LA “PENSEUSE” ~ [Le sentiment de la beauté 4.]

 

La lumière – et les ombres qu’elle crée – sculptent le cou, le ventre, les épaules, qui paraissent plus musclées peut-être qu’elles ne sont au naturel.

Voici une photo posée.

La pose en est même « surjouée ». De deux manières.

La pose est sculpturale.

L’équilibre improbable, peut-être inconfortable pour la jeune femme, alourdit les seins.

C’est une « penseuse » à la Rodin, un peu accablée ou feignant de l’être. D’une incandescente présence physique (je pense à Emmanuelle Béart dans La Belle Noiseuse, de Jacques Rivette).

Une « raisonneuse » aussi !

En silence, elle répond et se moque, affectant de chercher une réponse à une question posée, ou qui se pose à elle. Tout est dans la gestuelle très précise de la main droite, pouce reposant sur la tempe, auriculaire dressé. On pense aux danseuses arabes ou balinaises. Aucune moue du visage.

Il est vrai que la bouche est entr’ouverte. Pour un peu, elle tirerait la langue pour montrer qu’elle s’applique. Les yeux baissés sous des cils que l’ombre épaissit de noir. Les joues et le nez constellés de tâches de rousseur.

Que dit-elle ?

Quelque chose de ce genre :

« Tu me désires !? Mais oui, c’est un mot que j’ai déjà entendu !… Non, ne dis rien, ça va me revenir ! Désir… Dééé-sir… Ah ! c’est trop bête !… »