TU ES EN FUGUE ?

TU ES EN FUGUE ?

ICI TU ES ACCUEILLI·E, HÉBERGÉ·E ET AIDÉ·E

SANS PARENTS

SANS POLICE

Tant que le texte ci-dessus n’attirera pas l’attention, peint sur un immense calicot accroché au plafond, dans les plus grandes gares de France (Lille, Paris, Lyon, Marseille, au minimum), on se moquera du monde en parlant d’aide aux enfants et aux ados.

La fugue – dont il utile de rappeler qu’elle n’est pas un délit et ne peut donc donner lieu à aucune poursuite contre le fugueur ou la fugueuse – est aussi un moyen de fuite à la disposition des pré-ados et des ados, parfois d’enfants plus jeunes (mais ces derniers ont moins d’autonomie de mouvement et sont repris ou «pris»). Les fugueurs et fugueuses de tous âges sont une proie facile pour les pédocriminels en chasse. La chasse a lieu principalement dans et aux alentours des gares.

L’installation, suggérée ci-dessus, de points d’accueils pour les mineur·e·s dans les gares ne nécessite aucun changement de la loi. Cet accueil est déjà pratiqué dans un certain nombre de centres spécialisés, lesquels sont malheureusement ignorés des principaux intéressés.

La raison pour laquelle cette mesure simple, et finalement peu coûteuse, n’a jamais été mise en place est assez simple à comprendre: les institutions craignent d’«inciter à la fugue» ou d’en être accusées.

Elles préfèrent faciliter la tâche des agresseurs. C’est un choix politique et philosophique.

La mise en place de tels points d’accueils ne permettrait pas de répondre à toutes les situations, notamment celle des plus jeunes. Ce serait pourtant un geste à la fois pratique et symbolique envers «les moins faibles des plus faibles».

Vous verrez que si jamais un officiel quelconque avait l’occasion de répondre à cette proposition, il expliquerait certainement que les organismes d’État préfèrent de loin agir «en amont». «La fugue ne signe-t-elle pas déjà un échec?»

Non. La fugue est – outre le moyen de découvrir le vaste monde, sans attendre d’autorisation – un réflexe vital extrêmement sain. Il est inutile d’y «inciter» les jeunes; il serait moral et utile de soutenir par tous les moyens celles et ceux qui ont eu le courage de s’y décider et qui se trouvent démuni·e·s, souvent sans papiers, sans argent, sans contacts, à la merci de tous les prédateurs.