“L’éblouissement de la révolte. Récits d’une Arménie en révolution” ~ de Jean-Luc Sahagian

En Arménie, au printemps 2018, c’est la révolution. L’ensemble du pays est sorti dans les rues pour déloger le pouvoir corrompu, en place depuis des lustres. Dans un récit enlevé, incarné, tout à la fois drôle et poétique, Jean-Luc Sahagian raconte de l’intérieur ce mouvement populaire auquel il participe et qui se dévoile dans toute sa puissance. C’est aussi un voyage mental auquel nous convie le narrateur, nous exposant ses doutes et ses espoirs face à un changement qui vient bouleverser ses certitudes.

Lorsque l’obéissance meurt devant les yeux effarés des chefs, lorsque tout le monde veut changer de système et qu’il y parvient, l’espoir renaît. Quelle qu’en soit l’issue, personne ne sort indemne de l’éblouissement de la révolte.

Vous pouvez écouter ici des extraits du livre de Jean-Luc Sahagian publié le 12 mars 2020 aux éditions CMDE. 

 

 

Le ministre de l’Agriculture lance un appel à «l’armée des ombres»! ~ Encore un effet de l’ergot de seigle?

Dans un discours halluciné (encore un ravage de l’ergot de seigle?) empruntant au images de la Résistance (et du cinéma), Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture a «lancé un appel à l’armée des ombres» pour que les personnes en chômage technique du fait des mesures de confinement aillent travailler aux champs comme main-d’œuvre gratuite.

Il y a la possibilité d’avoir 200 000 emplois directs dans l’agriculture. Donc je veux lancer un grand appel à l’armée des ombres, un grand appel aux femmes et aux hommes qui aujourd’hui ne travaillent pas, un grand appel à celles et ceux qui sont confinés chez eux dans leur appartement ou dans leur maison, à celles et ceux qui sont serveurs dans un restaurant, hôtesses d’accueil dans un hôtel, aux coiffeurs, à celles et ceux qui n’ont plus d’activités.

“Nation apprenante” ~ la belle France

Ne craignez pas que je vous inflige un de ces «journaux de confinement» qui fleurissent (ou sévissent) sur tous les blogues. Vous ne trouverez ci-après que quelques notes rapides sur un sujet particulier… En effet, j’ai beaucoup de mal à saisir le sens (sans parler de la portée) du label choisi par le ministère de l’Éducation nationale pour valider les contenus pédagogiques véhiculés par divers médias…

Nation apprenante. À première audition, cela évoque pêle-mêle «peuples premiers», «pays émergents», autant dire quelque chose de vaguement régressif. À la réflexion, on peut supposer que le conseiller assigné à la tâche de nommer la chose a voulu imprégner le label d’une dimension patriotarde, en écho à l’usage par Emmanuel Macron de l’expression «Union sacrée», de sinistre mémoire (la Première Guerre mondiale, ceci précisée pour les étrangers).

Je parlais de régression. Loin de moi l’idée de glorifier la dite «civilisation», que fustigeait déjà Charles Fourier, au détriment des «sauvages». C’est plutôt, dans la mentalité des supposés «gouvernants» – dont on vérifie une fois de plus qu’ils ne maîtrisent rien, sinon la police et l’armée – une appellation punitive.

Nation au piquet

Vous pensez bien que si les mêmes politiciens en guerre contre le statut des intermittent·e·s se préoccupent brutalement de culture, c’est qu’il y a anguille sous roche. Nation apprenante est la matérialisation pseudo-éducative de l’infantilisation générale que permet la pandémie. Nous voilà toutes et tous « en retenue », comme l’on disait dans ma jeunesse. Le programme «Nation apprenante» fait flotter sur le pays entier une écœurante odeur d’école.

D’ailleurs, les malheureux dépourvus d’imprimantes (ou d’encre) sont condamnés à une quotidienne punition, consistant à recopier à la main l’absurde autorisation de sortie, que pour une fois on les laisse signer eux-mêmes, sans avoir à contrefaire la signature de leurs parents.

On m’objectera qu’il s’agit simplement de pallier la fermeture des établissements d’enseignement… Je pense que le renvoi, hors vacances scolaires, de millions d’enfants dans leurs foyers est vécu avec un certain malaise par les autorités. On sait que l’activité éducative s’apparente à celle des organisations de chasseurs qui élèvent du gibier pour le relâcher dans la «nature», afin de pouvoir le fusiller à loisir.

L’obligation sanitaire de renvoyer chez eux, avant terme, les élèves pose le problème de l’interruption brutale de leur gavage. Non pas que l’on se soucie, selon une formule surannée, que « le gibier ait sa chance », mais encore faut-il qu’il puisse figurer à peu près honorablement dans la compétition sociale. Sinon, où serait le plaisir ? Plus encore : ne risquerait-on pas de mettre la puce à l’oreille des moins abruti·e·s en lâchant dans la vie de jeunes citoyen·ne·s incapables de déchiffrer une affiche de mobilisation ou d’entendre les mots les plus simples («sot ma scie on» ?).

De surcroît, jamais davantage qu’en ces temps de pandémie, n’a été aussi rassurante pour le pouvoir l’idée qu’une population entière se trouve au même moment devant les mêmes écrans.

Les personnes qui travaillent pour le plus grand employeur de l’État ne le désignent jamais autrement que sous le sobriquet d’ «ÉducNat» ou éducnat. Soumis à semblable réduction, le nouveau label prend la forme : «Natap». Croirait-on pas le sigle d’une organisation de lutte armée ? Quelque chose comme les Noyaux armés transnationaux pour l’anarchie partagée… Si seulement !