“L’Algérie au temps du hirak: quelles perspectives pour les révolutionnaires?” ~ par Nedjib Sidi Moussa

Suite aux élections législatives marquées par une abstention record et la victoire des partis liés à l’administration, Les Échos constataient, le 16 juin, qu’un élément manquait à l’opération des autorités visant à restaurer l’ordre antérieur au 22 février 2019: «la participation populaire à sa contre-révolution». Deux jours plus tard, L’Express employait l’expression caricaturale de « révolution du sourire » pour désigner le hirak et allait jusqu’à présenter les contestataires algériens comme autant de « révolutionnaires »

Si l’on peut, sans grandes difficultés, caractériser les mesures répressives du régime militaro-policier de «contre-révolutionnaires», il est en revanche plus douteux, au sujet du mouvement populaire, de prendre des vessies réformistes pour des lanternes révolutionnaires, sans pour autant remettre en cause le courage ou la persévérance de nombreux hirakistes privés d’alternative – faute d’articulation saisissable entre les aspirations à la liberté et les exigences d’égalité.

Cela étant, il existe assurément des révolutionnaires en Algérie, comme dans tous les pays. Or, en l’absence d’organisation et d’intervention conséquentes, leur poids politique a été réduit pratiquement à néant au cours des deux dernières années, laissant le champ libre aux forces démocrates-libérales et aux réactionnaires de tout poil, alimentant chaque jour davantage un désarroi mortifère.

Sans doute existe-t-il des causes liées à l’histoire récente du pays permettant de comprendre l’autolimitation du hirak. Par conséquent, un bilan du mouvement populaire bridé par les illusions petites bourgeoises de ses porte-paroles autoproclamés ne saurait éviter d’interroger les ressorts de la fragmentation durable de la société, ainsi que la dépolitisation profonde des classes laborieuses.

De la même manière, toutes les questions qui fâchent devront être abordées, à commencer par celle-ci: une révolution sociale est-elle concevable lorsque des pans entiers de la population préfèrent risquer leur vie sur des embarcations de fortune pour traverser la Méditerranée au lieu de se confronter aux forces d’oppression et de répression de leur pays?

Évidemment, il ne s’agit pas de poser le problème en des termes moraux mais de saisir les implications sociales et politiques de l’émigration de masse – sur laquelle comptent les autorités, trop heureuses de voir partir de potentiels contestataires –, tout comme la difficulté de nombreux Algériens à se projeter dans leur propre société et à en envisager la transformation, sans oublier qu’entre 1962 et 1989 le régime se disait «socialiste».

Parmi les tâches de l’heure, une critique des rares groupes se réclamant du socialisme en Algérie s’impose, non pas pour alimenter une polémique stérile, mais pour comprendre pourquoi ces formations n’ont pas réussi à constituer des points d’appui au cours de la dernière période.

Dans un article publié le 18 avril, le groupe Révolution permanente pointait les manquements du Parti socialiste des travailleurs (PST) et de la Voie ouvrière pour le socialisme (VOS). Au premier – parti frère du Nouveau parti anticapitaliste en France –, il était reproché sa «compromission avec la mouvance libérale-démocratique dans le cadre du Pacte de l’Alternative Démocratique (PAD)». Quant au second – scission ouvriériste du PST –, sa «démarcation du hirak et de ceux qui l’ont conduit vers l’isolement» ainsi que son appel du 28 mars à «la formation de listes portant un programme démocratique, social et anti-impérialiste» à l’occasion des législatives étaient dénoncés.

La direction du PST a commis une faute en s’associant à des formations bourgeoises dans le cadre du PAD, confirmant de la sorte son réformisme – sans que cela ne remette en cause la sincérité et la combativité de ses militants, notamment à Bejaïa. De son côté, VOS a eu le mérite de refuser les fronts interclassistes et de rejeter les mots d’ordre portés par l’opposition libérale du type « transition démocratique » ou «processus constituant».

Mais ce groupe trotskiste est limité par le formalisme de ses animateurs qui ont impulsé un Front ouvrier et populaire – réplique de «gauche» au PAD – dont l’aspect positif – à savoir la tentative de rendre visible l’expression propre des travailleurs – a été gâché par la propension de ses dirigeants à préférer les jeux d’appareils à la fédération d’éléments révolutionnaires – sur une base autonome –, ce qui a conduit à enfermer cette potentialité subversive dans une perspective para-syndicale. Néanmoins, l’erreur la plus incompréhensible aura été de s’engager dans la voie électorale.

Les révolutionnaires devront tirer toutes les leçons de ces errements et combattre les illusions entretenues par les courants libéraux, islamistes ou socialistes. La tâche est énorme, les moyens sont modestes mais la solution ne passera ni par les élections ni par la «construction du parti».

Nedjib SIDI MOUSSA

Repris du site de Courant alternatif, journal de l’OCL.

Site de Nedjib Sidi Moussa

 

“Danse Panique” ~ Lucie Taffin & Jérôme Roubeau

 

Le nouveau CD de Lucie Taffin en prévente sur Helloasso.

Présentation du projet

Lucie Taffin, chant et accordéon
Jérôme Roubeau, batterie

Danse Panique c’est un « tour de chant pour originaux », une
réjouissance. Ce simple duo donne des impressions
symphoniques, c’est une explosion musicale née de l’envie de
chanter, de tirer, de taper, de jouer.

Danse Panique vient de réaliser son premier album, plein de tendresse, d’amitié et d’énergie

Origine du projet

Ils se sont rencontrés dans l’orchestre éphémère du TrackTour, une
tournée itinérante en tracteur initiée par le groupe Tournelune.
Ils sont musiciens de grand air, et apportent avec eux des chansons en
mouvement, des chansons de changement, de bouleversement.

A quoi servira l’argent collecté ?

La collecte servira à finaliser ce premier album, quatorze chansons à ouïr et frémir ; c’est-à-dire que maintenant nous nous occupons de la pochette, du livret, du pressage à 1000 exemplaires.
C’est l’opportunité de la prévente, pour vous, pour nous, avec les ambitions de la production à plusieurs et du mécénat pourquoi pas pour vos bourses inspirées.

Notre équipe

Lucie Taffin, chant et accordéon

Jérôme Roubeau, batterie

Adrien Rolet, enregistrement et mixage

Christophe Darlot, mastering

Nicolas Taffin, graphisme

Lucie sera le mercredi 11 août prochain aux «Rencontres du Maquis pour l’Émancipation», à Minerve.

“Jours de résistance, nuits de Plombs” (1 & 2) ~ La situation en Colombie vue par Andrea Adana (trad. Thomas Le Bonniec)

Andrea Aldana est une journaliste colombienne basée à Medellin. Dans cette chronique, publiée par Universo Centro le 11 juin dernier – que nous avons fait le choix de traduire et publier à notre tour – Aldana se rend à Cali, épicentre de la révolte colombienne, où la mobilisation entamée le 28 avril a été la plus durement réprimée. Des manifestations qui ont commencé en opposition à une réforme fiscale voulue par le gouvernement autoritaire du président Ivan Duque, dans l’ombre de l’ex président Alvaro Uribe. La jeunesse révoltée s’est constituée en bataillons de «Première ligne», et c’est à eux qu’Andrea Aldana donne la parole dans cet article, dont nous publions le premier volet aujourd’hui.

Vous pouvez lire l’intégralité de ce texte sur le site de la revue en ligne Blast. La seconde partie est ICI.

“Dissidences algériennes. Une anthologie, de l’indépendance au hirak” ~ Textes réunis et présentés par Nedjib Sidi Moussa

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Ce nouvel ouvrage de Nedjib Sidi Moussa, publié à l’Asymétrie est disponible en librairies à partir du 16 juillet seulement [et non juin, comme annoncé par erreur] Vous pouvez lire ci-dessous les premières lignes de l’introduction…

L’idée de cet ouvrage, qui donne à lire quatre-vingt-quatorze textes publiés par des groupes communistes et socialistes algériens, s’est imposée en avril 2020, durant le premier confinement provoqué par la COVID-19. Si le ralentissement perceptible des rapports sociaux m’a inspiré quelques lignes teintées de colère et de légèreté, la suspension des marches du hirak – mouvement populaire initié en février 2019 contre un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika – m’a incité à revenir sur ma dernière expérience dans ce pays. En effet, après plusieurs mois passés en Algérie, au cours desquels j’ai assisté au reflux de la dynamique contestataire et à l’inefficience d’une «gauche» davantage habitué aux intrigues ou aux communiqués qu’à la praxis révolutionnaire – à de rares exceptions près –, j’ai pris la décision d’abréger mon séjour et de rentrer à Paris où la pandémie m’a surpris. […]

Carotide, dessinatrice, illustratrice… et maintenant tatoueuse

Carotide, dont les dessins illustrent plusieurs articles de ce blogue (notamment un article sur Benjamin Péret) a ajouté une corde à son arc en même temps qu’elle modifiait et diversifiait ses supports sur la toile. Vous trouverez ci-après tous les moyens d’admirer son travail et de la contacter. Elle se déplace au long de l’année pour tatouer dans diverses villes (Clermont-Ferrand et Marseille par ex.).

Je suis navré que mes problèmes dermatologiques m’interdisent de recourir à ses talents, mais qui sait… juste avant de mourir, un joli «Ni dieu ni maître» – on a beau être athée, on n’est pas à l’abri d’une mauvaise rencontre dans le Néant ! – porté par le lapin d’Alice au pays des merveilles (vous verrez pourquoi dans la suite).

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