“VIVANT !” ou “Une reconnaissance officielle bien méritée”

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À l’approche et à l’occasion de mon soixante-quatrième anniversaire, le 17 septembre, la Bibliothèque nationale et le site Gallica ont souhaité me rendre un hommage appuyé — pour l’ensemble de mon œuvre [1] ! — en publiant sur Twitter le portrait de moi que je reproduis ci-dessus.

Je ne peux qu’exprimer mon émotion sincère devant une aussi charmante initiative, qui fait la nique aux médisants et aux envieux, et tranche par ailleurs avec les déplorables errements iconographiques de Google.

Certes, la photo utilisée commence à dater un peu, mais je pense qu’on pardonnera aux auteurs la délicatesse de leur intention.

Sans doute faut-il attribuer à la même élégance d’esprit l’approximation sur mon âge réel…

En revanche, je suis obligé de démentir l’information concernant mon lieu de naissance (Paris), qu’une vérification, à laquelle il était aisé de procéder auprès de moi, eût permis de rectifier.

Il est vrai que l’effet de surprise en eût cruellement pâti !

Quant au reste, eh bien ma foi, c’est tout moi !

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[1] La Belle me fait remarquer qu’en indiquant aussi ostensiblement les homme-lion-detailŒuvres publiées sous le pseudonyme «Shakespeare» en couverture du volume que je tiens dans la main gauche, la Bibliothèque nationale et Gallica ont un peu vite — et sans me consulter — vendu la mèche.

Il est vrai, mais baste ! comme dit mon copain Eugène, la chose se serait sue un jour ou l’autre…

J’en profite pour signaler la ressortie prochaine, en poche, aux éditions Libertalia, de La tragique histoire de Boléro et Nuisette, avec une préface de William Blanc, l’appareil critique de Fred Alpi, et des illustrations de Bruno Bartkowiak.

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Quatrième samedi de grève à la Bibliothèque nationale, le 28 mai prochain

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Cela fait désormais trois samedis que les personnels de la BnF font grève pour protester contre la précarité, le sous-effectif et les coupes budgétaires. Ces trois journées d’action ont été massivement suivies et ont rencontré un fort élan de solidarité que ce soit de la part des lecteurs ou d’autres secteurs en lutte. Pourtant, jusqu’à ce jour la direction de l’établissement a choisi de faire l’autruche ! Elle n’a toujours pas daigné prendre contact avec les personnels en lutte. Pire, elle tente de masquer la grève et de faire pression sur des agent-es grévistes en les empêchant de circuler librement sur le lieu de travail. C’est inadmissible !  
En conséquent, les personnels de la BnF et notamment les précaires, ont décidé de reconduire la grève samedi 28 mai.
 
Les personnels et l’intersyndicale CGT-FSU-SUD Culture de la BnF en lutte réclament toujours :
 
  ► le passage en CDI et à 110h par mois (maximum légal pour ce type de contrat) de tous/tes les vacataires qui le souhaitent : pour un emploi stable et une augmentation significative du salaire d’agent-e-s gagnant moins de 700 euros par mois !
  ► le passage et embauche en CDI de tous/tes les « vacataires » sur besoins permanents : comme le permet la loi, afin d’avoir des emplois réellement stables. 
  ► l’appel rapide et intégral de la liste complémentaire du dernier recrutement direct de magasiniers/ères organisé par la BnF : pour titulariser les précaires en attente et lutter contre les sous-effectifs !
  ► la comptabilisation INTEGRALE du temps de travail des « vacataires » : car aujourd’hui une partie des « vacataires » de la BnF «pointe» sans que son temps de travail supplémentaire soit pris en compte !
  ► l’arrêt des suppressions de postes et la hausse du budget : parce que la BnF, 1er établissement du Ministère de la Culture, est aussi celui qui a le plus subi les coupes budgétaires des politiques d’austérité, avec la perte de 272 postes en 7 ans !

 
Venez soutenir les agent-e-s de la BnF en grève samedi 28 mai, à 12h dans le Hall d’entrée de la BnF pour un rassemblement et un pique-nique solidaire !

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Afin de soutenir la mobilisation des agent-e-s les plus précaires de la BnF, une caisse de soutien a été mise en place.

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FAHRENHEIT 2012, ou LA CENSURE NUMÉRIQUE

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Je remets en ligne ce texte, qui soulignait quelques inconvénients d’un système en préparation. Il en a révélé bien d’autres, une fois appliqué. J’y reviendrai.

 

L’Assemblée nationale a adopté le 22 février 2012 une loi autorisant « l’exploitation numérique des livres indisponibles du XXe siècle ».

Ce texte prévoit la numérisation et l’exploitation commerciale d’un corpus d’environ 500 000 titres (les chiffres varient jusqu’à 700 000) conservés par la Bibliothèque nationale et qui ne sont plus exploités sous forme imprimée.

Outre son caractère évident de réponse à l’offensive sauvage de Google, numérisant des centaines de milliers de volumes sans autorisation de quiconque, et si l’on passe sur le fait (pas insignifiant) que la puissance publique finance une opération qui bénéficiera largement aux éditeurs de textes numériques, l’entreprise a des allures sympathiques de bibliothèque universelle, même si pas gratuite.

La Société des gens de lettres (SGDL), promotrice du projet, et qui s’en félicite dans un communiqué commun avec le Syndicat nationale de l’édition (SNE), l’affirme d’ailleurs dans un texte daté du 27 février : « C’est l’ensemble du corpus des livres indisponibles qui sera numérisé et diffusé sur la base du dépôt légal à la BNF ».

Cette affirmation se trouve immédiatement démentie par les déclarations à Rue 89 (3 mars 2012) de M. Bruno Racine, président de la BNF et de M. Jean-Claude Boulogne… président de la SGDL.

Le premier choisit délibérément un exemple de propagande facile : cela va sans dire, mais c’est encore plus clair en le disant… « un livre comme Mein Kampf ne bénéficiera pas du système ». Je ne sache pas que les livres soit des personnes, même si l’on peut parler de leur « vie » plus ou moins longue. Je crois savoir qu’Adolf Hitler est décédé — mais il est vrai que son corps n’a jamais été identifié de manière certaine — et que les droits sont actuellement détenus par la région de Bavière. Si Hitler est vivant, il peut réclamer des droits ; s’il est mort, le titre n’est pas encore tombé dans le domaine public, puisqu’il faut compter 70 ans après le décès de l’auteur. Qu’importe, M. Racine ne parle pas de droit d’auteur, mais d’idéologie.

En effet, contrairement à ce qu’affirme la SGDL pour faire la publicité du projet qu’elle promeut[1], il n’est pas du tout question de publier sous forme numérique, sans exception, tous les livres publiés au XXe siècle — romans et essais —indisponibles en librairies. Se pose donc la sempiternelle et épineuse du pouvoir : qui décidera ? C’est-à-dire, parlons clairement, nous qui ne sommes pas affiliés à la SGDL : Qui seront les censeurs chargés de réviser l’intégralité de la production éditoriale du siècle précédent, et comment procéderont-ils ?

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On peut supposer que ce point sera tranché dans les décrets d’application de la loi. Ses publicitaires ont néanmoins quelques idées. Ainsi, M. Jean-Claude Bologne souhaiterait voir installer « un comité de vigilance » appelés à étudier les « livres sensibles ». D’après la rédaction de l’article de Rue 89, on suppose que l’expression « comité de vigilance » est de M. Bologne. C’est une manière charmante de revisiter le vocabulaire politique du siècle considéré ; on a connu un « Comité de vigilance des intellectuels antifascistes », fondé en 1934. Le comité de vigilance de M. Bologne sera un comité de censure. Les mots se dévaluent… Lire la suite

BNF : l’Enfer interdit aux mineur(e)s ! (2007)

Qu’évoque pour vous la mention « Enfer 69 » ? Si vous imaginez que c’est le numéro de la fournaise infernale réservée aux damné(e)s du tête-bêche, vous ne brûlez pas du tout. C’est la cote, à la Bibliothèque nationale, de L’Étourdi, roman galant, Bruxelles, 1882.

L’Enfer est une cote de la BN qui rassemble, depuis la fin des années 1830, les ouvrages jugés contraires aux bonnes mœurs. Dans ses débuts, elle était alimentée par les saisies judiciaires effectuées chez les imprimeurs. Guillaume Apollinaire, Fernand Fleuret et Louis Perceau, tous trois amateurs et éditeurs érudits d’érotiques en dressèrent un premier catalogue imprimé en 1913. Pascal Pia a donné un ouvrage scientifique, précieux outil de travail pour la période allant des origines au milieu des années 1970 : Les Livres de l’Enfer (Fayard, 1998). Fermé (comme cote) en 1969, l’Enfer était rétabli en 1983 pour des raisons de commodité bibliographique. N’y sont inclus désormais que des ouvrages anciens qui avaient fait l’objet de poursuites. Les cotes Enfer sont accessibles à la BN dans les mêmes conditions que toutes les autres. Le département des Estampes et de la photographie a également sa cote Enfer.

Signe féminin

Les responsables de la BN ont eu l’idée d’organiser une exposition sur cette particularité peu connue des collections. Elle est intitulée « L’Enfer de la bibliothèque, Éros au secret ».

J’ai d’abord cru à un trait d’humour en lisant sur le programme publié dans la revue Chroniques de la Bibliothèque nationale de France (n° 41, nov./déc. 2007) : « Exposition interdite aux moins de 18 ans » !

Mais non, interdite aux mineurs, « Éros au secret » l’est bel et bien ! Et les bras m’en sont tombés !

Que des jeunes adolescent(e)s puissent « apprendre quelque chose » dans une telle exposition, j’en doute un peu. Mais la perspective n’est-elle pas merveilleuse ?

Nul n’ignore aujourd’hui, dans les cours de récréation, ce qu’est un gang-bang, un snuff movie ou une éjac faciale. Pourquoi ne pas laisser une chance aux préadolescent(e)s de découvrir les termes gamahucher, mentule et tribade ?

Aux admirateurs pré pubères (et aux autres) de Rocky Sifredo, pourquoi ne pas enseigner le nom de Giacomo Casanova, qui savait, lui-aussi, ce que tailler une plume veut dire ?

Ce que toutes et tous ont vu sur Internet cent fois représenté en photographies et vidéos en couleurs d’un réalisme de boucherie, pourquoi ne pas leur révéler qu’on l’a traité par les techniques de la gravure, de l’aquarelle et de la photo noir et blanc argentique ? Pourquoi dissimuler Peter Fendi, Uzelac et Man Ray ?

Qu’on me dise lequel des textes de l’Enfer n’est pas disponible aujourd’hui, y compris librement aux mineur(e), dans les librairies, et souvent au format poche ? Qu’on me montre une photo pornographique du siècle dernier qui puisse étonner et choquer un(e) internaute de 12 ans.

Quels imams ou quels curés a-t-on voulu par avance désarmer ? Au moins à cette dernière question, la même livraison de Chroniques de la BNF apporte une réponse, qui vaut son pesant d’eau bénite.

Les deux commissaires de l’exposition Marie-françoise Quignard et Raymond-Josué Seckel sont interrogés par Marie-Noëlle Darmois, laquelle, dans un style faux-cul très pur, formule ainsi son interrogation :

« Cette interdiction est-elle un handicap ou peut-elle induire des effets positifs ? »

Admirez la richesse d’un procédé que l’on peut décliner à l’infini : « M. le ministre de l’Économie, cette falsification des chiffres du chômage est-elle un handicap ou peut-elle induire des effets positifs ? » Et la réponse, évidemment :

« Nous ne pensons pas que cela soit un handicap. Cette interdiction est une mesure de prudence prise par la Bibliothèque afin que quelque ligue de vertu ne puisse nous reprocher de pervertir la jeunesse. […] La notion d’interdit peut donner envie à des adolescents de la transgresser et peut inciter certaines personnes à voir cette exposition uniquement pour ce motif. Il est possible aussi que cette interdiction entraîne une polémique, fasse débat et que certains veuillent juger sur pièces : était-il nécessaire de mettre en avant un tel affichage. […] Il reste que, à défaut de voir l’exposition, ceux-ci [les mineurs] pourront toujours consulter le catalogue qui n’est assorti jusqu’ici d’aucune clause restrictive et qui, nous l’espérons, se trouvera dans de nombreuses familles. »

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Nous en sommes de nouveau là : la Bibliothèque nationale, en revenant sur une tradition de pudibonderie désuète, écarte « par prudence » les adolescent(e)s de moins de 18 ans de ses salles d’exposition ! On pourrait lui reprocher de « pervertir la jeunesse »… Comment ne pas voir que c’est tendre le cou aux intégristes, qui pourront s’appuyer sur cette pusillanimité pour reprocher à la BN de porter atteinte aux convictions religieuses ; cela s’est vu ! « Ils avaient conscience du caractère choquant de leur exposition puisqu’ils l’on interdite aux mêmes aux mineurs ! »

C’est le choix de la bêtise, de la peur et de la défaite.

La deuxième phrase de la réponse de nos commissaires montre qu’ils prennent les adultes aussi pour des imbéciles. L’interdit aux mineurs est destiné non seulement aux intégristes, mais aux adultes en général, qui brûleront de voir ce que l’on refuse de montrer à leurs enfants… Sont-ils seulement niais ou un peu tordus dans leur tête, nos braves commissaires ?

Cerise sur le gâteau de l’hypocrisie, le catalogue, lui, n’est pas (pas encore !) interdit aux mineur(e)s et nous incitons les « familles » à l’acheter. Passons sur la contradiction ridicule entre la démarche et les propos et lisons l’avertissement qui précède l’entretien dans la revue Chroniques :

« L’exposition étant interdite aux mineurs, le lecteur de Chroniques [la lectrice de la revue ira se faire foutre, cela n’est point hors sujet] ne trouvera dans le magasine qu’une iconographie décalée, déclinée autour du visuel de l’exposition et de la couverture du catalogue [38 euros, une misère], qui, nous l’espérons, lui donnera néanmoins l’envie d’aller juger sur pièce. »

Chacun sait que la revue de la BNF est avidement dévorée tous les deux mois dans les cours de récréation des écoles maternelles ! Mais tout de même, puisque les bambins peuvent « jusqu’ici », économiser sur leur quatre heure pour s’offrir le catalogue plein d’images à eux interdites dans l’exposition, à quoi rime ce grotesque avertissement ? Et au fait, à quoi ressemblent ces images si « décalées » ? Elles sont au nombre de trois et représentent un personnage aux traits fins, à la bouche rouge et aux cheveux longs, donc assez féminin dans notre lexique culturel. Mais la voilà, la « lectrice » de Chroniques ! Pour l’instant, elle lit le catalogue de l’exposition. Sur la première image, elle écarquille les yeux, n’en croyant pas leur témoignage ; sur la seconde, son visage disparaît entre les pages, elle louche sur un détail ; sur la troisième, elle lève les yeux aux ciel et pince les lèvres comme on le fait pour dire « N’iiiiimporte quoi ! ». Bref, la lectrice est gentiment choquée. Comme vous avez bien compris le procédé ci-dessus décrit, vous savez que vous devez à cet instant être saisi(e) d’un impérieux désir de savoir ce qui peut ainsi choquer cette lectrice de papier…

L’interdiction aux mineur(e)s de l’exposition « Éros caché » est une niaiserie ; mais c’est aussi et surtout un mauvais signe pour la liberté de d’esprit. Qu’il soit donné à la société par la Bibliothèque nationale est un détail navrant.

Amateur d’érotisme comme lecteur et comme auteur et familier des livres de l’Enfer, je ne me ferai pas le chaland de pareille « exposition ». J’incite vivement chacune et chacun à satisfaire ailleurs et autrement sa légitime curiosité de l’art d’aimer et de ses représentations artistiques.