Les hormones, la douleur et la tendresse: «Nature» et fausse science

Depuis une quinzaine d’années, des théories se rattachant à la sociobiologie (que j’ai évoquées en 1989 dans De la révolution, mais sur lesquelles je n’ai pas, faute de temps, poursuivi un travail de veille) et portant sur l’influence des hormones sur la constitution du cerveau (testostérone) ou l’attachement maternel (et amoureux en général; ocytocine) se répandent dans les médias, le public… et les salles d’accouchement.

Un engouement pour l’accouchement «naturel», ou dit «physiologique» y puise des arguments pseudo-scientifiques, qui mènent sous couvert de lutte contre la mainmise médicale sur le corps des femmes à réhabiliter, d’un point de vue «hormonal» et mécaniste, la bonne vieille douleur des femmes en travail.

Souffrir n’est plus présenté comme une valeur morale, mais comme la garantie physiologique de l’amour et un devoir envers l’enfant naissant…

La péridurale (anesthésie locale) serait un remède contre l’attachement de la mère pour sa progéniture (on ne sait pas, dans ce système délirant, comment et pourquoi les hommes s’attachent à leurs enfants…).

Odile Fillod, dont on peut écouter ci-dessous une conférence sur le sujet, tient un blogue passionnant sur ces questions: l’Observatoire critique de la vulgarisation. Elle a entrepris de cartographier la généalogie de ces idées fausses avançant sous le masque de la science. Travail rigoureux et indispensable.