“CRÉATRICES”

«La question de la création artistique féminine est au centre de l’actualité. Après des siècles de quasi monopole des artistes hommes, la visibilité des artistes femmes au sein des institutions culturelles est devenue un enjeu structurant.

Quatre musées et centres d’art bretons conjuguent leur engagement pour des femmes artistes pendant tout l’été 2019. Ils soulignent ainsi leur souci d’équité alors qu’une majorité des étudiants en écoles d’art est constituée de femmes, leur volonté de diversifier les angles d’approche et les regards sur la création artistique, leur souhait de mettre au centre des débats un certain nombre de sujets historiquement portes par les femmes (la libération du joug masculin, les droits liés à la liberté sexuelle, l’engagement social et politique féminin…).

Quatre expositions, des visites, des projections, des performances, des débats forment un programme riche et militant pendant tout l’été en Bretagne.»

Téléchargez ICI le dossier de presse.

 

“MADEMOISELLE” ~ Femmes artistes à Sète jusqu’au 6 janvier 2019

Mademoiselle est une exposition collective qui rassemble une nouvelle génération de femmes artistes internationales, explorant les enjeux (et les paradoxes) liés à la féminité contemporaine, à travers un large éventail de médiums et de sujets. Faisant référence à l’interdiction récente du titre «Mademoiselle», et s’inspirant de l’actuel intérêt pour les droits des femmes – connu sous le nom de phénomène «#MeToo» – l’exposition entend montrer l’héritage, l’évolution et la diversification des stratégies et des théories féministes.

Vous pouvez télécharger ici le dossier de presse complet de l’exposition.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Requiem pour Juju (1980)

Comment avoir vécu à Paris sans témoigner de son assassinat longuement mûri, aujourd’hui presque achevé ?

Rédigé dans le cadre de l’activité professionnelle de « pigiste » que j’ai exercée durant quelques années, ce texte a été publié dans L’École ouverte, revue des éditions Vuibert diffusée par abonnements (n° 73, novembre 1980).

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« The most famous bougnat in the world », le slogan sur le miroir-baromètre illustré par Fonteneau d’une rousse capiteuse, surprenait. Aussi, ce tableau sombre au mur : un tibia émergeant d’une godasse. Chaque chose pourtant, chaque personnage, semblait dans son rôle : Juju, la bougnate, forte en gueule, qui vous regardait d’abord avec un drôle de sourire, presque un rictus, prêt à basculer dans le rire amical ou l’indifférence ; Roger, le bougnat, planté sur ses jambes écartées, le torse rejeté en arrière qui oubliait le poids des sacs de charbon et des bouteilles de gaz, sa casquette et son éternel clop entre les doigts, et l’accent auvergnat jusque dans les sourcils broussailleux ; Solange, leur fille, frêle et sans âge.

On croyait comprendre peu à peu, à regarder la clientèle d’habitués, d’où venait cette impression de décalage. Il y avait de tout, comme partout. Des étudiants des Beaux-Arts, ceux de la fanfare. Les commerçants de cette rue Mazarine qui joint la Seine au carrefour de Buci : le Suisse, gérant de « La Fourchette d’Or » ; le coiffeur, moustache et œil égrillard ; Vivien le libraire ; Bourgeois l’architecte ; Madeleine surtout, la concierge du 35, avec une gueule de Daumier, les cheveux en épis, les lunettes sans cesse remontées en grimace, le porte-monnaie toujours en main et le trousseau de clefs, insigne de la fonction. Madeleine prenait ses clefs pour sortir comme d’autres mettent un cache-col, manière de marquer la différence entre dehors et dedans. Son petit-fils, c’est pourtant vrai, avait, lui, la dégaine d’un Poulbot, crasseux, rigolard et le nez en trompette. Voilà un bistrot comme un autre avec sa profusion d’images d’Épinal. Et puis on croyait reconnaître 201105220776_w350-240x300attablé, Antoine Blondin. On écoutait. C’était bien lui, que Juju refusait de servir vers huit heures quand il ne pouvait plus articuler sa plaidoirie que du regard. Alors c’était un bougnat littéraire ? Non, malgré Blondin, Fonteneau et quelques autres dont j’ignore les noms ; ils étaient là simplement (ou passaient comme Jean-Louis Bory). Pas café d’artistes non plus, malgré Mathias et Jean-Marie Rivière[1], alors directeur de l’Alcazar, et dont tout le personnel se retrouvait au 39 rue Mazarine. Là on tenait quelque chose tout de même. Joli contraste ; une dizaine d’hommes, de la « folle » caricaturale à l’éphèbe, riant fort et s’interpellant, trinquant avec le bougnat, incarnation parfaite de la virilité.

 

Étrange humanité

Ces Auvergnats, étrangers dans Paris depuis trente ans peut-être, n’aimaient guère les étrangers, ni les paresseux ni les « drogués »… Il est vrai que, rue Mazarine, les alcooliques étaient pour le moins écrivains, les pédérastes dansaient le soir en costume. Pour les autres, ils étaient absous selon une règle mystérieuse que seule Juju avait pouvoir d’appliquer. Vous assistiez parfois à la mauvaise réception d’un presque semblable, quand vous aviez conquis, sans trop savoir comment, un statut privilégié. Les intrus partaient sans tirer une larme aux « assis » dont j’étais. Les imbéciles avaient pris une remarque bourrue pour de l’hostilité, jugeaient leur honneur atteint. Juju avait, comme on dit, ses têtes. Être admis ne vous mettait pas à l’abri des sarcasmes ni de la mauvaise humeur. La bougnate pouvait tout aussi bien émettre des doutes sonores sur les capacités d’un client à mettre quelqu’un dans son lit, que se choquer d’une innocent commande de thé : « Du foin ? vous buvez du foin ? » La même Juju a mis vingt ans à faire payer plus cher les consommations prises assis, encore a-t-il fallu les injonctions d’un « type du syndicat ». Cela n’était affiché nulle part, mais il allait de soi que l’on pouvait « apporter son manger ». Les artisans qui travaillaient sur les chantiers voisins et les étudiants achetaient un cornet de frites et une saucisse à l’étal minuscule du Breton, vers Buci. Les habitués avaient quelquefois la faveur d’une énorme omelette aux patates.

Finalement, on trouvait chez Juju un regard sur l’humanité, un regard comme en disposent les plombiers sur une canalisation. On n’avait qu’à s’asseoir et laisser impressionner sa rétine. Les images s’additionnaient, se superposaient, décalées. On ne trouve plus beaucoup d’endroits dans les villes d’aujourd’hui où l’on puisse ainsi s’imprégner de l’envers des décors.

Il y avait eu comme un mauvais présage, on avait repeint à neuf, mais dans la tradition. On avait rajeuni les peintures, pas le style. « Ça plaît à la clientèle » disait Solange, avec dans la voix comme une nostalgie de Formica. Et puis le charbon allait mal, « on ne gagnait plus assez ». Sans doute avaient-ils au contraire assez gagné, levés à 4 h depuis trente ans, pour retourner au pays. On a décroché l’enseigne « Bois et Charbons ». Juju élève des lapins, quelque part vers Saint-Flour. Pour un bougnat qui ferme à Paris, deux pizzerias s’installent, et un supermarché du hot dog. Ça fait du bruit et des néons ; il n’y a plus rien à voir.

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[1] On peut reconnaître dans cet inventaire : Antoine Blondin (1922-1991), auteur d’Un singe en hiver, chantre des comptoirs et du Tour de France ; l’écrivain Jean-Marie Fonteneau, de moindre renommée ; Jean-Louis Bory, critique de cinéma et écrivain, revendiquant son homosexualité dans Ma moitié d’orange (1973), suicidé en 1979 ; le dessinateur Mathias.

Faut vous faire un dessin? (2012)

[Article mis en ligne le 9 octobre 2012 sur mon ancien site, et effacé (avec bien d’autres) à la suite d’une fausse manœuvre. L’ayant rédigé directement, sans fichier de sauvegarde, je n’avais pu le restaurer. Jusqu’à ce qu’un aimable internaute — merci Christophe ! — réponde à mon appel et me signale une copie.]

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Émission « À voix nue ». France-culture, 9 octobre 2012. Invité : le dessinateur Georges Wolinski.

L’artiste nous raconte sa jeunesse. Études aux Beaux-Arts. Évocation du bizutage. Étranglement de l’auditeur (moi) avec une lentille (pas de contact, du Puy).

L’artiste explique benoîtement que le jeu imposé aux nouveaux consistait à « ramener des filles ». On leur demandait très gentiment dans la rue ou au café. Curieuses, certaines acceptaient.

À peine entrée dans la salle, deux garçons bloquaient la porte et disait : « Tu te déshabilles ! On ne te laissera pas sortir tant que tu ne l’auras pas fait. On te jure qu’on ne te touchera pas. »

L’artiste commente : « Au bout d’un moment, elles en avaient marre, elles se déshabillaient. »

L’artiste ajoute[1] : « Peut-être que certaines mouillaient un peu leur culotte. Parce que, maintenant que je connais mieux les femmes, j’ai compris qu’elles aiment bien qu’on les force à faire ce qu’elles ne veulent pas faire. »

À ce moment, le journaliste, M. Tewfik Hakem dit un truc du genre : « Là Georges, je vous arrête. Ce que vous dites est une apologie du viol. »

(Ici : Toussotements)

Euh ! non. Ça, c’est ce que dit le journaliste dans vos rêves (les miens en tout cas).

En vrai, M. Hakem dit : « Mais ça restait bon enfant ».

Avec une très légère nuance interrogative à la fin (un demi point d’interrogation, si vous voulez).

« Bon enfant » !

Séquestration, suivie d’attentat à la pudeur. Mais « bon enfant » !

Et là, je ne vous parle que des fois où personne n’avait picolé, où il n’y a pas eu le moindre dérapage supplémentaire à partir de ce qui constituait déjà une violence sexuelle et sexiste caractérisée.

« Bon enfant » !

Humilier une fille, mais pour rire. D’ailleurs, on comprendra plus tard, quand on « les » connaîtra mieux que c’est ça qui les fait jouir.

Vous n’avez qu’à écouter France-culture pour le savoir. Vous me direz que ça change du philosophe du samedi matin qui s’excuse de prononcer le mot vagin à l’antenne. Eh bien non, précisément, ça ne change pas : ce sont les deux faces de la même trogne répugnante, celle du sexisme. Pudibond le matin, salace l’après-midi.

En quoi je voudrais me réincarner, si possible ?

En lesbienne séparatiste.

 

LIONNE & LION

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[1] C’est le sens incontestable et les mots aussi, pas nécessairement l’ordre des mots ; je ne me suis pas infligé une deuxième écoute, mais vous pouvez podcaster, comme ils disent.