“Une sacrée jaunisse” ~ par Gilles et John

M’enfin, les Gilets Jaunes, z’ètes pas sympas d’avoir obligé notre roitelet à écourter ses vacances au ski. C’est presque aussi méchant que les émeutiers de 68 qui avaient obligé la vieille baderne De Gaulle à revenir de chez son (des)pote Ceaucescu pour essayer de mater la canaille.

Mais c’est sympa de vous être fondus nombreux dans la «marche du siècle» pour sauver le climat. Ça a permis à tous les éditocrates de dire que la manifestation « bon enfant » n’était pas celle de Gilets Jaunes, bien que ceux-ci y aient été très visibles et bien que les slogans dominants y aient fait clairement le lien entre vies sabotées et saccage de la planète.* Les Gilets Jaunes n’étant, évidemment, que ces voyous qui cassent tout, y compris des policiers qui sont pourtant si tendres avec eux. Car même ceux qui ne cassent rien mais laissent faire ces voyous sont leurs «complices». Parole d’expert. «Comprendre, c’est déjà excuser» disait hier un autre expert. Pour n’être pas accusé de complicité avec ce qui ressemble fort à une grosse colère, il faudrait sans doute… ne pas manifester. Ou, mieux, se faire auxiliaire des matraques répressives, comme certains fascistes marseillais.

Ce n’est donc pas sympa d’avoir mis le feu au Fouquet’s. Où les Sarkozy futurs vont-ils pouvoir fêter leur accession au trône ? Manquerait plus que vous vous en preniez aux yachts de luxe ! Ça serait vraiment la cata. Pas sympa non plus d’avoir cassé des boutiques de fringues «haut de gamme». Où nos saigneurs vont-ils pouvoir s’habiller maintenant ? Tout de même pas chez Tati ou Emmaüs! Quant au pillage de la boutique du PSG c’est évidemment une inqualifiable agression contre un fleuron des jeux du cirque patriotique, mais ça aura au moins l’avantage de faciliter le travail des policiers en banlieue: Dès qu’ils verront un môme vêtu d’un T-shirt du PSG ils sauront que c’est un pillard sur lequel ils pourront se permettre de baver en toute justice.

Reste le «drame» évité de l’incendie d’une banque qui aurait pu s’avérer grave pour une femme et son bébé habitant au dessus. Gageons qu’on se désole dans les rédactions que ce « drame » ait été évité. On sent bien la déception des éditocrates. Bien sûr, en bons professionnels, ils savent mettre l’accent sur le «drame», de manière à ce que ce soit ça qui s’imprime dans l’esprit des spectateurs, et non le fait qu’il ait été évité. Que voulez vous? C’est un métier. On sait y faire feu de tout bois quand il s’agit de modeler l’opinion. Mais ç’aurait tout de même été beaucoup plus rentable en émotivité spectaculaire si ces innocents avaient brûlé! Et, pour le coup, les Gilets Jaunes auraient été, enfin, totalement discrédités.

Vous n’êtes donc pas sympas avec nos maîtres. Vous les obligez à prendre des poses martiales ridicules, cracher des proclamations exorcistes**, alors qu’en réalité ils sont morts de trouille. Vous leur avez foutu une sacrée jaunisse, qui ne va pas les lâcher. Car ils savent que si votre révolte s’étend et se renforce ils perdront tout pouvoir de nuire.

Alors, arrêtez de les maltraiter. Mettez fin à leur angoisse. Offrez-leur de longues, très longues, très très longues vacances.

Gilles et John.

18 mars 2019.

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* C’est aussi ce qui a permis d’occulter largement la Marche des solidarités de soutien aux migrants et sans-papiers et contre les violences policières qui était une des composantes de cette manifestation.

** «Force restera à la loi» Par quoi il faut entendre : Notre loi s’imposera par la force.

 

Après l’émeute, la meute

Durant l’événement même, luxe de la technologie moderne, on peut savourer sur BFM Tv les éructations de faux experts et de commentateurs en toc. Airs compassés, prophéties funestes, contrevérités historiques et bouffées délirantes en tous genres…

Mais après l’émeute (et réunion du bureau national…), on a le plaisir supplémentaire de lire les communiqués de syndicats policiers. Ici celui de Synergie Officiers, que je vous laisse goûter, sans commentaires.

Si nécessaire, pour une lecture plus aisée, ICI le texte au format pdf.

Cet interlude* vous est offert par ……… [Inscrivez votre prénom, puis passez à vos voisin·e·s]

LUXURE, CALME & VOLUPTÉ.

 

LUXURE. Le luxe du corps, et non le «péché de la chair», qui n’existe pas (au contraire de la chair de la pêche).

CALME. Moment suspendu qui précède le jaillissement.

[On remarque que les deux protagonistes se sont installées sur un ponton. Au pire – ou au mieux! – le niveau du lac s’élèvera.]

VOLUPTÉ. Plaisir pris, offert, et rendu avec intérêt.

«V. Délectation», ajoute le Petit Robert, qui cite: «J’écoute avec volupté ces notes perlées» (Lautréamont).


* INTERLUDE.

Jeu qui en suit, et en précède d’autres. Jeu parmi les jeux. [Version paradoxale: «Jeu comme unique».]

Autant le prélude contient et annonce la fin (de l’intromission, par éjaculation), autant l’interlude indique la continuité, la constance, et l’enchaînement des plaisirs (clitoridiens, notamment).

Souad Massi chante la liberté

Ayant dès la première heure exprimé leur soutien et leur solidarité avec le hirak, mouvement populaire algérien, Souad Massi et Hocine Sidi Bémol ont publié  Fi Bali, une chanson dont Souad Massi est l’autrice et compositrice. Hassan Massi a fait les arrangements, Hamza Debbah, la réalisation et le montage. Ils se sont entouré·e·s de Mahdi Dalil, guitare et mandole, Mokrane Adili, au violon, Rabah Khalfa, à la percussion et au chant, Guy Sangué, à la basse, Cyril, ingénieur, au studio Syber Sound.

Le clip s’ouvre sur une dédicace :

Cette chanson est un salut du cœur au peuple résistant, d’amour et de beauté. Une jeunesse éprise de liberté. J’ai été honorée de me trouver parmi eux lors des manifestations (de la liberté et de la dignité, en France). Une jeunesse qui milite avec civisme pour une Algérie plus belle, où le soleil irradiera la liberté.

«Combien de questions auxquelles je n’ai pas trouvé de réponses

Combien le proche s’est transformé et s’est absenté

Avec le titre (l’adresse) tu a compris

tu as éteint la bougie et fermé la porte

le navire dont tu étais le ‘‘raïs’’ (le capitaine) a sombré

j’ai vu la mort m’étreindre

elle s’est jouée de moi

et chaque vague me rejetait

un, est oppressé depuis longtemps

je suis joyeuse avec lui, dans les vicissitudes de la vie

et le troisième, tapi, caché

il sort quand on pose la table

O celui qui a trop calculé, tellement

que tu t’es trompé de calcul

la ‘‘h’ssira’’

le tapis étalé s’est usé

et la maison qui ne possède pas de fondations ni de porte

un vent de rien du tout et elle part, emportée

dans cette île point de chemin indiqué

et le navire s’éloigne

et tu n’as pas étudié ‘‘la science des étoiles’’

et la sirène t’attend…»

[Avec El Watan]