Lignes de force

“KURDISTAN, LA GUERRE DES FILLES”, film de Mylène Sauloy, à Marseille le 8 juin

Le mensuel CQFD, alors que paraît le n°144, propose une projection du film « La guerre des filles » à Marseille.

La projection sera suivie d’un débat en présence de la réalisatrice Mylène Sauloy.

En suivant depuis plus d’une décennie les combattantes kurdes, en Turquie, en Irak et en Syrie, Mylène est allée une nouvelle fois à leur rencontre fin 2015, et s’emploie ici à restituer pas à pas leur héritage. Jeunes recrues ou plus anciennes, ces femmes, qui luttent en première ligne contre Daech, défendent dans le même mouvement — et le même sourire —, l’égalité et la parité. Ce documentaire, en forme d’hommage, montre comment une utopie salvatrice s’inscrit sur le terrain.

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Mercredi 8 juin à 20h
« Manifesten »
59 rue Thiers, 13001 Marseille

“Discordia”, par Léon de Mattis

Je reprends ici intégralement un texte publié sur son blogue par Léon de Mattis à propos des dégradations subies par le local La Discordia, sous prétexte d’«islamophobie».
Je rejoins l’auteur sur la nécessité de transcender nos divergences (elles ne manquent pas!) pour préserver les condition d’un débat sur ces questions.
Une occasion sera fourni par les camarades du local Le Rémouleur à Bagnolet, le lundi 13 juin prochain.

C. G.

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Dans la nuit du 21 avril, les vitrines de la bibliothèque anarchiste la Discordia ont été brisées à coups de marteau. Les discordistes expliquent dans un communiqué que les positions qu’ils ont adoptées à l’égard de « l’islamophobie » sont la cause de cette attaque anonyme.

La question de l’islamophobie ne devrait pourtant pas diviser les tenants d’une critique radicale du monde du capital. Ceux qui sont visés par la politique répressive de l’État et des flics dans un pays comme la France ne le sont pas parce qu’ils sont musulmans, mais parce qu’ils sont prolétaires. Qu’une partie des prolétaires se reconnaissent eux-mêmes comme musulmans ou non ne change rien à l’affaire. Le capital ne donne jamais comme telles, benoitement, les raisons de ses nécessités politiques : celles-ci apparaissent avec les idéologies qui sont la forme même de ces nécessités.

Ce devrait donc être le propre de la pensée radicale de ne pas se laisser abuser par les faux débats qui séparent droite et gauche du capital. Ce qui est en jeu, et qui explique les choix politiques de l’État français, n’est pas l’opposition entre des musulmans et des chrétiens ou entre des religieux et des laïcs, mais le rapport entre les prolétaires et la classe dominante. Perdre ce point de vue, c’est se situer ailleurs que dans la perspective de la critique radicale. C’est participer au débat qui oppose Manuel Vals à Emmanuel Todt ou Edwy Plenel.

Et dans ce débat, tout est biaisé. Ceux qui critiquent l’islam ne critiquent pas toutes les religions, mais seulement celle-ci. Ceux qui défendent l’islam dénoncent le racisme de ce qu’ils appellent l’islamophobie mais refusent de tirer les conséquences de l’inscription de ce racisme dans les rapports de classe. Ils ne relèvent jamais que l’islam n’est plus tellement une difficulté quand c’est l’islam des riches. Quant aux prolétaires des cités, ce n’est pas seulement leur religion, réelle ou supposée, qui pose problème à l’État, mais bien, à en croire le discours dominant, tout ce qu’ils font : bizness, délinquance, « incivilités »…

Il y a aussi la force de l’islam politique, dont il ne faudrait pas sous-estimer l’appétit de pouvoir. Dire que l’islam est la religion des dominés est un pur mensonge. Il y a des classes dominantes dont la religion officielle est l’islam. Il y a des dominés qui se reconnaissent comme musulmans ou chrétiens et d’autres pour qui la religion n’est en pas un élément d’identification. L’islam politique, dans ses composantes conservatrices et réactionnaires comme dans ses formes extrémistes, voudrait faire croire que les bourgeoisies des pays musulmans et les prolétaires immigrés en occident ont des intérêts communs. C’est la reprise du crédo anti-impérialiste dont on connaît le triste résultat. L’islam politique joue à l’heure actuelle le rôle que jouait les idéologies nationalistes de la période de la décolonisation : enrôler des prolétaires au service de capitalistes dans leur guerre contre d’autres capitalistes.

La religion n’est pas un phénomène divin, mais un phénomène social et politique et c’est en tant que telle qu’elle doit être analysée. La religion apporte aux appétits terrestres la justification des nécessités célestes. Comme politique, elle ne peut être autre chose que le discours auto-justificateur du pouvoir. La critique de la religion est la condition de toute critique.

Toutes ces considérations sont donc loin d’être partagées puisque la Discordia a été attaquée en pleine nuit. Quelles que soient nos divergences, tant sur le plan des idées que des méthodes, je suis dans cette affaire du même côté que les discordistes, tandis que ceux qui, voulant dénoncer les discriminations, défendent les religions se rangent à coup sûr dans le camp des dieux et des maitres.

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Léon de Mattis

Rennes: deuxième communiqué des Éditions Pontcerq

La lutte contre la loi « travail » se poursuit, à Rennes comme ailleurs en France.

Le mouvement rennais tire sa force d’une rencontre entre le milieu autonome et le milieu syndical : des liens se créent – que la répression policière et judiciaire ne déchirera pas. Le lieu de cette rencontre a été la Maison du peuple, ancienne maison des Syndicats, occupée le 1er mai – et évacuée par le RAID le 13. Une nouvelle occupation a réussi le 27 – une manifestation de l’AG interpro parvenant à entrer de nouveau dans son lieu. Mais dimanche, nouvelle évacuation par la police. Depuis, mairie et préfecture ont pris la décision de murer l’endroit au parpaing. (La Maison du peuple, vide, fait un trou au milieu du centre de la ville.) Le pouvoir craint cette rencontre, rencontre de la nuit et du syndicat ; alors il explique que le syndicat est seul ; que l’autonomie est seule ; que la CGT est seule ; que le casseur, qui brise la vitrine de la banque, est seul ; que tout le monde est seul ; que la nuit même est seule. Mais personne n’est plus seul dans ce mouvement. Personne n’était seul dans la maison occupée.

L’AG Interpro qui, faute d’autre lieu pour l’instant, en attendant tient séance au Thabor, parc de la ville, a tenté mardi dernier d’investir un nouveau lieu : un espace culturel, l’hôtel à projets Pasteur, sur les quais de la Vilaine : lieu semi-institutionnel dédié à « l’expérimentation artistique et politique ». Les artistes ont accueilli les manifestants – et les ont protégés et cachés, quand cela a été nécessaire. Car la police est entrée aussitôt : elle a frappé aussitôt – violemment, et a fait évacuer le lieu, aussitôt. La Mairie et la préfecture cherchent à empêcher qu’un lieu de rencontre se fasse : une scène, un Aventin. [« Des abeilles chassées d’une ruche qu’elles avaient enrichie de leur travail, forment une nuée vivante, qui va se condenser autour de l’autel de Jupiter Elicius, sur l’Aventin. » (Balanche-Plébifugue)]

La police frappe très dur (cela a surpris les artistes, présents à l’espace culturel Pasteur lors de la charge). Mais la Justice, derrière, ne lui cède en rien. Le sens de la mesure est perdu : à Rennes, vingt jeunes militants sont mis en examen (suite à une action dans le métro) ; quatre autres ont été interpellés dans un restaurant pour une cause absolument anodine : un camarade de 19 ans est en prison – trois mois fermes…

Nous, Pontcerq, simples fabricants de tracts et de livres, faisons circuler ces petits papiers volants, et d’autres bientôt – ou les collons dans les dos, pour qu’ils aillent où ils ont à aller. (série des libelles d’Hebel 1, 2, 3, 4, 5). [« Voilà les histoires de Hebel. Elles ont toutes un double fond. » (W. Benjamin)] Et puis aussi, nouvellement, l’étincelle folle de Pierre Roux, à jeter joyeusement. [« Décharge, point de lumière, âme d’être, cep, bataillon, levier, plumule, flèche d’or, pollen… ! »]

C’est en signe de soutien, ferme, enthousiaste, joyeux, décidé, à ce mouvement rennais !

PONTCERQ

Le 3 juin 2016

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Éditions Pontcerq

9, rue du Nivernais
35 000 Rennes
pontcerq@gmail.com
http://www.pontcerq.fr/