Ça commence bien ! (1982)

Texte publié dans la revue Possible (n° 9, avril-mai 1982).

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« Nous fabriquons continuellement des lois pour protéger l’enfance, et mettons la police sur pied; mais les lois et la police, que leur action soit bonne ou mauvaise, ne peuvent rien, sinon venir à l’aide quand le mal est fait. Il nous faut aller jusqu’à la racine même de ce mal. Nous devons apprendre aux enfants à être leur propre loi ; nous devons leur donner les moyens de conserver intacte leur propre personnalité. »

Havelock Ellis.

« La France adresse son salut aux femmes, aux hommes, aux enfants mêmes, oui, à ces enfants héros semblables à ceux qui […] tombent en ce moment même de par le monde pour un noble idéal. »

Mitterrand (Discours de Mexico, 20 octobre 1981).

 

Dix mois de pouvoir socialiste permettent de mesurer le décalage entre l’image que les nouveaux maîtres entendent donner d’eux-mêmes et ce qu’ils font. Rien ne justifie, ce nous semble, le sobre lyrisme avec lequel Possible a dans ses dernières livraisons salué « un vent nouveau pas encore pollué ».

Jorgensen[1] s’émerveille (Possible n° 6) de la courageuse intelligence de M. Lang parlant de jeunesse et de culture. Ne crachons pas sur l’intelligence, voyons ce qu’elle produit. M. Lang a fait entrer des jeunes (majeurs tout de même !) dans la commission chargée de visionner les films avant diffusion pour distribuer les interdictions. Surprise du play-boy, les jeunes kapos sont plus stricts que leurs aînés ! Ils feront bon usage du pouvoir qu’on leur octroie, pénétrés de l’importance de leur tâche et convaincus de leur compétence, garantie par le gouvernement.

La gauche ne manque pas d’intelligences. On les voit dans tous les ministères se présenter au rapport. Tous courageux et malins. Le rapport Quilès sur l’énergie fut le premier d’une longue série. Rédigé par le spécialiste PS du sujet, il exprimait des   vues pro-nucléaires modérées, assorties de prudentes mises en garde. Il fut délibérément ignoré par le gouvernement Mauroy, contre l’avis des députés socialistes, qui d’ailleurs faillirent bouder. Lire la suite