Éloge du “sourire vertical”

Idée d’absorption et de succion du membre viril ?

Il est probable que l’origine de l’appellation par les anatomistes et/ou médecins des replis charnus de la vulve est plus triviale.

Le mot « lèvre » vient en effet du latin labrum désignant le rebord d’un vase, ce dernier terme ayant servi pendant des siècles à désigner le vagin (et le rectum « vase indu[1] »). À ce « vase », il fallait des bords, des lèvres.

On parle aussi des lèvres d’une plaie, que l’on rapproche pour faciliter la cicatrisation (et que l’on coud, ce qui ne peut que faire penser à l’infibulation). Il est vrai que, soumis aux règles, le vagin est parfois vu, surtout par des hommes, comme une plaie saignante. Peut-être la dénomination des lèvres a-t-elle aussi concouru au fantasme du « vagin denté » et castrateur…

Association d’idées et fantaisies inconscientes ont naturellement alimenté un imaginaire plus aimable, sensuel, qui associe les lèvres « du haut » avec celles « du bas », faites pour se [re]joindre.

C’est ainsi, sans doute, qu’est née l’image du « sourire vertical », qui a naguère fourni le titre d’une revue érotique.  

J’avoue n’avoir prêté qu’une attention amusée à cette métaphore… jusqu’à ce que le hasard de mes périples sur la toile mette sous mes yeux le cliché que je reproduis ci-après.

Or voici qu’il est là, le sourire vertical !

 

 

Indubitable – charmant – charmeur – à peine moqueur – dessiné par ces lèvres glabres, dont l’humidité de l’une, finement ourlée, capte si bien la lumière.

N’est-ce pas une langue que j’aperçois ? à peine rétractée, qui me fait mieux comprendre pourquoi Diderot donna la parole à semblables lèvres dans ses Bijoux indiscrets

[1] Je renvoie à mon Siège de l’âme. Éloge de la sodomie (Éd. Zulma).

“La Révolution s’arrêta en Mai” ~ un film de Mikel Muñoz récemment sous-titré en français.

Printemps 1937: la guerre civile espagnole est à son apogée. L’armée républicaine et les milices des partis et des syndicats luttent contre les troupes franquistes. À des centaines de kilomètres à l’arrière du front, le gouvernement ordonne l’assaut du Central téléphonique de Barcelone qui est géré par la CNT. Les anarchistes résistent et une grève générale éclate. C’est le début d’une guerre civile au sein de la Guerre civile. Cinq jours qui cèlent l’épitaphe de la révolution.

Le talent de Laurent Delahousse récompensé

Afin de lui manifester le contentement d’Emmanuel Macron, entouré d’attentions et efficacement protégé de toute question impertinente dans un entretien télévisé aussi intelligent qu’inspiré, le service de presse de l’Élysée a offert à M. Laurent Delahousse le crâne du président de la République enfant (âgé de 6 ans, pour être précis).

Très ému, M. Delahousse a déclaré:

Je considère que cette touchante récompense s’adresse à toute la presse française, distinguée dans ma personne. J’aurais volontiers offert mon propre crâne au même âge à M. Macron. Malheureusement, ma famille ne l’a pas conservé!

 

Joujou: un duo qui en jette!

Hier à La Parole errante, concert de soutien au Rémouleur de Bagnolet et au site de contre-info Paris Luttes infos.

Bonne soirée (n’était la tabagie… ça attaque tous les organes, vous savez; col de l’utérus inclus!) et une découverte – pour moi – musicale et agréable: le duo Joujou.

 

Chancelant entre rock’n’roll minimaliste et danse vaudou de salon, avec sa lutherie sauvage et ses poèmes apprivoisés, Joujou cherche à retrouver une danse libre, à quatre pattes comme sur un pied.

A force de riffs simples, de boucles et de tambours martelés, de cris et d’incantations improvisées, ce duo réveille le primitv’ dance floor qui est en nous.

Mix rock punk chanson avec basse une corde et batterie – Les enfants de Lukrate Milk, Catherine Ribeiro & Joy Division.

Agnès Pinaqui, la bassiste, jadis rencontrée dans les réunions de la revue Oiseau-tempête, n’a qu’une corde à sa guitare mais plus d’une corde à son arc, à commencer par sa voix. Le batteur fait montre d’une belle énergie.

Si vous ne les connaissez pas encore, découvrez-les, écoutez-les et invitez-les dans vos fêtes et concerts!

Martin Zerner est mort

 

Martin Zerner est mort. J’avais, pour ma part, croisé ce vieux militant internationaliste et marxiste-léniniste* dans les luttes de solidarité avec les sans-papiers, notamment après l’incendie du CRA de Vincennes; il avait aussi participé à l’Assemblée de Montreuil, au début des années 2000. Je reproduis ci-dessous un communiqué diffusé par des camarades qui l’ont davantage côtoyé.

*Je me souviens qu’il avait protesté parce que, dans un texte de présentation de l’Assemblée (très majoritairement libertaire), j’avais omis la présence de deux militants marxistes-léninistes, dont lui-même.

Salut Martin, nous continuerons a tenter d’abattre les frontières

Notre camarade Martin Zerner est mort samedi 9 décembre 2017. Dire que notre camarade est mort c’est évoquer nos luttes communes et l’exigence politique partagée dans nos débats. Il était colérique et exigeant de lui, comme de ses interlocuteurs, mais aussi plein d’humour et de recul. Martin, c’est aussi une histoire, un pan d’histoire qui s’est irrémédiablement tourné.

Sa famille fuit l’Autriche et les nazis en 1938 et vient se réfugier en France. Sous le régime de Vichy, il sera traqué et séparé de ses parents parce que classifié juif. De cette expérience, il a tiré son refus des catégorisations, des assignations en fonction des origines supposées. De ses parents qui ont refusé de se faire ficher en se signalant comme juifs et ont choisi très tôt d’entrer dans la clandestinité et la résistance, il a aussi gardé en mémoire qu’il fallait se méfier des assurances des États et gouvernements quels qu’ils soient et que choisir la lutte était une voie certes incertaine, mais aussi pleine de promesses. Anticolonialiste et internationaliste convaincu, il s’est engagé pour soutenir les Algériens dans leur guerre de libération nationale contre l’État français, combat qu’il a mené du côté du soutien actif au FLN. Militant à l’université de Nice, il a croisé les luttes des travailleurs immigrés.

Tout au long de sa vie, son engagement il l’a vécu en tant que communiste sans parti. Mathématicien et historien des sciences de profession, il refusait les cloisonnements et mêlait ses engagements militants à son milieu professionnel.

À Paris, les plus vieux d’entre nous ont connu Martin au milieu des années 90, notamment autour de la lutte des sans-papiers de Saint Bernard. À partir de 1997, à Paris, il milite dans le collectif « 13 actif » avec le slogan « des papiers pour tous ». Il participe activement aux combats de l’après circulaire Chevènement : manifs, réunions publiques, occupations d’églises ou encore de l’ambassade du Vatican avec les personnes sans-papiers mais aussi d’agences Air France pour dénoncer sa collaboration aux expulsions… À partir de 1998, il participe à la création du Collectif Anti-Expulsion, et donc aux blocages des trains emmenant les Algériens vers Marseille pour les y expulser par bateau ou intervenant inlassablement dans les aéroports et devant les centres de rétention. Se considérant non pas comme un soutien mais comme une personne combattant pour la liberté de circulation et d’installation, il reste toujours en lien avec les personnes sans-papiers organisées au sein de collectifs autonomes de luttes tels que le 6e collectif, le collectif de la Maison des ensembles puis le 9e collectif.

À partir de 2006, la chasse aux personnes sans-papiers qui s’accentue alors, voit l’émergence de nouveaux réseaux de lutte tels que RESF (Réseau Éducation Sans Frontière). Martin participe alors au RESF du 13e arrondissement de Paris en conservant ses exigences politiques, refusant toute logique du cas par cas et faisant vivre au sein de son groupe local le mot d’ordre « Des papiers pour tous ».

Parmi ses derniers combats, nous citerons son investissement dans le Collectif de soutien aux Inculpés de Vincennes pour faire libérer et relaxer les personnes sans-papiers accusées d’avoir incendié le centre de rétention ainsi que la réalisation de la brochure « Sans-Papiers : s’organiser contre les expulsions » et sa participation aux émissions de radio de Sans Papiers Ni Frontières dans le cadre de l’émission anti-carcérale l’Envolée. Nous nous rappellerons aussi, que malgré l’âge avançant, malgré son boitement puis plus tard ses béquilles, Martin était toujours présent : contre les rafles dans les 18e et 19e arrondissements, sur le marché à Barbès pour y distribuer tracts et brochures « S’organiser contre les expulsions », dans les tribunaux quand il y avait besoin de présence solidaire ou encore devant les prisons de toutes sortes.

« Si vous avez besoin de quelque chose, dites-le nous, nous vous apprendrons à vous en passer  ».
Martin aimait rapporter cette phrase qui était affichée dans un camp de réfugiés où quelqu’un de sa famille avait été placé pendant la seconde guerre mondiale. Si nous la rapportons aujourd’hui, c’est parce qu’il est des êtres dont nous ne voudrions pas avoir à apprendre à nous passer…. Et que toi camarade Martin, tout éloigné-es que nous ayons pu être ces derniers mois, tu en fais partie.

Des camarades de lutte et ami-es

MARSEILLE[S] ~ Décembre 2017

Dans le train, j’ai lu le récent et beau roman de Lola Lafon sur la révolte, l’identité et la transmission: Mercy, Mary, Patty.

D’après la quatrième de couverture, Lola est «écrivain et musicienne». Tiens!… Pourquoi pas «écrivaine et musicien»?

Autre erreur: Actes Sud a, semble-t-il, tranché en faveur d’«évènement». C’est bien dommage. Faut-il désormais chanter a contrario «Il est né le divin enfant. Chantons tous son avénement»?

Comme je l’avais pressenti et annoncé il y a peu, l’hiver est rude à Marseille.

L’ami Missak restait de bronze malgré le vent glacé qui soufflait samedi, tandis que la mer était d’un bleu profond à couper le souffle (enfin, ce qu’il en restait!).

Samedi soir, présentation de la biographie de l’Enragé et «curé rouge» Jacques Roux par Walter Markov, publié chez Libertalia, à Mille Bâbords.

Trois heures d’échanges passionnés avec les 11 personnes présentes, malgré un défaut de chauffage du local qui donnait une idée assez exacte de l’ambiance des réunions en 1793. Ne manquaient que les bougies à la place de l’éclairage électrique…

Merci à Xavier d’avoir organisé cette séance.

Trouver à manger dans Marseille, passé 23h, alors que les restaurants fermaient plus tôt que d’habitude pour cause de rare clientèle – dissuadée par le froid – ne fut pas une mince et courte affaire… mais tout s’est bien terminé.

Message personnel

Charles J., on me dit que tu devais être présent et que tu as même sollicité et obtenu un changement de date pour pouvoir venir (la présentation devait avoir lieu vendredi). J’espère que tu n’as pas été emporté par une bourrasque…