Le dimanche 24 avril…

…je resterai chez moi.

Pourtant, deux jours après ma troisième série de chimiothérapie[1], je devrais être dans l’état idéal pour voter Macron : avec l’envie de gerber toutes les cinq minutes.

Mais précisément : point trop n’en faut.

J’ai été absent des listes électorales pendant cinquante-et-un ans. Je ne m’y suis inscrit que par peur de voir le nazi Zemmour déborder Le Pen sur son extrême droite.

Il était extrêmement simple, une fois le spectre Zemmour dissipé, de « faire barrage » contre Marine Le Pen : il suffisait de voter Jean-Luc Mélenchon (ce que j’ai fait).

Cette situation est derrière nous. Il faut se déterminer en fonction de la situation présente.

Didier Eribon explique bien que la détestation suscitée par la personne de Mélenchon (ou on ne sait quel autre motif) a poussé des gens censés être « de-gauche » à annoncer qu’ils s’abstiendraient ou voteraient Le Pen en cas de second tour opposant Le Pen à Mélenchon.

Cette attitude a eu son slogan jadis : « Plutôt Hitler que le Front populaire ! ».

La même racaille qui se flatte de sa jeunesse sociale-démocrate s’apprête aujourd’hui à « faire barrage » en votant pour un gestionnaire zélé du système capitaliste, dont au fond elle s’accommode très bien.

C’est tout bénéfice : ils se donnent des allures antifascistes et ils votent pour leurs dividendes.

Ces vaillants castors ne votent ni avec leur tête ni avec leur queue : ils votent avec leur carnet de chèque.

Je suis pourtant convaincu que « Marine Le Pen présidente » n’est pas exactement la même chose que « Emmanuel Macron président ». Blanc bonnet et bonnet blanc, comme disait l’inénarrable stalinien Duclos.

Mais Macron a sur les mains le sang des éborgné·e·s et des mutilé·e·s.

On n’élit pas un boucher par crainte du rémouleur !

Cela dit, Macron a raison sur un point – même s’il ne s’est pas privé d’instrumentaliser l’extrême droite, stratégie inaugurée par un autre grand progressiste : François Mitterrand. Quand il dit, à propos d’un argumentaire idéal anti-Le Pen, « la morale ne suffit plus » (c’est l’esprit ; je ne garantis pas la lettre de la citation).

En effet : il ne suffit plus de désigner Marine Le Pen comme « fasciste » pour en écarter une partie des travailleurs et des précaires. Que les gens qui ont cessé d’être sensible à ce répulsif soient dans l’erreur est une chose… qui ne nous dit pas comment les r·amener vers des positions de classe.

Peut-être la seule amorce de solution est-elle que Le Pen – je trouve l’image navrante, mais aucune autre ne me vient à l’esprit – « perde sa virginité » ?

Je ne partage en aucune manière le point de vue selon lequel « il faut essayer le RN parce que ce sont les seuls qui n’ont pas été au pouvoir »… Je crains plutôt que celles et ceux qui partagent ce point de vue ne se laissent pas convaincre autrement que par l’expérience.

Enfin, vous ferez bien comme vous voudrez, hein !

D’ailleurs, je ne suis pas chien, je tiens à disposition de celles et ceux qui n’arriveraient plus à s’arrêter de dégobiller après avoir glissé le bulletin «Macron» dans l’urne des recommandations de traitement.

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[1] J’en profite pour m’inscrire en faux contre une chansonnette appréciée des anarchistes : « Sache que ta meilleure amie, prolétaire, c’est la chimiothérapie »…