Finkielkraut reprend l’offensive! [une exclusivité “Lignes de force”]

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Sa Suffisance Finkielkraut et les «fascistes»

La place de la République est devenue le lieu d’un immense forum et d’innombrables rencontres et discussions. De cette heureuse situation, déjà saluée ici, certains ont cru pouvoir déduire qu’il s’agit de l’endroit où il importe de se montrer devant micros et caméras (en nombre, il est vrai).

Finkielkraut, crétin de service public, ratiocineur de la déploration moisie, ami et caution du fasciste antisémite Renaud Camus, un type qui petit déjeune au Medef comme vous et moi au bistrot du coin, bref l’une des incarnations les plus infectes de la nouvelle réaction s’est cru autorisé hier soir samedi à parader en bordure des assemblées et groupes divers.

S’étant refusé à quitter les lieux, comme cela lui a d’abord été gentiment recommandé, M. Finkielkraut s’est donc fait proprement virer de la place sous les quolibets. Démontrant à la fois son humiliation d’avoir mal évalué les effets de sa notoriété, et sa légendaire finesse d’analyse politique, l’histrion de France-culture a répliqué en traitant ses raccompagnateurs/trices de « fascistes ».

Dans certaines bouches, tous les mots sont doux à entendre.

 

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L’identitaire malheureux

Une raison de plus pour virer les réfugiés de la place de la République: Que tout soit propre pour Johnny le 10 janvier

Comme le remarquait finement l’excellent Alain Finkielkraut il y a trois jours :

 

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Ah! la «dimension patriotique», la Marseillaise vomie à contretemps, et le mauvais goût de la «chanson française» au pire d’elle-même (merci à Jeanne Cherhal et Yodelice pour le chef-d’œuvre chanté par une de nos gloires nationales dans la vidéo ci-après!).

Écoutez-ça :

En effet, que reste-t-il de janvier «dans nos villes et nos villages fatigués»?

Quel étroitesse d’inspiration!

Pourquoi ne rien dire de «nos bourgs et nos hameaux éreintés»…?

Au secours!

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Reviens Benjamin Péret !

Ils sont devenus mous! Liquides, comme dit l’autre. Une chiasse pitoyable, d’un patriotisme télévisé, vautré. Un ressentiment sans moyens. Une nostalgie nauséeuse. Des sursauts de matons et de délateurs.

 

Alors, pour les agoraphobes, ceux qui ne font pas confiance au dispositif de sécurité (un drône piégé est vite arrivé!), et ceux qui souhaitent savoir où nous en sommes dans la patrie des lumières, voici la chanson qu’interprétera Johnny Hallyday place de la République, à Paris, après que la police républicaine en aura vidé une fois de plus les réfugié(e)s qui y dorment dans le froid et sous la pluie.

Parce que, ce qui compte nom de dieu (qui n’existe pas), ce sont les symboles, hein! Et bien ça, si vous voulez mon avis, c’est un putain de symbole. Et qui, soit dit entre nous, aurait fait chialer les gens de Charlie et probablement beaucoup des assassiné(e)s du Bataclan et autres lieux.

Les pauvres chassés, leurs affaires volés et jetés à la benne par les flics.

Place à la «République» des tribunes officielles, des émotions sponsorisées par Lacoste, et de la «poésie» niaiseuse pour fête de fin d’année.

 

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Concept d’«islamophobie» (suite) : textes, liens, débats, mensonges et sarcasmes…

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J’ai reçu peu de commentaires directs à la suite de la publication sur le présent blogue du texte intitulé «Et “dieu” créa l’“islamophobie”»…, sauf de courts messages d’encouragement, précieux certes, mais qui ne demandent pas à être reproduits.

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Je cite cependant celui-ci :

Il me semble que dans ton article « Et Dieu créa l’islamophobie », quelque chose t’a échappé. L’OCI ne dit pas que « les croyants » ont des « droits » et que les athées n’en ont pas. Elle dit que les croyants des religions abrahamiques et monothéistes, c’est-à-dire les musulmans, les chrétiens et les juifs (oui mais bon eux…) ont des droits et que les autres, mais pas seulement les athées, également les croyants des religions polythéistes, les animistes, et tout ce qui peut exister comme croyants de religions non-abrahamiques, n’ont aucun droit. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

Christophe

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Mon texte a été intégralement repris et/ou signalé sur les sites suivants:

Socialisme libertaire

Le Laboratoire anarchiste

Mondialisme.org

Non fides

En dehors

Le Blog de Floréal

Sous la cendre

Indymedia Bruxsel

Indymedia Nantes

INCENDO

Et, malgré ma défense maintes fois réitérée, par le crétin qui a intitulé son triste blogue « Serpent libertaire ».

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La version d’Indymedia Bruxsel présente l’avantage d’être suivie de commentaires.

On y apprendre, en vrac, qu’« après un début de carrière plutôt intéressant et sympathique contre les idées toutes faites et la pensée dominante, Claude Guillon a décidé de jouer dans la cour des grands [sic] et d’accéder à un monde politiquement correct d’où ses idées trop extrémistes l’avaient écarté. »

L’auteur de ce commentaire croit pouvoir annoncer que je vais prochainement prendre pour cibles les « “antisionistes”, les “anticolonialistes”, “les anti-impérialistes”, bref, tous les empêcheurs de tourner en rond dans le meilleur des mondes colemanesques possibles… »

L’adjectif « colemanesques » dérive d’Yves Coleman, auteur de la revue Ni patrie ni frontières, qui a repris un certain nombre de mes textes (voir le lien mondialisme.org ci-dessus). Au passage, j’ai l’impression que certains voient Coleman, auteur-éditeur d’une revue tirée à 200 exemplaires, comme une espèce de Citizen Kane du XXIe siècle, au cœur de la concentration de la presse française…

Passons. Une fois décidé que ledit Yves Coleman (qui n’en peut mais !) est mon « nouveau maître à penser » (sans préciser qui était le précédent…), il est facile à notre illusionniste d’aligner une longue liste de liens conduisant à des articles de Coleman, dont il va de soi — désormais — que je suis censé les endosser.

On apprendra encore que je fais désormais partie des « anarchistes “respectables” » qui « disent exactement la même chose que Fourest, Val, Finkielkraut ou même Éric Zemmour, ce qui prouve bien plus sûrement qu’ils sont sur la même longueur d’onde. »

Je m’étais dispensé jusqu’ici de lire une ligne de M. Zemmour, mais si des « anarchistes » pas respectables m’assurent que c’est un communiste libertaire antithéiste, je vais faire un effort…

On apprendra encore que « Je suis Charlie » sans le savoir. Comme j’ai pris la peine d’écrire le contraire et que cela s’est un peu su, il faut feinter : « Passer de Mordicus à Mondialisme.org et Le Monde libertaire pour promouvoir ses “idées” anarchistes, quelle déchéance ! Même ses fausses audaces par rapport à Charlie ne sont que des échappatoires. Il n’est pas Charlie seulement à cause de la récupération par le pouvoir, mais nulle part il n’émet la moindre critique envers ce journal raciste qui était passé depuis plus de dix ans dans le camp du pouvoir. D’autres ont eu ce courage qu’il n’a pas et qu’il n’aura jamais plus. »

Voyez comme on peut se tromper : j’aurais juré que ce passage du texte « Vous faites erreur, je ne suis pas Charlie ! » était une critique de Charlie Hebdo

Je ne suis pas Charlie, parce que si je partage la peine des proches des personnes assassinées, je ne me reconnais en aucune façon dans ce qu’était devenu, et depuis quelques dizaines d’années, le journal Charlie Hebdo. Après avoir commencé comme brûlot anarchisant, ce journal s’était retourné — notamment sous la direction de Philippe Val — contre son public des débuts. Il demeurait anticlérical. Est-ce que ça compte ? Oui. Est-ce que ça suffit ? Certainement pas. J’apprends que Houellebecq et Bernard Maris s’étaient pris d’une grande amitié, et que le premier a « suspendu » la promotion de son livre Soumission (ça ne lui coûtera rien) en hommage au second. Cela prouve que même dans les pires situations, il reste des occasions de rigoler.

Passons sur le léger retard de lecture à propos du Monde libertaire (voir Comment peut-on être anarchiste ?), le même messager de mauvais augure prévient qu’un jour les Coleman (dont je ne sache pas qu’il se soit jamais prétendu anarchiste) et les Guillon « dépasseront les Cohn-Bendit et les Philippe Val dans le reniement des idées libertaires, on préfère [ajoute-t-il] les anonymes qui n’ont pas retourné leur veste. »

Notez que je prétends justement, moi, qu’ils l’ont retournée en abandonnant l’antithéisme.

My tailor is perhaps rich but unfortunately no longer anarchist !

Et pour finir — très provisoirement, sans doute — je suis qualifié par un autre commentateur d’« ayatollah de la laïcité (d’État) », doublé d’un « idiot utile de l’anticommunisme » (étonnez-vous, après ça, que j’ai un emploi du temps de ministre…).

Le même fan me reproche de m’être « acoquiné » avec Octavio Alberola, en publiant à ses côtés une critique de Chomsky, Alberola dont « je ne peux pas ne pas avoir lu » un texte en faveur d’Onfray… Vous suivez toujours ?

Or me voici dans la pénible obligation de dessiller les yeux de mon sévère critique : je ne connais pas Alberola, sinon de vue, je ne lui ai jamais parlé. Et personne ne m’a demandé mon avis pour publier nos textes conjointement.

Oh !? Non !!! Eh si !…

Ainsi va le monde radical, et le ridicule des couillons qui bricolent des « écoles de pensée » sur la table de leur cuisine.

Il y a une chose qui manque dans la longue liste de liens, entrecoupée d’insultes, à laquelle je vous renvoie…

UNE CRITIQUE D’UN PASSAGE DE MON TEXTE

Mais je suis sûr que ça viendra. Il leur faut un peu de temps, c’est tout.

J’ajoute qu’en présence d’une critique précise et argumentée, je publierai et répondrai.

À moins bien sûr d’être terrassé par la force d’arguments, insoupçonnables à ce jour par ma misérable cervelle d’ex-mousquetaire anarchiste sénile et avide de voir ses mérites anticommunistes et « islamophobes » reconnus par l’État (putain ! 63 ans !), lesquels me convaincront de récuser le fier (croyais-je) slogan « Ni dieu ni maître » comme le « dicton » raciste qu’il est.

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Plusieurs textes portant sur le même sujet m’ont été signalés par leurs auteurs, des lecteurs et des lectrices :

Notes sur la religion dans son rapport avec le communisme

Le nouveau damné de la Terre est arrivé

Sur le site de la Marche mondiale des femmes contre les violences et la pauvreté (MMF) on peut télécharger le n° 280 (26 mars 2015) de son Courrier, dans lequel on trouvera un article de Laurent Zimmermann : « Évitons le terme d’“islamophobie” ».

L’auteur donne une citation de Salman Rushdie (dans Joseph Anton. Une autobiographie, Plon, 2012, chap. 6) :

« Un nouveau mot a été inventé pour permettre aux aveugles de rester aveugles : l’islamophobie. »

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Du côté des FEMEN

Je me suis rendu, le 29 août dernier, à la soirée-débat coorganisée à Paris par les Femen et le MLF (déposé), dont le thème était « Des femmes et des dieux ». Je souhaite revenir sur deux moments de la réunion.

Moment A (le désaccord).

Zineb El Rhazoui, journaliste à Charlie Hebdo, a d’abord parlé du concept d’ « islamophobie », de telle manière que, même si elle n’utilise pas les mêmes références documentaires que moi et ne se soucie pas des anarchistes (chacun[e] ses soucis !), j’ai pu penser que nous étions d’accord.

Hélas, au moment du débat avec la salle, une dame est intervenue pour rapporter son expérience. Employée dans une structure hospitalière (service public), elle a reçu en consultation une femme voilée dont elle ne voyait qu’un « triangle » du visage (les yeux probablement). Elle a fait part de son malaise à cette femme, laquelle est partie furieuse et a porté plainte pour discrimination (je résume[1]).

Zineb El Rhazoui a commenté ce récit en soulignant à quel point, à son avis, le service public hospitalier est un terrain de choix pour les militant(e)s islamistes ; elle a apporté tout son soutien à la dame visée par la plainte, applaudie par, disons une moitié de la salle au moins (très pleine, la salle, mais je n’ai pas procédé à un comptage).

Or voici où nous nous séparons Zineb El Rhazoui et moi. Je considère que, tel que compréhensible dans le récit de la dame, l’incident épuise la définition de l’islamophobie concrète dénoncée par l’intermédiaire du concept d’ « islamophobie », qui a par ailleurs d’autres objectifs et d’autres conséquences, ici récemment dénoncées.

Peu m’importent la sincérité et les éventuelles mauvaises intentions de la femme (« testing » prémédité) qui vient en consultation (ici sans accès nécessaire à son corps) dans la tenue qui correspond à ses partis pris religieux. La question est de savoir si mon propre parti pris philosophique, en tant qu’employée éventuelle de l’hôpital, suffit à légitimer des remarques, nécessairement ressenties comme désobligeantes, ou des obstacles mis à la consultation. Je réponds non.

Or il est d’autant plus dommageable que cette question ait été traitée de la sorte, que cela allait exactement en sens opposé à l’un des arguments — avec lequel je suis pleinement d’accord — opposé aux revendications religieuses. En l’espèce : il est bien possible que vous soyez choqué(e), heurté(e), agacé(e), etc. par mon mode de vie, ma vêture ou mes habitudes alimentaires, mais c’est la vie ! Et rien ne vous autorise, au nom de votre droit incontestable à croire et manger ce que vous voulez, à empiéter sur mes propres droits.

Cet argument ne vaut, comme règle de vie commune, que si il vaut pour tous et toutes, et pas seulement quand ça m’arrange, et qu’il sert mes propres partis pris.

Par ailleurs, quand une étrangère voilée me demande son chemin dans la rue, je le lui indique (si possible) sans assortir le renseignement d’un prêche antithéiste ; quand une manifestante voilée me demande du sérum physiologique pour son barbu de mari, gazé en même temps que moi dans une charge de police, je lui offre une dosette du produit sans l’assortir du « prix » d’une remarque acide. Et, je ne suis (même) pas payé pour ça.

Je ne crois pas que ce soit là que se situe la ligne de front ; je ne crois pas que des attitudes insultantes fasse avancer la cause de la laïcité d’un centimètre (je parle du pays où je vis ; dans une théocratie, la provocation a un autre poids). Et je ne vois pas comment l’on pourrait ensuite critiquer l’interdiction de signes religieux ou politiques à l’hôpital. Si je veux arborer un tee-shirt siglé du « A » anarchiste, ou mon badge préféré (« Trouble maker »), je veux pouvoir le faire sans laisser au médecin ou à l’infirmier protestant ou sarkosyste la latitude d’une « objection de conscience » dont les limites et les prétextes pourraient être discutés à l’infini (on attend déjà bien assez comme ça !).

Moment B (le mensonge).

Dans la continuité de la critique du concept d’ « islamophobie » comme « cheval de Troie théorique », je pose une question piquante à l’une des militantes Femen présente à la tribune. J’ai vu sur Internet une photo la représentant avec peint sur le torse le slogan « Allah created me free ». N’est-ce pas déjà une manifestation de démagogie à l’adresse d’un public musulman, quand on a plutôt vu dans un passé récent les Femen arborer des slogans clairement antireligieux. La jeune femme n’a pas le temps de répondre ; la meneuse du groupe, Inna Shevchenko s’en charge : « Il ne faut pas interpréter les slogans, mais s’en tenir à leur sens originel. Il était écrit : “Si Allah m’a créée, il m’a créée libre” ».

Tiens, se dit le piquant dépité, j’aurais mal lu, ou ma mémoire me joue des tours…

Or, après vérification sur le fil Twitter officiel de Femen France, voici la photo que je retrouve.

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C’est bien la même jeune femme ; le slogan est bien celui dont j’avais le souvenir (et dont j’avais publié une miniature dans les notes de « Et “dieu” créa l’“islamophobie” ») ; il est entièrement peint sur le torse puisque l’action est prévue et « cadrée » pour les photographes. Il est d’ailleurs repris — et lui seul — en légende de la photo.

Me voilà rassuré sur le fonctionnement de ma mémoire visuelle, à défaut de l’être sur la sincérité et les capacités d’autocritique d’Inna Shevchenko.

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[1] Je précise que je ne prétends pas rendre compte littéralement des propos de cette dame, l’incident qu’elle rapporte ayant fait l’objet d’une procédure judiciaire, dans laquelle je ne souhaite pas m’immiscer.

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PRÊCHE TRAGIQUE À “CHARLIE HEBDO” : 12 MORTS. Pour qui travaillent les assassins?

Gueule en deuil

D’abord une remarque concernant le titre de ce billet. L’hebdomadaire Charlie hebdo s’est toujours distingué par un mauvais goût transgressif assumé, se moquant de toutes espèces de victimes : le général de Gaulle (dans une formule célèbre qui est à l’origine de mon titre : « Bal tragique à Colombey : un mort »), mais aussi les victimes d’un incendie dans une discothèque ou des enfants dans un car scolaire.

Les gens qui seraient choqués (c’est leur droit) manifestent leur allergie à ce qu’a toujours été Charlie hebdo (c’est encore leur droit). Ils seront bien aimables de nous épargner le couplet ému sur Charlie hebdo comme incarnation de la liberté d’expression.

Ensuite, et ça n’est pas contradictoire, ma pensée va évidemment à tous les proches des victimes et aux blessé(e)s. À destination des crétins (je sais qu’il y en a) ricanant que je n’ai sans doute pas les mêmes pensées compatissantes l’égard des Palestinien(ne)s lorsqu’ils et elles meurent sous les bombes israéliennes, j’ajoute que si, j’ai les mêmes, et que je récuse absolument l’argument sous-jacent selon lequel assassiner les dessinateurs de Charlie hebdo pourrait se parer en quoi que ce soit de l’argument d’une solidarité avec la Palestine.

Pour qui travaillent les assassins ? La question est formulée de manière rhétorique, que je dois corriger aussitôt. Peu m’importe si ces assassins sont payés ou non, et par qui. Peu m’importe encore ce qu’ils croient faire. Ce qui m’intéresse, c’est ce que produit leur geste.

Les assassins fournissent à l’État une incarnation presque caricaturale du terrorisme. Leur geste entraîne immédiatement la réactivation de mesures de type Vigipirate, mais ce qui est plus grave, il fournit un argument facile pour justifier le récent renforcement des lois dites « antiterroristes », et le suivant, qui ne saurait tarder.

Ce faisant, les assassins renforcent l’État et nuisent à toutes les forces de contestation que les textes « antiterroristes » permettent de surveiller et de réprimer. Ils rendent plus difficile la critique du système. On peut parier qu’ils s’en moquent

Par ailleurs, les assassins se font les attachés de presse bénévoles — à la stratégie certes un peu agressive — du récent livre de Michel Houellebecq, Soumission. Ils rendent également un grand service à des gens comme Zemmour, prochain invité d’Alain Finkielkraut, le 10 janvier, dans son émission de France-Culture « Répliques ».

Il va de soi que les trois personnages ci-dessus mentionnés condamneront fermement, et sincèrement, le massacre commis à Charlie hebdo. Ce qu’ils croient n’a pas plus d’intérêt que ce que croient les assassins. Je m’intéresse à ce qu’ils font. Tous trois répandent, avec des différences voire des divergences personnelles, le mythe d’une défaite de la société française devant un Islam conquérant. Le mythe allant jusqu’au délire d’un prétendu « grand remplacement », affirmé par le misérable Renaud Camus, qui a cessé (?) de compter les juifs à France culture pour compter les musulmans partout (c’est-à-dire probablement dans sa cervelle malade, les « arabes »).

Lequel Camus est protégé par Finkielkraut, qui estime bon et utile de lui donner la parole sur l’un des rares médias où il n’intervient pas déjà, pour des raisons qu’il faudrait une longue psychanalyse pour élucider (il semble que pour ces pauvres gens, le seul choix possible est celui du fantasme idéologique auquel se « soumettre », comme dit Houellebecq).

« Prêche tragique ». C’est suggérer qu’il est légitime d’établir une relation entre les assassins et leur religion. Ces gens tuent au nom de « dieu ». Je ne suis pas spécialiste de « dieu », mais il me semble que ça doit avoir un rapport avec « lui », non ? Je sais que certains vont se vanter de « l’ »avoir eu au téléphone et que non, il condamne l’attentat (tout ça est du déjà vu). On en est réduit à choisir entre différents frappadingues (et oui, comme n’importe qui, en situation, je préfère ceux qui n’ont pas de mitraillette à la main).

Ici, certain(e)s se récrieront contre l’invitation faite aux musulman(e)s de manifester leur réprobation envers les actes commis par des gens supposés adorer le même « dieu » qu’eux. C’est pousser l’hospitalité laïque jusqu’à la niaiserie. Si demain un crétin se réclamant de l’anarchisme posait une bombe dans une mosquée, par exemple (contre toute religion et pour le droit au blasphème) ou dans un restaurant chic (contre les « bourgeois », cela s’est vu à la période dite de la « propagande par le fait »), je me sentirais, en tant qu’anarchiste révolutionnaire, tenu d’exprimer ma condamnation et mon analyse des faits. Je jugerais parfaitement légitime d’être interpellé, en privé et en public, sur cette question. Je ne vois pas pourquoi d’autres ne seraient pas requis de la même manière.

Certes, comme je l’ai évoqué plus haut, ce type d’événement fait nécessairement le jeu de diverses formes de propagandes racistes. Vous en parlerez aux assassins, si la police ne les élimine pas sommairement.

Le renouveau religieux, qui plus est principalement dans une partie de la population française issue de l’immigration, donc victime de discriminations racistes, pose des problèmes stratégiques complexes pour les militant(e)s révolutionnaires athées. Je ne prétends pas fournir dans ces notes rapides des réponses efficientes.

Il est frappant de constater combien ces adversaires mortels (du point de vue des islamistes au moins) partagent certaines réactions archaïques, parfois transformées en positions « philosophiques », comme la misogynie. Les djihadistes et Zemmour se font grosso modo la même idée de « la femme ». Finkielkraut, lui n’est pas d’accord, il a promis de le dire à Zemmour, mais il voit dans les soirées de Strauss-Kahn avec des prostituées la preuve « qu’il aime les femmes », et il s’excuse de prononcer le mot « vagin » à l’antenne…

Dans un récent article de Médiapart (payant), « L’idéologie meurtrière promue par Zemmour », Edwy Plenel souligne un point commun des contempteurs du « déclin français » devant un « péril musulman » : ils font remonter son origine à la Révolution française, aux Lumières et à la théorie du droit naturel. Remarquable contresens des imbéciles pour qui la première République instaurant la laïcité aurait jeté les bases d’une société perméable à la religion… Or les islamistes eux-aussi condamnent le droit naturel, mais cette fois comme un symbole de l’Occident impérialiste, et non plus comme la source de son déclin !

La Révolution française a posé beaucoup des questions qui se posent encore à nous aujourd’hui. Notamment en ce qui concerne la laïcité et la lutte contre les superstitions religieuses : ce qui est légitime, et plus encore ce qui est efficace dans ce domaine. Il nous faut, il nous faudra continuer d’y réfléchir, sous le feu croisé — au sens propre hélas — des fanatiques religieux de tous bords (souvenons-nous de l’attentat contre un cinéma du quartier latin projetant un film jugé « anti-chrétien »), des propagandistes néo-vichyssois et racistes, et des flics démocrates.

Un mot pour clore ces notes : ça n’est pas la première fois dans l’histoire de ce pays qu’insulter une prétendue « divinité » mène à la mort, mais en effet il y avait longtemps que cela n’était pas arrivé.

On nous avait rappelé récemment — hommage à Rémi Fraisse ! — que manifester aussi peut être mortel (cela pourrait inciter certains politiques à davantage de retenue dans leurs larmoiements).

Bref, être humain(e), debout et sans dieu est aussi mortel que la vie elle-même. Cela fera sans doute un peu plus peur à celles et ceux qui n’osaient plus manifester par crainte des balles de caoutchouc.

Je les comprends, mais je manifeste. Sans dieu ni maître. Plus encore : contre tous les dieux, tous les maîtres, et leurs répugnants nervis: violeurs, exciseurs, assassins.

Sans avoir le moins du monde le goût du martyr, force est de constater que l’on ne saurait vivre sans prendre le risque de mourir. Autant que ce soit dans la dignité.

 

 

DE QUOI DSK EST-IL LE NON-DIT ? «Qu’est-ce que c’est “dégueulasse”?» (2012)

Gueule rouge

 

« L’affaire DSK aura révélé une bien triste image de l’Amérique » se navrait avec affectation Pascal Bruckner dans une tribune du Monde (24 août 2011). « Punir la France pour l’Irak, pour Roman Polanski, pour les lois sur le voile et le niqab, mettre au pas cette nation récalcitrante qui s’entête dans ses mœurs dissolues, tel est le sens ultime de l’affaire DSK au moment où l’Amérique mord la poussière et cherche des boucs émissaires à son déclin. » Mieux informé, Bruckner eut pu rédiger un article pertinent sur le puritanisme étasunien, mais aussi sur ses évolutions perceptibles (par exemple la déclaration d’inconstitutionnalité frappant les lois dites « anti-sodomie », lesquelles visaient en réalité tous les actes érotiques « stériles ». Voir Le Siège de l’âme.).

Moins de préjugés nationalistes lui eussent évité d’assurer que « seul un pays malade de sa sexualité [comme les États-Unis] peut imaginer de tels sévices [prisonniers entassés nus à Abou Grahib]. » Comme si les tortures sexuelles et les viols commis pendant la guerre d’Algérie par des parachutistes français sur des prisonnières (« indigènes » ou non) relevaient d’une saine virilité gauloise… Ce que bien sûr Bruckner, qui n’a certainement jamais violé personne, ne pense pas. Mais il oublie de se souvenir au moment adéquat qu’il ne le pense pas. Il est vrai que le « sexe » est de ces sujets qui font fourcher l’esprit, la langue, et la queue (comme disait un diable de mes amis).

La langue qui fourche ment-elle ? Ou bien, au contraire, révèle-t-elle davantage que la langue droite, « soutenue » dit-on. In vino veritas. In cauda venenum. Allez savoir !

Examinons le cas d’un autre spécialiste de l’amour et de la morale, d’ailleurs coauteur jadis avec Bruckner d’un ouvrage sur l’amour[1], Alain Finkielkraut.

Les journalistes n’oublient pas leur ancienne collaboration et Libération a réuni les deux auteurs à Lyon, en novembre 2011. À propos d’amour, bien entendu. Ce fut l’occasion pour Finkielkraut de dire de DSK : « Il aime les parties fines, la débauche. Il est libertin et c’est une manière d’aimer les femmes[2] ».

« Mœurs dissolues » et « parties fines »… ? Dissolues ; signifie dissoutes ; mais dans quoi ? Et fines ? Le contraire de « grossières » ? Fines, comme « fines gueules », « fine champagne ». « Partie fine » : partie de débauche ; pop. partouze. Débaucher : le verbe viendrait du vocabulaire de la menuiserie. Débaucher, c’est d’abord dégrossir, puis fendre du bois.

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La «Pin up» flic : une tentative de synthèse.

On a beau fureter dans les dictionnaires, sauter du coq à l’âne, jouer avec les mots, comment lire « une manière d’aimer les femmes » dans des partouzes tarifées, avec des prostituées, et comme clients des flics et des patrons ?

Ou bien s’agit-il d’ « aimer » les femmes, comme on aime les grosses cylindrées, le bœuf bourguignon ou les signes extérieurs de richesse ?

Du fric, des flics, du pouvoir (ne manque qu’un évêque ; les temps changent !). Dans quoi ces mœurs se sont-elles dissoutes, sinon dans les eaux glacées du calcul égoïste. Dans une caricature des mœurs aristocratiques puis bourgeoises de toujours. Même manière d’« aimer les femmes » chez DSK et ses commensaux, chez Berlusconi, et sans doute chez Poutine. Lire la suite