La carte des affrontements de demain

Dans le souci, dont j’espère qu’on le trouvera louable, d’éclairer les autorités, et (j’avoue!) pour épater les jeunes générations (comment y peut savoir?!), je mets ci-dessous à la disposition de toutes et de tous une carte portant l’emplacement des incidents, affrontements, débordements, et autres dégénérescences marginales qui se produiront demain lors de la ronde manifestation parisienne prévue ce 23 juin 2016, à partir de Bastille, vers Bastille, et par Bastille.

NB. L’indicateur en forme de goutte d’eau renversée, frappée d’un point noir, marque l’emplacement — peut-être mobile (?) — du poste d’observation de Julien Coupat (qui portera pour l’occasion une casquette de loup de mer).

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Le «gouvernement» choisit l’émeute!…

Le «gouvernement» de la France — ramassis d’arrivistes perdus, de consciences «de-gauche» dyslexiques et d’ultralibéraux contrariés (plus un Macron-raton laveur monarchiste!) — a pris le parti de l’émeute.

D’abord en suspendant — le temps d’un cafouillage digne de la plus minable des républiques bananières — les libertés constitutionnelles déduite de et garanties par la Déclaration des droits de l’homme de 1789.

Puis en négociant avec des syndicats empêtrés un trajet de défilé «Bastille-Bastille», qui marque symboliquement que née dans l’émeute, le 14 juillet 1789, la République doit être et sera dépassée dans l’émeute constituante.

Ce «gouvernement» — qui ne gouverne plus rien que ses gendarmes (pour combien de temps?) — a le mérite d’indiquer à toutes et à tous le chemin de l’histoire tracé pour le monde qu’il incarne, et qu’il se doit d’emprunter le premier: la disparition.

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CE GOUVERNEMENT A PEUR — Tribune publiée dans “Libération”

Les voilà, leurs grandes peurs et leurs grands moyens pour essayer de la masquer en jouant les fiers-à-bras qui ne cèdent pas. On s’y attendait depuis des mois, et la voici brandie, la menace d’interdiction des manifestations. Un sommet dans l’inacceptable ? Il peut toujours y avoir pire avec ce gouvernement. Celui-là même qui commémore cyniquement les grèves du Front populaire. Qu’il défende ses intérêts, ceux des puissants, ceux des profits et de l’argent ; c’est de bonne guerre, c’est sa guerre ; mais qu’il ravale ses célébrations et récupérations d’un passé qu’il ne cesse de fouler au pied.

Ce gouvernement a peur : rien d’étonnant. Car il y a de quoi, devant nos solidarités face au pouvoir et son bras armé. Combien de témoignages sur ces manifestant·e·s qui, sans avoir besoin de rien se dire, prennent soin des blessé·e·s, malgré les gaz, les coups de matraque et les grenades de désencerclement ? Combien d’images de blessé·e·s que des policiers continuent de frapper à terre, tandis que spontanément se forment des chaînes pour les entourer et les protéger ? Combien d’initiatives, de textes, de rassemblements, de soutiens résolus contre les gardes à vue, les mises en examen, les condamnations iniques ? Pour les manifestant·e·s blessé·e·s, mutilé·e·s, éborgné·e·s, dans le coma, combien de policiers seront inculpés ?

Hollande, Valls et leurs alliés voudraient briser cette vague énorme, celle qu’on a vu manifester par centaines de milliers. Ils mènent leur guerre sur tous les fronts : par une violence physique déchaînée; par une violence judiciaire de magistrats aux ordres qui emprisonnent et brisent des vies ; par une violence médiatique faite de désinformation et de discrédit ; par une violence antidémocratique à coups de 49-3, d’interdictions de manifester et d’assignations à résidence au nom de l’état d’urgence; par la violence sociale infligée à des millions d’hommes et de femmes précarisé·e·s ou licencié·e·s. Ce pouvoir voudrait à toute force empêcher ce qui lui apparaît dangereux et qui est immense par ses convergences : des quartiers populaires où l’on bataille depuis des années contre les violences policières, des luttes des migrante·e·s et des sans-papiers, des syndicalistes mobilisé·e·s, des étudiant·e·s et des lycéen·ne·s qui ne lâchent rien. La détermination est puissante, tout comme le sentiment que des personnes, des collectifs, des organisations qui jusque-là ne se parlaient pas ou peu se sont trouvés ou retrouvés. Ce pas franchi est si important qu’il le restera, et pour longtemps

Mépris

Nous ne convaincrons pas les tenants de ce monde – et nous ne cherchons pas à le faire. Mais contre le discours dominant et tout-puissant, nous pouvons convaincre celles et ceux qui connaissent bien la violence au quotidien. La violence du mépris social et des abîmes qui nous séparent des possédants. La violence du chantage à l’emploi qui conduit à tout accepter, fait voler en éclats les solidarités et jusqu’à la dignité parfois. La violence de la souffrance, au chômage, au travail, de la mise en concurrence, du management par l’obéissance. La violence des contrôles au faciès et des discriminations. Forces de l’ordre ; mais de quel ordre ? L’ordre social des évadés fiscaux, du CAC 40 et des marchés financiers.

Quelques devantures de banques, d’assurances ou de supermarchés cassées ne sont rien comparées à cette violence. Quoi qu’on pense de leur pertinence, ces actions sont au fond surtout des questions : qu’est-ce qu’une banque et ce qu’il y a derrière, la tragi-comédie financière ? Brecht l’avait résumé d’un trait : «Il y a pire que braquer une banque, c’est d’en fonder une». Comment pourrait-on nous faire croire que la violence de ce monde serait dans ces vitrine brisées? Les médias sont doués pour ça, avec leurs scoops et leurs images en boucle, leurs sélections éhontées. Mais vient un temps où ça ne marche plus : il semble que ce temps soit venu.

Les patrons peuvent s’arrêter de patronner ; nous n’avons pas besoin d’eux. Mais quand les éboueurs, les dockers, les électricien·ne·s, les cheminot·e·s, les raffineur·se·s, les personnels hospitaliers, les personnels de l’éducation, les postier·e·s, les intermittent·e·s s’arrêtent, tout ce qu’elles et ils nous apportent devient soudain plus visible, plus évident. Quoi qu’il advienne de ce gouvernement, nous continuerons de manifester – et comment ! Mais pas seulement. Nous poursuivrons grèves, blocages et occupations. Ce sont les armes de celles et ceux qui en ont peu. Mais elles peuvent frapper bien plus fort que leurs matraques et leurs tonfas.

Signataires

Pierre Alferi (écrivain), Jean-Claude Amara (porte-parole de Droits devant !!), Nathalie Astolfi (enseignante), Ana Azaria (présidente de Femmes Egalité), Igor Babou (universitaire), Etienne Balibar (philosophe), Ludivine Bantigny (historienne), Amal Bentounsi (Urgence Notre Police Assassine), Eric Beynel (porte-parole de Solidaires), Daniel Blondet (militant anti-impérialiste), Antoine Boulangé (enseignant), Claude Calame (historien), Laurent Cauwet (éditeur), Manuel Cervera-Marzal (sociologue), Déborah Cohen (historienne), Christine Delphy (sociologue), Alain Dervin (sociologue), Paul Dirkx (sociologue), Joss Dray (photographe), Julien Dufour (doctorant en sociologie), Jules Falquet (sociologue), Eric Fassin (sociologue), Samantha Faubert (hispaniste), Sophie Fesdjian (anthropologue, enseignante), Alain Frappier (illustrateur), Désirée Frappier (scénariste), Bernard Friot (sociologue), Luc Gaffet (militant CGT), Fanny Gallot (historienne), Franck Gaudichaud (politiste), Valérie Gérard (philosophe), Céline Gondard-Lalanne (porte- parole Solidaires), Nahema Hanafi (historienne), Samuel Hayat (politiste), Eric Hazan (auteur et éditeur), Catherine Jardin (éditrice), François Jarrige (historien), Fanny Jedlicki (sociologue), Claude Kaiser (militant anti-nucléaire), Leslie Kaplan (écrivaine), Patrice Lardeux (militant CGT), Mathilde Larrère (historienne), Olivier Le Cour Grandmaison (universitaire), Pascal Maillard (universitaire et syndicaliste), Philippe Marlière (politiste), Bénédicte Monville-De Cecco (conseillère régionale IDF (EELV)), Olivier Neveux (historien d’art), Ugo Palheta (sociologue), Willy Pelletier (sociologue), Irène Pereira (sociologue), Roland Pfefferkorn (sociologue), Christian Pierrel (PCOF); Christine Poupin (NPA), Théo Roumier (appel des syndicalistes «On bloque tout ! »), Omar Slaouti (enseignant), Federico Tarragoni (sociologue), Jacques Testart (biologiste), Julien Théry-Astruc (historien), Michel Tort (psychanalyste), François Tronche (directeur de recherches au CNRS), Marlène Tuininga (4ACG), Béatrice Turpin (réalisatrice militante), Sophie Wauquier (linguiste).

Surréalisme & révolution: BENJAMIN PÉRET à Caen le 5 juillet — projection & lectures

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Benjamin Péret, le plus révolutionnaire des surréalistes et sans doute le plus surréaliste des révolutionnaires sera au cinéma Lux de Caen, sous la forme du magnifique film de Rémy Ricordeau.

J’avais prévu de parler ici plus longuement et de Péret et du film de Ricordeau, et puis la vie, la lutte… [J’y reviendrai, c’est promis !]

En attendant, pas une raison pour laisser les ami(e)s de Caen et sa région, récemment rencontré(e)s, manquer l’occasion d’une rencontre inédite avec ce poète en armes qui participa à la Révolution espagnole. Et avec Rémy Ricordeau qui lui consacre un film qui fera date.

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On lira avec intérêt, en suivant ce lien, un entretien avec l’ami Rémy Ricordeau sur Péret et son film, disponible en DVD.

Tournée triomphale dans le Vaucluse et le Gard

Merci à Fred et ses ami(e)s d’Avignon pour la belle discussion autour de l’anarchisme et des manières de le vivre, organisée dans un somptueux bâtiment ancien de la très belle rue des Teinturiers. Mélange des âges et des origines politiques dans une assistance d’une trentaine de personnes. Plaisir de recroiser quelques camarades rencontré(e)s ou revues à Marseille, au CIRA, fin 2015, ou connus à Paris dans les manifs lycéennes il y a déjà quelques années.

Déjeuné avec l’ami Fred au “Citron pressé”, 38, rue Carreterie (à 50 m de la place des Carmes).

Personne n’a su me dire le nom des arbustes fleuris qui embaument les rues (pas les tilleuls, ça je connais). Du coup, l’expression «changer d’air» prend tout son sens.

Je suis reparti avec trois numéros offerts par son créateur de Spasme, «le fanzine qui te met une tarte dans la gueule!». Mais personne n’a osé!

Moitié moins de monde à Alès, hélas, dans le magnifique local de La Rétive, avec une bibliothèque de 4 000 volumes, rangés comme j’aimerais que mes 4 500 — à vue de nez — à moi le soient. Aussi, c’est facile avec une pareille hauteur sous plafond!… Discussion, cette fois, sur la terrorisation démocratique.

Le mouvement contre la “Loi travail” a épuisé les camarades et en a dispersé certains vendredi soir, sans parler de l’avancement tardif d’un jour de la date de la rencontre, pour cause de réunion parisienne…

Pas eu envie de raccourcir mon séjour prévu, occasion de saluer Loïc, de la compagnie Jolie môme, sorti de garde à vue et précisément à Alès, la compagnie ayant été invitée par l’UL CGT pour fêter ce dimanche le trente-cinquième anniversaire de la lutte des mineurs de Ladrecht.

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Photographié, devant le restaurant où je déjeunais aujourd’hui (Le Ricochet), cette jolie captive qui m’a rappelé les objets surréalistes que je fabriquais avec des poupées, dans les années 1970.

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À bas toutes les prisons et toutes les cages (oui, même si on élargit leur surface, Noam!).