Un an de répression judiciaire du mouvement des Gilets jaunes ~ L’exemple de Lyon

Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, en novembre 2018, on assiste à une répression policière et judiciaire à la fois exceptionnelle, et s’inscrivant pourtant dans le processus de criminalisation des quartiers populaires et des mouvements sociaux qui ne fait que s’accentuer ces dernières décennies. Au fur et à mesure que les lois sécuritaires s’empilent, ce qui est présenté à l’adoption de chacune de ces lois comme le traitement exceptionnel d’un problème d’une acuité toute particulière (grand banditisme, montée de la délinquance, terrorisme…) se généralise et vise des pans de plus en plus importants de la population. C’est donc toute la chaîne de ce système répressif, des parlementaires aux agents de police, qu’il faut interroger. Aussi, si on reviendra ici plus spécifiquement sur le traitement judiciaire du mouvement des Gilets jaunes, celui-ci est à penser comme partie de cette dynamique plus large de répression en accélération. […]

Qu’en est-il à Lyon ? Nous avons cherché à répertorier de manière aussi complète que possible les condamnations de Gilets jaunes afin de contribuer à cette analyse de la répression judiciaire à l’échelle de notre ville. Or, depuis la loi Belloubet de mars 2019, le rôle des audiences est devenu plus difficile d’accès et il n’a donc pas été possible de le consulter. Les condamnations répertoriées ici ont été identifiées à travers des comptes rendus d’audience établis par des militant·e·s, des articles de presse, ou encore de la base de données établie par le journal en ligne Bastamag. Ce travail couvre plus de 30 audiences, et a identifié 57 personnes condamnées et 97 infractions, mais n’a pas pour autant la prétention de l’exhaustivité.

Télécharger ici le rapport de la Commission d’enquête populaire contre les violences policières et la répression au format pdf.

 

LA GRÈVE EN FEU !

À l’heure où le salariat perd sa centralité – au moins dans les sociétés occidentales – et tout en récusant le concept (le mythe?) de la «grève générale», Adrien Brault et Simon Le Roulley proposent dans Pour la grève de généraliser le concept de grève à l’ensemble des luttes anticapitalistes. De ce paradoxe, les auteurs entendent – de manière plutôt convaincante – faire un accélérateur de combustion, mentale et insurrectionnelle.

Il s’agit, contre les syndicats et les journalistes, de travailler à empêcher la réduction de la signification de la grève, laquelle est affirmation de soi. Dans un même mouvement, l’individu y énonce son irréductibilité à ce qui l’asservit et découvre la communauté qui va le transformer. Faire grève, comme on fait corps.

Les auteurs égrènent leurs critiques et leurs propositions au long d’un inventaire bien venu des mouvements des dernières années (mouvements étudiants ou grèves ouvrières) jusqu’au récent mouvement des Gilets jaunes.

Si la grève est une vacance, elle n’est pas une affaire de fainéant. École buissonnière elle est aussi tout sauf un arrêt de l’apprentissage. Et si elle a un air d’enfance, le sens que donnent les grévistes à leur temps commun est cette fois-ci beaucoup moins influencé. Ainsi ce rapport à la jeunesse qui parcourt l’imaginaire révolutionnaire comme le langage des montreurs d’ordre, puisqu’il oppose des gens raisonnables à des idéalistes, des jeunes inconscients des réalités du monde à des spécialistes encravatés, ce rapport manque pourtant son objet. La jeunesse n’est pas sujette à la révolution parce qu’elle est «jeune». Nous savons bien que certains n’ont pas attendu d’avoir 40 ans pour enfiler un costard et parler en comptable. On peut être révolutionnaire quand on est jeune parce qu’on nous demande de quitter un temps que l’on a dans les mains pour la mutiler dans l’emploi du temps. On nous demande de nous défaire de cette idée que les choses dépendent de nous pour nous conformer à un ordre. De cette injonction, il faut être fou ou y avoir intérêt pour s’y conformer. La transition, l’encagement, ne se fait pas sans heurts. C’est pourquoi les militants de l’économie ont intérêt à agir sur nos perceptions dès l’enfance.

Pour la grève, 208 p., 10 €. Éditions grévis.

Statut de l’ouvrage: acheté à l’éditeur.