“I’m A Woman” ~ par Sandra Nkaké

Mardi matin je décide, comme chaque mardi, de partir acheter quelques légumes. Il fait beau et je croise les sourires des habitants du 18e arrondissement parisien dans lequel se trouve le marché. Je salue la directrice d’école. Je croise la factrice à vélo qui me donne du courrier avant de partir. J’achète quelques fruits et légumes à une maraîchère: elle vend exclusivement ce qu’elle fait pousser à quelques kilomètres de Paris. Je prends le métro. Une chanteuse entre dans mon wagon et entonne une chanson magnifique dans une langue que je peine à identifier. Une jeune fille tremblotante vient s’asseoir juste à côté de moi. Elle m’explique qu’elle a décidé d’arrêter le crack et qu’elle a besoin de me parler, que ça lui donnera de la force.

En sortant de la station ma posture commence à changer et je constate que je me tiens plus droite. Je me sens plus déterminée. Toutes ces femmes m’ont touchée, m’ont donné une énergie que j’ai envie de traduire en musique. J’en parle à Jî Drû puis j’allume l’ordinateur portable et nous commençons à écrire un morceau. Naturellement nous vient un rythme que nous chantons. On sort un clavier analogique. Le temps d’enregistrer quelques notes, c’est le texte de la chanson qui s’impose à moi: I’m A Woman. Comme un flash, un éclair, une évidence. Écrit, chanté, enregistré et mixé en à peine quelques heures. Ravis d’avoir pu traduire en musique le frisson que m’a provoquée la rencontre de ces femmes, j’écoute notre morceau en boucle et commence à danser dans le salon. Le mur est orange et j’y vois un signe. C’est cette Lune Rousse qui de nouveau m’appelle et me guide (NDLR: En anglais, “lune rousse” se dit “tangerine moon”, comme le titre de son dernier album Tangerine Moon Wishes). Jî Drû prend son téléphone posé sur la table et commence à filmer mes mouvements. On organise les images sur ce même ordinateur portable. Il est tard et c’est toute la journée que j’ai consacrée à la force que m’ont apportée ces femmes. 

Arborant un large sourire je retourne dans la cuisine et mes courses sont toujours dans le caddie! Je me mets à rire, je fais une soupe et je regarde une dernière fois cette vidéo que je peux désormais partager avec vous.

I’m A Woman.

Soutien politique et matériel urgent à Camille [DOC du réel], dépouillée par les flics

Lundi matin vient de lancer un appel à soutien matériel pour Camille, vidéaste de Doc du réel, arrêtée et dépouillée par la police, accessoirement mise en examen.

Libertalia, dont elle a tourné le fil de l’anniversaire des dix ans et les clips de présentations de plusieurs livres, et moi-même nous associons à cette heureuse et rapide initiative (voir détails dans l’article ci-dessous).

Pour financer le renouvellement du matériel de Camille, saisi par la police et qui ne lui sera rendu, au mieux, qu’à la fin de l’année,

MERCI DE VOUS CONNECTER ICI

Arrêtée alors qu’elle couvrait l’occupation du lycée Arago, tout son matériel vidéo a été saisi par la police

Camille, vidéaste et documentariste pour DOC du réel couvrait la manifestation du 22 mai à Paris. Arrêtée en même temps que les 101 lycéens et grévistes lors de l’occupation du lycée Arago, elle a passé 44h en garde à vue, se retrouve poursuivie pour « groupement en vue de commettre des dégradations » et passera en procès au mois d’octobre prochain.

Avant d’être interpellée, Camille a filmé l’intervention policière puis elle a interviewé les lycéens à l’intérieur du car de police dans lequel ils ont passé plus de 4 heures ensemble avant d’être amenés au commissariat. De ce fait, un officier de police judiciaire a décidé de saisir la totalité de son matériel et donc de ses enregistrements.

Dans le détail :

–  2 cartes mémoires (150e)

–  un micro RODE (180 e)

–  Un enregistreur numérique Zoom H4N (220 e)

–  Une caméra appareil photo Canon EOS 70D, un objectif et une batterie (1500e)

–  Un téléphone (250 e)

 Pour plus de détails sur les circonstances et le déroulement de son arrestation, vous pouvez lire cet article paru sur lundimatin :  https://lundi.am/DOC-du-reel-en-garde-a-vue-1380

Dépouillée de son matériel de travail, Camille n’est plus en mesure de continuer son activité et doit attendre une hypothétique restitution après son procès en octobre. Ces dernières années, elle a produit des contenus riches, divers et précieux que nous avons très régulièrement publiés sur lundimatin(ses images ont aussi été diffusées par Médiapart, le Huffigton post, les Inrocks, CQFD, etc.). Sa chaine youtube cumule plus d’un million de vues et une centaine de documentaires, nous en avons sélectionné quelques-uns ci-dessous.

Évidemment, il ne nous paraît pas souhaitable de hiérarchiser les différents types de répression : qu’une « journaliste » se retrouve en GAV et poursuivie après une occupation ne nous semble fondamentalement pas plus scandaleux que ce qu’ont vécu des dizaines de lycéens ce jour-là. Cependant, il nous semble important que Camille puisse reprendre ses activités de documentation des luttes le plus rapidement possible et c’est la raison pour laquelle nous en appelons à votre solidarité financière.

La somme récoltée lui permettra d’acquérir une nouvelle caméra, un nouvel enregistreur, etc. le plus rapidement possible. La somme visée couvre le prix de ce qu’elle a perdu, à savoir 2300 euros.

Son matériel saisi était par ailleurs très rudimentaire au vu de la qualité de ses reportages et il va sans dire que si nous récoltions plus d’argent, cela lui servirait à se doter d’un équipement plus performant.