Lettre ouverte à un drôle de « citoyen » (1997)

Un jour de novembre 1997, des inconnu(e)s distribuent dans une manifestation parisienne un texte étrange, lettre ouverte collective à Capture d’écran 2014-11-18 à 16.20.41Jean-Pierre Chevènement, sinistre de l’Intérieur, sur papier à en-tête de l’Assemblée nationale et signé de grands personnages d’État, tous morts, sauf Papon (à la date de distribution du texte).

Cette réunion satirique, au-delà de la mort, de quelques grands talents du maintien de l’ordre républicain a pour objet la politique de l’immigration, dont on vérifie hélas que les thèmes et les peurs qui la sous-tendent ne varient guère au fil des années.

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ASSEMBLÉE NATIONALE

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Liberté – Égalité – Fraternité

Paris, le 22 novembre 1997

Cher Jean-Pierre Chevènement, c’est avec sympathie, croyez-le, que nous suivons vos efforts pour régler, depuis votre retour aux affaires, la pénible question de l’invasion étrangère de notre patrie. Aujourd’hui, forts de l’expérience acquise par le passé dans la conduite du gouvernement, et conscients des responsabilités qui sont les nôtres, c’est en amis que nous sommes résolus à vous adresser cet appel.

Les tergiversations et atermoiements qu’il semble que vous jugiez nécessaires pour enrober de « démocratie » (ah ! ah ! ah ! sacré Jean-Pierre !) une politique de fermeture des frontières aux pauvres ne font qu’affaiblir le crédit de l’État aux yeux des adversaires de la France, à l’intérieur comme à l’extérieur.

Entre nous, point de façons, n’est-ce pas ? De quoi s’agit-il ? À l’évidence d’adresser un signal fort , comme vous dites maintenant, aux pays de la zone sud, dont la légitime sujétion par l’économie ne saurait être compensée par un « droit de déjection » d’un excédent de miséreux vers nos contrées. Et pareillement de délégitimer le vote de l’électorat factieux du Front national, l’État pratiquant justement la politique qu’il réclame.

Pardonnez-nous notre franchise, mon petit Jean-Pierre, mais pour une telle tâche, il faut en avoir ! Or l’on murmure qu’une fois régularisés quelques milliers de va-nu-pieds, ce sont près de 100 000 d’entre eux que vous laisseriez retourner à la clandestinité, organisant tout au plus, pour la galerie, quelques charters d’expulsés. Laisser pourrir une telle situation, voyons Jean-Pierre, vous valez mieux que ça !

Rendez donc Air France aux cadres, et foutez-nous cette racaille par groupes de 2 000 sur des cargos réformés (St-Nazaire en regorge) et vogue la galère ! Enfin « vogue », nous nous comprenons, hein ! Ca ne serait jamais que le Rainbow Warrior en plus grand. Charles est tout disposé à vous ouvrir son carnet d’adresses. Parions qu’au deuxième naufrage on verra les irréguliers réclamer l’ouverture des frontières, mais pour rentrer dans leur bled. La rigolade ! [Nota… Maurice est d’avis d’en balancer un peu à la Seine. Tu agaces Maurice ! c’est du bricolage ça ; Jean-Pierre travaille à grande échelle].

Bref, mon vieux, nous sommes de tout cœur avec vous, mais tâchez de nous régler ça vivement. D’ailleurs c’est l’occasion de laisser votre nom dans l’Histoire. Après ça, le radeau de la méduse, l’Exodus et le Titanic on en parlera aux gosses pour les endormir ! René, dont vous connaissez l’humour enfantin, propose d’ailleurs comme nom de code : opération « Petit Bateau ».

Veuillez agréer cher ami l’assurance de nos meilleurs sentiments administratifs.

François MITTERRAND, ancien ministre de l’Intérieur

René BOUSQUET, ancien secrétaire général à la Police

Charles HERNU, ancien ministre des Armées

Maurice PAPON, ancien préfet de Police

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Ça commence bien ! (1982)

Texte publié dans la revue Possible (n° 9, avril-mai 1982).

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« Nous fabriquons continuellement des lois pour protéger l’enfance, et mettons la police sur pied; mais les lois et la police, que leur action soit bonne ou mauvaise, ne peuvent rien, sinon venir à l’aide quand le mal est fait. Il nous faut aller jusqu’à la racine même de ce mal. Nous devons apprendre aux enfants à être leur propre loi ; nous devons leur donner les moyens de conserver intacte leur propre personnalité. »

Havelock Ellis.

« La France adresse son salut aux femmes, aux hommes, aux enfants mêmes, oui, à ces enfants héros semblables à ceux qui […] tombent en ce moment même de par le monde pour un noble idéal. »

Mitterrand (Discours de Mexico, 20 octobre 1981).

 

Dix mois de pouvoir socialiste permettent de mesurer le décalage entre l’image que les nouveaux maîtres entendent donner d’eux-mêmes et ce qu’ils font. Rien ne justifie, ce nous semble, le sobre lyrisme avec lequel Possible a dans ses dernières livraisons salué « un vent nouveau pas encore pollué ».

Jorgensen[1] s’émerveille (Possible n° 6) de la courageuse intelligence de M. Lang parlant de jeunesse et de culture. Ne crachons pas sur l’intelligence, voyons ce qu’elle produit. M. Lang a fait entrer des jeunes (majeurs tout de même !) dans la commission chargée de visionner les films avant diffusion pour distribuer les interdictions. Surprise du play-boy, les jeunes kapos sont plus stricts que leurs aînés ! Ils feront bon usage du pouvoir qu’on leur octroie, pénétrés de l’importance de leur tâche et convaincus de leur compétence, garantie par le gouvernement.

La gauche ne manque pas d’intelligences. On les voit dans tous les ministères se présenter au rapport. Tous courageux et malins. Le rapport Quilès sur l’énergie fut le premier d’une longue série. Rédigé par le spécialiste PS du sujet, il exprimait des   vues pro-nucléaires modérées, assorties de prudentes mises en garde. Il fut délibérément ignoré par le gouvernement Mauroy, contre l’avis des députés socialistes, qui d’ailleurs faillirent bouder. Lire la suite