Bulletin de santé (destiné à celles et ceux que ça intéresse)

Il y a bien longtemps que je n’ai publié de bulletin sur ce blogue, même si j’ai essayé de répondre à chacun·e personnellement, ce qui est plus sympathique, mais plus fatiguant. Je vous ai donc globalement épargné le détail au jour le jour de mes faiblesses de tous ordres.

À partir d’un scanner «cervicofacial et thoracoabdominopelvien injecté», j’ai fait ce matin un bilan avec mon oncologue, bilan qui mérite le qualificatif de «mitigé».

Certes, certaines lésions ont bien réagi à la chimiothérapie, mais ce n’est pas le cas de la « tumeur mère » – qui a même légèrement augmenté – ni de toutes les autres.

La médecin m’a proposé, et j’ai accepté, de changer de médicament(s) et de rythme.

Celui-ci sera d’une fois par semaine pendant 3 semaines, puis une semaine de pause, puis on recommence, et on refait le point vers la fin juillet, après un nouveau scanner.

Jusqu’ici, on me perfusait avec 2 médicaments ; c’est un troisième qui sera utilisé.

Concernant les transfusions, elles seront poursuivies pour maintenir l’hémoglobine autour de 8 (ce qui n’est guère triomphal, surtout pour un garçon dont le problème initial [polyglobulie de Vaquez] était d’être « dopé » du fait d’un dysfonctionnement de la moelle osseuse). Me voilà plus proche de l’anémie chlorotique de la petite bourgeoise du XIXe siècle que de la fougue artificielle du grimpeur camé à l’EPO…

Selon l’oncologue, le nouveau traitement pourrait se révéler un peu moins fatiguant que le précédent. Qui survivra verra… Le nouveau rythme a un inconvénient : l’obligation d’un bilan sanguin chaque semaine, au lieu de tous les 20 jours, ce qui est contraignant, surtout compte tenu des problèmes croissants des labos (fermetures inopinées, insuffisance de personnel, etc.).

Je verrai dans quelle mesure ce nouveau rythme m’autorise à reprendre les séances de rééducation chez le kiné et chez l’orthophoniste, que je m’étais vu contraint de suspendre du fait d’une trop grande fatigue.

Voilà. Pas de quoi pavoiser, pas de quoi désespérer non plus. S’accrocher ferme au bastingage (ne frimons pas : ça n’est pas moi qui tient la barre).

D’ailleurs, pourquoi se mettre martel en tête, d’ici la fin juillet, Vladimir aura peut-être décidé de nous imposer une radiothérapie collective, explosive et létale, pour nous punir d’avoir aidé les Ukrainiens à le ridiculiser…

Souhaitons-le !

PS. Je suis désolé de devoir paraître peut-être désagréable (ce qui serait contraire à mon caractère!): le présent bulletin n’est pas une invitation à paraphrases et commentaires, deux par deux au téléphone. Il n’y a pas grand chose d’autre à dire et nulle alternative.

Glande sale hiver (suite) ~ bulletin médical

J’ai une idée plus précise de mon désemploi du temps médical dans les semaines qui viennent. Je passe sur les scanners, coup sur coup (un aujourd’hui, un demain), pratiqués sur des tables qui évoquent davantage la table d’autopsie que n’importe quel fauteuil de bonne qualité (même le pire fauteuil de dentiste, à vrai dire…). Il faut négocier, avec un personnel d’ailleurs charmant, pour ajouter un piètre coussin ici, un soutien pour les jambes là, de manière à pouvoir envisager la deuxième épreuve fixée au lendemain.

Celles et ceux qui savent se souviennent de la boule formée sur la cicatrice, juste sous l’oreille, par où s’échappait en grande quantité, et aujourd’hui en petite quantité, de la salive.

Il n’y a plus rien de risible dans cette tumeur rouge enflammée qui semble grossir chaque jour (une deuxième boule est apparue il y a 24 h, mais très discrète). Conformément à l’intuition du chirurgien, la biopsie pratiquée a confirmé que cette boule contient des cellules tumorales. Ce qui signifie que la tumeur enlevée résiste et redémarre.

Du coup, accélération du calendrier et changement de stratégie.

À l’origine, il n’était pas prévu d’adjoindre aux rayons une chimiothérapie. On va bel et bien en faire, à raison de trois «séances» réparties au long du traitement radiothérapique.

Ces séances nécessitent chacune un hospitalisation de 3 jours. La première commence lundi prochain 7 mars, par la pose d’un cathéter (épisode auquel j’aurais été ravi de couper). La suivante en sem. 4, la dernière en sem. 7.

La radiothérapie commence le 10 mars, lendemain de ma sortie pour la chimio…

Il y aura non pas 6 comme prévu initialement, mais 7 séries (semaines) de 5 séances journalières (35 donc), ce qui me mène – si tout se passe bien et si je compte bien – au 22 avril.

La chimio est plus difficile à supporter que les rayons; l’hospitalisation pour 3 jours est de plus très contraignante.

Pour moi, le début du printemps risque de ressembler à l’hiver.

Qu’au moins les blindés du porc Poutine s’embourbent dans les fossés humides d’Ukraine !

Mille baisers à celles et ceux qui m’envoient des mots doux, des mails inquiets et – pour les auteurs, éditeurs et éditrices – des livres!

Comment se sentir mieux tiré vers l’avenir que par un livre?

En l’écrivant! Oui certainement, mais je n’en suis pas là, n’ayant pas récupéré mes facultés de concentration. Or j’ignore quels sont les effets secondaires fâcheux dont je serai accablé dans les semaines qui viennent. Entre aphtes (rayons) et nausées (chimio), la vie peut très vite perdre son goût…!

En revanche, on m’a confirmé à plusieurs reprises que je ne perdrai pas (davantage!) mes cheveux. Mes pauvres ami·e·s, si vous voyiez ma tête… Franchement, cheveux ou pas. Mais ne crachons pas sur les minuscules concessions du destin! À vrai dire, j’aimerais bien aller chez le coiffeur, me faire faire la boule à zéro (pas à blanc!), mais avec cette tumeur, ça n’est guère envisageable. Si elle veut bien céder aux rayons et à la chimio… on verra.

C’est «drôle» la vie, on pense à aller chez le coiffeur comme on pense à descendre aux abris… Drôle de vie, drôle de guerre. Poutine est un cancer.