La Chair des femmes : terre promise aux hommes, à propos d’un film d’Amos Gitaï (2005)

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Je ne doute pas des bonnes intentions qu’affiche Amos Gitaï. Il les appuie d’ailleurs sur des constatations de bon sens et des informations saisissantes : « Il y a un lien évident entre la tension liée à la peur [dans le conflit Israélo-palestinien] et la dépense sexuelle [organisée, au seul bénéfice des hommes, par les deux camps[1]. » ; on estime que, chaque année, 3 000 femmes sont acheminées en Israël depuis les pays de l’Est, pour y être prostituées.

Les bonnes intentions d’Amos Gitaï viennent de loin. On peut supposer qu’il connaît l’origine de son prénom : dans la Bible, Amos est un berger-prophète inspiré par Yahvé, qui lui annonce le châtiment d’Israël où l’on « achète les faibles à prix d’argent » (Amos, 8-6).

On veut bien croire que faire d’un attentat palestinien l’instrument du châtiment divin qui s’abat sur les trafiquants de chair humaine a pu choquer une partie de l’opinion israélienne, et de l’opinion juive dans le monde. Et que cela puisse être salutaire, on veut bien le croire encore.

Cependant, chacun sait que les bonnes intentions font le pavement des enfers aussi couramment que des terres promises. Ce qui m’intéresse, en l’occurrence, c’est la manière dont est traité, c’est bien le cas de le dire, le corps des femmes, et représentée la violence sexuelle.

« Même avec des comédiennes, dit Gitaï, j’étais inquiet de la manière de filmer les corps des femmes, nues, humiliées physiquement. Il y a tant de films dégoûtants qui tirent bénéfice de ce qu’ils prétendent dénoncer. La présence à mes côtés de trois femmes, Marie-José Sanselme au scénario, Caroline Champetier à la caméra, Isabelle Ingold au montage, était essentielle[2]. »

Justement, Caroline Champetier déclare au Monde [3] : « Je fais partie des féministes qui ont poussé la radicalité un peu loin. » Diable ! On aimerait en savoir davantage sur cette lointaine radicalité, dont le journaliste du Monde s’extasie que le « féminisme » (les guillemets sont de lui) en quoi elle s’est muée, constitue « l’un des atouts » de Champetier en tant que camérawoman de Terre promise.

De la pornographie

– Scène I

Lors d’une halte dans le désert, l’un des convoyeurs arabes du groupe de jeunes femmes en choisit une, qu’il viole. Si l’on ne savait pas qu’il s’agit d’un geôlier et d’une presque prisonnière (nous ignorons quelle est la part de contrainte dans la succession d’événements qui l’ont conduite là), on pourrait penser à une scène de séduction. La fille geint plus qu’elle ne crie, se débat sans violence. Que croit-elle ? Que craint-elle ? Que pense-t-elle ? Que dit-elle ? Nous n’en saurons rien. Nous ignorons d’ailleurs tout d’elle et de ses compagnes ; ce ne sont pas des personnages mais des icônes.

À la fin de la scène, la caméra monte vers la lune pleine. Maintenant que je connais les antécédents d’une excessive radicalité de la camérawoman, je me dis qu’il s’agit peut-être d’une très audacieuse satire du rite de la lune de miel… Sur le moment, la scène est confuse — image et sens.

– Scène II

Les filles sont présentées aux acheteurs. C’est un marché de chair humaine, une foire aux esclaves. La femme qui les vend fait l’article : elle est jeune ! elle est belle ! poitrine superbe ! La scène est d’autant plus violente qu’elle mobilise peu de violence effectivement pratiquée. « Ne l’abîmez-pas ! » dit la vendeuse. « Poitrine superbe ! » répète-t-elle : on fait jaillir deux seins d’un chemisier, chair lumineuse dans le rayon des phares des 4 x 4. Image pornographique, au sens strict d’abord : qui décrit la prostitution. Mais pornographique aussi parce qu’image inutile du corps exhibé. Et répétée. « Poitrine superbe ! » : deux autres seins jaillissent.

– Interlude

Je ne me lasse pas de la contemplation des corps humains en général et de ceux des femmes en particulier. Je ne suis jamais rassasié de peau et de chair : peau, chair et courbes des fesses, des ventres, des poitrines. Les êtres humains rendus à leur nudité, à la fois unifiés et irrémédiablement individualisés par elle, me sont une source d’émotion inépuisable. Peu porté par ailleurs au fétichisme, je me connais pas de préférence (« gros seins », « petits culs », que sais-je…). Et j’apprécie pareillement le corps des femmes pour lesquelles je ne bande pas.

J’ai détesté la vision de ces seins-là. Je n’avais nul besoin de les voir, d’être fait voyeur de ces seins, pour comprendre ce qu’on voulait me (dé)montrer. Ou bien s’agit-il de me faire bander, pour établir ainsi scientifiquement ma complicité avec les trafiquants de femmes ? Quel peut être le sens de la situation ainsi créée : des seins dévoilées sur l’écran ; moi qui souffre dans mon fauteuil ; ma voisine, inconnue qui est venue s’asseoir à mon côté qui geint, se cache les yeux, se frappe les cuisses ?

– Scène III

Un camion transporte plusieurs filles. Le chauffeur, excité croit-on par le coït amorcé entre un convoyeur et une fille détachée du lot (dont on ne comprend pas si elle a un statut privilégié ou si elle est victime de l’amour qu’elle éprouve pour le beau mac), arrête le camion, choisit une fille et la viole.

Le viol menace à chaque instant. OK J’ai vu la fille tirée par le bras, on pourrait me la montrer pleurant, une fois remontée dans le camion. Je ne suis pas idiot.

Or j’assiste au viol. En gros plan. Mais c’est un viol incroyable. Je dis peut-être une bêtise, je manque d’expérience en matière de viol. Voilà. Le convoyeur ouvre sa braguette, prend la tête de la fille et lui imprime un mouvement de va-et-vient très rapide et très violent, rabattant le front de la fille sur son pubis de toute sa force. Je n’ai pas remarqué que la fille ait été contrainte d’ôter un dentier… Ou bien le violeur a-t-il une bite en bois ? Quand il a fini (quoi ?), croyez-vous que la fille régurgite du sperme, comme chez Breillat ? Pas du tout. D’ailleurs Bite-en-bois lui donne une espèce de baiser au coin des lèvres ; c’est dire qu’il ne craint pas d’y trouver son propre sperme (je dis peut-être une bêtise, mais il me semble que, le plus souvent, les mecs hétéros réservent de préférence l’ingestion de leur sperme aux femmes qu’ils violent/dominent).

Quel est le sens, une fois encore, de cette mauvaise pornographie, à la fois ostentatoire et si peu réaliste ?

Il y a précisément dans un autre film israélien récent, Mon trésor, une scène de fellation. Le film de la réalisatrice Keren Yedaya traite également de la prostitution, d’abord pratiquée par une femme, puis par sa fille. C’est la jeune fille qui est amenée, sans contrainte mais avec un souverain mépris masculin, à soulager d’un trop plein de sperme un ancien petit ami, retour du service militaire. La scène est triste, parfaite, subtile. Comme le film et le regard de la réalisatrice sur la jeune fille (Dana Ivgy), fascinante d’énergie, sur son corps, éloigné des canons dominants de la beauté, et parfaitement bouleversant.

– Scène IV

Les filles sont arrivées dans l’établissement, dancing-bordel en bord de mer, qui s’appelle Promised Land. On leur intime l’ordre de se déshabiller entièrement, elle sont coincées par quelques costauds sur une espèce de galerie qui domine les flots. Un des types les passe au jet d’eau, quelque chose entre chahut de bord de piscine et thalasso glauque. On pense à un rite de passage, une humiliation supplémentaire, gratuite et un peu minimaliste pour des filles qu’on va faire violer pour de l’argent. Mais admettons…

Or à quoi pensent les journalistes du Monde et Gitaï lui-même ? Je vous le donne en mille : à Auschwitz !

Je n’invente rien. Lisez Le Monde [4] : « Une hallucinante séquence de déshabillage forcé avant qu’elles soient poussées sous une douche au jet [notez la contorsion pour user du mot douche et éviter de parler d’un tuyau d’arrosage], qui, par sa violence [pas celle du jet, en tout cas], pétrifie autant le spectateur que les gamines déshumanisées, insiste sur le parallèle iconoclaste entre le gazage des juives à Auschwitz par les nazis et la réduction d’innocentes émigrées au rang de marchandises par des citoyens d’Israël. »

« Il est tout de même difficile de ne pas y penser [à la Shoah, dit un autre journaliste J. Mandelbaum] en voyant la scène au cours de laquelle les filles sont passées à la douche. Y avez-vous pensé vous-même ?

Oui, évidemment », répond Gitaï [5].

La question précédente portait justement sur la Shoah comme « référence » du film, et Gitaï a répondu : « Non. La Shoah est un événement unique dans l’histoire de l’humanité, et est devenu à ce titre un référent absolu, y compris sur le plan iconographique, auquel on fait appel un peu trop à la légère à mon sens. »

Donc : Non, mais oui !

Ainsi, on nous montre une demi-douzaine de top-models les miches à l’air, courant et piaillant sous le tuyau d’arrosage d’un maquereau culturiste, et nous sommes supposé(e)s songer aux camps d’extermination nazis !

Est-ce que la « banalisation du nazisme », dont ils ont pourtant plein la bouche, a gangrené à ce point ce qui tient lieu de cervelle à ces gens pour qu’ils voient réellement une métaphore de la chambre à gaz dans ce grotesque arrosage ?

Ou bien s’agit-il, et cela ne vaut pas mieux, d’une métaphore cinématographique ? Le scénario de « L’arroseur arrosé » se retournerait : le [juif] arrosé [de gaz] arrose à son tour, et tel est pris [dans le crime] qui croyait prendre [le tapin]… Et puisque la fausse salle de « douche » dissimulait la vraie chambre à gaz, le passage au jet serait supposé marquer l’équivalence… Mais de quoi ou de qui d’ailleurs ? Maquereaux = Nazis ? C’est ça ? Ah non ? Maquereaux [même juifs] = Nazis ? C’est bien ça ?… Restons-en là, Gitaï aurait mieux fait de s’en tenir à sa méfiance envers des références utilisées « un peu trop à la légère ».

Rideau !

« La question centrale du film, dit Gitaï dans la même livraison du Monde, est celle de l’exercice du pouvoir par l’humiliation d’autrui. »

C’est en effet une question importante. On ne trouve hélas dans le film aucun élément de réponse ou d’analyse qui permette de l’éclairer. On rangera donc Terre promise parmi les tentatives manquées, et Mon trésor parmi les réussites.

Quant à la manière de montrer au cinéma, de cinémato-graphier le corps nu, désirant, et le plaisir, on mentionnera rapidement, pour y revenir peut-être ultérieurement, les tentatives stimulantes et audacieuses de Catherine Breillat (Anatomie de l’enfer) et de Patrick Chéreau (Intimité), et au contraire l’horripilant voyeurisme d’un Brisseau (Choses secrètes).

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[1] Entretien, Cahiers du Cinéma, janvier 2005, p. 42-43.

[2] Cahiers du Cinéma, op. cit.

[3] 23-24 janvier 2005.

[4] Article de Jean-Luc Douin, 12 janvier 2005.

[5] Le Monde, 12 janvier 2005.

De l’ambiguïté du concept de « viol » dans les relations choisies (2004)

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.22Tentative de critique amoureuse à partir d’une histoire vraie, banale et triste

C’est une histoire réelle : un garçon et une fille se fréquentent pendant plus d’un an, faisant l’amour régulièrement. Un jour, ce jour-là, elle n’a pas envie. Il insiste, continue de l’embrasser, de la toucher, de la caresser. « Alors le but/jeu était d’exciter, de donner envie. J’en étais rendu à ce stade. J’essayais de l’exciter, puis au bout d’un moment, je suis venu sur elle ; elle me faisait part de son hésitation encore une fois. Quelques instants encore puis j’ai commencé à la pénétrer. Je ne bougeais pas beaucoup, quelque chose clochait ; j’ai senti qu’elle n’était pas mouillée. Alors qu’un moment de panique m’a interpellé elle s’est mise à trembler, elle s’est crispée, m’a tenu les bras fortement et m’a demandé d’arrêter. »

Le garçon se retire, et c’est lui qui utilise le premier, sur un mode d’exagération cathartique, le terme de « viol » : « Dis moi, tu sais que certaines personnes radicales diraient que je viens de te violer, qu’est-ce que tu en penses, tu t’es sentie violée ? […] Elle m’a répondu que je ne l’avais pas écoutée, qu’elle m’avait dit plusieurs fois que ce n’était pas le moment mais qu’elle ne considérait pas cela comme un viol. » La relation, y compris érotique, a repris puis s’est dégradée jusqu’à la rupture. Plusieurs mois après, le discours de la fille a changé : « Tu m’as violée et je veux être sûre que tu aies conscience de ce que tu as fait. » Et le garçon d’ajouter : « Évidemment, j’ai acquiescé ».

La fille raconte alors au garçon qu’un an environ avant ce qu’elle considère aujourd’hui comme un viol, elle avait déjà été violée, par un quasi inconnu cette fois. Précisément, elle repensait douloureusement à cet épisode dans la période où se situe la première fois où elle n’a vraiment pas eue envie de faire l’amour avec son amant. Elle s’est sentie trahie par lui et lui expose son projet de rédiger une brochure où « raconter comment s’est passée sa relation avec un violeur ». La réalisation de ce projet est précédée par un concert international de rumeurs et un appel au boycott du garçon violeur dans tous les milieux radicaux et squatteurs (pour aller vite) qu’il fréquente. Il fait circuler à son tour deux textes, l’un de caractère « théorique » où il essaie de démontrer sa bonne volonté et un autre, plus factuel, dont sont tirés les extraits cités plus haut. J’ai choisi de m’en tenir aux faits, tels qu’ils sont rapportés par le garçon (je ne connais pas les termes du récit de la fille). Il ne s’agit pas pour moi de « prendre parti » entre des protagonistes qui me sont également inconnus, mais de prendre cette malheureuse histoire comme point de départ pour examiner des questions qui se posent à tous et toutes d’une manière ou d’une autre, à la jonction entre le personnel, l’individuel, et le social, le politique.

Je suppose que bon nombre de filles, au moins parmi celles qui baisent avec des garçons, ont vécu au moins une fois une expérience semblable. Celles qui baisent entre filles aussi, d’ailleurs, mais il est à craindre qu’il soit encore plus difficile pour elles d’en parler (traîtres à la cause, les machos seraient trop contents, etc.). Si je considère ma vie érotique depuis son début, il m’est arrivé de me montrer maladroit et sot avec une fille, de tenir à la pénétration comme à un but naturel, et bien entendu le résultat était, ces fois-là, lamentable pour la fille et pour moi. Je me souviens aussi de nuits où il ne s’est pas passé grand chose parce que la jeune fille n’avait ni expérience ni contraception et que je ne voulais pas risquer de la brusquer. J’ai, au moins depuis la trentaine, adopté un point de vue qui me garantit en principe contre les situations idiotes : surtout lorsqu’une relation érotique s’amorce, je ne vise ni la pénétration ni l’éjaculation (si pénétration il y a). Ce qui revient à « rater des occasions » pour utiliser une expression très vulgaire et déplaisante, qui exprime précisément le point de vue masculin moyen sur la rencontre avec une fille qui ne dit pas non.

Dans le cas d’espèce, il ne s’agit pas d’une rencontre de hasard, mais d’une relation relativement longue, dans laquelle s’installe des automatismes, des habitudes. Peut-être convenaient-elles à la fille comme au garçon ; en tous cas l’un et l’autre s’en sont accommodés jusqu’au jour où un incident vient gripper la machine désirante (comme disait l’autre). Du coup, le garçon se comporte comme s’il ne pouvait « rater une occasion ». Il s’évertue à « faire comme si », remarquant assez justement que l’expérience pratique montre que la machine se remet souvent en marche, comme elle s’arrête, c’est-à-dire pour un rien. Là où il passe de la balourdise à la brutalité, c’est quand il s’obstine à pénétrer une fille qui non seulement dit son absence de désir ou au moins son désir hésitant, mais dont le corps manifeste sans doute possible qu’elle ne souhaite pas la pénétration. Lorsqu’on vient de caresser une fille dans l’espoir de l’« exciter », on sait si son vagin est lubrifié ou non. Le garçon commet donc une faute, dont la première victime, du point de vue de l’intensité et de la chronologie est bien entendu la fille, mais dont il pâtit lui aussi. Cette dernière caractéristique amène à s’interroger sur une formule que la fille emploie lors de leur ultime engueulade : « un viol est un viol ». Bon ! Il est rare qu’une tautologie éclaire un problème, et le fait que la fille puisse très légitimement associer dans des sensations douloureuses le coït imposé par un quasi inconnu et l’insistance de son amant à la pénétrer n’entraîne pas l’équivalence politique entre les deux faits.

Le garçon a-t-il pris prétexte du refus de pénétration vaginale pour enculer sa copine (puisque t’es pas mouillée de toute façon !) ? Nullement. A-t-il vivement sollicité, voire imposé, une fellation « compensatrice » ? Pas davantage. Et ne me dites pas que j’ai l’imagination pervertie : semblables situations se reproduisent chaque minute à la surface du globe. Qu’est-ce qui les différencie, elles et le viol par le quasi inconnu, de l’épisode de la pénétration imposée ? C’est que le garçon, aussi fautif soit-il, ne cherche pas son seul plaisir, qu’il aurait facilement pu obtenir – malgré la panne de machinerie – en suivant l’un des nombreux scénarios violents imaginables. Il a reproduit, et c’est son tort, un schéma qui avait jusque-là fonctionné sans anicroche majeure. On peut toujours conjecturer que tout n’allait pas si bien que ça pour que ça tourne aussi mal aussi brutalement. C’est bien possible, en effet. Mais quoi en déduire ? Et pourquoi considérer que le garçon est seul responsable (je parle ici des habitudes érotiques du duo et non plus de la pénétration non souhaitée) ?

S’agit-il pour autant d’écarter l’hypothèse d’un viol entre familiers ? Non bien entendu : le viol est toujours possible, et la loi le reconnaît depuis quelques années, y compris entre parents et enfants, y compris entre mari et femme. On peut considérer qu’il y a là un progrès au moins au plan symbolique, qui interdit de renfermer des violences masculines et/ou adultes (y compris féminines, donc) dans le cocon protecteur – pour le dominant – de la vie « privée ».

Je proposerai ici comme définition du viol le fait d’imposer par la violence physique, ou par toute forme de pression psychologique, un rapport sexuel dont l’objectif est la seule satisfaction de l’acteur du viol, qu’il vise ou non au surplus à humilier la victime. Au-delà des limites déjà fort larges de cette définition, demeurent une infinité de maladresses possibles, de manquements, d’impairs, qui devraient pouvoir faire l’objet de discussions, préventives dans le meilleur des cas ou au moins réparatrices. À partir de là, une fille (ou un garçon) peut décider que la manière de baiser de tel(le) ou tel(le) ne lui convient pas, et en informer ses collègues de travail (ou de squat). Les bureaux du monde entier bruissent chaque jour de cette sorte de confidences.

Les échanges sur ces sujets, avec ou sans adultes « compétents » (en matière de contraception par ex.) pour les plus jeunes, entre filles, entre garçons ou en groupes mixtes peuvent permettre de faire reculer la honte et l’ignorance, cette dernière étant très résistante à une apparente hyperérotisation de la société (émissions de radio, magazines, publicité, etc.).

Je ne vois pas en quoi le recours aux concepts et au vocabulaire du droit pénal dans les relations personnelles peut aider à atteindre ces objectifs.

Que l’on explique, de toutes les manières possibles, que le droit de chacun(e) au non-désir – momentané ou définitif – est absolu, que seul(e) l’individu(e) peut choisir de transiger avec ce non-désir par tendresse, curiosité ou intérêt (ce texte est matérialiste), voilà qui est excellent. Dans un système de domination masculine, ce discours visera de préférence à renforcer l’autonomie matérielle, émotionnelle et érotique des filles, confrontées à des garçons plus ou moins imprégnés de l’idéologie d’un « désir-besoin » spécifiquement mâle, impératif et incontrôlable, qui exige et légitime un soulagement immédiat, et donc la mise à disposition des objets sexuels adéquats, le plus souvent féminins.

Notons que cette idéologie se trouve paradoxalement renforcée par l’appareil judiciaire et le recours « modernistes » à la dite castration chimique, présentée comme seul remède à certaines pulsions décrétées, y compris par les intéressés, comme irrépressibles.

Sauf à chercher la réalisation, matériellement hors de portée, de l’utopie lesbienne-séparatiste (qui ne réglerait nullement tous les problèmes de toutes les filles), il faut admettre que les relations érotiques (et affectives, et amoureuses, etc.) sont à la fois libres et déterminées culturellement, c’est-à-dire à la fois libres et non-libres. Celui ou celle qui ne peut hausser son esprit jusqu’à ce paradoxe a la ressource de choisir la chasteté (ce qui n’est pas non plus une panacée relationnelle). La confiance accordée, même ponctuellement, ne peut l’être que sur la base d’une critique théorique assumée et partagée jusque dans ses risques.

L’érotisme, la manière de faire l’amour, de toucher, de jouir, de rêver d’amour, de choisir sa/son/ses partenaires, d’être jaloux(se), de chercher à se faire aimer, bref tout ce qui fait la trame de la vie humaine doit être pensé au regard de l’histoire, de l’ethnologie et de la sociologie. Ces techniques de savoir permettent de mesurer à quel point ce que nous ressentons au plus intime, comme étant le plus intime (cœur et culotte) est construit, déterminé, d’une manière qui fait parfois de nous nos pires ennemi(e)s.

Crever les yeux d’un violeur de rencontre est légitime. Dans les relations choisies, mieux vaut ouvrir les yeux, les siens et ceux des gens que l’on aime et/ou désire. Si la justice (est) aveugle, la critique tente d’y voir plus clair.

On s’apercevra, à l’usage, que penser n’est pas nécessairement douloureux ou triste et peut même procurer du plaisir.

22 novembre 2004

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Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38  Quelques réactions et commentaires

Le garçon a-t-il pris prétexte du refus de pénétration vaginale pour enculer sa copine (puisque t’es pas mouillée de toute façon !) ? Nullement.

juste en passant… je suis assez surprise de lire ceci qui me semble si contradictoire avec vos propres écrits, enfin les quelques articles que j’ai pu lire jusqu’à présent. ne défendez vous pas une sodomie jouissive et préparée ce que n’est absolument pas une sodomie à sec ??? cela me semble important.

autrement, il y a une réponse à ce genre de situation qui, en ce qui me concerne tout au long de ma vie est pratiquement devenu un classique car je choisis quand (entre autres) et c’est de dire aux amantEs : « tu n’es pas manchotTE que je sache »… c’est une alternative simple, directe, facile et qui aurait également grand besoind d’être utilisée sereinement à volonté : cela permet de vivre en fonction de ses propres désirs sans jamais avoir ni pression, ni « remords »..

je vous souhaite une bonne continuation.

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Il est intéressant de savoir que les viols commis par un parfait inconnu représentent seulement 0,3% des viols ; la majorité soit les 67% des viols sont commis par les proches de la victimes et réalisés à son domicile ou celui de l’agresseur : ami,voisin, père,ex.Le viol de rencontre n’a donc pas à être prôné comme étant le « vrai » viol par excellence. D’après la définition nouvelle que vous donnez du viol où vous insistez sur l’aspect intentionnel « viol si l’auteur pensait uniquement à son plaisir » vous commettez des embarras philosophiques extrêmement graves : Tout d’abord c’est dans le droit primitif de la Rome antique que l’aspect intentionnel était un critére déterminant pour qu’il est dommage ;un dommage causé involontairement,sans intention de nuire n’est pas reconnu et la victime ne peut demander réparation : par ex, si j’écrase quelqu’un en voiture par inadvertance ma victime ne peut demander réparation.Vous estimez donc que le Droit de l’antiquité est plus réaliste que notre droit actuel qui regarde les dommages qui sont causés à la victime. Si l’on se place non pas du point de vue du violeur mais de la victime on imagine fort bien que cette dernière ne va pas distinguer un viol commis sur elle dans le but de lui nuire ou un viol commis dans le but de lui donner du plaisir et de toute façon pour elle à partir du moment où un homme lui impose un rapport sexuel sa volonté est de lui nuire ; il s’est approprié son corps sans son consentement, il n’a pensé qu’à lui.Si votre définition entrai dans le droit pénal tous les violeurs diraient : « mais ce n’est du viol Mr Le Procureur puisque mon objectif n’était pas de penser à mon seul plaisir, elle n’était pas lubrifiée certes, elle était assez tendue et trembla après ce petit incident mais ce n’est pas du viol puisque j’ai pensais à lui donner du plaisir, c’est d’ailleurs pour ça que l’ai forcé je pensais trop à elle et elle ose se plaindre ; la prochaine fois je ferrais preuve d’un grand égoïsme et j’attendrai de recevoir son approbation avant de la toucher ». J’aimerais enfin préciser que le code pénal qui d’après vos dires n’a rien compris aux relations personnelles s’est tout de même appuyer sur les revendications des femmes qui exigeaient une reconaissance de leur droit sur leur corps ; les femmes constituent 60% de la population Française et vous affirmez que la vision du code pénal ne reflète pas le point de vue de la population sur les relations personnelles.Le droit pénal est mal adapté. Le viol ne céssécite pas la violence,il peut être commis par surprise,menace ;de plus, un jugement de la Cour d’Assis a reconnue viol le fait qu’un homme s’était introduit par effraction chez une personne le matin, profitant de l’absence du mari il fit l’amour à sa femme qui dormait ;cette dernière l’ayant confondue à son conjoint. La Cour d’Assis a également reconnue viol le fait qu’un garçon menacea une fille de la laissé sur place en pleine campagne loin de la ville dans un froid glacial si elle n’acceptait pas ses avances. J’aimerais savoir ce que vous pensez de ces élèments et si vous avez pris conscience de quelle point de vue vous vous êtes placé dans votre définition du viol ? Et une femme qui accepte d’avoir un copain n’accepte pour autant de lui céder son corps.

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je trouve ce texte tres lucide et eclairant quand au cote masculin du desir qui vire au viol.le probleme est que personne n en a conscience.alors criee le plus fort et loin. ce qui est detestable et qui m enferme toujours dans le silence et la honte est que l on prefere croire a ce genre de probleme un mal entendu une sorte de coquetterie feminine plutot qu a un viol.bref franchement il m est difficile de comprendre que ce desir puisse etre au detriment du partage et de l autre,et que les hommes (je l espere pas tous) en arrivent a ce donner comme excuse que ce sont des betes, au sens :en rute !alors je prefere ne plus en cotoyer de trop pres pour ne plus avoir a en subir les consequences .mais une question subsiste il y a t il des hommes ou que des males en rute ? et s il y a des hommes ou sont ils ? by ps je fais des fautes et je n ai pas encore de mail mais je reviendrai sur votre site

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1. Ce « theme » est abordé dans le film 5×2 d’Ozon, mari et femme sur le point de divorcer se retrouvent pour une derniere nuit. Ils sont au lit, elle ne réagit pas aux caresses, le malaise s’installe. Apres la stupeur, il insiste « bon-enfant », elle se detourne lui dit clairement qu’il n y’aura rien. Peut-etre meme qu’il a le soucis de tout réparer entre eux par le sexe (de la combler à nouveau). Quand bien même, ce que nous voyons à l’image c’est un viol ! Un acte avec un début (decision de transgresser le refus),une durée (immobilisation et acte sexuel) et une fin. Il y a unité indissociable avec toutes les autres « sortes de viols »

2. Il me semble que croire que la pathologie d’un criminel commence par son egoisme me parait relever de maladresse voire de contre-sens. Le violeur ne serait-il pas capable de sentiments amoureux, de se sentir coupable, d’elever une famille, de vouloir d’abord satisfaire celle qu’il viole ?

3. Posons nous la question : est-ce qu’une seule femme qu’elle soit conservatrice, liberale, libertaire, frustrée, épanouie, SM, BCBG, hetero, bi, gay ou asexuelle accepterait l’ »alternative » d’une ambiguité du concept de viol (en tout cas dans la description de l’acte sexuel décrit dans votre article). La réponse est non. De meme que tout etres masculins se retrouveraient oecumèniquement sur à peu pres le seul point : la non-ambiguité du concept de meurtre

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Merci pour ce texte, je ne sais pas dans quoi je m’embarque en répondant mais bon, toi tu le publies avec ton nom, donc ne pas répondre serait vraiment trop ridicule. DISCLAIMER : je ne connais personne dans cette histoire, je connais très mal les squats, les féministes, tout ça… J’espère que vous pourrez lire la réponse détendu-e-s maintenant, ou ne pas la lire, hein… De toute façon, il est possible que je ne fasse que dénaturer le texte auquel je réponds, en reprenant mal ce qu’il y a dedans 😉

Intuitivement c’est pendant les rapports sexuels qu’on se retrouve de façon évidente en situation ou non d’exercer une domination (masculine pour parler généralement). Et aussi face à la mise en oeuvre de ses convictions sur le sujet.

Le concept de « viol » : plutôt qu’un concept c’est un terme qui est _utile_ parce qu’il permet à la victime de ne pas avoir à refaire tout le travail de désignation de l’agression. Elle peut alors plus facilement en parler, le vocabulaire est déjà là, et c’est absolument nécessaire, le problème (dramatique, hein, je ne suis pas en train de minimiser) le plus courant c’est le silence à cause d’une peur et d’une honte mêlées, parce qu’on ne sait pas où on en est.

Si une fille accepte une relation ou propose une fellation sans la souhaiter pour ménager la frustration du partenaire, est-ce qu’on doit appeler ça un « viol » ou est-ce que c’est plutôt du même niveau que d’accepter d’aller dans une soirée à contre-coeur (en ayant de multiples fois répété que non ça ne lui disait pas) ? Dans le deuxième cas, peut-être qu’il ne faut pas utiliser le terme « viol » dont le sens actuel a été adapté à la lutte contre les sévices sexuels dans un cadre légal. « Comportement Crétin » serait plus adapté.

Il y a peut être plusieurs configurations, dont :

1. Les relations sexuelles sont à mettre complètement à part, et tout acte sexuel sans envie réciproque est « viol ». Alors, il n’y a plus de discussion justifiée. Au passage, le concept de « domination masculine » n’a plus grand chose à faire ici, il faut au moins trouver un autre mot (non je n’ai pas dit domination animale !).

2. les relations sexuelles sont des élément (qui seront le plus souvent plus importants que les autres) de la vie, ce qui compte alors pour juger de la gravité de la situation, c’est la mesure dans laquelle il y a utilisation de la domination masculine (par exemple, la peur de voir l’autre profiter de la facilité _relative_ à avoir une relation extra-couple), pour parvenir à ses fins. Concrêtement si la relation est acceptée parce qu’on a peur de perdre l’autre, parce qu’on a peur qu’il soit moins calin la prochaine fois qu’on aura envie ou plutôt pour qu’il soit heureux(dans ce dernier cas, on est à la limite de la relation imposée). Ici il me semble que se faire traîner à une soirée qui vous fait horreur, à en avoir la nausée ou mal à la tête, alors qu’on a insisté en disant « non, j’ai pas envie » vingt fois, c’est comparable. Ce qui est en cause c’est un comportement « d’abruti », « de crétin », « de connard ». La qualification (de la gravité) est importante. (et on peut même imaginer que le terme « viol » s’applique à autre chose qu’à un acte sexuel. Le danger alors c’est que son efficacité dans le cadre des sévices sexuels définis par la loi, en soit amoindrie).

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Le premier texte publié met en lumière le concept de viol clairement et va très loin dans la définition. Je pensais qu’il fallait une vrai violence physique pour dire VIOL. Alors qu’il suffit de ne pas vouloir ou d’avoir peur. Ce texte et aussi la réponse me font très peur. Je réalise que j’ai quasiment toujours été violée par les hommes. Que la 1ère relation « charnelle » va influencer les autres relations et le choix du conjoint. Une première fois, à la sortie d’un bal. Je ne savais pas, j’étais habillée d’une robe légèrement courte mais correcte, fabriquée et cousue par ma mère. J’étais jolie et j’attirais les regards des hommes. Je ne voyais rien autour de moi, simplement je pensais que c’était normal que pour une fois, on s’interessait à moi. J’étais avec ma meilleure camarde de classe et j’étais heureuse de danser. Le frère de cette camarade, que je connaissais, a insisté pour me raccompgner jusqu’à chez moi. Je ne pensais pas à rien sinon à rire. Brutalement, il m’embrassa. Je resistais puis il m’entraîna sur le parking, il était 2 heures du matin environ et m’obligea à une relation. J’eus très mal. Le lendemain, je le revis mais celui-ci tourna la tête riant avec ses copains. C’est banal, mais c’était un viol, sur le parking, j’ai criée et je me suis débattue mais personne ne m’a entendue. Par la suite, je refusais automatiquement, la compagnie des garçons et lorsque j’allais aux bals, je pouvais les embrasser mais j’avais toujours sur moi des médocs pour les endormir ou une cigarette que j’écrasais (avec joie) sur leur main ou leur cou. Parce qu’une jeune fille qui aimait s’habiller à la mode, qui rêvait d’etre aimée et respectée, qui était sortie tard un samdi soir et qui s’était vue violée devait se protèger contre les instincts bestiaux des hommes. Plus tard, un grand sage du Yoga a dit M. MA… si une femme se fait violer, c’est qu’elle le cherche. Furtivement, cette 1ère histoite m’est revenue à l’esprit et j’avais toujours honte. Oui les hommes sont des animaux, je les perçois ainsi. L’Amour n’est qu’une utopie. A ma fille, je ne dirais jamais attend le prince charmant : il n’existe pas. Exige de l’homme – fais toi voir -dis ce que tu veux mais n’accepte jamais ce que te proposes l’homme aux instincts bestiaux. L’homme n’est sincère qu’au présent mais il utilisera toujours sa violence pour satisfaire ses désirs propres. Les années 70 sont des années d’illusions pour les féministes. La seule garantie, c’est de souffrir un peu moins par rapport à leurs mères avec le Droit à l’Avortement (1975). Heureusement, une femme sur deux a pu avorter, mais combien de ces avortements sont dû à des viols. Je pense qu’on aurait autant d’avortements que de viols à notre époque très moderne. Texte réaliste, un peu dure où la vérité est diffcile à lire et à entendre.

Je suis une anonyme parmi tant d’autres femmes qui luttent. Je ne suis pas capable encore de parler en public des viols. Pour moi, VIOL il y a VOL. L’homme qui viol, je pourrais en parler longuement et je suis devenue experte : quand je vois une fmme, je sais s’il est a été violée. Merci

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Chère anonyme, en effet c’est bien un viol que vous avez subi jeune fille et naïve. Disons qu’il s’agissait de la première pénétration vaginale que vous viviez et qu’elle vous a été imposée, par violence et surprise. Je vous souhaite d’avoir, par la suite, fait l’amour pour la première fois. Je comprends ce que vous exprimez quand vous parlez des « instincts animaux » des hommes. Mais, pardonnez-moi de vous le dire, c’est une grossière erreur d’optique. Figurez-vous que beaucoup d’hommes, et d’abord les adolescents, se racontent précisément la même fable que vous avez dans la tête : ils se croient animés par un instinct naturel, donc légitime, qui exige (des filles) une satisfaction immédiate. « Faut que ça sorte ! », comme il disent avec tant de poésie !

Or cette vision de la pulsion érotique est une invention culturelle, une conception du monde et des rapports hommes-femmes où ces dernières jouent le rôle de proies. Sans vous en rendre compte, vous endossez le rôle de victime en reconnaissant – tout en le critiquant – le caractère naturel, « animal » de la domination masculine. C’est tout simplement un système politique qu’il faut combattre (et dans lequel il faut survivre au jour le jour).

Cela dit, les conseils que vous envisagez de donner à votre fille (née ? à naître ?) sont pleins de bon sens. Mais il serait bon aussi d’apprendre aux filles et aux garçons à concevoir le plaisir et l’amour autrement que comme un rapport de force. Et concrètement à leur apprendre l’amour, qui n’a rien de « naturel » ou de « bestial », mais doit et peut faire l’objet d’un savoir et d’une culture (pour relativiser la pénétration vaginale par rapport à d’autres techniques, par exemple).

Si néanmoins, comme vous le dites, vous avez toujours vécu les rapports érotiques comme un viol, considérez qu’il vous reste tout à découvrir avec des amants ou des amantes à venir. Bien à vous.

Claude Guillon

PS S’il vous reste un mégot à éteindre et que vous croisez le charlatan yogi dont vous parlez, crevez-lui un œil de ma part…

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Monsieur Guillon,

Je suis entièrement d’accord avec vos propos sur l’apprentissage de l’amour.

Je suis choqué par les films X dans leur façon de montrer des relations sexuelles. De telles images peuvent convenir à des hommes et des femmes qui ont déjà developpé leur sexulaité. Que des jeunes gens voient ces films me trouble. On y voit souvent un asservissement de la femme aux désirs des hommes et parfois une violence physique… Dans ces films, les filles ne sont bonnes qu’à hurler, se faire prendre par tous leurs orifices et se plier aux éjaculations faciales et autres multi pénétrations… Difficile en tant qu’ado de considérer ensuite les relations amoureuses comme tendres, chaleureuses, véritable communion chimique physique et amoureuse !

Rien, dans notre éducation n’est fait pour démocratiser ou déculpabiliser le sexe, c’est dommage. Trop souvent les jeunes hommes sont perdus dans des notions telles que « sexe pas assez grand », « pas assez musclé », « pas assez dragueur », « pas assez homme », et finissent par se montrer dominant, violent ou viril au sens bestial du terme.

Pour information, la scène de « viol » dans 5X2 m’a choqué et pour parer à toute incertitude quant à la disponibilité sexuelle de l’Autre dans des relations confirmées ou de passage, reste un grand moyen… l’écoute de l’Autre et la communication.

Faites une pipe au clown !

Ce court texte peut se lire comme un addendum au chapitre III de mon livre Je chante le corps critique. Les usages politiques du corps (H&O).

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Une pipe au clown

Faites une pipe au clown ! Goûtez à l’arc-en-ciel

 

Capture d’écran 2014-11-09 à 12.58.14e ne connais ni l’origine de cette photographie (on dirait un poster) trouvée sur le Net sans indication d’origine ni les intentions de ses auteur(e)s. Elle me semble intéressante en ce qu’elle dissone avec le thème pornographique sur lequel elle affecte de broder : l’« éjaculation faciale ». Puisqu’elle représente une jeune femme, nous n’aborderons que la fellation hétérosexuelle.

Le contenu explicitement suggéré est assez simple : le sperme du clown, à l’égal du costume d’Arlequin, est multicolore. En goûter, c’est goûter à toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

Profitons-en pour noter un paradoxe de l’éjaculation faciale ou au moins un déplacement par rapport à la fellation « classique ». Celle-ci s’entendait de préférence suivie d’une ingestion par la partenaire du sperme éjaculé (je suce, j’avale tout). « Avaler la fumée », comme l’on dit parfois pour filer la métaphore, conclut une fellation bien menée, marque l’absence de dégoût (ou l’effort consenti pour le surmonter), et assure la satisfaction optimale du mâle pompé.

Il faut que l’éjaculation faciale soit, si l’on ose dire, une figure pornographique particulièrement gratifiante par ailleurs pour que les mâles se privent de l’orgasme dans la bouche de la partenaire et reviennent, à l’instant suprême, à l’action manuelle ordinaire. On m’objectera que l’éjaculation faciale n’est pas absolument contradictoire avec l’ingestion, qui peut être partielle et consécutive. Il est facile d’observer en effet sur de nombreuses vidéos tournés par des amateurs de probables éjaculations précoces, trop pour être faciales en tout cas, ce qui oblige la réceptrice à différer l’ingestion, et à bien montrer à la caméra le sperme qu’elle a conservé dans la bouche. Dans un certain nombre d’autres cas (je m’excuse ici de l’absence de décompte scientifique, lequel excéderait ma patience), la verge est à peine ou pas du tout sucée après l’éjaculation.

Encore une remarque sur l’éjaculation faciale : il n’est pas rare (voir parenthèses précédentes) que le visage aspergé de la dame marque de la surprise, un léger dégoût (dont rien ne dit qu’une fellation suivie d’ingestion l’aurait suscité) et une gêne qui combine probablement les deux sentiments précédents. On devine qu’elle a hâte de pouvoir s’essuyer. Sans parler du fait que le sperme reçu dans l’œil (comme d’autres liquides) peut être fort désagréable.

Et encore cette remarque : la complaisance de tant de femmes à satisfaire les fantaisies, en l’espèce parfaitement stéréotypées et reproduites à des millions d’exemplaires, de leurs amants, surtout en dehors de la sphère privée, est pour moi une source d’étonnement. Certes la fellation met en scène un savoir-faire féminin, dont l’étalage peut être considéré comme gratifiant (mais comment ne pas penser à un gigantesque casting pornographique…). Cependant, elle présente du plaisir et de la relation érotique une version très réduite. Elle se concentre, avec l’objectif de la caméra, sur la verge bandée, seule et suffisante représentation/incarnation de l’homme, et au contraire sur l’entière personnalité de la femme — son visage — mise au service du plaisir mâle1. Passons ici sur les problèmes personnels et juridiques d’une infinie variété que posent ou poseront la mise en ligne, c’est-à-dire la publicité planétaire et permanente, d’un moment consenti dans telle relation, à tel âge de la vie. Question prémonitoire de Brassens (dans Les Trompettes de la renommée) : « Combien de Pénélope passeront illico pour de fieffées salopes » ?

Gageons que les coulisses d’un certain nombre de ces scénettes pornographiques feront dans les décennies à venir l’ordinaire des tribunaux correctionnels, comme l’on a appris avec bien des années de retard les conditions de tournage, respectueuses ni des droits de la personne ni du droit du travail, d’un film comme Deep Throat. En effet, à supposer, ce qui reste à prouver (mais le contraire aussi), que la divulgation a toujours été faite avec l’accord express de l’intéressée, il est peu probable qu’elle ait songé pouvoir changer d’avis et de vie dans les années suivantes…

Intéressante et nouvelle condition d’exercice du complexe d’Œdipe que celle où le garçon pourra se masturber en retrouvant dans les archives des sites pornos l’image de sa mère suçant une bite, malheureusement (?) impossible à identifier comme étant celle de papa, puisque dans 99 pour cent des cas l’homme n’est pas identifiable. Dans le même temps, la jeune fille pourra préférer les vidéos tournées par sa mère pour s’initier elle-même à la complaisance hétéronormée. Sade aurait ironiquement salué dans une telle situation le triomphe de la famille !

Revenons à la jeune goûteuse d’arc-en-ciel.

Son sourire franc, confirmé par la lueur ironique du regard, évoque davantage la bonne blague que la politesse faite à un amant insistant. Elle se marre. Et je dirais volontiers qu’elle se moque. De qui ? Voici une question plus délicate.

Observons qu’elle n’a nullement l’air « souillée » ou embarrassée en quoi que ce soit par les ostensibles traces de l’éjaculation multicolore. Son teint de brune, ses cheveux ramenés en arrière, ses paupières maquillées, lui donnent — éjaculation aidant — plutôt l’air d’une jeune indienne sur le sentier d’une guerre de comédie.

Le recours au personnage du « clown » est également ambigu. Le clown fait rire (c’est son job), mais il est lui-même plutôt triste. Ne doit-il pas se peindre sur le visage un immense sourire sanglant pour faire croire à sa jovialité ? C’est un peu comme le phoque qui fait tourner des ballons sur son nez, « ça fait rire les enfants, ça dure jamais longtemps, ça fait plus rire personne, quand les enfants sont grands », comme disait la chanson du groupe Beau Dommage. Les grands enfants perçoivent ce qu’il y a de tragique, ou au moins de pitoyable, chez le clown. Disons-le : il a un côté pauvre type.

Goûtez à l’arc-en-ciel ! La formule est poétique. Dans sa poésie naïve et outrée, elle rejoint les fantasmes masculins de toute-puissance qui font du sperme un fluide magique, un merveilleux nectar composé d’un tiers de miel, un tiers d’opium et un tiers de nitroglycérine… De quoi vous envoyer au ciel, à cheval sur un arc.

Si vous voulez mon avis, la jeune femme de la photo ne prend pas ces rodomontades phalliques très au sérieux. Elle a joué le jeu, elle en a pris plein la figure et elle en rigole. Sans méchanceté mais sans pousser plus loin la complaisance. Elle n’a pas l’air pâmé que croient devoir adopter certaines pipeuses du Net, comme si elles avaient elles-mêmes extrêmement joui au lieu de se donner de la peine 2.

Que semble-t-elle nous dire, finalement, cette jeune squaw hilare ? Qu’il peut être plaisant de sucer un garçon quand on en éprouve le désir. Que le résultat peut être distrayant, même si vaguement ridicule, voire gênant (est-ce que ça tache ?).

Mais qu’il est risible celui qui se prend au sérieux pour peu qu’on accepte d’emboucher son organe, ne jouissant à l’aise que seul dans le plaisir, et de préférence devant une caméra (Relève tes cheveux, chérie ! Lève tes yeux vers moi, là tu louches !).

Et encore qu’il est sain de rire de tout, à commencer par les prétentions clownesques des garçons à considérer leur sperme comme un cadeau divin, dont l’expulsion mérite d’être indéfiniment mise en scène, reproduite et diffusée comme un phénomène merveilleux, auquel les femmes devraient prêter leur visage de bonne grâce, comme réceptacle, miroir et écran.

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1 Les cinéphiles (et les autres) noteront que c’est le dispositif exactement inverse de celui adopté par Andy Warhol dans son court métrage Blow Job (Fellation ; 1964), plan fixe de 35 minutes sur le visage d’un homme dont le titre du film suggère qu’il se fait sucer. Et, pour persévérer dans la nostalgie des avant-gardes artistiques trop rapidement opposée à la démocratisation pornographique, mentionnons Moment de Stephen Dwoskin (1968), plan de 10 minutes sur le visage d’une jeune femme qui jouit (d’elle-même ou par l’entremise d’un tiers, on l’ignore). Dans les deux cas, sous la contrainte en l’occurrence féconde de la censure, le réalisateur envisage le plaisir, fait du visage (porteur d’expressions, d’émotions) le principal témoin érotique, ni organe ni orifice, sur-face.

2 Oui, je sais… À propos, il n’est que temps de proposer une traduction littérale de l’expression Blowjob (en un seul ou en deux mots). Disons « travail du souffle ». Cela n’étonnera que ceux qui n’ont jamais songé que l’opération en réclame beaucoup.

«Tu n’aurais pas envie de m’enculer…?»

Le Siège de l'âme

Je [re]donne ici, en manière d’avant-goût — que des correspondantes m’avaient réclamé — l’envoi et le début du premier chapitre de mon livre Le Siège de l’âme, sous-titré « Éloge de la sodomie », publié aux éditions Zulma (dans une édition augmentée) en 2005.

Un « Introît » consacré à la liberté d’expression et de blasphème est intercalé dans l’ouvrage entre les deux pièces que l’on peut lire ici.

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Ad augusta per angusta

À des résultats glorieux par des voies étroites

Envoi

« Tu n’aurais pas envie de m’enculer ? », me demanda Joséphine à l’oreille, tandis que je la baisais. Peut-on imaginer jeune homme plus empoté que moi ! Ma timidité et mon inexpérience étaient telles… que je feignis de n’avoir rien entendu ! Par bonheur, le destin mit sur ma route d’autres callipyges, aussi bien disposées à mon égard, et j’appris à me montrer digne de leurs leçons. Cet aveu dût-il me faire passer pour un fat auprès de lecteurs moins favorisés par le beau sexe, je dois à la vérité de dire que de l’art sodomique, ce sont les femmes qui m’ont tout enseigné. C’est d’abord à ces révélatrices que j’adresse le présent opuscule, en témoignage de tendre reconnaissance. Également, à celles qui, par la suite, consentirent à m’ouvrir leur perspective étroite, et — sans rancœur — aux méfiantes, aux douloureuses, aux intraitables enfin.

Si le regret me saisit parfois, c’est en songeant à celles que j’ai connues trop tôt, trop niais : mes incunables ! Puissent-elles avoir croisé quelque bougre délicat, qui aura su défricher le chemin de traverse que j’avais sottement ignoré.

Danseurs de corde Naples

Éloge de l’imperfection

Le présent ouvrage s’intéresse essentiellement, c’est son originalité, à la sodomie hétérosexuelle. Dès lors que pratiqué entre hommes et femmes, cet art d’aimer a été souvent ignoré par les historiens et les philosophes, et même, nous l’allons voir, quelque peu méprisé par les théologiens. À l’époque moderne encore, le Dictionnaire de droit canonique 1 professe que la sodomie « est dite imparfaite lorsqu’elle intervient entre personnes de sexe différents, mais implique un rapprochement effectué intra vas indebitum (dans le vase indu). Celle-ci est gravement peccamineuse2 mais moins que la sodomie parfaite », qui s’entend donc entre les seuls pécheurs de même sexe.

Pour moi qui ne prétend nullement à la perfection, dont je n’ai qu’une expérience trop piètre pour mériter d’être rapportée, je me contenterai de conjuguer ici l’imparfait du féminin, trop heureux de pouvoir — par mes modestes travaux — combler une aussi troublante lacune de la connaissance universelle. Par ailleurs, je ne doute pas que même ceux et celles, parmi mes lecteurs, que leurs goûts ont conduits vers d’autres raffinements érotiques, sauront faire leur miel des matériaux érudits ici rassemblés et les faire servir à leurs plaisirs.

Le problème de la différence des sexes et de la perfection a longtemps tourmenté la secte catholique. On a même prétendu, et nombreux sont ceux qui croient cela de bonne foi, qu’un synode a disputé si les femmes ont une âme. Il semble bien que cette rumeur historique repose sur une interprétation erronée des travaux du deuxième synode de Mâcon, en 585. Selon ce que rapporte, dans son Histoire des Francs, l’historien et théologien Grégoire de Tours, l’un des évêques présents demanda si la femme pouvait être considérée comme appartenant à la même espèce humaine que l’homme. Ses confrères s’appuyèrent sur le mythe de la Genèse et soulignèrent que le prophète Jésus est appelé « fils de l’homme », alors qu’il est né d’une femme. Démonstration d’une logique difficilement réfutable, dont la conclusion s’impose à l’esprit : la femme est bien un homme. Aussi « homme », aussi humaine, aussi « parfaite » (au sens d’achevée) que son compagnon, le femme est donc réputée disposer du même équipement, c’est-à-dire d’une âme.

Il apparaît néanmoins que ce point continua à soulever des polémiques, puisque six siècles et demi plus tard, il se trouve des religieux pour contester la perfection féminine. La femme serait tout au plus une sorte d’« homme imparfait ». Objection ! s’écrie Guillaume d’Auvergne, évêque de Paris en 1228. Si, affirme-t-il dans un fort beau syllogisme, vous qualifiez la femme d’homme imparfait, alors il vous faudra également considérer l’homme comme une « femme parfaite ». Or, estime-t-il, cette dernière proposition a de fâcheux relents d’« hérésie sodomitique ». À tout le moins, c’est une donnée qui complique singulièrement les choses. Examinons le cas, banal, d’un homme pénétrant l’anus de son amante. Que devrions-nous voir ?

Une femme parfaite,

Pratiquant la sodomie imparfaite,

Sur un homme imparfait…

On admettra que cette inversion de tous les sens a de quoi donner le vertige à plus blasé qu’un évêque.

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, l’Église porte la plus grande attention aux turpitudes anales de ses ouailles (ou de ses membres), et considère la sodomie comme une question si délicate qu’elle doit demeurer le domaine réservée de la hiérarchie. En 1847, le révérend père P.J.C. Debreyne clôt ce qu’il appelle lui-même un « triste paragraphe », consacré (en latin) à ce vice, « en avertissant que l’on doit toujours s’enquérir auprès de l’autorité supérieure si le crime dont il s’agit est réservé à l’évêque, et dans quel cas il est réservé. Il paraît que, dans beaucoup de diocèses, les deux espèces, la parfaite et l’imparfaite, sont réservées3»

Cette définition, toute d’humilité, de la sodomie hétérosexuelle, a fourni le prétexte de l’une des plus charmantes tournures argotiques la désignant ; on disait au XVIIIe siècle, dans les milieux de la prostitution, « mettre à l’imparfaite4 ». Il est juste de reconnaître qu’elle ne s’est pas fixée sans de longs et multiples tâtonnements et controverses, dont je donnerai plus loin un aperçu.

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1 Dictionnaire de droit canonique, R. Naz, 1965, tomme VII.

2 « Constitutive d’un péché » ; du lat. peccare « commettre une faute », sur lequel on a formé (im)peccable, peccadille, etc.

3Mœchialogie, traité des péchés contre les sixième et neuvième commandements du décalogue. On notera l’humour involontaire de la formulation, et la similitude euphémistique avec le vocabulaire moderne des prostituées, qui désigne la sodomie par l’expression « le spécial ». Se laisser enculer, c’est « faire le spécial ».

4 « Malgré son état, elle souhaitait de rester pucelle ; comme elle montrait des fesses à ravir, je la mis à l’imparfaite. » Giacomo Casanova, Mémoires.

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Nota. Les deux vignettes qui illustrent ces extraits du Siège de l’âme sont tirées de la réédition, en 1995, par Joëlle Losfeld, de l’ouvrage du colonel Famin, Musée royal de Naples. Peintures, bronzes et statues érotiques du cabinet secret (1857).

abecedaire

LES FEMMES ET LA SODOMIE : TÉMOIGNAGES FÉMININS

J’avais, sur mon précédent site, à la suite de la parution de mon livre Le Siège de l’âme (Zulma), proposé aux femmes qui le souhaitaient de me faire part, anonymement, de leur expérience de la sodomie.

Les témoignages reçus sont publiés ci-dessous.

L’invite étant de validité permanente, vous pouvez me contacter via le formulaire en bas de page, y compris pour un simple échange, sans perspective de publication. Cette manière de procéder est plus sûre que les « commentaires », qui doivent de toute façon être validés pour écarter les innombrables pourriels envoyés par des moteurs ou des êtres vivants dont le mécanisme mental n’est pas plus sympathique.

J’ai extrait quelques mots de chaque témoignage pour en faire un titre.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 C’est délicieux (avril 2008)

Je viens témoigner sur le sujet : « Les femmes et la sodomie ».

La première réflexion qui me vient à propos de la sodomie : « c’est délicieux », mais oui, je vous assure !

J’ai 56 ans et avec mon compagnon on ne s’en prive pas, on ne la pratique pas systématiquement à chaque rapport sexuel, mais très souvent.

Je la pratique environ depuis l’âge de 30 ans.

J’ai eu de nombreux partenaires dans ma vie sexuelle et je ne l’ai pas pratiquée avec tous, cela dépendait des habitudes de chacun et de l’humeur du moment.

En règle générale, je préfère une pénétration vaginale avant avec 2 ou 3 orgasmes ou plus, et ensuite la sodomie vient à la fois comme un plaisir en plus, différent et plus intense, plus complet je dirais… J’en ai des frissons de partout et une chaleur intense envahit mon ventre, ma peau… Je ressens la même chose avec une pénétration vaginale, mais en moins intense, en fait je crois que j’ai plus l’impression de jouir avec tout mon corps, c’est un feu d’artifice et je m’envole dans les étoiles… enfin c’est fantastique !

J’ajouterai que je suis une « femme fontaine », et d’après certains des partenaires que j’ai eus, cela me donnerait une prédisposition à avoir des orgasmes multiples et à être totalement libre dans les rapports sexuels et donc à apprécier la sodomie.

Salutations amicales.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 Se connaître sans complexe (Marie)

La sodomie est encore un tabou chez une catégorie d’hommes qui sont classés classiques, peu ouverts, tendance macho. Elle se pratique effectivement avec élégance quand un couple se connait en profondeur, a dépassé ses extrêmes, se respecte et est à l’écoute l’un de l’autre. Le passage douloureux de la sodomie est évité si chacun est à l’écoute, soit l’un des deux est trop stressé, soit les hémorroïdes bloquent le passage, par exemple… En fait que ce soient hommes ou femmes, pratiquer la sodomie chez certains paraît répugnant, sale, la représentation des matières fécales est restée primaire dans leur esprit.

Pour une symbiose sexuelle et un approfondissement des rapports sexuels d’un couple, il faut parfois passer par des actes inconnus, ou extrêmes pour connaitre l’autre, ses gouts, et découvrir un nouveau monde à deux. Pratiquer la sodomie, c’est se connaitre, sans complexe, avec une intimité, une complicité. Ne pratiquer que la sodomie est une voie de garage pour un homme non performant, et ne pas la pratiquer : vous loupez une marche de la sexualité, de la découverte des sens profonds.

Je rétablis peut être l’équilibre du pouvoir par la sodomie si j’en crois les dires de Toni Bentley (note du 22 aout de Claude Guillon), j’aime bien cette version, je préfère plaisanter que de me prendre au sérieux. Rester simple semble difficile dans notre société : Dans mon premier commentaire, je me suis mal exprimée, j’ai osé écrire mais la formulation ne donne pas toujours les effets désirés…..pratique qui veut la sodomie, je ne juge pas si c’est bien ou mal de ne pas le faire, je souligne juste que la sodomie n’est pas un tabou pour moi, elle fait partie de mon monde sexuel.

Comparons cela à une branche artistique : c’est tout un art de la pratiquer pour la savourer, mais l’art est immense, sans limites et je ne me permettrais pas de juger du monde sexuel de chacun…

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 Mon premier orgasme

Bonjour, Je viens de tomber par hasard sur ce site en tapant d’autres termes de recherche que « sodomie » et j’ai lu tout cela avec attention. J’ai probablement une histoire toute particulière. Je ne voudrais pas virer dans le glauque mais ma première expérience en la matière fut assez sordide puisqu’elle se fit lors d’une soirée avec un ami, soirée durant laquelle cet ami «abusa» de moi (j’étais ivre et inconsciente). Mon consentement il ne l’avait pas c’est certain mais le mot viol ne me vient cependant pas à l’esprit, je tiens tout de même à le préciser. Je n’ai pas ressenti ça comme un viol puisque… je n’ai rien ressenti du tout lol Bref. Ma première expérience ne m’a donc laissé que peu de souvenirs (de vagues sensations que je suis incapable de rattacher à quoique ça soit) et ne m’a ni franchement dissuadée ni franchement encouragée à recommencer, mais les suivantes… Je trouve que la sodomie est une source de plaisir(s) intense(s). Mon premier orgasme : sodomie, mon second idem etc. etc. etc. A tel point que je me demande si mon corps est capable de ressentir du plaisir autrement que par ce moyen. Les premières fois furent douloureuses et quelquefois encore il m’arrive de souffrir, notamment au début mais ensuite, comme le disait l’un des intervenants précédents : « je pourrais continuer durant des heures ». Je ne pense pas que cette expérience sexuelle se rattache au domaine de la soumission, de la domination d’un des partenaires. Je pense qu’elle se rattache exclusivement au domaine du plaisir. Des sensations ressenties. Cela peut être une marque de domination pour certains mais ce n’est pas systématique. Et je pense qu’il est évident qu’une sodomie sans stimulation préalable et durant l’acte en lui même n’apporte que peu de jouissance. Pour répondre à la personne qui déplorait que la sodomie soit banalisée et que les jeunes la connaissent, je répond que cela est loin d’être un mal. Les jeunes personnes ne sont pas complètement stupides et sont bien fichus de se rendre compte que, oh, miracle, il y a un deuxième orifice, sorte de deuxième sexe (dixit Ovide) et que, tient, ça a l’air de plutôt bien s’emboiter. La libéralisation des moteurs est une excellente chose. On ne se sent plus, comme auparavant, coupable d’un rapport sexuel (que dire d’une sodomie, péché mortel, liaison directe avec l’enfer), on le vit mieux. Pour en revenir à la sodomie, je trouve dommage que certaines personnes manquent de curiosité à ce point. Je pense, moi, que sans aller jusqu’à des choses extrêmes (nécrophilie, scatophilie : encore que je pense que cela vient de ce que l’on nous enseigne étant petit « touche pas à ça, c’est caca ! » je sais, c’est ridicule mais c’est pourtant ce qui est dit. Et puis les excréments, on sait tous que ça sont des déchets organiques, rien d’intéressant et aucune chance que ça soit BON. Donc en consommer juste pour essayer…. un rien idiot, a moins d’être en pleine famine lol) il faut essayer un minimum de choses. Faire l’apprentissage de ce qui nous entoure. Je ne parle pas essentiellement de la sodomie mais de tout ce qui lévite autour de nous. Savoir quel gout a une croquette pour chien, ce que ça fait […] de rencontrer qqun sur le net, […] etc. Je ne dis pas qu’il faut renouveler ! Une fois suffit. Parce que renouveler peut être dangereux […] ou que cela ne nous plait pas (croquette pour chien ou…. sodomie). Mais essayer. Savoir à quoi l’on pourra dire non par la suite, savoir ce que l’on qualifie « d’inintéressant ». […] On ne peut pas aimer ce que l’on ne connait pas, c’est normal, mais on a pas le droit de juger. Justement.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 Pratique « normale », cela signifie quoi ?

En tout cas pratiquée depuis longtemps par des jeunes filles juives et arabes (et sans doute occidentales et africaines ?, mais je n’ai pas de témoignage) pour garder leur virginité et comme moyen de contraception, bien ou mal, je ne sais pas, dans ces cas c’est à la place d’une sexualité dite normale de pénétration du sexe masculin dans le vagin, qui peut mener à une grossesse.

Pour moi, il n’y a de norme nulle part, des pratiques plus ou moins fréquentes, courantes dans l’ancien testament, refusée au départ par les catholiques pour se démarquer des autres religions… pour moi, pas de norme, mais un bien-être de chaque individu avec soi-même et avec l’autre : alors toute pratique sexuelle, avec ou sans pénétration vaginale ou anale, me parait bonne pourvu que les partenaires en soient satisfaits

Pour ma part, je la pratique de temps en temps, parfois pour faire plaisir, parfois pour mon propre plaisir, et peu m’importe, il m’arrive de la refuser parce que je n’en pas envie à ce moment là, seul mon désir et celui de l’autre sont en cause, aucune notion de « pouvoir » de qui que ce soit.

Mon plaisir sexuel est lié à mon désir et à celui de l’autre, et au respect de chacun pour l’autre, j’aime faire plaisir, mais pas contre mon désir ; j’aime que l’on me fasse plaisir et que l’on me respecte..

J’ai 61 ans, mariée et divorcée deux fois, et plusieurs relations avec des hommes successifs, j’en ai encore..

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 J’étais réticente (novembre 2013)

Bonjour, j’ai lu hier soir votre façon de voir la sodomie, chose a laquelle j’étais réticente par peur de montrer à l’autre quelque chose de sale, de lui offrir quelque chose de sale, qu’il fasse de moi quelqu’un de sale, une putain en quelque sorte. Comme si l’homme préférait la vierge a la putain impure. J’ai rencontré un homme qui m’a fait l’amour avec tellement de tendresse que j’ai a peine sentie qu’il me sodomisait, l’amour avec lequel il le fait est puissant. Je me sens belle et aimée passionnément, pas du tout sale au point d’avoir moi même envie parfois d’être un homme pour pénétrer celui que j’aime et connaître ce magnifique sentiment de pénétrer à l’intérieur de l’autre. « Et l’amour dans tout ça ? » Disait un commentaire. Mais il est bien là avec rage, envie de mordre, de griffer, de serrer, de ne faire qu’un ! Le sang, les selles, la salive, le sperme, il n’y a rien de sale quand on aime. Moi, je ne vois que des cellules au même titre que les larmes, la peau, les cheveux… Le seul moment ou l’on doit arrêter de penser c’est précisément celui où on fait l’amour et lorsqu’une femme fait confiance et se livre, elle lâche prise et n’a plus peur de se faire enculer au sens premier du terme. Je pense que la femme qui a peur de la sodomie a avant tout peur de la trahison, peur de l’abandon après avoir livré ce qu’il y a de plus intime et de plus pudique. La femme se farde et j’ai lu que dans un film Rocco Sifredi fardait l’anus de sa partenaire avant de la pénétrer, je n’ai pas bien compris au début et je trouve cette image magnifique ! L’homme est le plus beau fard de la femme, c’est lui qui nous maquille le mieux 😉 !!!

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 Si c’est fait sans préparation…

Bonjour,

Je suis un peu étonnée que la sodomie soit ici encore un peu « taboue », je pensais que c’était une pratique banalisée. Je l’ai pratiquée assez tôt dans ma vie sexuelle. Au début un peu maladroitement. Je l’ai fait par curiosité et pour l’aspect psychologique de me sentir dominée… J’aimais bien. Plus qu’être pénétrée vaginalement parfois. Et puis, la maturité venant, ça a été encore mieux. Beaucoup mieux. J’adore être sodomisée après avoir été pénétrée vaginalement en général. Que l’anus soit lubrifié a l’aide de mes sécrétions vaginales et que je sois pénétrée progressivement par un puis plusieurs doigts de mon partenaire. Si c’est fait sans préparation c’est à oublier. C’est douloureux, sans plaisir, et en ce qui me concerne de toute façon cela ne se fait pas, anatomiquement parlant. Si je n’en ai pas le désir, je ne le fais pas non plus, parce que pour l’avoir déjà fait, cela ne me donne pas de plaisir dans ce cas. Je ne le fais pas avec tout le monde, je ne le fais pas systématiquement ; c’est comme tout, ça se fait en fonction du partenaire, du moment… Cela me donne en général plus de plaisir que la pénétration vaginale. J’aime que ce soit lent, progressif ; je pourrais le faire pendant des heures ! Je ne le demande pas verbalement, je guide. Ou bien je le demande verbalement pendant l’amour et alors ça fait partie pour moi du jeu de l’excitation. En ce qui concerne les réactions des hommes, je n’ai jamais eu de refus. C’est presque toujours moi qui suis demandeuse. Même toujours je crois. Peut-être que les hommes n’osent pas ou qu’ils n’y pensent pas ou n’en ont pas envie. Parce que quand je suis bien avec un homme, je le demande assez tôt (dans la relation avec l’homme je veux dire, je n’ai pas besoin de connaître la personne depuis longtemps pour en avoir envie, cela m’est arrivé de demander lors du premier rapport avec quelqu’un). Peut-être que si j’attendais plus, j’aurais plus de demandes ou propositions, je ne sais pas. Je ne vais pas faire du prosélytisme pour la sodomie parce que je comprends très bien que des gens n’y trouvent pas de plaisir ou n’aient pas envie d’essayer. C’était juste mon témoignage personnel sur le sujet, vu que c’était demandé gentiment 🙂

PS : Tant que j’y suis, j’ai aussi une requête. Je trouve votre blog, que je découvre, très intéressant (cf sujets sur les régimes et le suicide, que je viens de lire), alors si jamais vous avez un avis sur la mode de l’épilation intégrale ou quasi-intégrale (c’est pareil) du sexe, je serais ravie de vous lire. Parce que pour moi c’est une horreur (dediou ce que c’est douloureux de s’épiler le sexe, je renonce) PPS : j’ai 35 ans (pour vos stats ?)

NOUVEAUX TÉMOIGNAGES (juillet 2016)

 

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Le maître mot est l’attention

Je trouve intéressant de pouvoir avoir des témoignages féminins sur la pénétration anale ; souvent taboue et si fantasmée et demandée par les hommes. Donc aujourd’hui j’aimerais aussi vous apporter mon expérience sur cette pratique, qui nécessite délicatesse et savoir-faire. J’ai été durant 10 années avec le même homme (de mes 20 à 30 ans) ; nos rapports sexuels étaient « agréables » cependant je me masturbais beaucoup pour atteindre des orgasmes clitoridiens, et lorsqu’il désirait me pénétrer analement il me faisait mal et nous n’avons jamais été jusqu’au bout. Puis je me suis séparée après 10 ans de vie commune et un enfant ; et durant les 2 années qui ont suivi j’ai rencontré 3 partenaires formidables, j’ai découvert que certains hommes étaient vraiment tournés vers le plaisir de la femme, l’écoute de son corps et que le sexe pouvait être un échange incroyablement intense lorsque l’homme sait être sensiblement attentif au désir féminin. J’ai redécouvert mon corps, et je me suis également découverte femme fontaine grâce à un homme en particulier, fin connaisseur du corps féminin ; il a su trouver en moi les partitions, les notes, la rythmique qui ont déclenché ces fontaines de plaisir. Je pense également que la maturité et le lâcher prise que l’on acquiert au fil des années ont participé à faire évoluer mes orgasmes. Le premier partenaire qui a suivi ma rupture était un as du cunnilingus, il tenait à me voir prendre du plaisir et monter en excitation avant lui pour ensuite prendre son plaisir, soit

…le deuxième a été mon maître en matière de sexe, sa douceur, son attention et son « professionnalisme » m’ont permis de découvrir de nouvelles expériences et de les apprécier car il avait un savoir-faire et une capacité à écouter et à observer incroyable ; il a su me mettre vraiment en confiance et m’a permis d’expérimenter de nombreuses pratiques… dont notamment la pénétration anale : il est très important lorsque l’on commence cette pratique d’être déjà préalablement excitée, voir d’avoir déjà eu des orgasmes clitoridiens et/ou vaginaux ; lorsqu’un certain pic d’excitation est atteint on peut stimuler l’anus, avec la langue, délicatement, le sentir se dilater, le lubrifier, le pénétrer doucement avec un doigt, puis deux ou même un jouet… puis petit à petit celui-ci s’offre à l’autre, et on peut pratiquer la pénétration (avec le temps ensuite, les préliminaires ne sont pas forcément nécessaire et l’excitation suffit). Cet homme m’a également permis de me découvrir femme fontaine et multi orgasmique. Avec mon dernier partenaire, que j’ai rencontré il y a plusieurs mois et avec qui je suis toujours actuellement, le plaisir a encore évolué, et pourtant je ne pensais pas connaître meilleure partenaire que le dernier… et la pénétration anale est devenue un vrai délice… d’ailleurs c’est systématique, lorsque je suis allongée sur le dos et qu’il me pénètre je jouis et pardonnez moi l’expression je « gicle » ; les fontaines sont multiples et grandioses, elles arrosent tout son torse, et il adore ! Ces érections féminines peuvent également survenir par pénétration vaginale ou par doigté mais de manière anale pour ma part c’est très rapide et le plaisir est violent ! Je ne pensais prendre tant de plaisir auparavant avec cette pratique…

Pour conclure, j’aimerais vous dire que rien n’est figé, qu’il y a une évolution en tout, et que lorsqu’il y a écoute, communication, échange, délicatesse, douceur alors tout est possible même les pratiques paraissant les plus hard ; je dirais que le maître mot est l’attention ; les hommes se doivent encore plus que les femmes d’être dans l’attention et l’écoute du corps de la femme qui est complexe ; et lorsque les clefs qui nous amène au désir ont été trouvé alors c’est un feu d’artifice de plaisir que nous découvrons et cela pour la vie ! Je remercie ces hommes de m’avoir permis d’apprendre à connaître mon corps et par la-même à me découvrir et m’honorer en tant que Femme. Aujourd’hui j’ai le sentiment d’être entièrement maître de moi-même et de mon désir-plaisir. Pourtant quand je repense à mes 20 ans (j’en ai 33 aujourd’hui), j’étais loin d’imaginer que lors de mes 33 ans mon plaisir serait si intense, comme j’étais loin d’imaginer me découvrir femme fontaine, et encore plus, imaginer que la pénétration anale puisse me procurer un plaisir si intense et puissant… Donc soyez à l’écoute, curieuse et exploratrice de vous-même, ne vous enfermez pas dans des relations « molles » ou à moitié satisfaisante comme je l’ai fait durant 10 ans auparavant, soyez vous-même, soyez entière, soyez une conquérante du plaisir partagé et la nature ainsi que la vie vous le rendront !

 Lili

 

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Un double étonnement

Ma première fois fut un double étonnement. C’était avec un homme bien sous tous rapports (si je peux me permettre ce jeu de mot) je sortais d’un passage à vide de cinq mois après une rupture difficile. Nous avons passé la première [nuit] chez moi. Je dois dire que je ne peux pas décrire les détails du déroulement de ce premier rapport amoureux : ce qui est certain, c’est qu’il embrassa mon sexe juste après un long baiser sur la bouche : le résultat… une volupté merveilleuse et je compris pourquoi mon amie Marion parle d’extase à propos du plaisir que procure un baiser sur la vulve fait avec amour et un certaine technique. Poliment il me pénétra en missionnaire et sans gêne il accompagna ses va-et-vient avec des pressions sur mon clitoris avec son pouce, j’ai eu un orgasme mais venu trop vite. Mon amant me fit rapidement mettre « en levrette » et il il s’enfonça entièrement et s’agita assez vite mais sans frénésie, il sortit et éjacula entre mes fesses. Je trouvai cette fin un peu désolante. J’étais persuadée que c’était la fin de ce premier « coup ». Sans perdre une seconde il appuya le bout de son sexe sur le deuxième orifice et avec une lenteur pleine de précaution fit entrer la totalité de son sexe. Ce qui m’étonna le plus c’est qu’il resta en érection, je m’étais dit qu’il débanderait, pas du tout, une fois bien en moi il me massa énergiquement le clitoris et il parvint à me faire jouir. je m’effondrai à plat ventre et lui vint s’allonger à côté de moi. J’ai un souvenir de cette nuit qui me trouble encore sept ans après.

 Nina

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LES FEMMES ET LA SODOMIE — entretien dans “Libération” (2005)

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Je donne ici, chapeau compris, pour celles et ceux qui n’ont pas eu accès au numéro du journal concerné, le texte d’un entretien téléphonique avec Matthieu Écoiffier, publié par Libération, le vendredi 26 août 2005, avant-dernier d’une série estivale intitulée « Cultures du sexe ». Le dossier dans lequel s’insère l’entretien concerne la sodomie hétérosexuelle.

 

Une composante de l’érotisme féminin

 

Claude Guillon, écrivain, a publié Le Siège de l’âme, Éloge de la sodomie (éd. Zulma, réédité en 2005). Il est l’auteur de l’article consacré à ce sujet dans le Dictionnaire de la pornographie à paraître en octobre aux PUF. Se situant toujours entre Eros et Thanatos, il avait coécrit l’ouvrage polémique Suicide, mode d’emploi en 1982.

Libération. Assiste-t-on en 2005 à un regain de la tendance anale chez les hétéros ?

La sodomie est certainement moins honteuse aujourd’hui. Et elle est davantage déclarée dans les enquêtes sur la sexualité. Des sexologues signalent beaucoup de consultations d’hommes qui n’arrivent pas à avoir une érection suffisante pour s’y livrer. Enfin, des enquêtes sociologiques sur la prostitution indiquent une demande masculine de se faire sodomiser par une femme ou un travesti. On en parle aussi beaucoup de façon très banale, dans certaines émissions de radio très écoutées par les ados comme celles du Doc. Et sur les sites Internet, notamment musulmans : il y a actuellement une intense activité de théologie sexuelle chez les musulmans, comparable à celle qui animait autrefois les catholiques.

Libération. Dans le Coran, l’enfer musulman réserve au sodomite la première place…

Toutes les religions condamnent la sodomie. Y compris le bouddhisme malgré sa réputation de grande largesse d’esprit. Toutes les pratiques sexuelles qui ne mènent pas à la conception ont souvent été réunies sous ce terme générique. Aux États-Unis, il a fallu attendre 2003 [et non pas 2001, comme indiqué par erreur] pour que la Cour suprême abolisse les lois qui la pénalisaient encore dans certains États.

Libération. La littérature s’est montrée plus tolérante : « Dis-toi bien mignonne que tu as deux sexes », a écrit Ovide.

Certes. On s’encule énormément dans Sade, mais c’est souvent dans la torture, la douleur, le viol. Chez Pierre Louÿs, on s’y adonne plus gaiement. Plus récemment, c’est le cinéma qui a repris le flambeau : après Le Dernier Tango à Paris dans les années 70, Catherine Breillat en a fait un acte récurrent de ses films. Dans Parfait amour, la sodomie se termine par un meurtre, elle est initiatique dans Ma sœur, onirique dans Anatomie de l’enfer où Rocco Siffredi farde l’anus de sa partenaire avant de la pénétrer ; suggérer la connexion entre différents organes est le propre de l’érotisme.

La couverture d’un roman de science-fiction de Farmer montrait déjà une femme traversée par un tube qui, partant de son anus, ressortait par sa bouche. L’un des paradoxes de la sodomie c’est qu’il n’y a pas de limite anatomique à la pénétration, contrairement au vagin fermé par le col de l’utérus. Être à la fois l’infini et le resserrement est pour beaucoup l’un des charmes de la sodomie…

Libération. Vous-même en avez écrit l’éloge…

Pour moi, le plus intéressant dans la sodomie, au-delà de tel avantage physique ou de la jouissance de la transgression, c’est qu’il s’agit d’une pénétration de la limite entre plaisir et douleur. Pour un duo amoureux, c’est une épreuve érotique : mal menée, elle peut se révéler insupportable. La sodomie peut aussi être l’école de la grâce à condition de faire preuve d’écoute et d’attention. Autre paradoxe, elle demande aux hommes de faire preuve d’une grande « virilité érectile » et de beaucoup de délicatesse.

Libération. Et quid de la sodomie réceptive chez les hommes hétéros ? Aux États-Unis, certains salons proposent même des massages de la prostate.

L’hypothèse nouvelle me paraît être la banalisation de la sodomie, active ou passive, comme composante de l’érotisme féminin. Difficile, dans le ping-pong entre la réalité et ses représentations, d’évaluer son ampleur mais elle est très probable. De plus en plus de femmes s’approprient cette pratique. Cela va avec l’idée d’une inversion des rôles, , que la femme elle aussi peut pénétrer. Et avec la banalisation es vibromasseurs et des gode-ceintures. Bref, cela suit le mouvement d’une autonomie de plus en plus grandes des pratiques sexuelles des femmes, en solo ou avec partenaire. Demandeuses, elles se heurtent parfois à un refus des hommes, lié au tabou de la localisation, à l’excrément, ou à la peur de ne pas savoir faire. Il va falloir qu’ils suivent.

Recueilli par Matthieu Écoiffier

 

abecedaire

 

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 Post scriptum.

Je lis dans Libération de ce 22 août 2006 un entretien avec Toni Bentley, auteure américaine d’un livre autobiographique intitulé Ma Reddition (édité par Maren Sell). Cette dame déclare que « l’enculade rétablit l’équilibre entre une femme qui a trop de pouvoir et un homme qui en a trop peu ».

Mémoires d’arrière-train, cette « Reddition » bien nommée est donc surtout un texte d’arrière-garde.