Libérez Nûdem Durak, chanteuse kurde détenue en Turquie

Elle entre dans sa sixième année de détention et porte un nom : Nûdem Durak. Chanteuse, kurde en Turquie, ses 32 ans fêtés voilà quatre mois; un État l’a condamnée à passer plus de la moitié de son âge en prison. Ce nom, on commence à le prononcer sur quelques continents. C’est bien peu, face à l’appareil entier d’un État, mais ce n’est pas tout à fait rien: un prisonnier l’est sans doute moins lorsque l’on sait, dehors, qu’on l’a réduit à n’être plus que ça. Le silence fortifie les cachots plus sûrement que les barreaux – il arrive parfois que rompre le premier aide à scier ces derniers.
Le régime d’Erdoğan dépeint Nûdem Durak comme une «terroriste». Pour qui sait ce qu’il a fait des mots, la chose est entendue : la chanteuse est une résistante. Il peut bien raconter ce que bon lui semble, entasser des pages tant et plus dans l’ombre des tribunaux, mobiliser des faux témoignages ou la tenir pour coupable de «propagande», de «violence» ou d’appartenance à une organisation ennemie, Nûdem Durak n’avait que sa voix, sa guitare, son groupe de musique et les cours qu’elle dispensait au sud-est de la Turquie, sa région natale. Elle y défendait la langue, la mémoire, les espoirs et le combat, oui, le légitime combat des siens; le pouvoir n’entendit pas que l’on pût ainsi le défier : 19 ans sous les fers. Rien qu’une banalité, pourtant, lorsque, sous l’AKP, les détenus d’opinion se dénombrent par dizaines de milliers et des musiciens meurent d’une grève de la faim.

On peut lire la suite l’article ICI.

«La victoire de “Ça me trace”?» ~ par Gédicus

Grâce à mon «appli» alerte connard, j’ai été prévenu que j’ai croisé la route d’un malade infecté par le virus du credo capitaliste. Pour parer au risque qu’il en contamine d’autres je vais décrire les symptômes caractéristiques de cette infection : Le plus flagrant est une obsession de «sauver l’économie» au mépris des humains et même sans crainte de les faire crever. Ainsi, il faudrait que les travailleurs retournent sans tarder au chagrin, même sans protections réelles ; s’entassent dans les transports en commun pour la croisade du boulot ; exposent leurs enfants aux risques d’écoles et garderies passoires ; acceptent la démolition totale du «droit» du travail, déjà bien miné, pour que le Cac 40 recommence à s’engraisser.

Il faudrait aussi qu’ils se laissent à nouveau affecter par la fièvre acheteuse, dépensent toujours plus en gagnant toujours moins, et ne pensent pas à autre chose, surtout pas à la manière dont l’hystérie marchande contribue au ravage de la planète et aux maladies qui en découlent.

Pour veiller à cela, les polices auront toujours plus de moyens et le loisir de s’en donner à cœur joie dans le contrôle incontrôlé et les «bavures» saignantes. Big Brother développera ses traçages et fichages généralisés avec l’alibi en béton de Guerre à la pandémie (Plus efficace que l’antiterrorisme, déjà costaud). Et les états d’urgence empêchant de protester contre tout ça confineront les populations dans une paralysie asphyxiante.

Voilà ce que ce virus promet d’infliger toujours plus au monde si rien n’est fait pour le combattre.

Heureusement notre conseil scientifique, minoritaire mais dynamique, travaille énergiquement à un vaccin qui pourrait s’avérer efficace. Il s’agit d’un cocktail d’initiatives indépendantes de l’État, de solidarités, d’entraides, de fraternités, d’organisations autonomes de résistance, de luttes de classes, d’écologie offensive, de communalisme, etc. Si nous arrivons à l’appliquer suffisamment généreusement nous ne finirons pas entièrement déconfits. Sinon…

Gédicus

1er mai 2020

 

Lettre giménologique ~ mai 2020

Rubrique : « Infos »

Mouvement social en Espagne : une grève des loyers pour « sauver les personnes et confiner les privilèges» :

http://gimenologues.org/spip.php?article884

Rubrique : « Étrangers indésirables

Bruno BELLON, fils de Giuseppe et de Maria Bordin, est né le 20 avril 1913 à Caldogno (Vicenza). Il est classé comme « communiste » au CPC, combattant de la brigade Garibaldi :

http://gimenologues.org/spip.php?article883

Rubrique : « On nous écrit »

Livre en cours de réalisation sur Mathieu Corman

Nous relayons cette demande de Bernard DELBAERE qui vit en Belgique et rédige un livre sur Mathieu Corman :

http://gimenologues.org/spip.php?article882

Rubrique : « Les amis publient »

Nous devons prendre en mains les rênes de notre propre vie, car l’Etat ne garantit rien. » Entretien avec Corsino Vela publié le 5 avril 2020 dans la revue en ligne CONTRAPUNTO :

http://gimenologues.org/spip.php?article881

 L’État masqué/El Estado con mascarilla, de Miguel Amoros.

La crise actuelle a engendré plusieurs tours de vis dans le contrôle social étatique. L’essentiel dans ce domaine était déjà bien en place puisque les conditions économiques et sociales qui prévalent aujourd’hui l’exigeaient. La crise n’a fait qu’accélérer le processus :

http://gimenologues.org/spip.php?article880

Comunicado sobre el estado de alarma y el riesgo sanitario COVID-19

Confederación Nacional del Trabajo Federación Local de Fraga

Communiqué sur l’état d’alerte et le risque sanitaire COVID-19 :

http://gimenologues.org/spip.php?article879

Les giménologues, 30 avril 2020

LA PAROLE AU LIEU-DIT

Chères amies, chers amis,

Ne tournons pas autour du pot : la survie du Lieu-Dit dépend plus que jamais de votre soutien.

Nous avons dû cesser notre activité au moment où arrivent les beaux jours. Et c’est justement là, entre mars et septembre, que nous réalisons l’essentiel de notre chiffre d’affaires ; ce qui nous permet de compenser les faibles résultats de l’hiver et d’alléger nos dettes accumulées.

Les mesures annoncées par l’État pour soutenir les activités commerciales sont très insuffisantes pour régler les difficultés économiques qui menacent l’avenir de notre lieu, qui est d’abord le vôtre.

C’est pourquoi nous faisons appel à vous en tant que client·e·s, mais aussi en tant que public, acteurs-actrices et organisateurs-organisatrices de tous les événements que nous prenons plaisir à programmer et que nous souhaitons continuer à accueillir dès notre réouverture.

Pour nous donner un coup de main, et faire contre mauvaise fortune bonne chère, nous vous proposons de pré-commander, dès aujourd’hui, des bons de repas-boissons du montant de votre choix (utilisables en plusieurs fois et valables pendant un an). Vous pourrez les utiliser vous-mêmes ou les offrir à vos amis.

Et pour ceux qui voudraient nous soutenir, mais qui, pour quelque raison, n’auraient pas la possibilité de profiter de ces bons, il est aussi possible de nous aider en faisant un don.
Avec notre immense joie de vous y retrouver aussi vite que possible !

Trois possibilités de faire vos pré-commandes (dans l’ordre de nos préférences) :


a) Par virement IBAN :

FR76 3007 6020 5133 9943 0020 005 BIC : NORDFRPP
Envoyez un mail : contact@lelieudit.com pour recevoir vos bons.


b) Par Chèque à l’ordre du Lieu-Dit, à envoyer au 6, rue Sorbier 75020 Paris
Envoyez un mail : contact@lelieudit.com pour recevoir vos bons.

c) Par carte bancaire en cliquant ICI.

Journal de reprise d’un médecin urgentiste

Pour la première fois depuis deux mois, le réveil a sonné à 7:00 ce 16 avril pour m’intimer l’ordre de me lever pour aller au travail. Deux mois que je suis en arrêt de travail après une blessure à la main et l’opération qui a suivi. Un peu anxieux, une pesanteur à l’estomac, le café passe difficilement et me voilà dans la voiture, mon justificatif de déplacement professionnel bien en vue derrière le pare-brise, à coté du caducée (il porte le millésime 2019, je n’ai pas encore réglé la cotisation à l’ordre des médecins pour cette année…). Je vais rejoindre mon poste au SAMU.

Quand je me suis blessé, nous n’avions pas encore basculé dans le monde du coronavirus, un touriste chinois de 80 ans était mort à Paris, mais on était encore tout à fait insouciants. Et puis la vague a déferlé, et ce sont mes collègues et amis du SAMU de l’Oise qui l’ont pris en premiers, en pleine face, et ce qu’ils m’ont dit et raconté sur le moment m’a sidéré. Et j’en ai pleuré de rage et d’impuissance, de ne pouvoir être avec eux pendant ces jours et ces nuits où ils ont dû affronté avec les moyens du bord les centaines, les milliers d’appels de gens malades ou paniqués, les transports de patients quasi asphyxiques vers des hôpitaux parfois distants de 100 kilomètres et le sentiment d’être seuls et abandonnés. Alors c’est avec un peu d’appréhension que je vais les rejoindre. Bien sûr, pendant ces longues semaines d’inactivité, j’ai lu avec avidité tout, ou presque, ce qui paraissait dans la presse scientifique, les discussions sur les traitements, je me suis tenu au courant des mesures de protection, des nouveaux réglages des respirateurs, et des coups de vice du virus. Mais il me manquait la confrontation au réel.

D’abord le plaisir de retrouver mes collègues (pas de bises, ni de poignées de main) : ambulanciers, infirmiers et infirmières, assistantes de régulations, médecins. Et aussi la tristesse d’apprendre que l’un d’eux est en réanimation, touché par la maudite bestiole. Et certains retraités récents revenus prêter main-forte…..

Ce matin, l’ambiance au SAMU est calme, la situation sanitaire est moins tendue. On est en phase de plateau comme le dit le directeur général de la santé dans son point de presse quotidien.

Je retrouve mes habitudes, je m’installe à mon poste devant l’ordinateur et le téléphone (que j’ai préalablement désinfecté soigneusement), à un mètre et quelques de ma voisine. Et je prend des appels de mères de famille inquiètes, de conjoints angoissés, et de personnes anxieuses. Et parfois une voix qui s’étouffe presque et qui appelle à l’aide et à qui on envoie des secours, des soins et de l’oxygène, et pour qui on va trouver une place à l’hôpital. Il faut écouter, questionner, rassurer, orienter et porter assistance, avec à chaque fois la peur de passer à coté du diagnostic ou de trop en faire, la peur d’exposer des collègues, des ambulanciers ou des pompiers à un risque.

Il y a des fièvres, des toux, des difficulté respiratoires, mais aussi des douleurs dans la poitrine, des accidents domestiques ou du travail, des paralysies soudaines, et on doit prendre en charge des personnes âgées qui vont mal. Plus tard, après mes 10 heures en régulation, derrière le téléphone, c’est à mon tour d’aller auprès des patients. Celui ci respire mal, il a une toux sèche, un peu de fièvre il n’arrive presque plus à parler et il est soigné depuis longtemps pour une maladie respiratoire. Avant d’entrer chez lui, on s’habille en revêtant la tenue de protection, on ressemble à des cosmonautes, je vérifie que l’infirmière n’a pas commis de faute d’habillage et elle me contrôle de la même manière. Nos gestes sont les plus précis possibles, économes, on fait attention à chaque minute, peur de faire une erreur, de se contaminer ou de contaminer quelqu’un. On le met sous assistance respiratoire sans avoir à l’intuber, en espérant qu’il n’aura pas besoin de recours à la ventilation artificielle. L’intervention, qui en temps ordinaire nous prendrait une à 2 heures dure maintenant 3 heures. Et d’autres vont suivre, la nuit va être longue. Les 48 heures de repos qui vont suivre cette première garde de 24 heures ne seront pas volées.

Ces femmes et hommes ne sont pas des héros, ce sont des personnes ordinaires placées dans des situations exceptionnelles et qui font un travail extraordinaire. Malgré la fatigue, l’appréhension, les mille difficultés, je suis heureux de travailler avec eux.

Mohamed

Ce témoignage a été publié sur le site du Monde libertaire.