“Fille à pédés” ~ par Lola Miesseroff

J’avais prévenu Lola Miesseroff qu’elle ne s’en tiendrait pas au Voyage en outre-gauche, publié chez le même éditeur. Je suis heureux d’avoir eu raison (comme si souvent, soit dit en passant) puisque nous avons l’occasion de découvrir dans ce nouveau livre sa jeunesse de «fille à pédés». On sent qu’elle a pris plaisir à l’écriture, et ce plaisir est communicatif. Depuis la fin des années 60, Mai 68 et le FHAR, jusqu’aux sombres années du Sida, Lola entraîne ses lectrices et lecteurs dans une joyeuse virée libertaire et pansexuelle. Les stratégies identitaires voient leurs origines dévoilées (hi! hi!) et leur étroitesse (de cul et d’esprit) rudoyée. On s’amuse et c’est pour la bonne cause: celle de la liberté.

Hormis la condamnation de principe de la non-mixité – pas mieux venue dans la bouche d’une femme que d’un homme – je n’ai qu’un regret, tout personnel: l’adoption sans combat du fort laid nouveau mot désignant l’amour libre, le «polyamour». Quelque part entre la polyarthrite rhumatoïde de la hanche et un rénovateur de peinture automobile…

Statut de l’ouvrage: Offert par l’autrice.

RENDEZ-VOUS DE CLAUDE [5] ~ “Histoire (brève) et actualité de la libre pensée arabe”, avec Mohamed El Khebir ~ MERCREDI 18 DÉCEMBRE

Nous débattrons de cette histoire et de l’actualité de l’athéisme et de la libre pensée dans le monde musulman; nous évoquerons quelques penseurs et poètes irréligieux, licencieux et libertins, d’hier et d’aujourd’hui.

On peut lire deux textes de Mohamed El Khebir sur l’excellent site À Contretemps

«Brève histoire de la libre pensée arabe»

&

«Sortie de route»

 

Un an de répression judiciaire du mouvement des Gilets jaunes ~ L’exemple de Lyon

Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, en novembre 2018, on assiste à une répression policière et judiciaire à la fois exceptionnelle, et s’inscrivant pourtant dans le processus de criminalisation des quartiers populaires et des mouvements sociaux qui ne fait que s’accentuer ces dernières décennies. Au fur et à mesure que les lois sécuritaires s’empilent, ce qui est présenté à l’adoption de chacune de ces lois comme le traitement exceptionnel d’un problème d’une acuité toute particulière (grand banditisme, montée de la délinquance, terrorisme…) se généralise et vise des pans de plus en plus importants de la population. C’est donc toute la chaîne de ce système répressif, des parlementaires aux agents de police, qu’il faut interroger. Aussi, si on reviendra ici plus spécifiquement sur le traitement judiciaire du mouvement des Gilets jaunes, celui-ci est à penser comme partie de cette dynamique plus large de répression en accélération. […]

Qu’en est-il à Lyon ? Nous avons cherché à répertorier de manière aussi complète que possible les condamnations de Gilets jaunes afin de contribuer à cette analyse de la répression judiciaire à l’échelle de notre ville. Or, depuis la loi Belloubet de mars 2019, le rôle des audiences est devenu plus difficile d’accès et il n’a donc pas été possible de le consulter. Les condamnations répertoriées ici ont été identifiées à travers des comptes rendus d’audience établis par des militant·e·s, des articles de presse, ou encore de la base de données établie par le journal en ligne Bastamag. Ce travail couvre plus de 30 audiences, et a identifié 57 personnes condamnées et 97 infractions, mais n’a pas pour autant la prétention de l’exhaustivité.

Télécharger ici le rapport de la Commission d’enquête populaire contre les violences policières et la répression au format pdf.

 

LA GRÈVE EN FEU !

À l’heure où le salariat perd sa centralité – au moins dans les sociétés occidentales – et tout en récusant le concept (le mythe?) de la «grève générale», Adrien Brault et Simon Le Roulley proposent dans Pour la grève de généraliser le concept de grève à l’ensemble des luttes anticapitalistes. De ce paradoxe, les auteurs entendent – de manière plutôt convaincante – faire un accélérateur de combustion, mentale et insurrectionnelle.

Il s’agit, contre les syndicats et les journalistes, de travailler à empêcher la réduction de la signification de la grève, laquelle est affirmation de soi. Dans un même mouvement, l’individu y énonce son irréductibilité à ce qui l’asservit et découvre la communauté qui va le transformer. Faire grève, comme on fait corps.

Les auteurs égrènent leurs critiques et leurs propositions au long d’un inventaire bien venu des mouvements des dernières années (mouvements étudiants ou grèves ouvrières) jusqu’au récent mouvement des Gilets jaunes.

Si la grève est une vacance, elle n’est pas une affaire de fainéant. École buissonnière elle est aussi tout sauf un arrêt de l’apprentissage. Et si elle a un air d’enfance, le sens que donnent les grévistes à leur temps commun est cette fois-ci beaucoup moins influencé. Ainsi ce rapport à la jeunesse qui parcourt l’imaginaire révolutionnaire comme le langage des montreurs d’ordre, puisqu’il oppose des gens raisonnables à des idéalistes, des jeunes inconscients des réalités du monde à des spécialistes encravatés, ce rapport manque pourtant son objet. La jeunesse n’est pas sujette à la révolution parce qu’elle est «jeune». Nous savons bien que certains n’ont pas attendu d’avoir 40 ans pour enfiler un costard et parler en comptable. On peut être révolutionnaire quand on est jeune parce qu’on nous demande de quitter un temps que l’on a dans les mains pour la mutiler dans l’emploi du temps. On nous demande de nous défaire de cette idée que les choses dépendent de nous pour nous conformer à un ordre. De cette injonction, il faut être fou ou y avoir intérêt pour s’y conformer. La transition, l’encagement, ne se fait pas sans heurts. C’est pourquoi les militants de l’économie ont intérêt à agir sur nos perceptions dès l’enfance.

Pour la grève, 208 p., 10 €. Éditions grévis.

Statut de l’ouvrage: acheté à l’éditeur.

Enfermement des enfants: mensonges d’État

Adrien Taquet, secrétaire d’État en charge de la mise en  place de la stratégie pour la protection de l’enfance, était l’invité ce 20 novembre de la matinale de France inter.

Interpellé sur le fait que la France enferme des enfants, il a affirmé tenir du président de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) que la France n’a jamais été condamnée sur ce sujet par la Cour…

Pour écouter le passage: entre 19′ 28 » et 21′.

Or la France a été condamné à 6 reprises par la CDEH. C’est donc un (gros) mensonge, comme étaient mensongers les «engagements» de François Hollande sur le sujet (voir plus loin communiqué de la CIMADE).

Ci-dessous un rappel emprunté au site de France-Info (c’est vous dire que tout le monde est au courant!).

La France a, depuis 2012, été condamnée à six reprises par la Cour européenne des droits de l’homme. Il était à chaque fois question d’enfants placés en rétention avec leurs parents, dans l’attente d’une expulsion.
Neuf centres de rétention administrative sont, en France, habilités à recevoir des familles.

Une circulaire du 6 juillet 2012 encadre cette pratique et demande de privilégier l’assignation à résidence. La rétention des mineurs n’est censée se faire qu’en dernier recours et en étant limitée à la durée nécessaire à l’organisation du départ.
Or, d’après la CIMADE, association spécialisée dans l’assistance aux étrangers qui intervient dans ces centres, le nombre de mineurs concernés est passé de 45 enfants ou adolescents en 2014 à 305 l’an dernier.

Le premier arrêt, dit arrêt Popov contre la France, date de 2012. La France avait été condamnée sur la base de plusieurs critères: âge des enfants, durée de rétention et caractère inadapté des locaux concernés, en violation, avait estimé la Cour, des articles 3, 5 et 8 de la Convention européenne des droits de l’homme.

L’article 3 indique que « nul ne peut être soumis à des traitements inhumains et dégradants« . L’article 5 que « toute personne -sauf dans des cas très précis- a le droit à la liberté et à la sûreté« . L’article 8 porte sur le droit au respect de la vie privée et familiale.

Dans l’arrêt Popov contre France, la Cour avait entre autres conclu que le fait que les enfants soient accompagnés de leurs parents n’était pas de nature à exempter les autorités de leur obligation de protéger les enfants. Or le centre dans lequel ils étaient placés ne disposait pas d’infrastructure adaptée. Elle avait également rappelé que le Commissaire aux droits de l’homme et le Comité européen pour la prévention de la torture considèrent que « la promiscuité, le stress, l’insécurité et l’environnement hostile que représentent ces centres ont des conséquences néfastes sur les mineurs». La Cour avait ajouté que les autorités devaient tout mettre en œuvre pour limiter la durée de détention des mineurs.

L’argumentaire avait été en partie repris dans les cinq condamnations de 2016, notamment concernant un enfant arménien de quatre ans placé avec ses parents en rétention pendant 18 jours. La Cour avait à ce sujet indiqué que « les conditions matérielles ne posaient pas problème« , mais elle avait estimé que les « contraintes inhérentes à un lieu privatif de liberté, particulièrement lourdes pour un jeune enfant, ainsi que les conditions d’organisation du centre avaient nécessairement eu un effet anxiogène sur l’enfant » et que « l’exposition à la souffrance morale et psychique de ses parents dans un lieu d’enfermement ne lui permettait pas de prendre la distance indispensable ».

Ci-après, communiqué de la CIMADE de juillet 2018:

Le 12 juillet 2016, la France a été lourdement condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Les cinq affaires concernent des familles enfermées avec des enfants mineurs entre 2011 et 2014 dans les centres de rétention de Toulouse, pour quatre d’entre elles, et de Metz. La Cour déclare à l’unanimité qu’il y a eu violation de l’article 3 de la Convention : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. » Dans certaines affaires, la France est également condamnée pour violation de l’article 5 (droit à la liberté et la sureté) et de l’article 8 (droit au respect de la vie familiale).

Ces décisions confirment et précisent la précédente condamnation de la France sur le même motif en 2012 avec l’arrêt Popov. À l’époque, le candidat François Hollande affirmait dans un courrier adressé à La Cimade qu’il s’engagerait «à interdire les placements en rétention des familles avec enfants dès mai 2012, au nom de l’intérêt supérieur des enfants qui doit primer». Quatre ans après, il n’en est rien. Cette série d’arrêts de la CEDH fait résonner cette promesse non tenue avec amertume à l’heure où pour 2016, déjà 67 enfants ont été privés de liberté derrière les barbelés des centres de rétention de métropole (ils sont des milliers à Mayotte chaque année). Ils étaient 45 enfants en 2014, puis 105 en 2015.

La Cimade rappelle que l’enfermement des mineurs est une mesure extrêmement grave. En France, elle est exclusivement réservée aux personnes étrangères. Les centres de rétention sont des lieux particulièrement anxiogènes et traumatisants. Les enfants sont particulièrement vulnérables à ces violences dans un univers carcéral : barbelés, cellules, verrous, vidéosurveillance et forte présence policière.

La circulaire du 6 juillet 2012 était censée encadrer et limiter la pratique. Elle s’est en réalité contentée de la cautionner. Quant à la loi du 7 mars 2016, elle ne fait que légitimer l’enfermement des enfants en rétention.