CONTRACEPTION ET AVORTEMENT : LES PARADOXES DE LA LIBERTÉ (2010)

Capture d’écran 2014-11-11 à 11.34.13En octobre 2009, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), publiait un rapport intitulé Évaluation des politiques de prévention des grossesses non désirées et de prise en charge des interruptions volontaires de grossesse suite à la loi du 4 juillet 2001 [1], remis à la ministre de la Santé début février 2010.

Ce document, d’ailleurs remarquable, donne l’occasion de mettre à jour ses informations sur la loi et les comportements — notamment concernant les mineures — et aussi de s’interroger sur les limites de la vision étatique des rapports sociaux de sexe et des comportements féminins par rapport à la procréation. Vision qui s’annonce dès la première phrase de la synthèse : « Les questions relatives à la santé sexuelle et reproductive constituent un enjeu essentiel de santé publique (en gras dans l’original). »

Si elle est critiquable, il est néanmoins bon de garder présent à l’esprit le non-dit laïque et rationaliste de cette formulation : la « sexualité » est une composante de la santé (et non une manœuvre du Diable dont il faut se garantir) ; la santé sexuelle est un enjeu de santé publique (et non un problème moral à confier aux gens d’Église). Il s’agit d’une bonne illustration de la laïcisation de ces questions et du transfert de capacités de contrôle des prêtres aux médecins.

Le principal constat du rapport est le caractère paradoxal de la situation française. Paradoxe dont je discuterai la validité, ce qui n’entre pas complètement en contradiction avec le rapport, qui lui-même en atténue la portée.

En quoi y a-t-il paradoxe selon les rapporteuses ?

« La diffusion massive de la contraception n’a pas fait diminuer le nombre des IVG, qui se maintient aux environs de 200 000 par an » (p. 3)

Pour autant qu’il soit pertinent de comparer des statistiques dont la fiabilité n’est pas toujours établie, on estime que la France se situe, avec la Suède et le Royaume Uni parmi les sept pays européens ayant les taux de recours à l’IVG les plus élevés. (p. 59)

L’indication est pourtant précieuse, au moins en ce qui concerne la Suède et le Royaume Uni, ce dernier pays ayant précédé la France dans l’information sur la contraception et la libéralisation de l’avortement. On s’en souviendra au moment d’évaluer la marge de manœuvre offerte par une éventuelle « meilleure information ».

« 72% des IVG sont réalisées sur des femmes qui étaient sous contraception, et dans 42% des cas, cette contraception reposait sur une méthode médicale, théoriquement très efficace (pilule ou stérilet. » (p. 4)

« Moins de 5% des femmes déclarent ne pas utiliser de contraception alors qu’elles ont une activité sexuelle et ne souhaitent pas être enceintes. […]

[On note] une prédominance très nette de la contraception hormonale orale (pilule) laquelle représente près de 60% de la couverture contraceptive, situation sans équivalent à l’étranger. […]

[Néanmoins] 1 grossesse sur 3 n’est pas prévue [Je souligne. CG] ; dans 60% des cas, elle sera volontairement interrompue. » (p. 33) Lire la suite