“Jours de résistance, nuits de Plombs” (1 & 2) ~ La situation en Colombie vue par Andrea Adana (trad. Thomas Le Bonniec)

Andrea Aldana est une journaliste colombienne basée à Medellin. Dans cette chronique, publiée par Universo Centro le 11 juin dernier – que nous avons fait le choix de traduire et publier à notre tour – Aldana se rend à Cali, épicentre de la révolte colombienne, où la mobilisation entamée le 28 avril a été la plus durement réprimée. Des manifestations qui ont commencé en opposition à une réforme fiscale voulue par le gouvernement autoritaire du président Ivan Duque, dans l’ombre de l’ex président Alvaro Uribe. La jeunesse révoltée s’est constituée en bataillons de «Première ligne», et c’est à eux qu’Andrea Aldana donne la parole dans cet article, dont nous publions le premier volet aujourd’hui.

Vous pouvez lire l’intégralité de ce texte sur le site de la revue en ligne Blast. La seconde partie est ICI.

“Dissidences algériennes. Une anthologie, de l’indépendance au hirak” ~ Textes réunis et présentés par Nedjib Sidi Moussa

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Ce nouvel ouvrage de Nedjib Sidi Moussa, publié à l’Asymétrie est disponible en librairies à partir du 16 juillet seulement [et non juin, comme annoncé par erreur] Vous pouvez lire ci-dessous les premières lignes de l’introduction…

L’idée de cet ouvrage, qui donne à lire quatre-vingt-quatorze textes publiés par des groupes communistes et socialistes algériens, s’est imposée en avril 2020, durant le premier confinement provoqué par la COVID-19. Si le ralentissement perceptible des rapports sociaux m’a inspiré quelques lignes teintées de colère et de légèreté, la suspension des marches du hirak – mouvement populaire initié en février 2019 contre un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika – m’a incité à revenir sur ma dernière expérience dans ce pays. En effet, après plusieurs mois passés en Algérie, au cours desquels j’ai assisté au reflux de la dynamique contestataire et à l’inefficience d’une «gauche» davantage habitué aux intrigues ou aux communiqués qu’à la praxis révolutionnaire – à de rares exceptions près –, j’ai pris la décision d’abréger mon séjour et de rentrer à Paris où la pandémie m’a surpris. […]

Carotide, dessinatrice, illustratrice… et maintenant tatoueuse

Carotide, dont les dessins illustrent plusieurs articles de ce blogue (notamment un article sur Benjamin Péret) a ajouté une corde à son arc en même temps qu’elle modifiait et diversifiait ses supports sur la toile. Vous trouverez ci-après tous les moyens d’admirer son travail et de la contacter. Elle se déplace au long de l’année pour tatouer dans diverses villes (Clermont-Ferrand et Marseille par ex.).

Je suis navré que mes problèmes dermatologiques m’interdisent de recourir à ses talents, mais qui sait… juste avant de mourir, un joli «Ni dieu ni maître» – on a beau être athée, on n’est pas à l’abri d’une mauvaise rencontre dans le Néant ! – porté par le lapin d’Alice au pays des merveilles (vous verrez pourquoi dans la suite).

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Amour, communisme et utopie ~ Précisions de Léon de Mattis à propos de son livre “Utopie 2021”

Tout d’abord, je remercie Claude Guillon, l’auteur de ce blogue, pour son invitation à m’exprimer, et à répondre à sa question concernant « l’absence » de l’amour dans Utopie 2021.

Si je n’ai certes pas eu l’ambition, ni les moyens, d’écrire un nouveau Nouveau monde amoureux, il me semble cependant que l’amour n’est pas tout à fait ignoré dans la partie consacrée au Communisme. Mais, en fond, il ne m’appartient pas de savoir si ce thème y est correctement traité : chacun jugera.

 Je me contenterai donc de rappeler ceci :

« L’utopie, bien qu’elle soit imaginaire, n’est pas non plus le fait d’un seul. Les manques et les défauts que chaque lecteur ne manquera pas de relever dans cette utopie seront des défauts pour ce lecteur, mais l’ensemble du projet lui permet de comprendre que c’est à lui de recomposer cette utopie pour y ajouter ce qui manque ou corriger ce qui, selon lui, ne va pas. Un livre qui parle de la révolution est nécessairement un livre-dont-vous-êtes-le-héros ».

Mais si je ne réponds pas complétement à la question que Claude Guillon m’a posée, je vais en revanche profiter de cet échange pour répondre à une question qu’il ne m’a pas posée : elle porte sur l’emploi du mot « communisme ». Pourquoi l’avoir choisi, celui-là plutôt qu’un autre, comme « anarchisme », par exemple ?

Il n’y a pas de réponse : ce choix s’est fait pour des raisons subjectives, et sommes toute sentimentales. J’ai fait l’essai de remplacer, par un simple copier/coller, le mot « communisme » par celui d’« anarchisme » partout dans le texte. Le sens d’Utopie 2021 n’est en rien modifié. 

Léon de Mattis

PS de C. G.

Communiste libertaire moi-même, l’usage du terme communisme ne m’a nullement gêné.

“Opération vasectomie. Histoire intime et politique d’une contraception au masculin” ~ par Élodie Serna

Histoire intime et politique d’une contraception au masculin.

Depuis un siècle, des hommes font le choix de la vasectomie. Louée pour ses prétendues vertus rajeunissantes par des médecins, prônée comme réponse à la question sociale par des eugénistes et des néomalthusiens, adoptée comme méthode de contraception clandestine par des anarchistes, la stérilisation masculine fait parler d’elle en Europe dès les années 1920. Grâce à la simplicité de sa technique, elle est envisagée après la Seconde Guerre mondiale comme une solution face à la peur d’une explosion de la population mondiale. En France, elle demeure longtemps une pratique quasi exclusive des milieux libertaires avant d’entrer enfin dans les cabinets médicaux.
La contraception masculine – notamment la vasectomie – suscite un intérêt croissant. Elle interroge la relation des hommes à la virilité ainsi que le partage des responsabilités contraceptives.
Mais au-delà des questions de genre, réintégrer la vasectomie dans l’histoire et l’actualité de la contraception permet de décaler le regard sur les enjeux politiques de la procréation. Et de poser une question toute simple: alors les gars, quand est-ce que vous vous y mettez?

L’autrice

Élodie Serna est docteure en histoire contemporaine. En 2018, elle a soutenu à l’université de Genève sa thèse préparée sous la direction de Sylvie Aprile et Sandrine Kott, Faire et défaire la virilité. Les stérilisations masculines volontaires en Europe dans l’entre-deux-guerres, à paraître en novembre 2021 aux Presses universitaires de Rennes (PUR). Chercheuse indépendante associée à l’université de Lille, elle poursuit ses travaux de recherche, notamment au croisement de l’histoire de la médecine et de la sexualité.

Le livre sera en librairies le 21 mai (préachat chez l’éditeur).

Statut de l’ouvrage: offert par l’autrice.

Article publié dans Le Réfractaire, journal animé par May Picqueray (n° 39, mai 1978)

C’est lorsqu’un livre comme celui d’Élodie Serna paraît que l’on réalise qu’il n’existait rien sur le sujet qu’il traite. Or, même si nous sommes loin de la clandestinité et de l’opprobre des années 1930 – 10 000 hommes se font stériliser chaque année en France, depuis la loi de 2001 – la vasectomie demeure mal connue. Et que dire de son histoire médicale, et plus encore de son histoire politique!

Tout le monde a des «images» en tête, des associations d’idées: stérilisations forcées (féminines surtout) dans les régimes totalitaires et les démocraties (il s’agit de femmes pauvres et·ou déviantes); stérilisations encouragées par l’offre d’une prime (transistor ou réveil) en Inde… Mais combien, y compris dans les milieux libertaires connaissent l’histoire du véritable réseau européen qui s’est tissé, à partir de l’Autriche, pour permettre aux camarades qui le souhaitaient de se faire opérer. Son action donna pourtant lieu à force surveillance policière, poursuites et condamnations. Il se prolongea par la suite dans le mouvement des Jeunes libertaires où militèrent les ami·e·s Hellyette Bess, Marcel Viaud, André Bernard… C’est tout un pan de l’action anarchiste dans le domaine de la contraception masculine et·ou du refus d’enfanter, une histoire militante qui s’est interrompue pour l’essentiel au milieu des années 1970, qui est décrit ici pour la première fois.

La vasectomie s’inscrit aussi, depuis les mêmes années 70, dans une recherche associative (plutôt que relevant du militantisme politique) sur la contraception masculine. La relative facilité, au moins pour les pères de famille, d’accéder aujourd’hui à l’«opération vasectomie» fait d’autant mieux ressortir les assignations plus contraignantes à la reproduction dont les femmes font l’objet. L’autrice évoque d’ailleurs les relations nécessairement contradictoires, voire conflictuelles, que les féministes entretiennent avec les hommes partisans – et parfois exagérément fiers – de la vasectomie. De ce point de vue, on peut se féliciter que le sujet soit aujourd’hui (et enfin!) traité par une femme.

Le livre directement publié par Libertalia au format poche permettra aux militant·e·s et aux curieux et curieuses de se réapproprier une histoire mal connue et de s’informer sur une question située à l’exacte intersection de l’intime et du politique. Celles et ceux qui voudront approfondir l’étude du sujet, notamment resitué dans l’histoire de la médicalisation du corps et du sexe se reporteront avec profit au texte complet de la thèse d’Élodie Serna, qui sera publié en novembre prochain aux Presse universitaires de Rennes (PUR) et dont je signalerai la parution.

Claude Guillon