’elles viennent des forces de l’ordre ou des groupuscules violents. Rien de tout cela ne nous arrêtera ! Manifester est un droit fondamental. Fin de l’impunité pour les forces de l’ordre! Amnistie pour toutes les victimes de la répression!

 

Et quelle entourloupe que ce grand débat national qui est en fait une campagne de communication du gouvernement, qui instrumentalise nos volontés de débattre et décider! La vraie démocratie, nous la pratiquons dans nos assemblées, sur nos ronds-points, elle n’est ni sur les plateaux télé ni dans les pseudos tables rondes organisées par Macron. Après nous avoir insultés et traités de moins que rien, voilà maintenant qu’il nous présente comme une foule haineuse fascisante et xénophobe. Mais nous, nous sommes tout le contraire : ni raciste, ni sexiste, ni homophobe, nous sommes fiers d’être ensemble avec nos différences pour construire une société solidaire. Nous sommes forts de la diversité de nos discussions: en ce moment même des centaines d’assemblées élaborent et proposent leurs propres revendications. Elles touchent à la démocratie réelle, à la justice sociale et fiscale, aux conditions de travail, à la justice écologique et climatique, à la fin des discriminations. Parmi les revendications et propositions stratégiques les plus débattues, nous trouvons: l’éradication de la misère sous toutes ses formes, la transformation des institutions (RIC, constituante, fin des privilèges des élus…), la transition écologique (précarité énergétique, pollutions industrielles…), l’égalité et la prise en compte de toutes et tous quelle que soit sa nationalité (personnes en situation de handicap, égalité hommes-femmes, fin de l’abandon des quartiers populaires, du monde rural et des outres-mers…).

Nous, Gilets Jaunes, invitons chacun avec ses moyens, à sa mesure, à nous rejoindre. Nous appelons à poursuivre les actes (acte 12 contre les violences po-licières devant les commissariats, actes 13, 14…), à continuer les occupations des ronds-points et le blocage de l’économie, à construire une grève massive et reconductible à partir du 5 février. Nous appelons à former des comités sur les lieux de travail, d’études et partout ailleurs pour que cette grève puisse être construite à la base par les grévistes eux-mêmes. Prenons nos affaires en main ! Ne restez pas seuls, rejoignez-nous ! Organisons-nous de façon démocratique, autonome et indépendante ! Cette assemblée des assemblées est une étape importante qui nous permet de discuter de nos revendications et de nos moyens d’actions. Fédérons-nous pour transformer la société! Nous proposons à l’ensemble des Gilets Jaunes de faire circuler cet appel. Si, en tant que groupe gilets jaunes, il vous convient, envoyez votre signature à Commercy:

assemblee-desassemblees@gmail.com

N’hésitez pas à discuter et formuler des propositions pour les prochaines «Assemblées des assemblées», que nous préparons d’ores et déjà.

 

Macron démission !

 

Vive le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple !

 

L’Assemblée des assemblées

Commercy, le 27 janvier 2019.

 

Caen la rebelle ~ Deux samedis d’émeute

RIC, Européennes, on s’en fout
On ne vote pas, on lutte!

LE VENT DE COLÈRE QUI SOUFFLE depuis deux mois a commencé à faire reculer le gouvernement. Gilets jaunes, exploité·e·s, mal logé·e·s à Marseille, lycéens et lycéennes, et autres révolté·e·s, nous avons repris confiance en nos possibilités en bloquant ou ralentissant des flux économiques, en fermant des centres commerciaux, en détruisant des vitrines d’un monde qui nous broie sans cesse, en affrontant les forces de l’ordre venues nous déloger, et en refusant majoritairement les chefs et autres porte-paroles.

Pour la première fois depuis très longtemps – trop longtemps – les dirigeants et dirigeantes ont reculé et lâché quelques miettes. Et c’est bien parce que, d’une part nous avons réussi collectivement à imposer un rapport de force au pouvoir politique et économique, et que d’autre part, ils ont eu peur d’un mouvement sans représentant·e et sans négociation, que ceux-ci ont consenti ces quelques petites concessions. Concessions qu’ils et elles s’empressent sans surprise de rogner…

Cependant, sur les ronds-points, dans les médias et sur les réseaux sociaux fleurissent depuis quelques semaines des appels à des débouchés électoraux à nos luttes. Il n’est plus question d’augmentation des salaires, des minimas sociaux, de lutter contre ceux et celles qui nous exploitent, mais de changer les règles du jeu politique ou de l’investir.
Nous pensons que s’aventurer sur ce terrain est un piège.

Les européennes, le terrain des politicien·nes

Depuis quelques semaines, quelques gilets jaunes qui ne représentent qu’eux et elles-mêmes ont décidé de lancer une liste aux européennes. Pourtant, penser que changer de personnel politique permettra de résoudre la situation que nous vivons est une erreur. Combien avons nous vu de Pierre Bérégovoy ou de Bernard Tapie, voir de leaders syndicaux ou révolutionnaires trahir leur classe sociale ou leurs compagnon·ne·s de lutte? Comme le clame depuis plus d’un siècle l’anarchisme, la politique est un piège et le pouvoir corrompt.

Le mouvement des Gilets Jaunes s’est construit contre la classe politique, contre tous les représentant·e·s. C’est ce qui a évité ou rendu marginale et toute prise de pouvoir et toute trahison.

De toute façon, la présentation d’une liste électorale nécessiterait la construction d’un programme commun qui ne manquerait pas de créer des scissions. La plupart d’entre nous ne se reconnaît déjà pas dans les 42 doléances recensées sur les réseaux sociaux (notamment les propositions anti-migrant·e·s). Cette tactique ne nous divisera d’ailleurs pas que sur l’éventuel programme à adopter, mais également sur la stratégie à employer entre militant·e·s déjà encarté·e·s, anti-électoraux, et Gilets Jaunes électoralistes.

Tout cela risque surtout d’entretenir l’illusion que nous pourrions faire l’économie de nous retrouver dans la rue ou sur les ronds points. Ce serait alors signer l’arrêt de mort du mouvement. Puisque ce n’est pas par peur d’une quelconque menace électorale que le pouvoir cède quelques miettes, mais bel et bien parce qu’il peine à maintenir l’ordre.

Et comme une catastrophe n’arrive jamais seule, la présentation de cette liste aux européennes nous obligerait en plus à supporter Francis Lalanne.

Enfin, il faut se méfier encore davantage des quelques Gilets Jaunes qui appellent à la destitution du pouvoir, la guerre civile ou à un coup de force de l’armée. Derrière ces revendications putschistes se cachent l’extrême droite et ses vieilles lunes.

Le RIC aussi

La proposition d’instaurer un référendum d’initiative citoyenne (RIC) a le mérite inverse de se présenter comme une rupture avec la démocratie représentative. Mais l’instauration du RIC n’est qu’une fausse alternative à l’élection et la délégation, une illusion de démocratie directe.

Parce que le RIC, s’il est mis en place, sera supervisé par des constitutionnalistes et des juristes qui ont des intérêts communs avec les mêmes politiciens et politiciennes qu’il cherche à contourner. Parce que ce sont ces juristes qui, en tout complicité avec le pouvoir politico-économique, formuleront les questions, imprimeront le rythme de la campagne, détermineront les modalités de ce référendum et la validité des questions posées.

De toute façon, le recours au référendum poserait un autre problème de taille, celui de l’inégalité des campagnes. En effet, non seulement l’État, mais également les Partis et les organisations, bénéficieraient de moyens colossaux pour faire campagne sur les médias traditionnels et les réseaux sociaux. Et l’on ne parle même pas des exclu·e·s du vote et des abstentionnistes…

S’aventurer sur le terrain électoral, même par voix référendaire, c’est s’aventurer en terre hostile. Depuis plus d’un mois, sur les ronds points, dans les blocages, dans les actions, dans les assemblées, ce que nous expérimentons de nouveau, c’est la reprise en main de nos luttes, directement, sans intermédiaire. Ce que nous vivons se partage, se discute, s’engueule et se heurte parfois, mais se vit et s’éprouve réellement et collectivement. Le recours au référendum c’est le retour à l’isolement de l’isoloir.

La Suisse a depuis des lustres recours à ce type de référendum. Et là bas aucun de ces derniers n’est venu bousculer la manière dont la bourgeoisie suisse exploite sa main d’œuvre. Les seuls référendums qui aboutissent sont ceux qui traitent de questions secondaires ou qui ont des visées identitaires. L’extrême droite, à travers son Parti l’UDC longtemps dirigé par le milliardaire Christophe Blocher, a ainsi pu mener campagne contre des minarets, par ailleurs inexistants, en toute quiétude. A contrario en Italie, les syndicalistes de la CGIL, qui avaient voulu lancer un référendum contre le projet anti-social Job Act du technocrate Mattéo Renzi, ont été déboutés. Le référendum a été jugé inconstitutionnel. L’État comme le capital, et c’est normal, savent défendre leurs intérêts. En France, l’expérience du référendum de 2005 sur la constitution européenne a fini de démontrer comment l’état et le capital, ainsi que les technocrates qui les animent, conçoivent la question référendaire. Si le résultat est positif, il légitime des prises de décision déjà établies ou peu menaçantes, et s’il est négatif, on n’en tient pas compte.

Le peuple, la Nation, le miroir aux illusions

S’il est heureux de renouer avec une critique de la manière dont les riches tirent leur richesse de notre propre travail et dont l’État les soutient, il nous semble beaucoup plus hasardeux de se référer au Peuple et la Nation pour s’opposer à cette spoliation. Il y a là l’illusion que le peuple, les citoyen-ne-s ont des intérêts communs, l’intérêt général, et que l’État est là pour les garantir.

Nous sommes de ceux et celles qui pensent au contraire que nous n’avons pas les mêmes intérêts que nombre de «français» et de «françaises». Nous ne sommes ni solidaires avec, ni égaux à ceux et celles qui nous exploitent. Et ça ne concerne pas seulement les plus grosses fortunes qui concentrent toujours plus d’argent. Nous n’avons pas les mêmes intérêts que des patron-ne-s, des gros·se·s agriculteurs·trices participant au mouvement.

La figure du citoyen efface toute distinction de classe et tout rapport de domination. Nous ne partageons pas l’idée d’opposer le Peuple comme un tout homogène à une oligarchie réduite qui semble unir une bonne part de ce mouvement. Nous n’adhérons définitivement pas à la fiction républicaine de l’unité du Peuple.

Quant à l’État Il n’a historiquement toujours été que l’expression d’un rapport de force en faveur des classes dominantes. Ses concessions n’adviennent que sous les coups de butoir des révolté·e·s. Ou parce que le capital a conjoncturellement intérêt à développer un État social et des infrastructures techniques et scientifiques à même de soutenir son propre développement. Les hauts fonctionnaires d’état et les principaux dirigeants d’entreprise ont fréquenté les mêmes écoles, passent d’un secteur à l’autre en permanence, partagent les mêmes intérêts. C’est la définition même de l’État moderne. L’état est une mafia qui a réussi.

La police, même si elle partage parfois nos conditions salariales, est là pour imposer à coup de matraque cet ordre des choses. Ce n’est donc pas étonnant de voir les flics protéger ce monde: maintenir l’ordre c’est maintenir un monde.

Aujourd’hui au sein du mouvement des Gilets Jaunes deux conceptions de la lutte semblent s’opposer. Celle qui vise à restaurer la souveraineté d’un peuple prétendument uni, et celle qui vise à faire cracher les riches. La souveraineté politique s’oppose à la question sociale. La Nation ferait rempart au libéralisme déchaîné. On voit émerger un discours contre les institutions européennes qui mèneraient cette danse. Pourtant, que ce soit Macron ou Juncker, ils défendent les mêmes intérêts. Ce qui s’efface alors c’est le caractère nocif de l’exploitation en elle-même, d’où qu’elle vienne, quelque soit celui ou celle qui la produit. Il s’agit alors de préserver les bourgeoisies nationales et le patronat français, et la prétendue compétitivité de l’industrie française. Mais derrière la Nation se cachent l’État et le capital.

Ce qu’oublie un mouvement qui ne s’en remettrait qu’à un changement des institutions à travers le RIC ou un changement de personnel politique, c’est qu’il ne remettrait en rien en cause l’emprise de l’économie sur nos vies. La révolution de 1789 qui fonde la Nation et le peuple moderne en est le plus parfait exemple. Les jacobins viennent clore une révolution qui malgré bien d’autres aspirations ne sera que politique. À l’usurpation du pouvoir de droit divin de l’aristocratie succède la confiscation du pouvoir Politique au profit de la bourgeoisie. Mais les affamé·e·s et les asservi·e·s restent les mêmes.

Une seule solution : auto-organisation de la grève, des blocages et des sabotages

La force de ce mouvement c’est son autonomie. Il a échappé au contrôle qu’exercent les bureaucraties syndicales et politiques sur les mouvement sociaux depuis des décennies. De ce fait, il s’aventure davantage sur le terrain du rapport de force délaissé par les directions politiques et syndicales qui n’ont eu de cesse depuis bien trop longtemps de nous balader de manifs traine-savates en manifs traine-savates et de maintenir isolés les secteurs les plus combattifs en lutte. Nous avons le plus souvent fait preuve, de ronds points en manifs, et de manifs en blocage, d’une réelle solidarité et d’imagination. Combinant sans hiérarchisation les tactiques de lutte, nous avons su taper le pouvoir au seul endroit qui lui fait mal : le porte-monnaie. Peu lisible pour le pouvoir, nous lui avons fait davantage peur que la plupart des mouvements traditionnels.

L’urgence c’est de retrouver une force collective à même de pousser le pouvoir à lâcher encore davantage. Pour taper au porte-monnaie et gagner en disponibilité, il serait souhaitable de généraliser la grève. La grève reste le moyen le plus efficace pour bloquer l’économie. Mais ne nous trompons pas, les directions syndicales ne nous seront d’aucune aide. Il n’y a guère d’autres pistes que la grève sauvage, la grève du zèle, les piquets volants, ou pousser les représentant·e·s syndicaux à poser des préavis pour tenter de propager la pratique de la grève. Sur comment faire grève lorsqu’on est isolé on peut consulter ce texte. Nous n’avons d’autre perspective que de nous organiser par nous mêmes et pour nous-mêmes et d’étendre la révolte. Vers les boîtes, les lycées, les facs.

C’est chouette que des assemblées s’ouvrent, et permettent de se défaire d’une démocratie 2.0 bien imparfaite. Pour autant, les Assemblées ne doivent pas pour nous être le lieu d’une quelconque hégémonie politique, mais un espace d’échange, de coordination, d’entraide. Le lieu où s’expérimente plus qu’une souveraineté, une liberté retrouvée. Elles peuvent permettre de combiner des tactiques de lutte, de forger des moyens de se coordonner qui échappent à la vigilance policière, d’éviter qu’émergent des leaders autoproclamés ou accidentels. Les Assemblées ne sont pas Tout. Elles ne doivent pas museler la spontanéité de nos luttes. Le travail en groupe affinitaire, entre gens sur les mêmes bases, ou entre gens sur un rond point, les actions spontanées peuvent être parfois bien plus efficaces. Des petites mains peuvent dans la nuit attaquer avec plus de mordant ce que des centaines de personnes ne peuvent atteindre au grand jour. Et les manifs sauvages sont parfois bien plus perturbantes pour le pouvoir que celles que nous passons des semaines à préparer. Il ne faut pas fétichiser la forme pour la forme. Par contre ce que nous portons, nous n’entendons pas le porter au nom du Peuple, d’une classe ou des dominé·e·s, mais en notre propre nom.

Dans ce mouvement, nous faisons l’expérience que nous pourrions nous organiser au niveau local sans représentant·e·s, ni patron·ne·s, sans État. Au niveau de nos quartiers, de nos communes, de nos boîtes, nous pourrions par et pour nous-mêmes organiser nos vies, dominer une économie qui nous domine toujours davantage. Nous ne nous faisons pas d’illusions. Nous savons que ces aspirations révolutionnaires n’ont guère de chance de trouver de débouchés dès aujourd’hui, mais ce que nous vivons en commun permettra peut-être qu’État et capital nous lâchent davantage et que se tissent des complicités, que s’aiguisent des résistances et des manières de lutter. Nous avons de notre côté commencé. En organisant des caisses de solidarité, des mutuelles d’entraide, en sabotant ce vieux Monde, toujours plus moderne et toujours plus vieux.

Qu’il crève !

Des anarchistes, Caen, Janvier 2019

APPEL DES GILETS JAUNES DE COMMERCY À DES ASSEMBLÉES POPULAIRES PARTOUT

REFUSONS LA RÉCUPÉRATION !

VIVE LA DÉMOCRATIE DIRECTE !

PAS BESOIN DE «REPRÉSENTANTS» RÉGIONAUX !

Depuis près de deux semaines le mouvement des gilets jaunes a mis des centaines de milliers de personnes dans les rues partout en France, souvent pour la première fois. Le prix du carburant a été la goutte de gasoil qui a mis le feu à la plaine. La souffrance, le ras-le-bol, et l’injustice n’ont jamais été aussi répandus. Maintenant, partout dans le pays, des centaines de groupes locaux s’organisent entre eux, avec des manières de faire différentes à chaque fois.

Ici à Commercy, en Meuse, nous fonctionnons depuis le début avec des assemblées populaires quotidiennes, où chaque personne participe à égalité. Nous avons organisé des blocages de la ville, des stations services, et des barrages filtrants. Dans la foulée nous avons construit une cabane sur la place centrale. Nous nous y retrouvons tous les jours pour nous organiser, décider des prochaines actions, dialoguer avec les gens, et accueillir celles et ceux qui rejoignent le mouvement. Nous organisons aussi des «soupes solidaires» pour vivre des beaux moments ensemble et apprendre à nous connaître. En toute égalité.

Mais voilà que le gouvernement, et certaines franges du mouvement, nous proposent de nommer des représentants par région ! C’est à dire quelques personnes qui deviendraient les seuls «interlocuteurs» des pouvoirs publics et résumeraient notre diversité.

Mais nous ne voulons pas de «représentants» qui finiraient forcément par parler à notre place !

À quoi bon ? À Commercy une délégation ponctuelle a rencontré le sous-préfet, dans les grandes villes d’autres ont rencontré directement le Préfet : ceux ci-font DÉJÀ remonter notre colère et nos revendications. Ils savent DÉJÀ qu’on est déterminés à en finir avec ce président haï, ce gouvernement détestable, et le système pourri qu’ils incarnent !

Et c’est bien ça qui fait peur au gouvernement ! Car il sait que si il commence à céder sur les taxes et sur les carburants, il devra aussi reculer sur les retraites, les chômeurs, le statut des fonctionnaires, et tout le reste ! Il sait aussi TRÈS BIEN qu’il risque d’intensifier UN MOUVEMENT GÉNÉRALISÉ CONTRE LE SYSTÈME !

Ce n’est pas pour mieux comprendre notre colère et nos revendications que le gouvernement veut des «représentants» : c’est pour nous encadrer et nous enterrer ! Comme avec les directions syndicales, il cherche des intermédiaires, des gens avec qui il pourrait négocier. Sur qui il pourra mettre la pression pour apaiser l’éruption. Des gens qu’il pourra ensuite récupérer et pousser à diviser le mouvement pour l’enterrer.

Mais c’est sans compter sur la force et l’intelligence de notre mouvement. C’est sans compter qu’on est bien en train de réfléchir, de s’organiser, de faire évoluer nos actions qui leur foutent tellement la trouille et d’amplifier le mouvement !

Et puis surtout, c’est sans compter qu’il y a une chose très importante, que partout le mouvement des gilets jaunes réclame sous diverses formes, bien au-delà du pouvoir d’achat ! Cette chose, c’est le pouvoir au peuple, par le peuple, pour le peuple. C’est un système nouveau où «ceux qui ne sont rien» comme ils disent avec mépris, reprennent le pouvoir sur tous ceux qui se gavent, sur les dirigeants et sur les puissances de l’argent. C’est l’égalité. C’est la justice. C’est la liberté. Voilà ce que nous voulons ! Et ça part de la base !

Si on nomme des «représentants» et des «porte-paroles», ça finira par nous rendre passifs. Pire : on aura vite fait de reproduire le système et fonctionner de haut en bas comme les crapules qui nous dirigent. Ces soi-disant «représentants du peuple» qui s’en mettent plein des poches, qui font des lois qui nous pourrissent la vie et qui servent les intérêts des ultra- riches !

Ne mettons pas le doigt dans l’engrenage de la représentation et de la récupération. Ce n’est pas le moment de confier notre parole à une petite poignée, même s’ils semblent honnêtes. Qu’ils nous écoutent tous ou qu’ils n’écoutent personne !

Depuis Commercy, nous appelons donc à créer partout en France des comités populaires, qui fonctionnent en assemblées générales régulières. Des endroits où la parole se libère, où on ose s’exprimer, s’entraîner, s’entraider. Si délégués il doit y avoir, c’est au niveau de chaque comité populaire local de gilets jaunes, au plus près de la parole du peuple. Avec des mandats impératifs, révocables, et tournants. Avec de la transparence. Avec de la confiance.

Nous appelons aussi à ce que les centaines de groupes de gilets jaunes se dotent d’une cabane comme à Commercy, ou d’une «maison du peuple» comme à Saint-Nazaire, bref, d’un lieu de ralliement et d’organisation! Et qu’ils se coordonnent entre eux, au niveau local et départemental, en toute égalité !

C’est comme ça qu’on va gagner, parce que ça, là haut, ils n’ont pas l’habitude de le gérer ! Et ça leur fait très peur.

Nous ne nous laisserons pas diriger. Nous ne nous laisserons pas diviser et récupérer.

Non aux représentants et aux porte-paroles autoproclamés ! Reprenons le pouvoir sur nos vies ! Vive les gilets jaunes dans leur diversité !

VIVE LE POUVOIR AU PEUPLE, PAR LE PEUPLE, POUR LE PEUPLE !

Si vous vous retrouvez dans les bases de cet appel chez vous, dans votre groupe local de gilets jaunes, ou autre, contactez-nous sur

giletsjaunescommercy@gmail.com

et coordonnons-nous sur la base d’assemblées populaires et égalitaires !