«À tous les enfants…» ~ Texte de Boris Vian chanté par Joan Baez

À tous les enfants qui sont partis le sac à dos

Par un brumeux matin d’avril

Je voudrais faire un monument

  À tous les enfants qui ont pleuré le sac au dos

Les yeux baissés sur leurs chagrins

Je voudrais faire un monument

Pas de pierre, pas de béton, ni de bronze qui devient vert sous la morsure aiguë du temps

Un monument de leur souffrance

Un monument de leur terreur

Aussi de leur étonnement

Voilà le monde parfumé, plein de rires, plein d’oiseaux bleus, soudain griffé d’un coup de feu

Un monde neuf où sur un corps qui va tomber grandit une tache de sang

Mais à tous ceux qui sont restés les pieds au chaud, sous leur bureau en calculant le rendement de la guerre qu’ils ont voulue

  À tous les gras, tous les cocus qui ventripotent dans la vie et comptent et comptent leurs écus

  À tous ceux-là je dresserai le monument qui leur convient avec la schlague avec le fouet, avec mes pieds, avec mes poings

Avec des mots qui colleront sur leurs faux-plis, sur leurs bajoues, des marques de honte et de boue.

[On déplorera dans ce beau texte la facilité de l’usage de la graisse et du poids comme symboles de la lâcheté et de la trahison.]

Notes sur le bout de ma langue ~ “Entretien”

Entretien

Ce n’est pas s’aventurer de poser en principe que l’entretien est affaire de parole, de discussion. On dira – dans la langue soutenue: «Je me suis entretenu avec untel» (plutôt que «J’ai taillé une bavette avec Marcel»). Chaque année, en attestent des rencontres de formation (Entretiens de Bichat) ou des assemblées de discussion (Entretiens de Royaumont).

On n’en dira pas moins d’un homme seul qu’il s’entretient. Faut-il en conclure que le malheureux se parle à lui-même, ou pour le dire plus crument qu’il «parle tout seul»? Non, sans doute (encore que nous devons reconnaître ignorer sa conduite en notre absence), mais plutôt qu’il s’en tient – dans tous les aspects de son existence – à certains principes diététiques.

Faut-il en penser autant d’une femme entretenue? Est-elle, autrement dit, une femme à qui l’on parle beaucoup? Voilà une question délicate, qui mérite un examen particulier.

Entretenir, c’est – comme d’ailleurs converser – tout bonnement coïter, au moins dans l’argot. Or il arrive que certaines conversations tournent court, comme l’on dit d’un vin décevant qu’il est court en bouche. Girard de Propiac (1759-1823) en donne une aimable illustration dans son Dictionnaire d’amour :

Plus loin, avec la fillette,

Je poussai mon entretien.

Bref, la leçon fut complette :

Je crois qu’il n’y manquait rien.

— « Quoi, c’est tout ! s’écria-t-elle ;

Mais je vous le dis tout net,

Ce n’est qu’une bagatelle :

Continuons, s’il vous plaît [1].

Mais continuer, c’est refuser de s’interrompre et prendre ainsi le risque que l’entretien aura des suites fâcheuses pour la dame (sinon pour l’espèce). Le peu de cas que l’on fait des « produits d’entretien » montre assez la défaveur qui leur est attachée.

L’entretien idéal sait combler sans encombrer et use chaque minute à faire oublier le temps qu’il aura duré.

[1] Dictionnaire d’amour, 1808, «Bagatelle», p. 27. Catherine-Joseph-Ferdinand Girard de Propiac commit – nous dit Pierre Larousse – «des traductions et des compilations dont le succès dépassa le mérite».

«Cupidon et Psyche», J.-L. David.

Eurêka! Ajouter du lithium dans l’eau potable pour faire baisser le nombre des suicides et la criminalité…

Une étude opérant la synthèse de 451 articles et publiée dans The British Journal of Psychiatry, «Association between naturally occurring lithium in drinking water and suicide rates: systematic review and meta-analysis of ecological studies» suggère d’ajouter du lithium à l’eau potable afin de faire baisser le nombre des suicides et le taux de criminalité.

Toutes les preuves disponibles suggèrent que les essais communautaires randomisés sur la supplémentation en lithium de l’approvisionnement en eau pourraient être un moyen de tester l’hypothèse, en particulier dans les communautés (ou contextes) où la prévalence élevée des problèmes de santé mentale, le comportement criminel violent, l’abus chronique de substances toxiques et le risque de suicide sont démontrés.

Les auteurs ne précisent pas (au moins dans le résumé que j’ai consulté) si cette ingestion de lithium devrait s’ajouter aux millions de boîtes d’antidépresseurs que les habitants des pays riches consomment déjà… Cette consommation a pour conséquence que les substances actives des antidépresseurs, éliminées dans l’urine des consommateurs se retrouve dans les rivières, puis dans l’eau de mer. Une piste intéressante – puisque nous en sommes aux recherches délirantes – serait d’étudier le taux de suicide des poissons d’eau douce. A-t-il baissé? Si oui, c’est très encourageant; sinon, je crains qu’il faille revoir cette fumeuse hypothèse. Par ailleurs, il serait intéressant aussi de savoir dans quelle mesure ces produits antidépresseurs se retrouvent déjà dans l’eau potable, ou s’ils sont efficacement filtrés (par les poissons?). Bref, une fois de plus, à défaut de tout nous cacher, on ne nous dit pas grand chose. 

Ajoutons, pour une conclusion provisoire, qu’envisager la nécessité de droguer la population à grande échelle via le réseau d’alimentation en eau potable signe l’échec d’un système télévisuel qui semble pourtant n’avoir pas atteint son plein développement. Et ça, c’est une nouvelle plutôt réjouissante, non?