Fachos et crétins dans le même bateau…

Les fachos adorent dénoncer le nazisme chez leurs adversaires (la liberté d’avorter comparée à un génocide, par exemple). Le genre d’«équivalence» prétendument mise en tableau ici et qui circule sur les réseaux sociaux, outre son obscénité (où sont les «camps de concentration»?), ne fournit aucun instrument d’analyse et d’appréciation de l’«état d’urgence sanitaire». Ce dernier, par les méthodes de contrôle qu’il permet et perfectionne, s’inscrit dans le développement d’une terrorisation démocratique à l’œuvre depuis quelques décennies. Le virus remplace momentanément le terroriste islamiste pour justifier des mesures autoritaires, dont certaines s’inscriront bientôt dans le droit démocratique. Une réponse de classe peine à se mettre en place, notamment parce qu’elle se heurte aux réactions irresponsables de certains travailleurs de la santé, qui préfèrent abandonner leur poste plutôt que se faire vacciner. A-t-on jamais vu objection de conscience plus radicale exercée pour de plus mauvaises raisons? L’absence de cette réponse de classe laisse le champ libre aux délires complotistes – dont le tableau ci-dessus est un exemple limite – manifestement fascinés par le point de comparaison historique choisi.

PS. Le tableau est signé «Chrétiens anti-vaccins». Les réseaux catholiques d’extrême droite (et anti-avortement) sont très impliqués dans le mouvement antivax.

“Racecraft ou l’esprit de l’inégalité aux États-Unis” ~ par Barbara J. Fields & Karen E. Fields (traduction de Xavier Crépin)

Si, dès leur enfance, on dispense aux états-uniens tout ce qu’il faut pour douter des histoires de sorcières, ce n’est guère le cas, en revanche, pour le racecraft. Pour nous, comme pour ceux qui croyaient jadis aux sorcières, la vie quotidienne produit une immense accumulation de preuves à l’appui de la croyance. Songeons simplement à la façon dont les médias classifient aux États-Unis les choses «par race» – sur des sujets aussi divers que les grossesses précoces, la «sous-représentation» des noirs parmi les donneurs de sang ou leur «sur-représentation» sur Twitter –, ne cessant d’alimenter de preuves factices le flot immense de la prétendue fracture raciale états-unienne.

Formé sur le modèle du mot «witchcraft [sorcellerie, la notion de «racecraft» est proposée par les sœurs Barbara et Karen Fields pour désigner l’ensemble des croyances partagées et des pratiques collectives qui font exister la fiction de la «race» aux États-Unis.

Fruit de deux vies de réflexions, de recherches et d’engagements, cet ouvrage est d’abord un panorama complet de la réalité très particulière de la «race» dans ce pays. Au-delà, c’est déjà un classique qui alimente là-bas les vifs débats sur les manières d’aborder les questions dites raciales.

 

Étant donné mon retard de lecture (et de travail) je préfère annoncer avant même de l’avoir reçu la parution de cet ouvrage important – dont j’ai eu la chance et le plaisir de pouvoir discuter avec le traducteur Xavier Crépin – qui traite de ce que l’on pourrait nommer en français «la fiction de la race», même si l’éditeur a préféré conservé l’expression originale racecraft.

C. G.

Page dédiée sur le site des Éditions Agone.

Les autrices parlent de leur livre au Brooklyn Museum, le 25 octobre 2012.

“Élise sur les chemins” ~ par Bérengère Cournut

 

Il y a des personnes comme ça ; on les aime et elles le savent, mais elles ont besoin de vérifier.

Elles sont capables de changer de couleur de cheveux, d’orientation sexuelle ou de dessert préféré, rien que pour pouvoir demander : — Et comme ça, tu m’aimes ?

Bérengère Cournut est sinon une personne – je la connais trop peu pour m’avancer – au moins une autrice « comme ça ». Du coup, son dernier récit, Élise sur les chemins (Le Tripode), elle a décidé de l’écrire façon Chanson de Roland. En vers libres…

Non, Sophie le vers libre n’est pas exactement le contraire du vers consigné. C’est une question de rimes. On distingue les rimes riches (le genre sapée), les rimes dites « suffisantes » (tout juste la moyenne) et les rimes pauvres (la honte ! rien à se mettre), en fonction du nombre de sons ou phonèmes qu’elles partagent. N’étant pas spécialiste de métrique, je vous fais grâce du problème de l’enjambement, que Bérengère Cournut elle-même semble avoir traité par-dessous la jambe. Je dois pourtant faire part ici d’une impression fugace, mais répétée, de « rimaison » dans le texte d’icelle. Comme si la rime se dérobait au regard à peine entrevue… Quoi qu’il en soit, je n’ai pas compté le nombre de vers, pas plus que l’autrice n’a compté (je crois) ses pieds sur ses doigts. Il y en a moins, c’est sûr, que dans la Chanson de Roland (entre 4 000 et 9 000, selon les versions).

Cournut s’est installée paisiblement dans la confrérie des écrivain·e·s qui vous emportent où elles veulent, comme elles veulent, dès les premières pages. Ce conte pour adultes, vaut invitation dans la tribu des Reclus, celle d’Élisée, le géographe libertaire ; nous y sommes introduit·e·s par Élise, une petite sœur (« Élise-lise Élise et moi », serinait un tube de ma jeunesse). La petite refait (en petit) une partie du périple du grand, pour aller à sa rencontre. Assez de chemin pour croiser une femme serpent, que vous reconnaîtrez faccccilement à sa faççççon de s’exprimer… Il est question, comme d’habitude, oserais-je dire « sans en être accablé » (comme disait le général de Gaulle), de nature, d’enfance, de féminité naissante, de rapports humains forts (et parfois violents), d’un bonheur qui se construit à la fois trempé dans la vie de la tribu familiale et dans le contact avec le monde extérieur. Un monde dont on dessine la carte, aussi tendre que possible sans mentir.

Ayant dit le bien que je pense de ce livre, je dois confier qu’il a été pour moi l’occasion d’une (petite) humiliation. Vous avez peut-être, comme moi, découvert tardivement le sens réel de telle expression, mal entendue dans l’enfance. Ainsi, (je l’ai déjà raconté ailleurs, mais c’est le privilège de l’âge) j’entendais ma mère (qui jurait comme un charretier) user – croyais-je ! – de l’interjection « Putain de Samer ! » Je m’imaginais naïvement que mon excellente génitrice faisait ainsi référence aux péripatéticiennes d’une ville de Mésopotamie, connues pour leur particulière débauche. M’aurait-on dit alors qu’il fallait entendre « Putain de sa mère ! » que j’aurais moins bien compris encore le sens de l’expression. J’ai saisi beaucoup plus tard ; et aujourd’hui encore, je trouve la formule inversée « Sa mère la pute ! » plus compréhensible (à défaut d’être élégante).

Pareillement, je ne m’étais guère interrogé sur un syntagme maintes fois rencontré à propos des personnes dotées du pouvoir de détecter les sources : « Une baguette de coudrier ». J’ai toujours cru, jusqu’à la brutale révélation apportée par Élise sur les chemins [1], que coudrier était un métier, une fonction.

Et qu’était donc censé faire votre coudrier ? demanderez-vous (avec une nuance ironique qui ne me plaît guère).

C’est bien facile : le coudrier coudre.

Du verbe coudrer, ou peut-être coudrier (selon les formes régionales).

— Et que coudre-t-il, ce brave homme ?

Cela me semble aller de soi : des nappes. Phréatiques, de préférence.

D’ailleurs, on ne m’ôtera pas de l’idée qu’il y a là quelque chose qui éclaire la sympathie – sinon inexplicable – entre le bois de coudrier et le don du sourcier. On voit bien qu’une « baguette de troène » ne fonctionnerait pas du tout… Bon ! J’ai eu tort, je le reconnais. Je n’en veux même pas à l’autrice (elle a sans doute été élevée à la campagne, et puis voilà…).

 

Bérengère – de Roncevaux – Cournut

Élise sur les chemins, Le Tripode, 2021, 172 p., 15 €.

 

Statut de l’ouvrage : acheté en librairie (chez Quilombo, excellente librairie de la rue Voltaire, 75011 Paris).

______________________

[1] « Nous devons tous ramener / Feuilles de hêtre, frêne et châtaignier / Ainsi que chêne, tilleul et coudrier. » p. 67

L’association suisse Dignitas conteste ~ en France ~ la constitutionnalité du refus du suicide assisté

On pouvait lire dans Le Monde du 22 septembre dernier un article commençant par ces lignes:

À défaut de voir le débat sur «le droit à mourir dans la dignité» s’ouvrir réellement sur le terrain politique, et devant l’incapacité du gouvernement et du Parlement à s’emparer de ce sujet de société, c’est par la voie juridique que les choses pourraient évoluer. L’association suisse Dignitas, militante pour le droit à choisir sa fin de vie, devait déposer, mercredi 22 septembre, une requête devant le Conseil d’État accompagnée d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) afin que le Conseil constitutionnel se prononce.

Le sujet a récemment avancé par le même chemin en Allemagne et en Autriche, alors que le droit au suicide assisté existe déjà sous certaines conditions en Suisse, en Belgique, aux Pays-Bas, en Espagne ou au Canada. Saisie par plusieurs associations dont Dignitas, la Cour constitutionnelle allemande a jugé, le 26 février 2020, que le droit de mettre fin à sa vie de manière indépendante fait partie du droit fondamental de la personnalité et de la dignité humaine. Quelques mois plus tard, en décembre, la Cour constitutionnelle autrichienne se prononçait dans le même sens.

«C’est le moment de le faire en France, même si la procédure pour arriver à la Cour constitutionnelle y est plus complexe», justifie Claudia Magri, chargée de la communication de Dignitas. L’association fondée en 1998 compte aujourd’hui quelque 10 000 adhérents dont plus d’un millier en France. Elle a accompagné jusqu’à la mort en Suisse 35 résidents français en 2020 et 43 en 2019.

Concrètement, la procédure mise en place avec le concours de l’avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation Patrice Spinosi passe par une requête demandant l’abrogation du décret listant les substances vénéneuses interdites à la prescription médicale, en particulier le pentobarbital.

Je reproduis ci-après le communiqué de presse de l’association Dignitas:

Maltraitances familiales envers les personnes âgées

J’ai scanné ce tract, reçu à la manif de samedi, ne l’ayant pas trouvé sur le site de Solidaires (le résultat technique n’est pas formidable, désolé).

Il aborde une question peu traitée dans·par les organisations politiques et syndicales: le sort des personnes âgées dans leurs propres familles, aussi mal protégées que les enfants (dont on dit qu’elles se rapprochent en «retombant en enfance»).

My Little Airport (MLA), révo pop en Chine

J’attire l’attention sur le dossier réalisé par Global Voices sur le groupe de Hong Kong My Little Airport (MLA), dont je donne ci-dessous le début.

On trouvera sur la page indiquée en lien d’autres titres du groupe que ceux que je cite ici.

Depuis les manifestations à Hong Kong contre les extraditions en 2019, nombre de citoyens à travers le monde ont exprimé leur solidarité via des hashtags sur les médias sociaux tels que #standwithHK (Soutien à Hong Kong). Néanmoins, rares sont ceux qui saisissent pleinement le quotidien inquiet de la jeunesse dans les rues.

Une plongée dans les chansons et les paroles de My Little Airport (MLA) [fr], groupe d’indie pop hongkongais monté il y a 17 ans, offre un éclairage sur le malaise ressenti par la jeunesse dans la ville. Global Voices a constitué une playlist YouTube et Spotify pour illustrer le remarquable parcours musical du groupe. 

MLA a été formé par deux étudiants en journalisme, Ah P Lam et Nicole OuJian, en 2004. Le style musical du duo est décrit comme relevant de la twee-pop [fr], sous-genre de l’indie-pop se distinguant par sa présentation brute, enfantine et pure. Le groupe présente en outre des mélodies très marqués par la folk cantonaise et l’indie-punk dans ses compositions.

La spécificité du groupe repose toutefois sur sa conception acoustique et ses paroles. Nicole OuJian chante comme si elle murmurait ou se parlait à elle-même et les paroles sont des exposés poétiques de conversations quotidiennes marqués par courant de conscience [fr]. Leurs chansons sont des illustrations de la culture hongkongaise : un cocktail de cantonais, d’anglais et autres expressions étrangères, comme le français et le japonais, truffé de grossièretés familières et de blagues locales. […]