“Le jardin des hommes”, de Carol Vanni et Edmond Baudoin

C’est un livre sur la colère, sur les colères.

Celles des hommes, interrogés avec bienveillance par l’autrice.

Elle leur accorde une vraie attention, comme aux radis et autres légumes qu’elle replante et récolte à mi-temps chez un couple de maraîchers voisins.

Il n’y a rien de péjoratif dans la comparaison. L’attention de Carol Vanni est entière, sa présence aussi : qu’il s’agisse d’écouter l’un des ses interlocuteurs ou de mélanger eau et terreau. L’écoute est aussi précise que les gestes, que l’on prend grand plaisir à voir décrits si minutieusement, si justement, peut-être surtout lorsqu’on ne les pratique pas.

Et puis il y a la colère de l’autrice, certes peu à peu apaisée dans l’écriture et dans le malaxage du terreau, mais si violente encore. À cause d’un homme qui est mal parti. Leur histoire d’amour a bien commencé et bien duré, mais lui est – littéralement – mal parti. Juste au moment où il se prétendait capable de reparler d’amour – et de colère peut-être aussi. Il a fait défaut, et c’est ce défaut qui déséquilibre l’autrice, comme un gouffre intérieur qui voudrait la happer. Je ne connais pas la chronologie, et si elle figure dans l’ouvrage, mon inconscient l’a évitée. Du coup, j’ai l’impression que les entretiens avec tous ces hommes viennent tenir la place du dialogue rompu. Ils sont d’ailleurs touchants ces hommes (dis-je, moi qui ne les aime guère en général). Tous ont une histoire de colère·s, et·ou sont en colère contre leur histoire. Tous éprouvent l’immense difficulté pour un homme – non pas, pitié ! de se « déconstruire » – mais au contraire de cesser d’être de petits garçons. Qui ne savent pas bien comment exprimer leurs souffrances et leurs doutes avec des mots ; alors ils trépignent, frappent, cassent leurs jouets.

Et puis, de temps à autre, comme une virgule, un dessin très noir d’Edmond Baudoin (ou parfois les éléments d’un herbier). Et ce sont des respirations bienvenues dans le contrepoint du récit de l’autrice (comment oublier ce qui fait souffrir) et des histoires de ces hommes en colère.

Ils ont fini, pour beaucoup, par trouver leur place dans le jardin de la vie, parmi les fleurs, les légumes et les mal dites « mauvaises herbes ». L’autrice aussi retrouve une place qui lui convient : à force d’écouter, de désherber, de mettre en bottes.

Lecture faite, une curiosité vous trotte dans la tête, que l’on ne saurait reprocher à l’autrice de ne satisfaire que pour ce qui la concerne : de quelles colères sont faites les femmes ?

Le jardin des hommes. Entretiens sur la colère, Vanni Carol & Edmond Baudoin, Esperluète éditions, 101 p., 16 €.

Statut de l’ouvrage : offert par l’autrice.

Rencontres du Maquis pour l’Émancipation ~ 10 au 15 août 2022

Je suis heureux de mettre en ligne ici le beau programme de ces nouvelles «Rencontres du Maquis pour l’Émancipation». Mon seul regret est que cancer et traitements m’empêcheront d’y participer. Salut fraternité et sorellité aux camarades de la Commune du Maquis!

“Ne jamais obéir” ~ le secret de longévité d’Hellyette Bess

Un copain me fait passer cette publication dans Philosophie Magazine (juin 2022, malgré l’indication erronée « 2021 »). L’occasion de souhaiter un bon retour chez elle à Hellyette après une hospitalisation, ainsi qu’un complet rétablissement.

 

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La guerre est la poursuite de l’économie par des moyens plus rudes ~ par Gédicus

La hausse des prix partout et les gesticulations pour rassurer les populations sur leur «pouvoir d’achat» le confirment: La guerre est une affaire de gros sous.

Les marchands de beurre et de canons ont un peu changé de look mais leur comportement est le même : pour conquérir des «marchés», piller des gisements de matières premières, s’assurer la maitrise du commerce, écraser la concurrence, les courtiers étatiques jouent les gros bras et confirment le diagnostic déjà ancien de Simone Weil: «Dès lors que la lutte pour la puissance s’opère par la conquête et la destruction, autrement dit par une guerre économique diffuse, il n’est pas étonnant que la guerre proprement dite vienne au premier plan».*

Et, comme d’habitude, ce sont Oleg et Valentyna qui payent. Et aussi Vladimir, l’embrigadé dans la boucherie du Tsar, et Larissa, la manifestante pacifiste. Une fois de plus la saloperie guerrière tue, torture, détruit, répand la douleur, le deuil, les ruines, et des blessures qui vont longtemps suppurer et empoisonner les peuples.

Pour le «citoyen» européen, aussi impuissant qu’indigné, après avoir donné son obole humanitaire et afin de pouvoir retourner tondre sa pelouse et regarder Roland Garros en toute  bonne conscience, il sera sans doute tentant de se dire qu’il en est malheureusement ainsi depuis la nuit des temps, que la guerre c’est «gross malheur», engrenage assassin contre lequel on ne peut rien.

Pourtant, il pourrait aussi se dire que, depuis la nuit des temps, des gens s’opposent à cette mécanique infâme, et qu’il ne serait peut être pas mauvais de les rejoindre avant que les missiles ne ravagent la pelouse.

Se dire que, peut être, il serait bon d’essayer de contribuer à guérir le monde de la domination des marchands de beurre et de canons.

Gédicus

6 juin 2022

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*Simone Weil, Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale. 1934. Editions Libertalia, 2022.